Pour alléger le texte, j’utiliserai régulièrement l’abréviation FdM pour les Fleurs du Mal et SdP pour le Spleen de Paris. Les poèmes extraits des Fleurs du Mal sont toujours indiqués par leur numéro dans l’édition de 1861.

Parfum exotique

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne,
Je respire l’odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone ;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l’oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l’air et m’enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

Présentation

 Pièce n° 21 (XXI) dans la première édition de 1857, n° 22 (XXII) dans l’édition de 1861, et n° 23 (XXIII) dans l’édition posthume de 1868, elle est placée dans la section Spleen et Idéal et elle appartient sans doute au cycle de Jeanne Duval.

La forme

Sonnet de type français (par opposition au sonnet italien, ou marotique), de structure ABBA ABBA CCD EDE. Les rimes B et C et E sont masculines, les rimes A et D sont féminines.

Fermez les yeux, pour voir ! Cette boutade de mon ophtalmologue s’impose ici. Les images mentales qui se forment dans la chambre noire du cerveau, derrière les paupières closes, vont bien sûr appeler l’inévitable synesthésie (trouble de la perception qui consiste en la manifestation d’une double sensation sous l’influence d’une stimulation unique). Mais en plaquant un terme technique et médical (d’ailleurs contestable ici) sur l’ineffable, en identifiant un phénomène neurologique, on risque de se dispenser de faire l’effort de creuser davantage, et surtout de ressentir. Le potache cherchera d’abord bien sûr une problématique, et expliquera que le parfum de la femme aimée évoque pour le poète des rivages exotiques. Dans le poème en prose Un hémisphère dans une chevelure (SdP – XVII) – poème à mettre en relation avec Parfum exotique, Baudelaire écrit : Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j’entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique. On pensera à Marcel Proust (1871-1922), à la Sonate de Vinteuil (Du côté de chez Swann) ou à la célèbre madeleine de À la recherche du temps perdu qui fait ressurgir dans la mémoire de l’écrivain des lambeaux de son passé à Combray : Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des autres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. Cet édifice immense du souvenir – peut-être quelques jours heureux passés sur l’île Bourbon (aujourd’hui l’île de la Réunion) lors du voyage écourté de 1841 – se retrouve à la fin du poème en prose : Il me semble que je mange des souvenirs. C’est le passé restauré du Parfum :

Charme profond, magique, dont nous grise
Dans le présent le passé restauré !
(Le Parfum – FdM – XXXVIII)

Ce sont les souvenirs enclos dans le parfum qui émane du flacon :

(…)
En ouvrant un coffret venu de l’Orient
Dont la serrure grince et rechigne en criant,

Ou dans une maison déserte quelque armoire
Pleine de l’âcre odeur des temps, poudreuse et noire,
Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient,
D’où jaillit toute vive une âme qui revient.

Mille pensers dormaient, chrysalides funèbres,
Frémissant doucement dans les lourdes ténèbres,
Qui dégagent leur aile et prennent leur essor,
Teintés d’azur, glacés de rose, lamés d’or.
(Le Flacon – FdM – XLVIII)

Mais peut-être faut-il chercher le souvenir ailleurs que dans cette pénitence maritime de 1841, dont Baudelaire n’a, aux dires de Ernest Prarond (1821-1909) pas retenu grand-chose. Et pourquoi pas tout simplement dans cette gravure décrite dans un des poèmes en prose du Spleen de Paris : Au bord de la mer, une belle case en bois, enveloppée de tous ces arbres bizarres et luisants dont j’ai oublié les noms…, dans l’atmosphère, une odeur enivrante, indéfinissable…, dans la case un puissant parfum de rose et de musc…, plus loin, derrière notre petit domaine, des bouts de mâts balancés par la houle…, autour de nous, au-delà de la chambre éclairée d’une lumière rose tamisée par les stores, décorée de nattes fraîches et de fleurs capiteuses, avec de rares sièges d’un rococo portugais, d’un bois lourd et ténébreux (où elle reposerait si calme, si bien éventée, fumant le tabac légèrement opiacé !), au-delà de la varangue, le tapage des oiseaux ivres de lumière, et le jacassement des petites négresses…, et, la nuit, pour servir d’accompagnement à mes songes, le chant plaintif des arbres à musique, des mélancoliques filaos ! Oui, en vérité, c’est bien là le décor que je cherchais (Les Projets – SdP – XXIV)

