La beauté au 16ème siècle

3 idées principales :

  • L’invention de la beauté comme « don divin »,
  • Genre et beauté : la beauté est féminine,
  • Localisation de la beauté : le visage, les mains, le buste.

« À l’aube de la modernité, la beauté serait un ensemble achevé, une perfection marquant les choses célestes : l’ange descendu du ciel » (G. Vigarello)

Le canon idéal serait l’incarnation de l’harmonie céleste… Le parfait existerait dans la divine proportion. La perfection serait naturelle, indépendante des soins, d’un travail sur le corps, d’artifices (suspicion envers les cosmétiques et le teint travaillé, dénonciation des fards, sources d’impureté)…En fait, la beauté ne saurait être recherchée, puisqu’elle est donnée par Dieu…

« Cette première beauté moderne ne se définit qu’au féminin… avec l’Europe de la Renaissance, le deuxième sexe devient le beau sexe » (G. Vigarello)

Mais la beauté féminine, qui fait parfois voisiner la femme avec la perfection (et l’affranchit ainsi d’une tradition qui la diabolisait – Venus remplace la Vierge dans la peinture de la Renaissance) est une beauté très contrôlée, une beauté soumise… Être fini, immobile et clos, la femme est perfection de décor…
L’esthétique physique se limitait cependant au visage, aux mains et au buste…

« La main comme le visage, demeure un objet premier de beauté au 16ème siècle. C’est qu’elle participe du « haut » bien sûr. C’est aussi qu’elle révèle un état du corps maintenu caché par le recouvrement de l’habit »

La beauté à l’âge classique 17ème et 18ème siècles

17ème siècle :

  • La beauté se naturalise
  • Une nouvelle définition de l’harmonie émerge
  • Une attention à soi de plus en plus prononcée se manifeste

18ème siècle :

  • Les pratiques d’embellissement se développent et se diversifient
  • L’idéal de perfection formelle est remplacé par le goût relatif
  • La recherche de la beauté s’individualise
  • Le corps embelli est avant tout un corps stimulé

La beauté n’est plus un simple don. Être belle suppose un travail : elle est le fruit d’une « attention à soi » au quotidien à travers des pratiques d’embellissement qui se multiplient et se diversifient. La beauté ne se focalise plus uniquement sur le visage et les mains.

Quel est le physique standard d'une femme au 17ème siècle ? Le corset, symbole de beauté au 16ème siècle, mais aussi de nos jours.

Avec les corsets s’invente la « belle silhouette ». La recherche de la beauté s’individualise, se personnalise. La fermeté du corps devient valorisée, santé et beauté commencent à se concevoir conjointement.

La beauté se naturalise. L’anatomie n’oppose plus les parties « astrales » et les parties « terriennes ». Le corps de fait se désenchante. La beauté physique gagne en profondeur et en intériorité. Elle gagne en nuance et en étendue.

Une vigilance nouvelle est portée au buste et au tronc dans la société distinguée.  Être belle suppose un travail très orienté sur les morphologies ! Avec le corset, c’est l’horizon social des silhouettes qui se partage entre tailles populaires et tailles nobles.

Le thème de l’harmonie prend dans l’esthétique physique un sens nouveau.

Le thème de l’expression acquière une force intensifiée : l’aspect venu de l’intérieur… émotions et passions nuancent l’esthétique des traits.

La formule du je-ne-sais-quoi ne suppose plus quelque humilité butant sur le divin mais la surprise du regard butant sur une beauté circonscrite à l’humain. C’est une beauté plus quotidienne qui s’impose, une pratique de notable, un travail sur le regard et la curiosité. C’est une attention nouvelle à soi dans la société moderne jointe à un approfondissement du modèle de la cour qui accélèrent les pratiques d’embellissement: une attente toujours plus exigeante envers l’apparence.

La ville, après la cour a aussi ses êtres aux charmes exemplaires. L’exigence à l’égard de soi s’intensifie dans la société moderne. L’artifice s’est étendu. Les instruments fabriquant l’esthétique se sont diversifiés avec la civilisation. Les objets d’abord, plus nombreux :

  • huiles,
  • eaux,
  • talcs,
  • poudres,
  • mouchoirs,
  • cosmétiques s’ajoutent aux onguents,
  • pommades
  • ou eaux virginales jusque-là quasi exclusifs.

