📚 Fiche du livre
Les Obsèques de la Lionne est une fable de Jean de La Fontaine située au sein du deuxième recueil, dédié à la favorite de Louis XIV, Madame de Montespan. Alors que le premier recueil comprenait des fables plus courtes, teintées de forte morale, le deuxième recueil est à destination de personnes plus instruites, telles que Madame de Montespan.
Vous pouvez vous intéresser à un exemple de dissertation sur les Fables de La Fontaine afin de vous entraîner à la fois au commentaire de texte et à la dissertation avant le bac !
Le deuxième recueil des Fables fut publié en
Les fables s'y trouvent plus philosophiques et politiques, nécessitant un esprit fin qui capte les nuances et comprend la satire du pouvoir, bien que celle-ci soit imagée. Les Obsèques de la Lionne est l'une des fables de La Fontaine les plus critiques en ce qui concerne le pouvoir, et donc, par substitution, la cour royale.
En effet, à travers le portrait du roi et des animaux pleurant la mort de la reine lionne, Jean de La Fontaine effectue une vive critique du pouvoir royale injuste et cruel, ainsi que des courtisans, lâches et flatteurs, comme vous pourrez le voir en cours de soutien scolaire 6ème.
Nous vous proposons via cet article une analyse de la fable de La Fontaine, Les Obsèques de la Lionne, afin de vous donner matière à réfléchir et à vous entraîner avant le bac français ! Peut-être tomberez-vous sur ce sujet au bac, qui sait ? D'ailleurs, pour vous aider, pourquoi ne pas choisir du soutien scolaire ?
Les Obsèques de la Lionne est une fable satirique de Jean de La Fontaine intégrée au deuxième recueil des Fables, ce dernier étant paru en 1678 et destiné à Madame de Montespan, favorite de Louis XIV. Cette fable met en scène les obsèques de la Lionne, la Reine décédée. Les animaux, alias les courtisans, viennent payer leurs hommages au Roi, qui impose de les voir pleurer. Seul le Cerf ne manifeste aucune émotion, cependant il parvient à survivre et à éviter le châtiment royal en inventant un mensonge flatteur. La fable de La Fontaine dénonce la tyrannie, la naïveté et la vanité du pouvoir absolu, ainsi que la fausseté et la lâcheté de la cour.
Au sein de cours de soutien scolaire en ligne, vous analyserez en détail la biographie de Jean de La Fontaine et pourrez alors intégrer quelques uns de ces éléments dans votre copie !
Introduction de l’analyse des Obsèques de la Lionne
Considéré par beaucoup comme le plus grand fabuliste français de tous les temps, Jean de La Fontaine est en tout cas l'un des plus grands fabulistes du XVIIe siècle. Dédiant ses recueils à des personnalités haut placées, telles que le Dauphin ou encore Madame de Montespan, La Fontaine s'assure une certaine protection politique.

Les Obsèques de la Lionne appartient au second recueil de La Fontaine, publié en 1678 et dédié à la favorite de Louis XIV, Madame de Montespan, à qui la toute première fable du livre VII est d'ailleurs dédiée1, sous le titre évocateur "À Madame de Montespan".
Celle-ci, réputée pour être dotée d'un esprit très fin, apprécie son ironie et ses écrits teintés de philosophie et de politique.
Les Obsèques de la Lionne met en scène le Roi, un Lion, la Reine décédée, une Lionne, ainsi que la cour du roi, les autres animaux, autrement dit les courtisans, ainsi qu'un Cerf. Cette fable critique de manière détournée, en utilisant notamment l'allégorie et la métaphore, le pouvoir en place au sein de la société de cour sous Louis XIV. La fable est un récit court et moralisateur qui fut popularisé par La Fontaine.
Comme souvent, La Fontaine se sert de personnages animaliers pour émettre une critique acerbe et virulente des comportements humains, ici du pouvoir monarchique ainsi que des courtisans. Le Lion représente bien entendu le Roi, et les autres animaux la cour flatteuse et corrompue, faible.
Dans un contexte d'obsèques suite au décès de la Reine, la Lionne, la cour se réunit autour du Roi, le Lion, pour pleurer sa disparition et bien se faire voir aux yeux du Roi. Ils fonctionnent par imitation et ne ressentent aucune réelle douleur, tandis que le Cerf, qui ne peut se résoudre à mimer la douleur du Lion étant donné que la Lionne a achevé sa famille récemment, est accusé de ne pas pleurer.

