📚 Fiche du livre

Titre : La Laitière et le pot au lait
Date de publication : 1678
Auteur : Jean de La Fontaine
Genre Fable

Quel esprit ne bat la campagne ? Qui ne fait châteaux en Espagne ? Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous, Autant les sages que les fous ?

La Laitière et le pot au lait

La fable de Jean de La Fontaine La Laitière et le pot au lait figure au sein du second recueil des Fables. Il s'agit de la fable 9 du livre VII, pour être exacte, illustrant les dangers des rêveries excessives ainsi que des projets irréalistes manquant de pragmatisme.

L'histoire de La Laitière et le pot au lait est en réalité largement inspirée, comme le déclarera Jean de La Fontaine lui-même, du Pañcatantra indien1, ce recueil de contes orientaux. Plusieurs de ces contes orientaux traversèrent les frontières du continent et atterrirent... en Europe !

Or, l'auteur de ces contes est l'écrivain moraliste indien du

3e

siècle av. J-C, Vichnou-Sarma, aussi surnommé Pilpay dans l'oeuvre de La Fontaine.

Ce dernier revendique régulièrement Pilpay comme étant l'une de ses sources majeures2 :

Il ne m’a pas semblé nécessaire ici de présenter mes raisons ni de mentionner les sources à partir desquelles j’ai tracé mes derniers thèmes. Je dirai, comme dans un élan de gratitude, que j’en dois la plus grande partie à Pilpaï, sage indien. Son livre a été traduit en toutes les langues. Les gens du pays le croient fort ancien, et original à l'égard d’Ésope, si ce n'est Ésope lui-même sous le nom du sage Locman.

Jean de La Fontaine dans l'ouverture de son second recueil

De quoi parle la fable ? Perrette, ravie d'aller apporter son lait en ville pour en tirer un bénéfice, s'invente une nouvelle vie en réfléchissant joyeusement à ce qu'elle pourrait acheter grâce à cette somme. Cependant, en s'emportant dans ses pensées, elle trébuche et renverse le pot de lait entier, mettant ainsi fin à ses rêves... La fable est un genre littéraire à part entière !

Cependant, loin de critiquer la rêverie de Perrette, La Fontaine s'implique pour une fois au sein de la morale de la fable, proposant une lecture plus philosophique qu'il n'y paraît. Nous vous proposons ici un exemple d'analyse de La Laitière et le pot au lait afin de vous aider à réviser avant le bac et afin de vous entraîner sur l'analyse de textes littéraires ! Consulter un exemple de commentaire de texte du Chêne et le roseau peut beaucoup vous apporter, également.

beenhere
À retenir

La fable La Laitière et le pot au lait de Jean de La Fontaine a paru au sein du second recueil des Fables, en 1678. Perrette, toute contente d'apporter son lait en ville, trébuche et renverse tout après s'être emportée en s'imaginant ce qu'elle pourrait faire avec l'argent reversé. Loin d'émettre une vive critique de l'avarice ou encore de la rêverie de Perrette, La Fontaine érige Perrette en personnage authentiquement humain.

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C'est parti

La fable

La laitière et le pot au lait

Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait
Bien posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre à la ville.
Légère et court vêtue, elle allait à grands pas ;
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile​
Cotillon simple, et souliers plats.
Notre laitière ainsi troussée
Comptait déjà dans sa pensée
Tout le prix de son lait, en employait l’argent,
Achetait un cent d’œufs, faisait triple couvée ;
La chose allait à bien par son soin diligent.
​​”Il m’est, disait-elle, facile​
D’élever des poulets autour de ma maison :
Le Renard sera bien habile
S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon.
Le porc à s’engraisser coûtera peu de son ;
Il était, quand je l’eus, de grosseur raisonnable ;
J’aurai, le revendant, de l’argent bel et bon ;
Et qui m’empêchera de mettre en notre étable,
Vu le prix dont il est, une vache et son veau,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau ?”
​​Perrette là-dessus saute aussi, transportée.​
Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;
La dame de ces biens, quittant d’un œil marri
Sa fortune ainsi répandue,
Va s’excuser à son mari
En grand danger d’être battue.
Le récit en farce en fut fait ;
On l’appela le pot au lait.
Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole, Pyrrhus, la laitière, enfin tous,
Autant les sages que les fous ?
Chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux :
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes ;
Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
Je m’écarte, je vais détrôner le sophi ;
On m’élit roi, mon peuple m’aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;​
Je suis gros Jean comme devant.