Parfum exotique paraît simple. Il n’offre rien qu’on ne puisse comprendre à la première lecture, et l’élève restera peut-être longtemps à mordiller son crayon en se demandant ce qu’on peut bien en dire et comment il va pouvoir introduire le mot Spleen que le correcteur attend forcément. Pour moi, qui n’ai pas à rendre de commentaire composé, qui ne suis pas astreint à élaborer un plan avec des sous-parties et qui me soucie de vos affres scolaires comme d’une guigne, je vais prendre d’autres chemins, suivre d’autres intuitions, parfois hasardeuses, je l’admets. Mais après tout, le poème m’appartient autant qu’à vous, et ce que j’y trouve est tout aussi légitime que ce que vous n’y trouvez pas.

Les cinq sens

Ils sont évoqués tout au long du poème – hautement sensuel -, et les élèves s’appliqueront à relever les champs lexicaux (horrible expression) qui leur font référence.

La sensualité n’est pas une vertu chrétienne. La cause la plus ordinaire de la damnation est la sensualité, dit le dictionnaire de Furetière (1619-1688). Force est de reconnaître que celui qui jouit des plaisirs des sens n’est pas en odeur de sainteté, c’est pour rire. La sensualité détourne de Dieu, elle mène à l’hédonisme, à la volupté, au sybaritisme, et aux flammes de l’enfer. Le Cantique des Cantiques, le livre le plus sensuel (et le plus érotique) de la Bible a suscité des centaines d’exégèses expliquant qu’il ne fallait pas le prendre au premier degré, et que ce n’était que l’expression poétique et éthérée de l’amour divin. Les allégories des sens du Moyen Âge associaient souvent le plaisir sensuel au péché. Le genre s’est libéré à la Renaissance, puis au XVIIe siècle et, si les oeuvres recelaient encore des mises en garde contre les excès de jouissances sensuelles, elles célèbraient surtout la sensualité comme un moyen de connaître le monde. Chaque sens était symbolisé par des objets qui s’y rapportent : les miroirs, les tableaux pour la vue, les instruments de musique, les partitions pour l’ouie, les fleurs pour l’odorat, les fruits, les pâtisseries pour le goût, les bourses, les jeux, cartes, échecs, les coffrets, l’argent pour le toucher. On cherchera ces symboles dans cette toile de Jacques Linard (1597-1645) et l’on se demandera, accessoirement, comment les trois pommes peuvent bien tenir en équilibre dans le compotier.

 

Jacques Linard – Allégorie des Cinq Sens, au paysage (Musée des Beaux-Arts – Strasbourg)

La vue, l’ouie, l’odorat, le goût, le toucher, voilà l’ordre dans lequel le gastronome Jean Anthelme Brillat-Savarin (1755-1826) classait les cinq sens (Physiologie du goût – 1825, republié en 1838 avec une préface de Balzac). Brillat-Savarin indiquait même un sixième et dernier sens : le génésique ou amour physique, qui entraîne les sexes l’un vers l’autre, et dont le but est la reproduction de l’espèce. On notera que cette hiérarchie des sens (qui paraît cohérente si l’on se réfère à l’importance des informations que chacun nous livre dans notre vie quotidienne) est l’inverse de celle de leur apparition chez le foetus humain. Vers la 7ème ou la 8ème semaine, c’est le toucher qui se développe le premier. Intimement liés, le goût et l’odorat apparaissent vers la 16ème semaine. L’ouie ne se développe qu’à partir du cinquième mois. La vision est le dernier des sens. Il n’apparaît qu’après la naissance.

