Le 29 mai 1913, au Théâtre des Champs‑Élysées, une salle entière se met à hurler pendant un ballet. La chorégraphie est signée Vaslav Nijinski, aussi orthographié Nijinsky, des Ballets russes de Serge Diaghilev. Ce soir‑là, Le Sacre du printemps fait basculer la danse dans le XXe siècle.
Sa carrière tient en
années à peine, selon le portail Histoire des arts du ministère de la Culture et selon Universalis.
Une décennie pour deux scandales, une chorégraphie perdue puis reconstituée soixante‑quatorze ans plus tard, et un nom encore prononcé dans tous les studios de danse.
Qui est Nijinsky, le danseur russe qui a changé le ballet ? 🩰
Vaslav Nijinski est un danseur et chorégraphe russe, né à Kiev en 1889 de parents polonais eux‑mêmes danseurs, et mort à Londres le 8 avril 1950. Il est la figure masculine centrale des Ballets russes de Serge Diaghilev, la compagnie qui bouleverse la scène parisienne à partir de 1909.
Il y danse Le Spectre de la rose, Petrouchka et Le Pavillon d’Armide, puis il chorégraphie, et c’est là que tout se joue.

🖋️ Nijinski ou Nijinsky : quelle orthographe est la bonne ?
Les deux formes désignent la même personne : ce sont deux translittérations d’un même nom russe. Nijinski est la transcription française, celle que retiennent l’Opéra national de Paris, le Centre national de la danse (CN D) et la Bibliothèque nationale de France (BnF). Nijinsky est la forme anglaise, la plus recherchée en ligne.
Aucune des deux graphies n’est fautive, et la famille est d’origine polonaise, ce qui ajoute une couche de transcription au patronyme.
Quand une source écrit Nijinski et une autre Nijinsky, ce n’est pas une erreur : c’est la même personne, transcrite depuis le russe vers le français ou vers l’anglais.
Le réflexe qui fait gagner du temps : lancer les deux recherches, l’une avec chaque graphie. Les catalogues de la BnF et du CND ne renvoient pas les mêmes documents selon la forme utilisée.
📅 Né en 1889 : ce que disent vraiment les sources
Les institutions françaises de référence écrivent une année, sans jour : né à Kiev en 1889. C’est la formulation retenue par l’Opéra national de Paris, par le portail Histoire des arts du ministère de la Culture et par le CND.
La date exacte reste discutée selon les sources et selon le calendrier utilisé, la Russie impériale employant encore l’ancien style à l’époque, et certains documents avancent même 1890. Une année suffit donc !
Comment Nijinski est-il devenu l’étoile des Ballets russes ? 🎭
Par une formation impériale complète, puis par une rencontre : entré en 1898 à l’École impériale de ballet de Saint‑Pétersbourg et engagé au Théâtre Mariinski en 1906, il croise Serge Diaghilev au moment où celui‑ci monte les Ballets russes.
🏫 La formation à l’École impériale de Saint-Pétersbourg
Selon l’Opéra national de Paris, Nijinski entre à l’École impériale de ballet en 1898 puis débute à
ans dans Acis et Galatée de Michel Fokine en 1904.

Il rejoint le Théâtre Mariinski deux ans plus tard, et crée Le Pavillon d’Armide en 1907.
Huit années de formation, donc, avec le maître italien Enrico Cecchetti, dont la méthode structure encore l’enseignement du ballet classique.
Cette virtuosité se construit comme celle d’un sportif suivi par un coach sportif en ligne : par le travail quotidien.
🤝 Le renvoi du Mariinski et le contrat avec Diaghilev
En 1911, Nijinski est renvoyé du Théâtre Mariinski. Le motif tient au costume : il danse Albrecht vêtu d’un costume dessiné par Alexandre Benois, jugé inconvenant par la direction impériale. Il perd sa place, et il gagne sa liberté.
Serge Diaghilev lui propose alors un contrat permanent de soliste aux Ballets russes. Nijinski quitte le répertoire impérial pour une compagnie qui commande ses décors à Léon Bakst et sa musique à Igor Stravinsky ou Claude Debussy.
Le Faune et le Sacre, deux scandales qui font entrer la danse dans le XXe siècle 🔥
Deux créations, deux salles en colère. En 1912 puis en 1913, Nijinski passe de danseur à chorégraphe et provoque des réactions d’une violence inédite, comme le récapitulent les jalons ci‑dessous :
| Année | Création | Lieu | Ce qui fait événement | Source |
|---|---|---|---|---|
| 1912 | L’Après-midi d’un faune | Théâtre du Châtelet, Paris | Première chorégraphie de Nijinski, sur la musique de Debussy ; le geste final déclenche le scandale de presse | BnF Essentiels, CNRS Éditions |
| 1913 | Le Sacre du printemps | Théâtre des Champs-Élysées, Paris | Création le 29 mai, musique de Stravinsky, direction de Pierre Monteux ; vociférations restées légendaires | BnF |
| 1914 | Compagnie du Palace Theatre | Londres | Nijinski fonde sa propre compagnie avec sa sœur Bronislava Nijinska ; accueil froid du public | CN D Magazine |
| 1916 | Till Eulenspiegel | New York | Dernière période créatrice de Nijinski | Opéra national de Paris |
| 1987 | Reconstitution du Sacre | Joffrey Ballet, États-Unis | Première reconstitution, 74 ans après la création, par Kenneth Archer et Millicent Hodson | Recherches en danse n° 12 |
🌿 Pourquoi L’Après-midi d’un faune a-t-il fait scandale en 1912 ?