Jean de La Fontaine, Fables II (1678)

Quelles sont les caractéristique du genre de la fable ?
Huile sur toile ovale de Hyacinthe Rigaud représentant Jean de La Fontaine, en 1690.

Méthode du commentaire composé en poésie

Avant la lecture

Il faut étudier le paratexte, c'est-à-dire le titre, de l'auteur, de la date, etc. Ces informations doivent être recoupées avec vos connaissances émanant du cours (courant littéraire, poète, recueil). Le titre engage également vers des attentes, car il donne des indices sur la nature du poème que le lecteur s'apprête à lire.

Vos cours de soutien scolaire vous aideront à y voir plus clair dans la méthodologie du commentaire de texte ! En poésie, la forme est décisive : regarder le texte « de loin » permet d'avoir déjà une idée de la démarche du poète :

  • L'auteur utilise-t-il des vers ou des strophes ?
  • Si ce sont des vers, s'agit-il de vers réguliers ou bien de vers libres ?
  • Si ce sont des vers réguliers, de quel type de rimes s'agit-il ?
  • Quel est le nombre de strophes ?

Avec des cours de soutien scolaire Superprof, vous parviendrez aisément à appliquer la bonne méthodologie de commentaire de texte.

lait ancienne forme

Pour la lecture

Nous vous conseillons de lire le poème plusieurs fois, avec un stylo à la main, ce qui vous permettra de noter ou de souligner une découverte, une idée. Durant la première lecture, il vous faut :

  • Identifier le thème général du poème
  • Identifier le registre : comique ? pathétique ? lyrique ?
  • Identifier les procédés d'écriture pour diffuser le sentiment du registre choisi : l'exclamation ? La diérèse ?

Pour la deuxième lecture, nous vous conseillons de :

  • Dégager le champ lexical
  • Noter la place des mots : un mot au début du vers n'a pas la même valeur qu'un mot placé en fin de vers
  • Déceler les figures de style (généralement très nombreuses dans un poème)
  • Travailler sur les rimes : quel est le lien entre des mots qui riment, s'agit-il de rimes riches ou faibles...
  • Analyser le rythme par le biais des règles de métriques

Entraînez-vous bien avant le jour J en lisant cette analyse littéraire des Animaux malades de la peste ! En filigrane, vous devez garder cette question en tête pour l'analyse des procédés d'écriture : comment le poète diffuse-t-il son thème général et comment fait-il ressentir au lecteur ses émotions ?

Partie du commentaireViséeInformations indispensablesÉcueils à éviter
Introduction- Présenter et situer le poète dans l'histoire de la littérature
- Présenter et situer le poème dans le recueil
- Présenter le projet de lecture (= annonce de la problématique)
- Présenter le plan (généralement, deux axes)
- Renseignements brefs sur l'auteur
- Localisation poème dans le recueil (début ? Milieu ? Fin ? Quelle partie du recueil ?)
- Problématique (En quoi… ? Dans quelle mesure… ?)
- Les axes de réflexions
- Ne pas problématiser
- Utiliser des formules trop lourdes pour la présentation de l'auteur
Développement- Expliquer le poème le plus exhaustivement possible
- Argumenter pour justifier ses interprétations (le commentaire composé est un texte argumentatif)
- Etude de la forme (champs lexicaux, figures de styles, rimes, métrique, etc.)
- Etude du fond (ne jamais perdre de vue le fond)
- Les transitions entre chaque idée/partie
- Construire le plan sur l'opposition fond/forme : chacune des parties doit contenir des deux
- Suivre le déroulement du poème, raconter l'histoire, paraphraser
- Ne pas commenter les citations utilisées
Conclusion- Dresser le bilan
- Exprimer clairement ses conclusions
- Elargir ses réflexions par une ouverture (lien avec un autre poème, un autre poète ? etc.)
- Les conclusions de l'argumentation- Répéter simplement ce qui a précédé

Avec des cours de soutien scolaire en ligne, vous en apprendrez plus sur la méthodologie à proprement parler du commentaire de texte, ainsi que sur les erreurs à ne pas commettre, et ainsi de suite...