Baudelaire est un hypersensible olfactif – les médecins parleront d’hyperosmie. Parmi toutes les sensations qui mettent en vibration l’imagination du poète, ce sont les odeurs et les parfums qui prennent le pas sur les autres. On trouve cette confession dans l’un de ses journaux intimes : Le goût précoce des femmes. Je confondais l’odeur de la fourrure avec l’odeur de la femme. Je me souviens… (Journaux intimes – Fusées). Si son développement extrême est indispensable à la survie des espèces dans la vie sauvage, l’odorat est l’un des sens les moins sollicités dans la vie moderne. Le médecin et chirurgien François Joseph Victor Broussais (1772-1838) écrivait dans son Traité de physiologie appliquée à la pathologie (tome 1, paris 1834) : Il [l’odorat] fournit peu de matériaux à l’intelligence, puisque nous n’en tirons pas des idées claires, et que notre mémoire ne saurait nous les retracer comme celles qui nous sont fournies par les trois premiers sens. Aussi ne pouvons-nous transmettre ces idées à nos semblables. On reconnaît une odeur que l’on a déjà sentie ; mais lorsque le corps qui en est la source se trouve absent, nous faisons de vains efforts, soit pour nous la retracer, soit par la faire naître chez les autres par la voie du langage ou par celle des caractères. Mais c’est justement cette absence d’idées claires qui fait de l’odorat un sens éminemment suggestif et doté d’un fort pouvoir émotionnel. C’est l’idée que développe Havelock Ellis (1859-1939), l’un des fondateurs de la sexologie, dans son Études de psychologie sexuelle : Le caractère spécial le plus important des images olfactives paraît être conditionné par le fait qu’elles sont d’un caractère intermédiaire entre celles du toucher ou du goût et celles de la vue ou de l’ouïe, qu’elles possèdent beaucoup du caractère vague des premières et quelque chose de la richesse et de la variété des dernières. D’un point de vue esthétique aussi, elles occupent une position intermédiaire entre les sens inférieurs et les sens supérieurs. Elles offrent en même temps moins d’utilité pratique qu’aucun de ces deux groupes de sens. Elles nous fournissent beaucoup de ce qu’on pourrait appeler des sensations secondaires, qui sont d’une utilité pratique minime, mais qui se mélangent inévitablement et intimement avec les expériences de la vie par l’association, et qui acquièrent ainsi une importance émotionnelle devenant souvent très considérable. Il est possible que leur force émotionnelle se rapporte au fait que leur siège anatomique est la partie la plus ancienne du cerveau.

On trouvera une illustration de cette force émotionnelle dans le premier roman de l’écrivain allemand Patrick Süskind (né en 1949), Le Parfum, histoire d’un meurtrier (1985), livre qui fut unaniment salué par la critique et adapté à l’écran. J’en extrais cette phrase que n’aurait pas désavouée Baudelaire : Il y a une évidence du parfum qui est plus convaincante que les mots, que l’apparence visuelle, que le sentiment et que la volonté. L’évidence du parfum possède une conviction irrésistible, elle pénètre en nous comme dans nos poumons l’air que nous respirons, elle nous emplit, nous remplit complètement, il n’y a pas moyen de se défendre contre elle.

Les quatre éléments

Le philosophe Empédocle (environ 490 – 435 av. J.C.) les avait identifiés dès l’Antiquité. Aristote (384 – 322 av. J.C.) les compléta par les quatre qualités élémentales (le chaud, le froid, le sec et l’humide). Le feu, l’eau, l’air, la terre sont les principes fondamentaux qui composent toutes les substances de l’univers. On les retrouvera cachés dans le poème : le premier quatrain évoque le feu, (la chaleur, le soleil), le deuxième est axé sur la terre (l’île, les arbres, l’homme, la femme). Le port et la vague marine du premier tercet nous aiguillent vers l’eau, tandis que l’air qui enfle la narine et véhicule le parfum des tamariniers et le chant des mariniers est au centre du deuxième tercet.

Ainsi, Baudelaire met l’univers entier dans son poème, comme le faisaient les peintres de l’époque classique dans leurs allégories des quatre éléments. Tout le cosmos est contenu dans le sonnet, comme il l’est dans ce tableau du peintre alsacien Sébastien Stoskopff (1597-1657) qui, même s’il ne porte pas le titre d’allégorie, fait clairement références aux quatre éléments, qu’on s’amusera à déchiffrer :

 

Sébastien Stoskopff – Baquet avec carpe, brasero avec artichaut et piverts
Kunstmuseum – Bâle

La création du monde

La cosmogonie a pour objet l’étude des théories de la naissance de l’univers. Des Égyptiens aux Mayas, des Grecs aux Indous, toutes les civilisations ont créé mythes et légendes pour expliquer la création de l’univers. Dans la civilisation judéo-chrétienne, l’explication poétique de la création du monde se trouve dans la Genèse, le premier livre du Pentateuque, inscrit dans la Bible et dans la Torah.
Les deux premiers quatrains du poème m’évoquent irrésistiblement les étapes de la Genèse. Du magma d’un monde en chaos émergent peu à peu un soleil, un rivage, une île (séparation de l’eau et de la terre), des arbres et des fruits, puis l’homme et la femme. Nous sommes dans le Paradis terrestre, dans le Jardin des délices, dans cet éden où l’homme et sa femme étaient tous deux nus, et ils n’en avaient point honte.
Mais le péché originel a chassé Adam et Ève du paradis terrestre, avec deux terribles malédictions : Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front, et Tu enfanteras dans la souffrance. Je pressens cette rupture à la moitié du poème, entre les deux quatrains et les deux tercets. C’est dans cet espace que fut consommé le péché originel, qui entraîna l’homme dans une chute depuis l’île heureuse, paresseuse, sincère et naïve à la dure réalité des navires construits à la sueur des fronts, qui évoquent les activités humaines, les impératifs du commerce, des échanges, la civilisation opposée à l’état de nature. L’île paresseuse donne, les hommes vendent.

