Aucun parlement ne vote les lois de la planète, aucune police ne vient arrêter un État. Et pourtant, le droit international public existe, il produit des règles contraignantes, et un juge en applique certaines à La Haye. C’est cette tension qui rend la matière passionnante à étudier, et un peu déroutante quand tu la découvres.

Un chiffre le résume : au 1ᵉʳ juin 2023, 75 États seulement avaient accepté à l’avance la juridiction obligatoire de la Cour internationale de justice, sur 193 États Membres de l’Organisation des Nations unies. Un juge dont on choisit de dépendre : c’est le point de départ de tout raisonnement sérieux sur cette discipline.

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C'est parti

C’est quoi le droit international ? 🏛️

La définition à retenir tient en une phrase : le droit international public est l’ensemble des normes juridiques qui régissent les rapports entre les États et les organisations internationales. Contrairement au droit interne, où un législateur impose ses normes à des sujets subordonnés, ces normes s’élaborent entre entités souveraines qui sont à la fois les auteurs et les destinataires des règles.

Dans cette société internationale horizontale, personne ne commande d’en haut. Les États :

Consentent

Négocient

Ratifient

La Cour internationale de justice, organe judiciaire principal de l’Organisation des Nations unies, le formule ainsi dans sa foire aux questions : « Seuls les États ont qualité pour se présenter devant la Cour dans le cadre de la procédure contentieuse ». Une entreprise ou un particulier n’y ont donc pas accès, et cette Cour n’est pas une juridiction pénale.

Multiples drapeaux de tous les pays etendus
Les sources du droit international sont énumérées à l’article 38 du Statut de la Cour internationale de justice.
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Le bon réflexe : ne confonds pas CIJ et CPI

La Cour internationale de justice (CIJ) juge des différends entre États. La Cour pénale internationale (CPI) juge des individus pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Les deux siègent à La Haye : c’est de là que vient la confusion, et c’est une erreur qui coûte cher en copie.

Quels sont les deux types de droit international ? ⚖️

On distingue :

Type n°1

Le droit international public

Type n°2

Le droit international privé

Les deux branches partagent l’adjectif « international », mais leur définition diffère sur l’essentiel. Le critère de partage le plus opératoire tient à deux questions :

Qui sont les sujets concernés ?

Devant quel juge l’affaire se plaide ?

🌍 Le droit international public

Ses sujets sont les États et les organisations internationales. Il régit :

Élément n°1

Les relations diplomatiques

Élément n°2

Les traités

Élément n°3

Le recours à la force

Élément n°4

Les droits de l’homme

Élément n°5

Le droit international humanitaire

Élément n°6

La délimitation des espaces maritimes

Le contentieux relève de juridictions internationales, au premier rang desquelles la Cour, ouverte aux seuls États. D’autres cours et tribunaux internationaux complètent ce paysage, comme le Tribunal international du droit de la mer pour les espaces maritimes.

📄 Le droit international privé

Ses sujets sont des personnes privées dans une situation comportant un élément d’extranéité, tel que :

Un mariage franco-brésilien

Un contrat entre une société lyonnaise et un fournisseur coréen

Deux questions se posent alors, le conflit de lois (quelle loi s’applique ?) et le conflit de juridictions (quel tribunal est compétent ?). Ces litiges se plaident devant les juges nationaux.

CritèreDroit international publicDroit international privé
SujetsÉtats et organisations internationalesPersonnes privées, physiques ou morales
ObjetTraités, souveraineté, recours à la force, droits de l’hommeConflits de lois et de juridictions, élément d’extranéité
Juge compétentJuridictions internationales, dont la Cour internationale de justiceJuges nationaux de l’un des États concernés
Sources principalesConventions, coutume, principes généraux de droitRègles nationales de rattachement, conventions et règlements applicables
ExempleUn différend frontalier porté par deux États devant la CourUn divorce entre deux époux de nationalités différentes

Quelles sont les sources du droit international public ? 📜

Les sources du droit international public sont énumérées par l’article 38 du Statut de la Cour internationale de justice, texte de 1945 toujours en vigueur. La référence à connaître par cœur : quatre éléments, dans cet ordre, dont le quatrième n’a pas le même statut que les trois premiers.