C'est finalement par le biais d'un discours flatteur et mensonger auprès du Roi qu'il se sort des griffes des loups ! Le lion est très régulièrement utilisé par La Fontaine pour critiquer le pouvoir absolu et la tyrannie de la monarchie, comme c'est le cas dans cet exemple de commentaire composé de La Cour du Lion.
Annonce de la problématique
Comment La Fontaine transforme-t-il le récit des obsèques de la Lionne en satire de la cour et du pouvoir ?
Annonce du plan
Nous verrons d’abord que la fable met en scène une cérémonie officielle dominée par l’imitation et l’hypocrisie, puis qu’elle propose une satire des courtisans et du pouvoir royal, avant de montrer que la parole mensongère devient un moyen de survie à la cour.
Plan détaillé de l’analyse des Obsèques de la Lionne
I. Une cérémonie officielle dominée par l’apparence
Cette fable se présente d’abord comme le récit d’une ruse qui met en scène la cour au moment des obsèques de la Lionne (c’est-à-dire, dans l’ordre symbolique des animaux, la Reine).
La fable s'ouvre donc sur un événement très solennel, à savoir le décès de la Lionne. D'emblée, le cadre est posé, officiel et collectif.
Cela permet d'apporter un caractère plus humain à la scène, car dans la réalité, les animaux ne se regroupent pas dans la savane pour pleurer la mort d'une lionne...
Nous comprenons ainsi, de suite, que La Fontaine cherche à établir une connexion entre le monde animal et le monde humain, spécialement avec l'emploi du groupe de mots « femme du Lion ».

Ce récit se construit selon un schéma classique. Nous trouvons une situation initiale (v.1 à 11), suivie des péripéties, avec d’abord les gémissements des « Courtisans », le Cerf qui ne pleure pas et qui est dénoncé.
Puis le récit classique se poursuit avec un dénouement, dans lequel le Cerf est remercié, et enfin nous avons une moralité qui remplace, dans la fable, la situation finale du récit à proprement parlé :
Amusez les Rois par des songes, / Flattez-les, payez-les d’agréables mensonges, / Quelque indignation dont leur cœur soit rempli, / Ils goberont l’appât, vous serez leur ami.
Les Obsèques de la Lionne
Nous avons ici la représentation de la cour du roi, Louis XIV, à travers son étiquette, c’est-à-dire les règles qui y régissent le quotidien. Ainsi, nous avons un champ sémantique administratif : « obsèques », « Prévôts », « cérémonie », « placer la compagnie ». Il s’agit d’un véritable protocole qui vient démontrer, déjà, la fausseté et la superficialité de ce monde du pouvoir.
Étant donné les circonstances, il est évident que l'émotion attendue au sein du groupe réuni est la tristesse, la peine. Le Lion étant en deuil, il devient quasiment obligatoire, pour les autres animaux, alias la cour du Roi, de partager sa peine et de feindre des émotions négatives.
Les courtisans ne pleurent pas réellement par sincérité (« Peuple caméléon, peuple singe du maître »), mais uniquement parce que leur Roi pleure, aussi l'imitent-ils. Mais l'imitent-ils par désir de lui plaire, ou bien par peur d'être punis, ou bien encore pour les deux raisons réunies ?
La cérémonie est l'occasion, pour La Fontaine, de révéler à quel point la cour dispose d'un fonctionnement injuste et cruel, teinté de peur, de flatterie et d'apparence. Chaque courtisan observe le Roi et agit en conséquence, adapte son attitude afin qu'elle coïncide avec celle du Roi.