La beauté au 18ème n’est plus commandée par l’intelligible, mais par le sensible. Le critère n’est plus celui d’absolu, mais celui du relatif. Le vieil idéal de perfection formelle cède pour celui plus quotidien des impressions et du goût

La beauté n’existerait qu’en inspirant la volupté…

Le sujet peut s’affirmer davantage dans les pratiques d’embellissement. La recherche de la beauté peut se personnaliser. Les critères de la beauté sont plus pragmatiques, plus familiers.

« Le beau n’existe que pour l’humain », affirment les Lumières

La fibre installe l’image de la fermeté dans l’esthétique physique. Le corps embelli est un corps stimulé. L’air froid et ses effets de raidissement sur les fibres par exemple.

La beauté au 19ème siècle

5 idées principales :

  • La beauté s’étend au corps tout entier
  • Parce qu’elle est avant tout conquête, la beauté accepte les artifices
  • La silhouette devient l’un des objets et des vecteurs essentiels de la construction esthétique de soi
  • Une beauté érotisée commence à se diffuser
  • Un marché de la beauté se constitue et se développe.

Le bas acquiert graduellement avec le siècle, une place qu’il n’avait pas.

Le corps, insensiblement, impose le dessous. La présence physique en devient plus totale, orientant vers des beautés plus dynamiques, plus étirées. Une lente mise en visibilité des contours physiques féminins : les lignes immédiates du corps triomphent, très graduellement avec le siècle.

Quel est le physique standard d'une homme au 18ème siècle ? Miroir, miroir…

Les hanches brusquement s’affirment : des courbes ont émergé, intégrant inévitablement dans la beauté l’amorce antérieur des cuisses et du bassin. Les démarches d’embellissement au 19ème systématisent un artifice auparavant seulement toléré.

Le fard est bien devenu maquillage au 19ème siècle. Un mot gagne en importance, alors qu’il était jusque-là suspecté : coquetterie. L’idéal ne serait plus une donnée, mais une conquête. La cambrure parvient au cœur de l’esthétique féminine. Elle en illustrerait aussi bien l’excellence que la fragilité.

Le corset se généralise pour la femme adulte. Lle corps embelli est soumis à des applications correctives précises, à des interventions topologiques variées.

Le miroir en pied (puis l’armoire à glace), dit désormais, à travers l’observation du corps nu, la bonne silhouette… Une présence nouvelle du corps, lignes affleurant sous l’habit, contours imposés au regard, croise une autre émergence à la fin du 19ème siècle : la liberté plus grande accordée au désir, celle de le suggérer, celle de l’avouer

Une beauté érotisée se diffuse à la fin du siècle. Elle occupe les spectacles, le music-hall. Avec la normalisation du nu, c’est bien l’ensemble du corps qui désormais participe de la beauté. Dans les villégiatures de bord de mer, avec l’ascension de la plage comme lieu de détente ou de plaisir, la tenue change, découvrant insensiblement les corps.

Avec la diversification des soins et du regard sur soi, un large marché de la beauté se constitue à la fin du 19ème, banalisant l’image d’une beauté construite et susceptible de se démocratiser. Une institution inédite naît avec le début du 20ème siècle : l’institut des soins de beauté. Un métier dès lors se dessine, censé prendre en charge l’ensemble de la beauté : celui d’esthéticienne.

La beauté au 20ème siècle

5 idées principales :

  • Une mutation des silhouettes dans l’esthétique dominante
  • La médiatisation de la beauté : du cinéma et de ses stars aux magazines et leurs mannequins
  • L’esthétique corporelle comme affirmation de soi, culte de la beauté du corps et de ses apparences comme nouvelle transcendance de soi
  • Le corps, plus bel objet de consommation, à travers la recherche de la beauté
  • Diffusion et extension des pratiques de beauté au genre masculin et aux seniors

Une observation qui peut échapper au promeneur inattentif : les Français sont de plus en plus beaux. Les chiffres sont là, qui l’attestent !