Introduction de l’analyse de La Laitière et le pot au lait

Jean de La Fontaine, considéré par beaucoup comme étant le plus grand fabuliste français du XVIIe siècle, rédigea la fable La Laitière et le pot au lait au sein de son deuxième recueil des Fables, plus particulièrement dans le livre VII. Publié en 1678, ce recueil comprend une dédicace à Madame de Montespan, alors la favorite de Louis XIV, et considérée comme grande lectrice des fables de La Fontaine.

Ses fables sont écrites pour la cour, dans le but de « plaire et instruire ». Il met ainsi en scène des animaux anthropomorphes qui représentent des archétypes humains ou sociaux et révèlent en ceci les travers des Hommes. Ceci étant dit, la fable qui nous occupe ici ne contient aucun animal !

Les fables du deuxième recueil se font plus philosophiques que celles du premier recueil. La Laitière et le pot au lait narre l'histoire de Perrette, heureuse de se rendre au marché avec son pot de lait afin de faire, pense-t-elle, fortune. En portant son pot de lait sur la tête, elle imagine les immenses bénéfices qu'elle pourrait alors tirer de sa vente : acheter des poules, vendre ses oeufs, s'offrir un cochon puis une vache et un veau...

Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait Bien posé sur un coussinet, Prétendait arriver sans encombre à la ville.

La Laitière et le pot au lait

Emportée par son imagination, Perrette saute et fait tomber l'entiéreté du pot de lait par terre, ce qui fait s'envoler ses rêves les plus fous...

La laitière et le pot au lait est une fable de Jean de La Fontaine qui montre les dangers des rêveries excessives ainsi que des projets irréalisables qui manquent de pragmatisme.

Aussi, il rappelle qu'il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, et donc construire son bonheur sur des gains imaginaires, tout en avouant que tout être humain tend à le faire, lui inclus.

Annonce de la problématique

Comment La Fontaine transforme-t-il une histoire simple et comique en leçon morale sur l’imagination et les illusions humaines ?

champ village

Annonce du plan

Nous verrons d’abord que la fable repose sur un récit vif et plaisant, puis qu’elle met en scène les dangers d’une imagination démesurée, avant de montrer que la morale invite le lecteur à se méfier des illusions.

Plan détaillé du commentaire de La Laitière et le pot au lait

I. Un récit vivant et plaisant

La fable en elle-même prend pour base une intrigue simple et concrète, vivante et plaisante. En soi, la fable présente les caractéristiques habituelles d'une fable moralisatrice. Le récit, d’abord, est lui-même composé de plusieurs étapes. Nous avons, des vers 1 à 11, le récit durant lequel le poète présente Perette, avec l’imparfait et de nombreux adjectifs.

Puis, des vers 12 à 21, nous avons affaire à un discours direct où le lecteur lit les pensées de la laitière. Ensuite, des vers 22 à 29, de nouveau le récit survient, avec cette fois un brusque retour à la réalité, comprenant le présent d’énonciation ainsi que le dénouement de l’histoire. Et enfin, des vers 30 à 43, la morale de La Fontaine se fait entendre.

Surtout, ce récit vise à plaire, conformément au rôle d’une fable, qui doit « plaire et instruire ». Ainsi, le lecteur se sent proche de Perette, et ce pour au moins deux raisons. Tout d'abord, elle est décrite par touches minutieuses, avec de nombreux adjectifs : « légère », « agile », « troussée », « diligent ». Enfin, nous avons la création d’une proximité affective avec l’utilisation de diminutifs : « Pierrette », « coussinet » et l’adjectif possessif « notre » dans le vers « Notre laitière ainsi troussée ».

Légère et court vêtue, elle allait à grands pas ; Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile​ Cotillon simple, et souliers plats. Notre laitière ainsi troussée

La Laitière et le pot au lait

Enfin, ce récit est plaisant par la rapidité de son rythme. Nous retrouvons ainsi les effets de rime à l’intérieur des vers, qui créent une accélération rythmique, comme pour une chanson, et accélèrent du même coup l’action : « bien posé sur un coussinet » ou « Je suis gros Jean comme devant ».

Aussi, nous voyons l'alternance d’alexandrins (12 pieds) et d’octosyllabes (8 pieds), qui dynamisent l’action, ainsi que des verbes de mouvement au présent, qui donnent une actualité au récit et font se mouvoir les personnages dans la tête du lecteur : « allait », « saute », « tombe »... Puis, n'oublions pas les participes présents (« ayant ») tout comme le style direct.

pot de lait

Perrette elle-même est un personnage plaisant, populaire, proche de la vie quotidienne rurale, enjouée et pleine d'entrain. Le décor est ordinaire, nous ne ressentons aucune détresse ni rien d'anormal.