Non seulement l'attitude est copiée, mais les courtisans veillent également à copier les sentiments du souverain !
Finalement, la cour est le lieu parfait pour une représentation de théâtre, car chaque personnage joue un rôle attitré et ne cherche pas à agir naturellement. Le terme de « Prévôts » implique d'ailleurs une attitude de soumission face au pouvoir.
Les animaux sont quasiment indifférenciés, car ils partagent tous, à l'exception du couple royal, le même "statut" social, en quelque sorte.
II. Une satire des courtisans et de l’hypocrisie
Si La Fontaine ne s’attire pas les foudres royales, c’est aussi et surtout parce que cette fable s’attaque principalement aux courtisans2. Cette critique des courtisans est une critique traditionnelle : ce qui est dénoncé est à la fois le cynisme des gens de cour qui ne veulent que plaire au Prince, mais aussi un trait de caractère, l’hypocrisie.
La Fontaine fait preuve, envers les courtisans, d’une ironie agressive : « rugir en leurs patois ». Le « patois » contraste avec les « bonnes manières » réclamées par une cour raffinée qui se donne en modèle.

Dans la moralité qui les concerne (« Je définis la cour un pays où les gens / Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents, / Sont ce qu’il plaît au Prince, ou s’ils ne peuvent l’être, / Tâchent au moins de le parêtre, / Peuple caméléon, peuple singe du maître, / On dirait qu’un esprit anime mille corps ; / C’est bien là que les gens sont de simples ressorts. »), il dénonce les faux-semblants que la rime « être » / « parêtre » (selon l’orthographe de l’époque de « paraître »), vient appuyer et que le « caméléon » vient symboliser.
Le fabuliste dénonce enfin les ridicules des courtisans (« peuple singe du maître ») qui les rend monstrueux : « On dirait qu’un esprit anime mille corps » renvoie à la fois au monstre mythologique de l’hydre, qui dispose de mille tête sur un même corps et qu’avait terrassé Hercule, et à une présence diabolique (ils sont guidés par un « esprit », un esprit malin…).
Il faut également considérer l’art poétique de La Fontaine.
Cet art est surtout défini par son hétérométrie, c’est-à-dire l’usage de vers de différentes longueurs qui viennent installer un rythme de lecture rapide et efficace.
Par exemple, la situation initiale est quasiment systématiquement toujours brossée en quelques vers.

Pourquoi ? Parce que La Fontaine ne s’attarde pas, il cherche à capter l’attention de son public, tel le principe de la captatio benevolentiae3 : les deux premiers vers sont des octosyllabes, à rimes plates (« mourut » / « accourut »).
La diérèse de Lion (qu’il faut lire « Li-on ») insiste déjà sur ce personnage et, pourrait-on dire, sa cruauté par l’effet sonore de la voyelle (le « i » sur lequel la diérèse nous oblige à appuyer). Tout est déjà compris dans ces deux octosyllabes : le sujet (la mort de la Lionne, que nous indique cependant déjà le titre), et l’outrance hypocrite des courtisans : « chacun accourut ».
Les courtisans ne se contentent pas de venir, ils "accourent" afin de témoigner, faussement donc, de leur inquiétude. On ressent ici l'exagération car dans la réalité, aucun animal n'agirait ainsi. Soumis au pouvoir, ils ne cherchent même pas à le cacher et n'en éprouvent aucune gêne apparente.
Les interventions du narrateur participent aussi du rythme de la fable, en appelant à la réflexion : « Je définis la cour un pays où les gens / Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents, / Sont ce qu’il plaît au Prince, ou s’ils ne peuvent l’être, / Tâchent au moins de le parêtre, / caméléon, peuple singe du maître, / On dirait qu’un esprit anime mille corps ; / C’est bien là que les gens sont de simples ressorts. »