L’arrivée du ventre plat et de la minceur

En 1980, les hommes de 25 ans mesurent en moyenne 1, 74m, contre 1,72 en 1970 et environ 1,6m en 1914. Aucun adulte « moyen » ne tiendrait aujourd’hui dans l’armure de Du Guesclin ou dans les vêtements de Napoléon.

Dans les années 30, on croisait des goîtreux, des pieds-bots, des nains, des édentés. L’amélioration esthétique de la population est incontestable.

Comment mincir ? Le ventre plat : dictature du siècle précédent et de l’actuel.

Elle perpétue cependant les inégalités sociales. Une mutation commencée avec les années 20 a conduit aux silhouettes flèches d’aujourd’hui, magnifiant « un corps liane aux jambes interminables », une effigie souple, musclée, mêlant « bien-être et ventre plat ». Les minceurs, toujours plus dynamiques, correspondent à des attentes sociales : celle visant efficacité et adaptabilité, celles censées donner au corps féminin une nouvelle liberté.

La silhouette l’emporte, imposant définitivement le bas, sa référence active, mobile, sur un visage longtemps jugé dominant.

Un critère a fortement valeur de symbole : la marque laissée sur le corps par les activités du « dehors », les valeurs intenses attribuées à l’air, à la mer, au soleil. La lumière envahit les photographies de mode.

Les vacances fabriqueraient de l’esthétique : le hâle devient critère incontournable. L’exemple du bronzage est modeste, à coup sûr, en ce début de 20ème siècle ; il est pourtant décisif.

Les mots disent les références hédonistes, la certitude spontanée du grandissement par la rupture, par l’éloignement, par le goût de l’espace et des climats. Cette présentation de corps ensoleillés, actifs, demi-nus, à une conséquence sur les images retenues : elle-même vigueur et minceur.

Décrété « élément primordial de la beauté féminine » le poids, plus que jamais, est aussi décrété indice de santé. L’excès de poids serait danger. Le recours au chiffre, l’insistance sur le moindre écart, pourraient avoir favorisé la vogue des concours de beauté. Les « reines » et les « miss » se multiplient dans l’entre-deux-guerres.

Rôle du cinéma dans la beauté du 19ème siècle

Le cinéma a joué avec les corps, la lumière, l’écran, les sens du spectateur portant au plus loin les attentes et les désirs du temps. Il a servi le réel par l’irréel, projetant ses silhouettes en « messagères de beauté ».

Le visage d’abord, souvent surdimensionné au cœur de l’écran, exemplifie le maquillage et le teint parfaits : les couleurs se fondent, la peau se fait paysage, les yeux s’agrandissent à l’infini. Visages diaphanes, corps traversés. L’artifice impose la star en surnature.

La beauté s’y métamorphose : apparence supérieure, radieuse, inaltérable. Les stars de l’après-guerre, celles des années 50, infléchissent déjà le modèle des années 30, introduisant une liberté qui, de proche en proche, amorce les repères d’aujourd’hui.

Quel est le physique type d'une femme au 21ème siècle ? L’impact de la beauté de « BB » sur la société française de la 2ème moitié du 20ème siècle fut grand !

L’important est l’érotisation, la présence d’une beauté plus provocante, une allure affranchie heurtant comme jamais réserves et conventions. L’originalité de Bardot : son modèle n’est pas simplement lié au désir. Il est lié à l’affirmation de soi : moins objet ici que sujet, moins passivité qu’activité. L’esthétique, insensiblement, devient savoir « devenir soi », ce magnétisme de Brigitte « personnifiant la liberté ».

La profusion de l’image, la culture généralisée du magazine, ont imposé un autre personnage encore dont la qualité première est celle des lignes épanouies dans la photogénie : le mannequin. Beauté marchandise, sinon beauté publicitaire, substituée à celle plus tourmentée de la star, le mannequin a systématisé le principe d’un « corps de papier glacé »

La beauté féminine au 20ème siècle

Presque une femme sur deux achète des magazines dès 1980, ce qui permet de les lire à presque deux femmes sur trois.