De plus, la progression est claire. Nous observons un entrain, car Perrette marche, imagine, rêve, puis survient la chute.

La fable plaît tout d'abord aux lecteurs et lectrices par son rythme, sa simplicité ainsi que son efficacité narrative, car la chute fait sourire, sinon rire !

En effet, le contraste saisissant entre les rêves de Perrette et la chute du pot provoque un rire, ou du moins, un effet comique.

II. Un apologue traditionnel : le récit au service de la morale

Un apologue est un court récit se terminant par une morale. Or, La laitière et le pot au lait correspond à cette forme littéraire. Bien que cette fable soit plaisante et agréable à lire, elle devient un apologue à partir du moment où elle instruit : c’est le rôle de la morale.

La fable sert de récit court transmettant aux lecteurs et lectrices une leçon afin de prévenir, de faire réfléchir. L'histoire de Perrette peut paraître anecdotique, elle ne l'est pourtant pas le moins du monde ! S'il est vrai qu'elle fait souvent sourire lorsque l'on s'arrête à la première lecture de base, il ne faut pas s'arrêter à l'aspect "farce" de la fable3.

Le récit en farce en fut fait ; On l’appela le pot au lait.

La Laitière et le pot au lait

La Fontaine met en lumière le comportement de Perrette dans le but d'illustrer, par le biais de cet exemple percutant, une vérité générale sur l'ensemble des comportements humains. Il ne s'agit plus ici de Perrette et de son pot au lait, mais de l'ensemble des êtres humains qui, tout comme l'auteur de la fable d'ailleurs, se projettent en mettant la charrue avant les bœufs.

En révélant son erreur, La Fontaine invite à la prudence, mais plus encore, au pragmatisme ainsi qu'à la vigilance sur la route vers le "succès" ou vers le "bonheur". Il en vient ainsi à en dégager une morale universelle, ce qui fait que la fable est à la fois plaisante et instructive, comme généralement avec Jean de La Fontaine. Après tout, ne dit-on pas qu'on apprend mieux quand on y prend du plaisir ?

III. Les dangers de l’imagination débridée

La morale commence au vers 30, "Quel esprit ne bat la campagne ? Qui ne fait châteaux en Espagne ?". Elle est implicite et souligne les dangers de l’imagination par les dérives qu’elle provoque.

Mais elle est originale au moins par deux points. Tout d'abord, elle est longue de 14 vers, ce qui est particulièrement irrégulier chez La Fontaine, et de plus, elle contient un récit concernant l’auteur lui-même. On y trouve effectivement six occurrences du pronom personnel « je » ainsi que les pronoms possessifs « mon » et « ma ».

En outre, il fait mention de son propre prénom dans le vers concluant la fable :

Je suis gros Jean comme devant.

La Laitière et le pot au lait

C’est que cette fable invite à deux analyses, l’une étant la fable en tant que critique sociale – chose assez commune pour une fable de La Fontaine –, l’autre étant de considérer la fable comme étant la manifestation d’une idée propre à La Fontaine.

Perrette est un personnage charismatique charmant, cependant, elle se laisse trop facilement emporter par son imagination. Non contente de faire des bénéfices sur son lait, elle s'imagine avoir plus, avant même d'avoir récolté l'argent initial ("Notre laitière ainsi troussée / Comptait déjà dans sa pensée / Tout le prix de son lait").

ferme groin

Elle enchaîne déjà les futurs projets dans sa tête, en s'imaginant acheter des œufs avec l'argent du lait, élever des poules et des poulets, acheter un cochon puis obtenir une vache et un veau. Les achats sont de plus en plus coûteux et les animaux souhaités sont de plus en plus imposants ("achetait un cent d’œufs", "élever des poulets", "le porc à s’engraisser", "une vache et son veau").

À mesure qu'elle se projette, ses rêves deviennent donc de plus en plus ambitieux, et c'est parce qu'elle effectue finalement une chute que les rêves stoppent. Sans cette chute, nul doute que Perrette aurait continué à rêver de manière plus ambitieuse encore. Cette imagination fonctionne comme une accumulation, sans sembler s'épuiser.