Rêve ou rêverie ? Le rêve est lié au sommeil, la rêverie à l’état de veille. Pourtant, qu’il dorme ou qu’il soit éveillé, on appellera rêveur celui qui s’y adonne (même si l’on peut utiliser le verbe rêvasser, penser d’une manière vague). Pour moi, qui rêvasse (comme tout le monde) des dizaines de fois chaque jour, devant un film qui ne m’intéresse pas plus que ça, en écoutant de la musique, au milieu d’une conversation qui m’ennuie, je me rends compte de la difficulté qu’il y a à cerner et à définir ces moments fugitifs où la conscience s’avachit, où l’attention se relâche, se délite, s’échappe et se résout en quelque chose d’indéfinissable, intermédiaire entre l’image et l’idée, l’état de rêverie. Tous les élèves connaissent ces périodes où la voix du professeur s’éloigne, où les mots perdent peu à peu leur sens et finissent par se mêler en une pâte sonore lointaine et familière, en un ronron d’autant plus agréable qu’il est dénué de sens. C’est le moment où l’esprit se met à vagabonder sur les chemins de la conscience buissonnière, où les images mentales, les idées, les sensations s’enchaînent de manière anarchique. Cette rêverie s’accompagne d’un bien-être. Le rêveur et sa rêverie entrent corps et âme dans la substance du bonheur, écrivait le philosophe Gaston Bachelard (1884-1962) dans La poétique du rêve (PUF, 1960). Mais il suffit d’un éclat de voix pour que la rêverie se brise. Vous rêvez ! lance sèchement le professeur. Les mots reprennent un sens, les murs de la classe se reconstruisent, et l’oiseau redevient porte-plume, voir la Page d’écriture de Jacques Prévert (1900-1977) . Il y a pour Gaston Bachelard une distinction fondamentale entre rêve et rêverie. Une rêverie, à la différence du rêve, ne se raconte pas. Pour la communiquer, il faut l’écrire, l’écrire avec émotion, avec goût, en la revivant d’autant mieux qu’on la récrit. C’est l’opinion du littéraire. D’autres diront qu’il faut la mettre en musique ou en images, et qu’au-delà des mots, on peut la communiquer avec des notes ou des couleurs. Qu’on en juge avec la célébrissime Rêverie du compositeur allemand Robert Schumann (1810-1856), extraite des Scènes d’enfants pour piano :

Rêverie de Schumann

En mettant en parallèle la Rêverie de Schumann et celle de Baudelaire, je touche le coeur d’une contradiction que Bachelard soulignait dans son livre : une conscience qui diminue, une conscience qui s’endort, une conscience qui rêvasse n’est déjà plus une conscience. La rêverie nous met sur la mauvaise pente, sur la pente qui descend. En effet, pour communiquer cette suite d’images incohérentes, cette rêvasserie molle, sans structure et sans logique, ces sensations filandreuses et fugitives, il serait logique d’user de formes relâchées, elles-mêmes dénuées de structure et de logique. Mais, paradoxalement, le poète autant que le musicien utilisent les supports les plus structurés qui soient : le sonnet pour Baudelaire, le sonnet rigoureux, contraignant, qui exige l’attention soutenue d’un long travail d’orfèvre, et la pièce à quatre voix chez Schumann, parfaite en sa construction savante et en sa concision. Le mot qui va tout sauver et inverser le sens de la pente c’est, pour Bachelard, le mot poétique. La rêverie de Baudelaire est une rêverie poétique, une rêverie que la poésie met sur la bonne pente, (…) un rêverie en action, où les images se composent et s’ordonnent. Ce sera là la vraie problématique, bien plus riche que comment le parfum de la femme aimée évoque pour le poète des rivages exotiques. Comment Baudelaire nous transmet-il des sensations vagues et des rêveries informes par le moyen d’une forme rigoureuse et maîtrisée ? Il n’est pas inutile de le rappeler, Baudelaire n’est pas un homme qui rêve (pour produire accessoirement des sujets de dissertations pour le bac français), c’est un artiste lucide qui travaille, un artisan du verbe confronté aux mots, à leurs sonorités, à leur sens, à leur rythme, c’est un poète qui doit résoudre d’innombrables difficultés techniques pour produire – non pas des épanchements ou des rêveries, mais – d’abord et avant tout des objets poétiques, des oeuvres d’art. Baudelaire n’est pas un homme qui rêvasse. C’est un poète qui écrit…

Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.
(Le Soleil – FdM – LXXXVII)

Le titre : Le parfum, nous dit Littré, est une odeur aromatique agréable qui s’exhale comme une fumée, comme une vapeur, d’un corps odoriférant. On gardera en mémoire l’étymologie latine du mot : per fumare, ce qui se répand à travers l’espace comme une fumée. On peut aisément imaginer quelle est cette senteur. On la découvrira parmi les parfums corrompus, riches et triomphants, les parfums créés par l’industrie humaine, cités dans le poème Correspondances (FdM – IV), l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens. À moins qu’on ne le découvre parmi ceux-ci : Bois des Îles de Chanel, Fidji de Guy Laroche, Byzance ou Macassar de Rochas, Nuits indiennes de Jean-Louis Scherrer, Opium de Yves-Saint-Laurent, Ébène de Pierre Balmain, Jaïpur de Boucheron, Jungle Elephant de Kenzo, Une nuit étoilée au Bengale de Baccarat, Panthère de Cartier… On le voit, l’exotisme est encore porteur de rêves et fait toujours vendre des fragrances. Est exotique ce qui n’est pas naturel au pays nous dit encore Littré. C’est le là-bas indéfini de l’Invitation au voyage (FdM – LIII), cet ailleurs que Baudelaire idéalise et où il n’ira jamais. Le mot induit également une idée de rareté, donc de cherté. Bois précieux, étoffes soyeuses ou épices rares, il faut payer le voyage…

Le texte : Quand, les deux yeux fermés : Ajouter le toucher à la vue, quand on a assez de ses yeux c’est à deux chevaux, qui sont déjà fort vifs, en atteler un troisième en arbalète qui tire d’un côté, tandis que les autres tirent de l’autre (Denis Diderot (1713-1784) – Lettre sur les aveugles). Les scientifiques ont démontré que la perte d’un sens ne se compense pas par une plus grande acuité des autres, mais il paraît évident qu’occulter momentanément un sens permet de mieux se concentrer sur les autres. Les mélomanes qui ferment les yeux pour mieux goûter la musique me comprendront. Les autres devraient essayer.

en un soir chaud d’automne : le soir est un moment de transition, le moment où l’on est dans le demi-jour (ou dans la semi-obscurité). C’est le crépuscule (du latin creperus, douteux, incertain). L’automne est également une saison de transition, entre la chaleur de l’été et la froidure de l’hiver (on parle souvent de demi-saison). Demi-jour, demi-saison, demi-sommeil : Si l’on pressent la tiédeur qui caractérise les belles soirées d’automne, sensation entre le chaud et le froid, on constate que toutes les conditions sont réunies pour l’engourdissement, la torpeur, ce moment qui précède l’endormissement où tous les muscles se relâchent et où le cerveau, perdant peu à peu sa lucidité, commence à vagabonder sur les pentes du pays des rêves.

Je respire l’odeur de ton sein chaleureux : Le sein est un attribut féminin ambivalent. Objet érotique, objet de désir, – dans notre civilisation, du moins – mais aussi symbole maternel, source d’où coule la nourriture et la vie. M’accusera-t-on de faire de la psychanalyse de bazar si je dis que je trouve dans le début du poème une régression infantile, et pourquoi pas, une régression intra-utérine ? Parmi tous les sens du mot sein, Littré donne aussi celui-ci : Le siége de la conception, l’endroit où les femmes portent l’enfant, et également : Ce qui cache, enferme, recèle. On sait que les nourrissons reconnaissent d’abord leur mère par l’odeur avant de la reconnaître par la vue. En sollicitant un sens inférieur, primitif, archaïque, l’un des premiers sens développés chez l’embryon, en fermant les yeux, le poète baigné dans la tiédeur n’est-il pas semblable au foetus doucement bercé dans le liquide amniotique dont il perçoit le goût et le parfum ?