Les vers sont longs ici, et il s'agit essentiellement d'alexandrins, qui viennent interrompre le récit et inviter le lecteur à réfléchir.
Cet appel à la raison est éminemment classique : « je définis » est une exigence philosophique. D'ailleurs, définir et re-définir est le propre de l’exercice de la pensée philosophique.
Il s'agit d'une exigence que l’allusion à Descartes vient renforcer : « C’est bien là que les gens sont de simples ressorts » reprend, en voulant l’illustrer, la théorie mécaniste de Descartes.
Selon le philosophe français, nous sommes pris dans l’engrenage de la vie et de la société, et l'univers lui-même fonctionne selon des lois mécaniques4.
Les courtisans agissent de manière mécanique, tels des ressorts justement, et ne pensent pas par eux-mêmes. Ils ont, pour cela, besoin d'un modèle sans lequel ils ne peuvent avancer ou agir. Ici, le Lion, donc le Roi, est le modèle dont ils ont tant besoin pour exister.
Pire, ils agissent de manière cruelle pour, d'une part, faire plaisir au Roi tout en étant hypocrite, et, d'autre part, pour se servir d'un bouc émissaire car ils ont trop peur que celui-ci ne soit choisi parmi eux. Ainsi, le Roi n'aurait probablement pas aperçu l'absence de larmes du Cerf, trop occupé dans son chagrin, si un courtisan n'avait dénoncé celui-ci : « Bref il ne pleura point. Un flatteur l'alla dire, Et soutint qu'il l'avait vu rire. »
Plus cruels encore que le pouvoir royal, les courtisans sont bien contents de démontrer au Roi qu'ils prennent à coeur, faussement, ses états d'âme. La lâcheté et la fourberie sont accentuées par le choix du terme "un flatteur". Le fait d'opter pour de la ponctuation répétée donne une impression de verdict, créant la sensation d'une réalité brutale.
Ici, en choisissant des termes courts et en ajoutant un point suivant « l'avait vu rire. », La Fontaine veut choquer le spectateur. Nous ressentons la lourdeur du châtiment probable, et percevons de la méchanceté dans l'attitude des courtisans qui dénoncent leurs propres semblables.
Ici, nous voyons à quel point, en un ou deux vers, le destin peut totalement basculer.
La Fontaine choisit ici de dénoncer de nombreux travers de la société sous prétexte de parler d'animaux5.
La flatterie, l'imitation servile, l'absence de sincérité ainsi que la peur de déplaire au souverain sont toutes dans le viseur du fabuliste.
Alors que le Cerf est le seul à être honnête quant à ses sentiments, il est le seul à être condamné.

Mais surtout, La Fontaine fait le choix non négligeable d'intervenir au sein de la fable, quand bien même il aurait pu tourner cela d'une autre façon qu'en employant la première personne du singulier : « Je définis la cour », « On dirait », « Pour revenir à notre affaire ». Ceci lui permet de généraliser la critique en montrant que sa fable ne se limite pas aux animaux et comprend les humains, et cela lui permet aussi d'enfoncer le couteau un peu plus loin encore !
En se permettant de critiquer les travers de la cour et du pouvoir, il se hisse au niveau du sage qui ne craint pas la colère royale parce qu’on écoute ses leçons. Ainsi, il veut également faire du genre de la fable un genre majeur, un genre qui peut se permettre de traiter des sujets les plus importants sans chercher à les étouffer.
III. Le Lion, une figure du pouvoir absolu
S’il y a une critique du roi, il faut bien faire attention à ne pas surinterpréter cette fable. La Fontaine, évidemment, ne remet pas en cause la royauté en elle-même, et encore moins Louis XIV. Il invite à la modération dans l’exercice en mettant en scène un contre-exemple.

C’est parce qu’il s’agit d’un contre-exemple évident que La Fontaine peut se permettre de critiquer ce « roi Lion » (« La colère du Roi, comme dit Salomon, / Est terrible, et surtout celle du roi Lion »). Nous sommes dans le monde de la fable et des animaux.
La Fontaine critique la naïveté du roi : à la fois parce qu’il croit un « songe », mais également parce qu’il croit le « mensonge » des courtisans. Les mots sont mis à la rime : « Amusez les Rois par des songes, / Flattez-les, payez-les d’agréables mensonges, / Quelque indignation dont leur cœur soit rempli, / Ils goberont l’appât, vous serez leur ami. »
Il critique également, plus que l’absolutisme lui-même, qui est le régime de Louis XIV, le roi Soleil, la violence et la cruauté. Ainsi, quand le roi s’adresse au Cerf, il le fait de manière dépréciative, en l’appelant « chétif hôte des bois ».
Il met en avant sa puissance et sa force et abuse de son pouvoir en le le condamnant au supplice : « venez Loups, / Vengez la Reine, immolez tous / Ce traître », en faisant appel, soit dit en passant, à l’aspect christique du cerf.