Le porc à s’engraisser coûtera peu de son ; Il était, quand je l’eus, de grosseur raisonnable ; J’aurai, le revendant, de l’argent bel et bon ; Et qui m’empêchera de mettre en notre étable, Vu le prix dont il est, une vache et son veau, Que je verrai sauter au milieu du troupeau ?

La Laitière et le pot au lait

L'utilisation du connecteur logique "et", cette conjonction de coordination tant utilisée pour énumérer les éléments afin d'établir une impression d'accumulation, témoigne de l'imagination insatiable de Perrette : "Et qui m’empêchera de mettre en notre étable".

Aussi, l'emploi du passé prouve que Perrette considère que le futur est déjà acquis ("Il était, quand je l’eus, de grosseur raisonnable", en parlant du porc qu'elle prévoie d'acheter !).

Cependant, plus Perrette rêve à ses projets, et plus elle s'éloigne de la réalité, car elle émet en fait des hypothèses plutôt que de choisir de voir au jour le jour.

La chute, qui fait sourire tant de lectrices et lecteurs, est réellement l'élément qui ramène le personnage au réel et au quotidien, la sortant de ses rêveries.

Alors qu'elle considérait la tâche comme "facile" (vers 12, "Il m’est, disait-elle, facile​ / D’élever des poulets autour de ma maison"), la chute, par l'énumération, coupe court à son élan ("le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée").

champ paysage

Ici, la fable critique une imagination non maîtrisée qui fait totalement perdre le contact avec la réalité, met la charrue avant les bœufs et considère le futur comme quasiment acquis ("j’aurai, le revendant, de l’argent bel et bon"). Si rêver est humain et même nécessaire, La Fontaine condamne le manque de pragmatisme.

IV. Une critique des ambitions démesurées

Cette fable est avant tout une satire sociale. Il faut ainsi voir un archétype paysan en la personne de Perette. Elle n’est jamais nommée comme telle, si ce n’est « laitière », mais son activité et sa rêverie nous montrent bien sa position sociale. Du vers 7 au vers 23, Perette s’imagine tout ce que pourrait lui rapporter son pot de lait.

On trouve ainsi, dans ce passage, le champ lexical de l’économie : « comptait », « prix », « argent », « achetait », « coûtera », « revendant », « prix », « fortune », etc. En plus de son omniprésence, l’argent est présenté sous un jour très positif, comme dans le vers 18 :

J'aurai le revendant de l'argent bel et bon.

La Laitière et le pot au lait

L’avidité vénale de la laitière est mise en valeur par plusieurs autres procédés. Tout d'abord, nous avons le champ lexical de la rapidité (« à grand pas », « déjà », « plus agile »), puis l'utilisation du futur au lieu du conditionnel dans sa rêverie (« sera », « coûtera », « empêchera »).

Enfin, nous trouvons le champ lexical de la confiance (« soin diligent », « facile », « s’il ne m’en laisse », « qui m’empêchera », « transportée ») ainsi que les figures hyperboliques (« cent d’œufs », « triple couvée », « des poulets », « grosseur raisonnable », « troupeau »).

troupeau de vaches

Et puis, enfin, toute la rêverie de Perette est fondée sur une énumération qui a un effet d’amplification.

Elle rêve toujours plus grand, avec d’abord « cent d’œufs », qui deviennent « des poulets », qui deviennent « un cochon », se transformant en « argent bel et bon », qui permet d’acheter « une vache et son veau ».

Perette est ainsi présentée comme avide d’argent, rêvant sa richesse pour une plus grande richesse.

La rêverie, au lieu de favoriser la spiritualité, amène Perette à s’imaginer plus grande propriétaire. Par là, La Fontaine critique une société qu’il juge matérialiste.

Cette critique devient une satire à partir du moment où La Fontaine tourne en dérision la paysanne. En effet, il présente son personnage sous un jour comique. Plusieurs marqueurs l’aident en ce sens, tels que la tonalité humoristique des vers 1 à 28, avec un rythme rapide qui suit la rapidité de la marche de Perette.

Le verbe « prétendait » montre qu’elle s’imagine être quelque chose qui ne correspond pas à sa réalité, tandis que l'emploi de la formule « La dame de ces biens », au vers 24, a une tonalité prestigieuse qui rompt avec le statut de simple paysanne de Perette, qui s’imagine en grande propriétaire. Il s'agit ici d'un procédé ironique !