Il faut insister sur cette massification. Un vertige consommatoire l’accompagne :

  • Le chiffre d’affaire des seules produits de beauté a quadruplé entre 1965 et 1985,
  • Celui des cosmétiques en général a doublé entre 1990 et 2000, passant de 6,5 milliards à 12 milliards d’€,
  • Les ventes dans les circuits de grande distribution de plusieurs cosmétiques corporels augmentant elles-mêmes de 40% à 50% entre 2000 et 2001,
  • Le nombre des instituts de beauté a sextuplé entre 1971 et 2000, passant de 2300 à 14000,
  • Celui des opérations de chirurgie esthétique, décompté en milliers par an dans l’entre-deux-guerres, se compte aujourd’hui par centaines de milliers, la progression annuelle étant même de 120000 en France dans les années 2000 et de près du million aux EU, où les seules liposuccions sont, en 2000, dix fois plus nombreuses qu’en 1990,
  • Un magazine entièrement consacré à la chirurgie esthétique, Plastique et Beauté, tire à près de 100000 exemplaires

La beauté masculine au 20ème siècle

Le corps masculin : le repère des torses en bataille s’effondre. Le corps masculin s’effile, s’adoucit, s’androgynise. Les formes fluides de Keanu Reeves d’aujourd’hui dans Matrix, sa peau lisse, son visage gracile, ses combats dansés ne sont guère éloignés de ceux de sa partenaire.

Les codes de la virilité se sont déplacés (ex : D. Beckam, homme « le plus élégant d’Angleterre », avec sa silhouette longiligne, son visage soigné, ses tenues souples)

Un marché à coup sûr s’est créé : celui de la beauté « homme ». Les ventes se sont affirmées :

  • 50% d’augmentation du chiffre d’affaires de certaines entreprises cosmétiques masculins entre 2001 et 2002.
  • Les instituts de beauté se spécialisent aussi dans le masculin, comme se spécialise une chirurgie esthétique au masculin. Les hommes découvrent la notion de capital esthétique.
  • Diffusion encore et extension des pratiques dans la stratégie des âges : les pré-adultes, accédant quasiment aujourd’hui au statut d’adultes, partagent maquillage, recours chirurgical, artificialisation et esthétisation de soi.
  • Diffusion encore plus dans les pratiques de maturité : « révolution anti-âge », « fureur de vivre »… les 50-70 ans d’aujourd’hui vivraient à peu près comme les générations qui les suivent : activités diversifiées, conduite de voiture, départ en vacances, entretien de soi.

L’invention du bronzage ou le construit historique et social d’une nouvelle valeur pigmentaire

Un critère a fortement valeur de symbole : la marque laissée sur le corps par les activités du « dehors », les valeurs intenses attribuées à l’air, à la mer, au soleil.

Sous ses apparences futiles, le bronzage est véritablement un « fait social total ».

Une des grandes révolutions culturelles du 20ème siècle est celle qui a conduit le canon de la beauté pigmentaire occidentale de l’ordre du marbre à celui du bronze. L’univers des élites féminines occidentales va, en quelques décennies, totalement inverser son système de valeurs pigmentaires.

Que signifiait une peau halée autrefois ? Les stéréotypes de jadis ne sont plus : il faut être bronzé été comme hiver.

Bronzage et beauté : les symboles du teint pâle ne sont plus

L’instauration du bronzage comme nouvelle norme pigmentaire est un saisissant retournement de valeurs, au même titre que les cheveux coupés des femmes.

Dans de nombreuses sociétés et pendant longtemps, il y aura valorisation du teint pâle, surtout pour les femmes (préservées du soleil… et du regard des autres hommes). Anthropologiquement, la négativité sera associée à l’obscurité, à la nuit, partant aux teintes sombres opposées aux teintes de la lumière.

Le roman courtois apparaît ainsi peuplé de dames pâles et de chevaliers qui, ne pouvant en dire autant, par nécessité, tendent cependant vers le clair. Il s’agit moins d’être franchement très blanc que d’être dans le groupe social considéré comme le plus clair.

La fraîcheur ou la splendeur sont synonymes de blancheur. Blanche-Neige, la carnation de la femme belle aura à voir avec le lys, l’ivoire, l’albâtre, le marbre ou la neige, tout comme les dents auront à voir avec la nacre ou la perle.

A contrario, le suspect, le vicieux, le Mal seront associés aux teints « mat », « basané », « cuivré » et autre « olivâtre ».