Même la Reine est définie par sa cruauté, puisqu’elle a assassiné sa femme et son enfant (« la Reine avait jadis / Étranglé sa femme et son fils »).
Or, le Prince doit être « éclairé », il doit éclairer le monde, et pour cela, il ne doit pas se laisser aller à la flatteri.
Il ne doit pas croire les superstitions, contrairement au roi Lion qui y croit dur comme fer et veut « immoler » le Cerf aux « mânes » de son épouse défunte ».
Au contraire, il doit juger selon la raison.
Le Roi est cruel et capricieux car il impose son émotion à toute la cour (« Tu ris, tu ne suis pas ces gémissantes voix »), quand bien même les autres animaux ont eux aussi souffert de la perte d'êtres chers et n'en ont pas, pour autant, appelé à réaliser des obsèques. Son émotion est si vive qu'il en devient dangereux et imprévisible.
En somme, le véritable pouvoir du Lion repose sur la crainte. Les autres animaux ne lui obéissent et n'acceptent de jouer le jeu de l'imitation que parce qu'ils le craignent sans cesse, et ont peur d'être tués et de servir de bouc émissaire, tout comme le Cerf est sur le point de l'être. Aussi, ils préfèrent se dénoncer entre eux afin de plaire au Roi et d'être épargnés.
Ni le Cerf ni les autres animaux ne disposent d'aucune liberté d'expression ni même d'émotion. Malgré le fait qu'il ne s'oppose pas aux obsèques directement et qu'il affiche sa présence, le simple fait de ne pas partager la tristesse du Lion et de ne pas en faire état le condamne. La Fontaine représente ici de manière assez claire et directe l'intolérance du pouvoir absolu, qui refuse que l'on exprime une idée contraire.
IV. Le Cerf, un personnage menacé mais habile
Tout l’enjeu de la fable tourne autour du personnage du Cerf, que l’on est convié à lire également selon son homonyme, « serf », c’est-à-dire « esclave ». Même si nous n’insisterons pas sur une lecture qui présente aujourd’hui des connotations dont elle ne disposait pas à l’époque, le Cerf est déjà ici l’image de l’esclave qui se révolte.
En effet, il refuse de pleurer à l’enterrement de la Reine parce qu’il est ainsi « vengé » : « Le Cerf ne pleura point, comment eût-il pu faire ? / Cette mort le vengeait ; la Reine avait jadis / Étranglé sa femme et son fils. ».
Alors qu’il est dénoncé (« Un flatteur l’alla dire, / Et soutint qu’il l’avait vu rire. ») et que la colère du Roi le voue à l’exécution (« Le Monarque lui dit : Chétif hôte des bois / Tu ris, tu ne suis pas ces gémissantes voix. / Nous n’appliquerons point sur tes membres profanes / Nos sacrés ongles ; venez Loups, / Vengez la Reine, immolez tous / Ce traître à ses augustes mânes. », il faut ici noter également l’évocation d’une sauvagerie animale chez l'être humain, condamnée par La Fontaine.

Le Cerf invente cependant une ruse qui le sauve. Cette ruse est le récit d’un rêve qui nous met donc en présence d’une mise en abyme, c’est-à-dire d’un récit dans le récit. Le cerf est aussi le symbole du Christ6, et cela n’échappe pas au lecteur du XVIIe siècle : il est le symbole de l’innocence et du martyre.
Il symbolise ici la victime du pouvoir arbitraire, ce qui apporte une touche religieuse à cette fable dont la portée morale est déjà très forte.
V. Le mensonge et la flatterie comme moyens de survie
Pour se sauver, le Cerf est contraint d'inventer une histoire dont il sait d'avance qu'elle plaira au Roi. Aussi, La Fontaine démontre que face à la cruauté et à l'injustice d'un pouvoir absolu, l'être humain est forcé de recourir au mensonge.