À cause du geste final : le faune s’allonge sur l’écharpe abandonnée par une nymphe, et une partie de la presse y voit une obscénité. La première a lieu le 29 mai 1912 au théâtre du Châtelet, sur la musique de Claude Debussy, dans des décors et costumes de Léon Bakst.
C’est la première chorégraphie signée Nijinski, rappelle la BnF : une danse angulaire inspirée des bas‑reliefs antiques, aux gestes stylisés et souvent latéraux. Le ballet ne dure même pas dix minutes, et il a demandé deux mois de répétitions au Châtelet, d’après les travaux de Natalia Smirnova publiés par CNRS Éditions !
Le lendemain, le
Gaston Calmette, directeur du Figaro, dénonce un « faune inconvenant » aux « gestes de lourde impudeur ».
Le même jour, dans Le Matin, Auguste Rodin prend sa défense :
Chez Nijinski, le corps tout entier signifie ce que veut l’esprit, et il a la beauté de la fresque antique.
Auguste Rodin, sculpteur, Le Matin, 30 mai 1912 (archives RetroNews / BnF)
⚡ Le Sacre du printemps, l’émeute du 29 mai 1913
Un an plus tard, presque jour pour jour, la salle du Théâtre des Champs‑Élysées se soulève.
Le Sacre du printemps est créé le 29 mai 1913 par les Ballets russes, sur une chorégraphie de Nijinski et une musique d’Igor Stravinsky, sous la direction de Pierre Monteux.
La BnF résume ce qui heurte le public de 1913 :
« Les positions pieds en‑dedans et les sautillements frénétiques de la chorégraphie de Vaslav Nijinski, tout comme le langage orchestral âpre et bannissant la mélodie d’Igor Stravinsky exaspérèrent une partie du public dont les vociférations sont restées légendaires. »
La suite est plus étonnante que l’émeute, cependant !

D’après la revue universitaire Recherches en danse, Le Sacre n’a été représenté que
fois, à Paris et à Londres, avant de disparaître du répertoire.
Une œuvre fondatrice du XXe siècle a tenu l’affiche l’espace de huit soirées !
Le ballet académique repose depuis le XVIIᵉ siècle sur l’en-dehors : hanches ouvertes, pieds tournés vers l’extérieur, silhouette élancée.
Nijinski inverse la règle et fait danser ses interprètes pieds en-dedans, genoux fléchis, buste lourd. Pour le public de 1913, ce n’était pas une maladresse : c’était une provocation adressée à trois siècles de tradition.
📝 Comment retrouve-t-on aujourd’hui une chorégraphie perdue ?
Par la notation, quand elle existe. Nijinski a noté lui‑même L’Après‑midi d’un faune à partir de 1915, dans un système dérivé de la notation Stepanov. Cette partition a été déchiffrée dans les années 1980 par Ann Hutchinson Guest et Claudia Jeschke.
Pour Le Sacre du printemps, aucune source chorégraphique directe n’a survécu. Les reconstitutions s’appuient sur des documents périphériques, comme le rappelle Recherches en danse :
Les photographies d’archives
Dont celles de Waléry, photographe officiel de la saison russe parisienne de 1912
Les critiques de presse
Parues au lendemain des représentations
Les dessins et croquis
Réalisés pendant les spectacles
Les témoignages
Des interprètes et des proches de la compagnie
La première reconstitution du Sacre date de 1987, portée par le Joffrey Ballet avec les chercheurs Kenneth Archer et Millicent Hodson, soixante‑quatorze ans après la création. La partition annotée de Marie Rambert, assistante de Nijinski, compte parmi les documents mobilisés. Cette patience rejoint la méthode d’un coach sportif : décomposer le geste, le comprendre, le refaire.
Londres 1914, la rupture avec Diaghilev 🌍
Au début de 1914, encouragé par le directeur du Palace Theatre de Londres, Nijinski fonde sa propre compagnie, qui comprend sa sœur Bronislava Nijinska. L’aventure tourne court : le public britannique accueille froidement son art.
Le CN D Magazine décrit une occasion manquée. À la même période, ses relations avec Serge Diaghilev se dégradent brutalement et il est exclu des Ballets russes. Il s’est marié avec Romola de Pulszky, ce qui pèse dans la rupture, et leur fille Kyra naît en juillet 1914 à Vienne.