✍️ Les conventions internationales

Ce sont les traités, source écrite et première du système. L’article 38 vise « les conventions internationales, soit générales, soit spéciales, établissant des règles expressément reconnues par les Etats en litige ». Le mot décisif est « reconnues » : un traité n’engage que les États qui l’ont accepté, qu’il soit bilatéral ou quasi universel comme la Charte des Nations unies.

🔁 La coutume internationale

Le texte vise « la coutume internationale comme preuve d’une pratique générale acceptée comme étant le droit ». Deux ingrédients :

Ingrédient n°1

Une pratique répétée des États

Ingrédient n°2

La conviction qu’elle est juridiquement obligatoire

Contrairement au traité, la coutume s’impose sans signature.

Sais-tu ce qu'est l'extinction des obligations ?

🧭 Les principes généraux et les moyens auxiliaires

La troisième source, « les principes généraux de droit reconnus par les nations civilisées », reprend des règles communes aux grands systèmes juridiques nationaux.

L’expression « nations civilisées » appartient au texte de 1945 : datée et critiquée, elle se cite comme citation historique, jamais à son compte. Vient enfin, « sous réserve de la disposition de l’Article 59 », une quatrième catégorie : « les décisions judiciaires et la doctrine des publicistes les plus qualifiés des différentes nations, comme moyen auxiliaire de détermination des règles de droit ».

Une remarque de méthode : cette liste de 1945 ne mentionne pas les actes unilatéraux des organisations internationales, alors que ces actes produisent aujourd’hui une part importante des normes applicables aux États, à commencer par les résolutions du Conseil de sécurité.

On parle donc de sources non prévues par l’article 38, et non d’une hiérarchie des normes comparable à celle du droit interne : en droit international, il n’existe pas de pyramide unique où chaque acte tirerait sa validité de l’acte placé au-dessus de lui.

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Trois sources principales, un moyen auxiliaire

L’erreur la plus fréquente en dissertation consiste à mettre les quatre litteras de l’article 38 sur le même plan.

Traité, coutume et principes généraux créent la règle. Jurisprudence et doctrine servent, selon les mots mêmes du Statut, de moyen auxiliaire de détermination des règles de droit. Écrire cette hiérarchie noir sur blanc te fait gagner des points.

Es-tu au point sur le foyer fiscal ?

Le droit international est-il vraiment du droit ? 🤔

Oui, mais dans une société internationale dont l’institutionnalisation reste incomplète. Les règles existent et obligent, le juge rend des arrêts qui s’imposent aux parties. Ce qui manque, c’est l’architecture qui entoure le droit interne :

Élément n°1

Un législateur unique qui édicte les normes

Élément n°2

Un juge automatiquement compétent

Élément n°3

Une force publique chargée de l’exécution

Tout n’y est pas réglé d’avance : chaque litige suppose d’abord de vérifier par quel acte les États ont accepté d’être liés.

🎯 Un juge dont la compétence se choisit

Attention à une confusion répandue : les arrêts de la Cour sont bel et bien contraignants, elle l’écrit elle-même. La faiblesse se situe en amont. Pour qu’un différend soit tranché, encore faut-il que la Cour puisse en connaître, ce qui suppose le consentement des États.

La Cour ne peut connaître d’un différend qu’à la demande d’un ou de plusieurs Etats. Elle ne peut se saisir d’office d’un litige. Il faut en outre que les Etats en cause aient accès à la Cour et aient accepté sa compétence.

Cour internationale de justice, Questions fréquemment posées

Tous les États Membres de l’Organisation des Nations unies sont parties au Statut de la Cour. Mais accepter sa juridiction à l’avance, sans accord spécial à chaque litige, suppose une déclaration au titre de la clause facultative de juridiction obligatoire (article 36 § 2 du Statut). Or ces déclarations en vigueur étaient au nombre de 75 sur la page de la Cour datée du 1ᵉʳ juin 2023, quand l’Organisation compte 193 États Membres : moins de deux sur cinq.