Le Roi est superficiel et vain à un point tel qu'il se laisse séduire par un message flatteur, sans remettre en question le moins du monde cette histoire (Le Cerf eut un présent, bien loin d'être puni. »). Le Cerf comprend qu'en société, et surtout au sein de la cour du Roi, la vérité n'est pas toujours bonne à entendre et qu'elle est moins une vertu qu'un défaut. Aussi, la flatterie est mieux perçue que la vérité.
La fable de La Fontaine repose donc sur un paradoxe moral. Le fabuliste démontre ici que bien que mentir puisse être considéré comme amoral, c'est parfois la seule et unique issue pour survivre face à un pouvoir absolu tyrannique. Le Cerf ment, certes, cependant ce mensonge lui sauve la vie !
Si la flatterie fonctionne, c'est bel et bien parce qu'elle répond au désir du pouvoir. Le Cerf n'a d'ailleurs pas parlé au hasard, il savait exactement quel moyen employer pour plaire au pouvoir vain.

Au sein d'une société juste et non impitoyable, la flatterie ne fonctionnerait pas.
La Fontaine ne condamne donc absolument pas le Cerf pour son mensonge !
Le Lion préfère entendre une fiction agréable plutôt qu’une vérité dérangeante, et en établissant ce constat, La Fontaine critique la société de son temps, au sein de laquelle la vérité est considérée comme dangereuse et imprudente, tandis que le mensonge et la flatterie, deux vices, sont récompensés.
À la cour, le constat est le même ; il est nécessaire de parler, de flatter l'image du Roi et de dissimuler ses véritables pensées et émotions afin de demeurer dans ce que l'on appellerait aujourd'hui le "politiquement correct", en somme !
VI. Une morale critique sur le pouvoir et la cour
Le succès des premiers livres des Fables a encouragé La Fontaine à poursuivre dans cette veine mineure. Si jusque-là, dans les livres précédents, les fables privilégiaient volontiers la légèreté du sujet et de son traitement, nous observons à partir du livre VII une ambition évidente de traiter de sujets plus nobles.
Ceci se caractérise par des fables souvent plus longues, plus théoriques, plus complexes aussi, à la fois dans la structure et dans les leçons morales. Notons que pour cette fable, La Fontaine s'est largement inspiré de la fable du fabuliste italien humaniste Laurentius Abstémius, Le Lion irrité contre le cerf joyeux lors de la mort de la lionne (Abstemius II, 48)7.
Que La Fontaine ait puisé ce sujet chez Abstémius n’est pas anodin. Pourquoi ? Parce que Lorenzo Bevilaqua, l'autre nom de Laurentius Abstémius, est un humaniste italien de la Renaissance. Que le roi soit appelé « Prince » renvoie à la terminologie italienne et latine (princeps, qui a donné « prince », signifie « le premier »).
Il s'agit aussi du titre du fameux traité politique de Nicolas Machiavel. La Fontaine donne ici une leçon de politique royale !
Mais on pense également à l’humaniste Baldassare Castiglione qui a rédigé en 1528 un traité sur le courtisan, intitulé justement Il Cortegiano, traduit en français sous le titre Le Livre du courtisan, et qui restera le modèle de la cour idéale jusqu’à la Révolution.

Lui-même courtisan, La Fontaine n’en fait pas la critique absolue : les courtisans participent à la grandeur de la royauté. Les principaux commanditaires et protecteurs des arts et des artistes sont aussi des courtisans… C’est donc plus pour guider que pour critiquer que La Fontaine rédige cette fable.
Conclusion de l’analyse linéaire des Obsèques de la Lionne
Les Obsèques de la Lionne est une fable satirique de Jean de La Fontaine, inspirée de la fable du fabuliste humaniste Laurentius Abstémius, Le Lion irrité contre le cerf joyeux lors de la mort de la lionne. Elle part d'un événement solennel et officiel, autrement dit la mort de la Lionne, pour révéler les mécanismes profonds de la cour.