Un des derniers plans du film 2001, Odyssée de l’Espace, de Stanley Kubrick

Et je retrouve l’écho de ces vers inspirés par la poitrine de Louchette, la petite prostituée juive :

Et pourtant, me traînant chaque nuit sur son corps,
Ainsi qu’un nouveau-né, je la tette et la mords
(Je n’ai pas pour maîtresse une lionne illustre – Poème posthume)

Je vois se dérouler des rivages heureux : Dans ce poème immobile, où les seuls mouvements perceptibles sont la respiration du rêveur et le balancement des bateaux dans le port, ces rivages ne sont pourtant pas ceux d’une carte postale, image fixe d’une plage paradisiaque bordée de cocotiers, coquillages et crustacés. Le verbe se déroule nous place dans le mouvement, dans ce que les cinéastes appellent un plan panoramique. C’est la vision du voyageur découvrant l’île depuis le pont du navire. Comment alors ne pas nous souvenir des vers d’Apollinaire (1880-1919) :

Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir
(Guillaume Apollinaire – La Chanson du mal aimé)

Et nous touchons là un nouveau paradoxe, ou une nouvelle problématique pour parler le langage d’aujourd’hui. Le parfum ne rapproche pas le poète de la femme aimée. Bien au contraire, il l’en éloigne. Il l’entraîne vers d’autres pays, vers d’autres temps, vers d’autres femmes. Loin d’être un élément fusionnel, il est l’élément de disjonction. Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j’entends dans tes cheveux ! écrit Baudelaire dans le poème en prose (Un hémisphère dans une chevelure – SdP – XVII). Si je dis à la femme aimée : Tout ce que j’aime en toi, c’est tout ce qui m’entraîne loin de toi, prendra-t-elle cela comme un hommage ou une déclaration d’amour ?

Une île paresseuse  : Bien sûr, une île n’est pas paresseuse. Vous chercherez le nom de la figure de style qui consiste à attribuer des propriétés humaines à un animal ou à une chose, et vous vous empresserez de l’oublier, ça n’a pas un grand intérêt. Combien plus passionnantes, en revanche, sont les résonances que cette île exotique fait naître chez le lecteur ! Depuis l’Antiquité, l’île recèle une forte charge émotionnelle, mythologique, symbolique et philosophique. Elle est perçue dans l’inconscient collectif comme un microcosme, un monde en réduction, une mise en abyme de la terre au milieu de la mer. Robinson Crusoé explorant son île accomplit, à l’échelle individuelle, la grande marche de l’humanité explorant le monde. Monde clos, difficilement accessible, donc protégé, abrité, intact. C’est un sanctuaire qui n’a pas été profané par la civilisation. On peut la considérer comme un musée, un conservatoire, un lieu préservé où subsistent des espèces venues de la nuit des temps (voir l’Île du Crâne dans le King Kong d’Edgar Wallace – 1875-1932) et des hommes qui n’ont pas encore été dé-naturés. L’île heureuse, paresseuse, l’île qui donne, c’est bien sûr l’image du paradis terrestre, de l’Eden avant la chute originelle, au temps où l’homme n’avait pas encore à gagner son pain à la sueur de son front. Le Robinson de Michel Tournier (Robinson ou les limbes du Pacifique) refusera d’ailleurs de quitter son île et de revenir dans un monde d’usure, de poussière et de ruines. Mais je veux aller plus loin, au risque de me fourvoyer. Je pressens là une autre régression, une autre quête de la Vie antérieure (FdM – XII), et cette recherche personnelle d’un retour à une vie intra-utérine s’accompagne d’une recherche plus collective d’un retour à la vie originelle, à la vie d’avant le péché. Et ces deux quêtes sont, finalement, complémentaires, voire confondues. Toute île est le centre du monde. Elle en est même le nombril. Te Pito o te Henúa, le nombril du monde, c’est, paraît-il, le nom que donnent les habitants de l’île de Pâques à leur île. Le parfum, cordon ombilical qui relie le poète à ses deux mères, la femme et la terre.

où la nature donne / Des arbres singuliers et des fruits savoureux ; L’Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal (Genèse, II, 9). Époque bénie d’avant la malédiction du Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. L’argent, et ses corollaires, l’avidité, la corruption, l’avarice, sont encore inconnus des hommes. Cybèle, la mère nature, désintéressée, fait à ses enfants l’offrande de ses trésors les plus précieux.