Déclarations d’acceptation de la juridiction obligatoire de la CIJ

75

États sur les 193 Membres de l’ONU, au 1ᵉʳ juin 2023 (Source : Cour internationale de justice)

🛡️ Un droit sans force exécutive centralisée

La seconde faiblesse se joue en aval, au moment d’exécuter. La Charte des Nations unies pose pourtant l’une des règles les plus fermes du système à son article 2 § 4 : « Les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies ».

Trois paragraphes plus loin, le même chapitre I de la Charteréserve la souveraineté :« Aucune disposition de la présente Charte n’autorise les Nations Unies à intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un Etat […] toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte à l’application des mesures de coercition prévues au Chapitre VII ».

Tout tient dans cette réserve : la contrainte existe, mais elle passe par le Conseil de sécurité, donc par l’accord de ses membres permanents. La sanction est réelle, et elle est politique. À défaut, les États disposent de mécanismes décentralisés :

Mécanisme décentralisé n°1

Négociation

Mécanisme décentralisé n°2

Médiation

Mécanisme décentralisé n°3

Arbitrage

Mécanisme décentralisé n°4

Contre-mesures proportionnées

Mécanisme décentralisé n°5

Engagement de la responsabilité internationale de l’auteur du fait illicite

Maîtrises-tu le droit du lotissement en urbanisme ?

Quels sont les métiers du droit international public ? 🎓

Les débouchés se répartissent en trois familles :

Les institutions internationales (la Cour internationale de justice et l’Organisation des Nations unies)

juristes, conseillers juridiques et traducteurs spécialisés

Les administrations

diplomates et juristes de conventions des ministères des Affaires étrangères

Le secteur privé et associatif

cabinets d’avocats, entreprises exportatrices, organisations non gouvernementales

Le parcours passe par un master en droit international, une seconde langue de travail et un stage en organisation internationale. Les recrutements évaluent surtout la capacité à qualifier un acte juridique, à en dater l’entrée en vigueur et à en mesurer la portée pour les États liés.

Côté contenu, la Déclaration universelle des droits de l’homme reste le texte à maîtriser :

Contenu n°1

Egalité en dignité et en droits

Contenu n°2

Non-discrimination

Contenu n°3

Droit à la vie et à la sûreté

Contenu n°4

Egalité devant la loi

Contenu n°5

Libertés de pensée, d’expression et de réunion

Un professeur particulier de droitchez Superprof peut t’aider à consolider ces bases.

Retiens l’essentiel : le droit international public est un vrai droit, aux sources identifiées par l’article 38 du Statut, mais porté par une société internationale dont les institutions restent volontaires. Un juge que l’on choisit, une contrainte suspendue au Conseil de sécurité, des États à la fois auteurs et destinataires des règles. Tenir ces deux bouts, la normativité réelle et la fragilité institutionnelle, fait les copies solides.

Sources 📚

  1. Cour internationale de justice. "Statut de la Cour internationale de Justice, article 38." Cour internationale de justice, 1945, https://www.icj-cij.org/fr/statut. Consulté le 21 octobre 2026.
  2. Cour internationale de justice. "Déclarations d’acceptation de la juridiction obligatoire." Cour internationale de justice, 1ᵉʳ juin 2023, https://www.icj-cij.org/fr/declarations. Consulté le 21 octobre 2026.
  3. Cour internationale de justice. "Questions fréquemment posées." Cour internationale de justice, https://www.icj-cij.org/fr/questions-frequemment-posees. Consulté le 21 octobre 2026.
  4. Organisation des Nations unies. "Charte des Nations unies, chapitre I : Buts et principes (Articles 1-2)." Organisation des Nations unies, 1945, https://www.un.org/fr/about-us/un-charter/chapter-1. Consulté le 21 octobre 2026.
  5. Organisation des Nations unies. "À propos de l’ONU : les États Membres." Organisation des Nations unies, https://www.un.org/fr/about-us. Consulté le 21 octobre 2026.

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Simon Azoulay

Juriste et ancien élève de l'UPPA et de la Sorbonne, je mets à dispositions mes TD, notes et fiches de cours pour aider les étudiants. N'hésitez à poser vos questions en commentaire : On essaiera de vous aider en faisant de notre mieux !