La critique s'effectue à la fois sur les puissants et sur les courtisans. Les premiers préfèrent les discours flatteurs plutôt que la vérité, tandis que les seconds jouent le jeu du pouvoir absolu et se dénoncent entre eux afin de survivre.
Cette fable est plus que la satire de la cour, c’est un manifeste de la part de La Fontaine !
En effet, le fabuliste est un moraliste comme les autres. Il est porteur de sagesse et est capable de guider les êtres humains de même que les souverains.
Les Obsèques de la Lionne est une fable particulièrement intéressante à plus d’un titre. Elle rend compte de l'ambition et du savoir-faire de La Fontaine, mais aussi d'une attention particulière apportée aux références et aux sources littéraires, avec notamment les humanistes italiens Machiavel, Abstémius et Castiglione, sans oublier le philosophe René Descartes.
Pour répondre à la problématique posée dans l'introduction, à savoir "Comment La Fontaine transforme-t-il le récit des obsèques de la Lionne en satire de la cour et du pouvoir ?", nous pouvons dire que Jean de La Fontaine transforme l'événement solennel que sont les obsèques de la Lionne en satire de la cour, en montrant que le pouvoir absolu favorise l’hypocrisie, la flatterie et la dissimulation.
La dénonciation de la sauvagerie animale présente chez l'humain, qui pousse à l’injustice et à la violence, et même la timide mais réelle remise en cause de l’absolutisme sont déjà une préfiguration de ce que le XVIIIe siècle développera avec fougue et patience. On peut dire alors que Jean de La Fontaine, dans cette fable, laisse entendre des accents qui annoncent le Siècle des Lumières...
❓De quoi s'agit-il ? D'un exemple d'explication de texte concernant Les Obsèques de la Lionne de Jean de La Fontaine, afin de s'entraîner avant le bac.
🧾 Pourquoi cette fable est-elle particulièrement intéressante ? Bien que La Fontaine s'impose en tant que moraliste via ses Fables, il en vient ici non pas à justifier le mensonge, mais à considérer qu'il peut parfois être nécessaire pour survivre, et que la société, et notamment le pouvoir, peut l'imposer.
📣 De quelle manière La Fontaine parvient-il à réaliser une critique aussi vive tout en ne mettant pas sa vie en péril, ou ses écrits en danger ? La Fontaine était apprécié de Louis XIV, qui acceptait ses morales. Aussi, La Fontaine prenait l'habitude de destiner ses Fables à de hautes personnalités. À titre d'exemple, le deuxième recueil est destiné à Madame de Montespan, alors favorite du Roi. Aussi, La Fontaine utilise l'anthropomorphisme, de même que des métaphores et allégories.
🔰 Que rédiger dans l'introduction ? Il vous faut rédiger une amorce (contexte, énoncé, période, auteur), trouver une problématique claire et concise, puis annoncer le plan.
🦁 Quels sont les thèmes centraux dans Les Obsèques de la Lionne ? La critique du pouvoir et de la cour, le mensonge, la flatterie et la toute puissance du Roi.
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Sources
- BRÉMOND BORTOLI, Véronique, "Fables - (livres VII à IX) - Jean De La Fontaine", https://www.furet.com/media/pdf/feuilletage/9/7/8/2/0/1/3/9/9782013949804.pdf. Consulté le 17 juin 2026.
- Dandrey, Patrick, "La Fontaine et la cour", https://www.france-memoire.fr/la-fontaine-et-la-cour/. Consulté le 17 juin 2026.
- Assistance scolaire personnalisée [www.assistancescolaire.com], "L'introduction (ou exorde)", https://www.assistancescolaire.com/eleve/terminale/grand-oral/reviser-le-cours/t_oral_05. Consulté le 17 juin 2026.
- MAZAURIK, Simone, "Chapitre 8 - Descartes et le mécanisme", pp. 120 à 134, 2009, https://shs.cairn.info/histoire-des-sciences-epoque-moderne--9782200345211-page-120. Consulté le 17 juin 2026.
- HOARAU, Fabrice, "Entre anthropologie et politique : les animaux de La Fontaine", Editions de la Sorbonne, pp. 61-78, 2010, https://books.openedition.org/psorbonne/17529. Consulté le 17 juin 2026.
- PEILLON, Antoine, "Le cerf, saint conducteur des rois", 31 juillet 2014, https://www.la-croix.com/Ethique/Environnement/Le-cerf-saint-conducteur-des-rois-2014-07-31-1186301. Consulté le 17 juin 2026.
- JAUBERT, Anne, "La Fontaine, l’Ancien et le Moderne. Rupture et continuité humanistes", OpenEdition, 2011, https://journals.openedition.org/rursus/529. Consulté le 17 juin 2026.
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