Des hommes dont le corps est mince et vigoureux, / Et des femmes dont l’oeil par sa franchise étonne. Ce corps naturel, la noble machine (J’aime le souvenir de ces époques nues – FdM – V) de l’homme sauvage s’oppose au corps avachi, dénaturé par le vice, les excès, la paresse, de l’homme civil.

Ô ridicules troncs ! torses dignes des masques !
Ô pauvres corps tordus, maigres, ventrus ou flasques,
Que le dieu de l’Utile, implacable et serein,
Enfants, emmaillota dans ses langes d’airain !
(J’aime le souvenir de ces époques nues – FdM – V)

Ces corps intacts, qui n’ont pas été déformés par le dieu de l’Utile, l’implacable divinité de la civilisation, il faut bien sûr les les imaginer nus, comme Adam et Éve dans le Jardin des délices. Me reviennent en mémoire ces vers de Léopold Sédar Senghor (1906-2001), le poète et homme politique sénégalais :

Femme nue, femme noire
Vétue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
(Léopold Sédar Senghor – Femme noire)

Chaste nudité de la femme noire dans le paradis terrestre, opposée à la vicieuse impudeur de la femme blanche dans les paradis articifiels, de la foemina simplex, la pure femelle de la Satire VI de Juvénal (fin 1er siècle, début 2ème siècle) , qu’évoque Baudelaire à propos des aquarelles du peintre Constantin Guys (1802-1892) : Tantôt nous voyons se dessiner, sur le fond d’une atmosphère où l’alcool et le tabac ont mêlé leurs vapeurs, la maigreur enflammée de la phtisie ou les rondeurs de l’adiposité, cette hideuse santé de la fainéantise. Dans un chaos brumeux et doré, non soupçonné par les chastetés indigentes, s’agitent et se convulsent des nymphes macabres et des poupées vivantes dont l’oeil enfantin laisse échapper une clarté sinistre ; cependant que derrière un comptoir chargé de bouteilles de liqueurs se prélasse une grosse mégère dont la tête, serrée dans un sale foulard qui dessine sur le mur l’ombre de ses pointes sataniques, fait penser que tout ce qui est voué au Mal est condamné à porter des cornes. (Le peintre de la vie moderne – Le Figaro des 26 et 29 novembre et 3 décembre 1863).

Aux antipodes de ce lupanar, combien plus simple, vertueuse et naïve est l’existence de Paul et Virginie vivant comme les bons sauvages dans leur île de France (aujourd’hui l’île Maurice), dans le sein bienveillant de l’immense nature tutélaire : Ils ne s’inquiétaient pas de ce qui s’était passé dans des temps reculés et loin d’eux ; leur curiosité ne s’étendait pas au-delà de cette montagne. Ils croyaient que le monde finissait où finissait leur île ; et ils n’imaginaient rien d’aimable où ils n’étaient pas. (…) Jamais des sciences inutiles n’avaient fait couler leurs larmes ; jamais les leçons d’une triste morale ne les avaient remplis d’ennui. Ils ne savaient pas qu’il ne faut pas dérober, tout chez eux étant commun  ; ni être intempérant, ayant à discrétion des mets simples ; ni menteur, n’ayant aucune vérité à dissimuler. On ne les avait jamais effrayés en leur disant que Dieu réserve des punitions terribles aux enfants ingrats (Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814) – Paul et Virginie)

Henri Pierre Léon Pharamond Blanchard (1805-1873) – Paul et Virginie (1844)
Collection privée

Les rivages de l’île se déroulaient en donnant la notion du mouvement. Mais comme les arbres singuliers, l’homme et la femme, dans la chaleur accablante des tropiques, sont immobiles, du moins c’est ainsi que je les imagine, conforté par la rareté des verbes et leur faible pouvoir dynamique : (Je respire > Je vois se dérouler > Je vois…) Immobiles, c’est ainsi que les voyait l’écrivain Pierre Loti (1850-1923) : Destinées mytérieuses que celle de ces peuplades polynésiennes, qui semblent les restes oubliés de races primitives ; qui vivent là-bas d’immobilité et de contemplation, qui s’éteignent tout doucement au contact des races civilisées, et qu’un siècle prochain trouvera probablement disparues. (Pierre Loti – Le mariage de Loti – Paris, 1880). C’est ainsi que les voyait le peintre Paul Gauguin (1848-1903) : Figures animales d’une rigidité statuaire : je ne sais quoi d’ancien, d’auguste, religieux dans le rythme de leur geste, dans leur immobilité rare. (Lettre a Andre Fontanas – Mars 1899). Et je pense aux Marquises, la chanson de Jacques Brel (1929-1978) :