Perdre sa compagnie, son producteur et son public en quelques mois est un choc considérable. Un danseur privé de scène perd son outil de travail, comme un athlète privé de compétition, et traverser cette rupture demande le suivi au long cours qu’un coach sportif bourges propose à ses élèves.
Le retrait de la scène et les années d’hospitalisation 🕯️
La carrière publique de Nijinski s’achève à la fin des années 1910, et il passe ensuite une grande partie de sa vie en établissement de soins.
🎪 La dernière création, puis l’arrêt de la scène
Sa dernière période créatrice s’achève avec Till Eulenspiegel, créé en octobre 1916 à New York, d’après l’Opéra national de Paris. Il cesse de danser en public à la fin des années 1910, à une trentaine d’années à peine.

Au cours de l’hiver 1918‑1919, installé en Suisse avec Romola et leur fille Kyra, il rédige les textes réunis aujourd’hui sous le titre Cahiers : un danseur du début du siècle qui écrit lui‑même, longuement, sur ce qu’il vit.
🏥 Les années suisses et la fin de vie à Londres
À partir de 1919, Nijinski suit plusieurs traitements à l’hôpital psychiatrique de Kreuzlingen, près de Zurich, indique la notice de l’Opéra national de Paris.
Il est donc hospitalisé et traité en établissement psychiatrique pendant une longue partie de sa vie adulte.
Un point mérite d’être posé clairement, parce que la question revient souvent : un diagnostic établi en 1919 ne se lit pas aujourd’hui comme un fait médical stable, les catégories et les traitements ayant changé du tout au tout depuis un siècle. Les sources institutionnelles retiennent les hospitalisations, pas une étiquette.
Vaslav Nijinski meurt à Londres le 8 avril 1950 et il est inhumé au cimetière de Montmartre, à Paris, où sa tombe se visite toujours. Préserver son corps sur la durée reste l’enjeu de toute carrière physique, et c’est le travail quotidien d’un coach sportif angers. L’héritage de Nijinsky tient dans ce paradoxe :
Deux scandales
Huit représentations du Sacre
Une dizaine d’années de scène
Ajoutons aussi une chorégraphie reconstituée trois quarts de siècle plus tard ! Ses Cahiers et les fonds numérisés de la BnF et du CN D donnent un accès direct aux documents.
Sources 📚
- Opéra national de Paris. "Vaslav Nijinski." Opéra national de Paris, https://www.operadeparis.fr/artistes/vaslav-nijinski.
- Bibliothèque nationale de France. "Le Sacre du printemps, symbole de la modernité." BnF, https://www.bnf.fr/fr/le-sacre-du-printemps-symbole-de-la-modernite.
- Universalis, "NIJINSKI VASLAV (1889-1950)". Encyclopædia Universalis, https://www.universalis.fr/encyclopedie/vaslav-nijinski/.
- Bibliothèque nationale de France. "L’Après-midi d’un faune." BnF Essentiels, https://essentiels.bnf.fr/fr/album/c4db725a-c3dc-49fa-ad25-490f971f8e85-apres-midi-un-faune.
- Ancery, Pierre. "L’Après-midi d’un faune : le scandale Nijinski en 1912." RetroNews, le site de presse de la BnF, 31 mai 2018, https://www.retronews.fr/arts/echo-de-presse/2018/05/31/lapres-midi-dun-faune-le-scandale-nijinski-en-1912.
- Smirnova, Natalia. La compagnie des ballets russes. CNRS Éditions, 2009, https://books.openedition.org/editionscnrs/9064.
- Meirelles Parelli, Thais. "Reconstituer Le Sacre du printemps." Recherches en danse, n° 12, 2023, https://journals.openedition.org/danse/6924.
- Centre national de la danse. "Nijinski in London: a missed opportunity." CN D Magazine, https://magazine.cnd.fr/en/posts/165-from-the-vault-nijinski-in-london-a-missed-opportunity.
- Centre national de la danse. "Ann Hutchinson Guest, une vie de notation." CN D, https://www.cnd.fr/fr/page/4303-ann-hutchinson-guest-une-vie-de-notation.
- Ministère de la Culture. "Nijinsky (1889-1950)." Histoire des arts, ressources du musée d’Orsay, https://histoiredesarts.culture.gouv.fr/Toutes-les-ressources/Musee-d-Orsay/Nijinsky-1889-1950.
- Waléry. Prélude à l’Après-midi d’un faune : [Vaslav Nijinsky et Lydia Nelidova]. Photographie, 1912, cote R.180360, https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb39761819x.
- Nijinski, Vaslav. Cahiers. Traduction de Galina Pogogeva-Saint Paul et Christian Dumais-Lvowski, Actes Sud / Babel, 2000, https://actes-sud.fr/cahiers.
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