Les femmes des classes d’élite porteront chapeaux à larges bords, ombrelles, voiles et voilettes… ce n’est pas tant, au fond, de blancheur dont on nous parle, mais d’un fantasme d’inaltérabilité.

Le « cou de cygne » parle ainsi autant de l’anatomie idéale du port de tête que de la pâleur souhaitée… le 19ème siècle sera la grande époque du linge blanc.

La révolution bronzage

C’est bien de bronzage que l’on parle, pas de brunissement.

La métaphore esthétique fait passer l’audace de cette « révolution », ce passage d’un « ancien régime » de valeur pigmentaire à un nouveau. Le bronze entre par la grande porte d’une marque d’élite dans les attributs de la beauté de supériorité sociale :

  • Là où la langue anglaise met en avant la référence au tannage des peaux (tan, suntan, tanning),
  • la langue allemande le brunissement (sonnenbraüne),
  • la française, l’italienne, l’espagnole ou la portugaise ont adopté la métaphore à la fois artistique et métallurgique : bronzage ; abronzatura, bronceado ; bronzeado…

Si en effet nous portons notre regard sur deux périodes : l’avant première guerre mondiale, et l’immédiat après-guerre de 39-45, on constate que le système de valeur pigmentaire s’est exactement inversé. Il y a eu, entre ces deux époques, passage d’un ancien régime à un nouveau, une « révolution »…

Quand ?

  1. Première réponse, Coco Chanel
  2. Seconde réponse, congés payés.

C’est approximativement entre 1923 et 1927 que Coco Chanel aurait lancé la mode du teint bronzé en rendant chic ce qui ne l’était pas. 1936 coïncide à peu près au lancement de l’huile « Ambre solaire » par L’Oréal et son extension aux classes moyennes

Le signe évident de bonnes vacances, pour la femme notamment, se trouve répandu sur son visage au teint cuit par le soleil. L’icône de la femme moderne à partir des années 20, c’est : la femme active, corporelle, victorieuse (ex : la championne de tennis Suzanne Langlen). L’invention du bronzage peut ainsi s’interpréter aussi comme un indice de l’émancipation féminine ».

Transformation des valeurs sous-jacentes aux apparences corporelles dans la modernité contemporaine
De l’opulence, à la minceur. De la blancheur, au bronzage. Du corset et du « corps redressé », au corps libre de ses mouvements. De la préservation du corps, à l’épanouissement du corps.

L’impératif culturel de beauté pour les femmes dans la modernité occidentale contemporaine

Le corps féminin (ou pour le moins le corps féminin canonique, à savoir celui qui est potentiellement sur le « marché » de la sexualité / nuptialité) est aujourd’hui, dans notre société contemporaine, non seulement le « plus bel objet de consommation » (cf J. Baudrillard), mais encore le meilleur support de la consommation. Il reste pour autant un « objet » dominé socialement et économiquement par le genre masculin.

C’est du moins ce que pensent et affirment nombre d’intellectuels, et notamment de féministes :

« Notre culture voit la femme partout, recomposant inlassablement ses archétypes par leur permanente mise en image… il y a surabondance des images de la femme dans notre culture… l’image de la femme dans la culture se superpose avec celle de la beauté… les femmes sont toutes ramenées à leur corps, leur corps esthétisé, répondant aux canons de jeunesse et de beauté, corps hypersexué répondant au désir masculin… », comme le note M. Pagès-Delon, « L’importance de l’esthétique du corps féminin a été dénoncée par les féministes comme oppression d’un sexe par l’autre : le corps-objet-marchandise féminin est le lieu où se marque le plus directement et le plus intimement l’empreinte de la domination et du pouvoir masculins ». Et, du coup, « Devant la difficulté d’abandonner des marqueurs sociaux traditionnels de l’identité féminine, nous assistons à une appropriation de ceux-ci par les femmes dans un but ludique. »

La « mise en culture du corps féminin », (pour reprendre l’expression de B. Remaury), caractéristique de la domination masculine, a changé de nature avec la modernité contemporaine. L’accomplissement du corps pour la femme, qu’est censée traduire cette mise en culture, change donc de perspective. On est passés d’une mise en culture capitalistique « maternelle » du corps féminin (un corps fécond pour l’échange matrimonial) à sa mise en culture capitalistique « esthétique ».

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