Et par manque de brise le temps s’immobilise
Aux Marquises

Paul Gauguin – Deux tahitiennes – Metropolitan Museum – New York

Guidé par ton odeur vers de charmants climats : Jean-Baptiste Grenouille, le héros du roman de Patrick Süskind (Le Parfum, op. cit) sera lui aussi victime du charme magique du parfum : il soupçonnait que ce n’était pas lui qui suivait le parfum, mais que c’était le parfum qui l’avait fait captif et l’attirait à présent vers lui ; irrésistiblement. C’est bien dans ce sens d’enchanteur, d’ensorceleur, qu’il faut entendre l’adjectif charmant, et ce serait l’affaiblir beaucoup que de lui donner le sens un peu mièvre de plaisant, agréable, séduisant qui nous lui prêtons aujourd’hui. L’odeur irrésistible qui conduit le poète à l’île paradisiaque pourra évoquer le chant des sirènes qui précipitaient les marins désorientés sur les récifs qui fracassaient leur navire. Mais je préfère suivre l’idée du fil conducteur, du fil d’Ariane qui permit à Thésée de retrouver son chemin dans le dédale de l’île de Crète. Et ce fil d’Ariane me conduit bien sûr à l’idée du labyrinthe, élément indissociable de l’île. Le parfum est le fil d’Ariane qui permet au poète aveugle (les deux yeux fermés) de retrouver son chemin dans le labyrinthe des souvenirs, des images mentales, des sensations. Certes, le parfum éloigne le poète de la femme aimée, mais il reste lié à elle par un fragile fil d’Ariane, ou par quelque impalpable cordon ombilical.

Je vois un port rempli de voiles et de mâts / Encor tout fatigués par la vague marine : Baudelaire aime les ports et se plaît à contempler les vaisseaux qui s’y balancent. Il explique ce goût dans le poème en prose Le port (SdP – XLI) : Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l’âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n’a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s’enrichir. Mais ces vaisseaux contiennent une menace implicite. Ils représentent l’intrusion de la civilisation, guidée par le dieu de l’Utile, et par le dieu de l’argent. Là où la nature offrait généreusement tous ses trésors, sans contrepartie, il faut désormais payer. Les bateaux impliquent les échanges commerciaux, les activités humaines, les maladies, les vices. Ils font pressentir le monde d’usure, de poussière et de ruines du Robinson ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier (op.cit.). Pour l’île paradisiaque, ce sera peut-être l’arrivée des missionnaires venus évangéliser les bons sauvages et imposer le port du pagne pour couvrir les innocentes nudités, ce sera peut-être les conquistadors venus chercher l’or, piller les richesses et exterminer les indigènes, ou les négriers venus chercher des esclaves.

Pendant que le parfum des verts tamariniers, / Qui circule dans l’air et m’enfle la narine, / Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

Stéphane Mallarmé (1842-1898) s’est-il souvenu des deux derniers tercets de Parfum exotique lorsqu’il a écrit son sonnet Brise marine ?

Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !

Les bateaux du tercet précédent nous suggéraient l’artisanat. Le chant des mariniers (le dernier des sens évoqués) nous hisse au niveau supérieur, celui de l’art, l’art qui transfigure la nature et qui fait de l’homme un égal de Dieu. Néanmoins, mon oreille de musicien détecte une faiblesse dans ce tercet, presque une faute de composition. Faire rimer tamariniers avec mariniers n’est pas très heureux. Trop riche, la rime tombe à plat, elle me déçoit comme une octave directe dans un devoir d’harmonie. Mais ce n’est que mon avis.

De la musique :

Parfum exotique a été mis en musique par le compositeur Gustave Charpentier (1860-1956). À ma connaissance, cette mélodie est indisponible en disque.

Le poème a également inspiré un prélude pour piano du compositeur français Florent Schmitt – 1870-1956 – (N° 5 de la suite Soirs opus 5). Cette page fut ensuite orchestrée par le compositeur.

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Clément M

Freelancer et pilote, j'espère atteindre la sagesse en partageant le savoir que j'ai acquis lors de mes voyages au volant de ma berline. Curieux scientifique, ma soif de découverte n'a d'égale que la durée de demie-vie du bismuth 209.

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