Enfin, l'usage des temps verbaux, qui mêle présent, futur et imparfait, marque la confusion de Perette entre rêve et réalité. Mais c’est surtout par la chute, au sens propre comme au sens figuré, que le récit recouvre toute sa saveur comique.

La Fontaine use d’une polyptote, autrement dit d'une répétition de plusieurs mots avec une même racine, ou d’un même verbe sous différents sens, entre les vers 20 et 22 :

Vu le prix dont il est, une vache et son veau, Que je verrai sauter au milieu du troupeau ? Perrette là-dessus saute aussi, transportée.

La Laitière et le pot au lait

Par la reprise du verbe « saute », Perrette devient elle-même le veau, ce qui la rend autant dénuée de réflexion et de spiritualité que l’animal. Et le poète reprend ensuite toutes les étapes de la rêverie en un seul vers, et d’une manière inversée : "Le lait tombe : adieu veau, vache, cochon, couvée".

poule oeuf

Il souligne ainsi la rapidité avec laquelle toute la rêverie s’effondre, et par là, son caractère irréaliste, ou, à tout le moins, très fragile. C’est en dire toute la vanité du personnage, comme lorsqu’il utilise la formule "Sa fortune ainsi répandue".

Car par « sa fortune », il utilise une métaphore pour désigner « le lait », qui a ici une valeur comique. En effet, qui peut vraiment dire que le lait représente une réelle fortune ? Il se moque de ses aspirations irréelles, et appelle bien ce qu’il vient de décrire une « farce » pour clore son récit.

Et c'est là où la morale est originale, car La Fontaine ne critique absolument pas son désir de rêver grand. Ce qu'il refuse de considérer comme un exemple de moralité concerne la manière avec laquelle elle rêve, parce qu'elle transforme un petit gain possible en richesse imaginaire.

Là où La Fontaine admet lui-même rêver également ("Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ; Je m’écarte, je vais détrôner le sophi"), l'auteur reconnaît en revanche savoir s'arrêter et revenir à la réalité, être parfaitement conscient qu'il ne s'agit-là que d'imagination et de désir vain ("Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;​ Je suis gros Jean comme devant").

En somme, rêver grand ne devrait pas être condamnable, cependant, considérer le futur comme acquis simplement sur la base de suppositions fragiles est déraisonnable et peu mature. Alors qu'elle aurait très bien pu faire fortune en laissant agir le destin et en considérant chaque jour comme une nouvelle possibilité, Perrette agit trop vite et a trop d'ambition, ce qui la rend imprudente.

La Fontaine désire montrer que l'espérance raisonnable est tout à fait souhaitable ("Le porc à s’engraisser coûtera peu de son / Il était, quand je l’eus, de grosseur raisonnable"), car parfois, Perrette révèle qu'elle compte déjà les éventuels obstacles à sa fortune.

Cependant, l'ambition irréaliste doit être réduite à néant car elle n'a pour conséquence que le malheur et la déception ("La dame de ces biens, quittant d’un œil marri / Sa fortune ainsi répandue, / Va s’excuser à son mari").

vache cornes

V. La chute comique et morale de Perrette

La chute de Perrette fait à la fois office d'élément comique et de morale. Elle est l'élément central de la fable, en réalité, celui sur lequel tout se concentre, car c'est avec cette chute que la morale intervient. Le fait de la faire chuter, choix de La Fontaine dans sa fable, implique un élément perturbateur qui vient casser les rêves de Perrette de manière brutale.

Perrette là-dessus saute aussi, transportée.​ Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée

La Laitière et le pot au lait

La chute est réalisée en quelques fractions de seconde, ce qui vient renforcer l'idée que la vie ne tient qu'à un fil, tout comme notre destin et nos projets ("Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée"). L'événement survient d'un seul coup, sans qu'aucune réparation ne soit possible. Perrette n'a même pas le temps d'éviter la chute du pot au lait !

Le fait que La Fontaine ne donne plus accès aux pensées de Perrette, et aussi le fait que tout cela semble se résoudre en une seule ligne, renforcent l'idée que tout ce que Perrette avait imaginé disparaît d'un seul coup.

poules herbe

Le comique, propre à toute fable, survient en raison du contraste entre ce qu'elle perd réellement, à savoir le lait issu de son pot, et ce qu'elle perd de manière symbolique, autrement dit la fortune croissante qui aurait pu en découler.

En somme, non seulement elle perd la possibilité de réaliser ses rêves, mais elle perd également ce qu'elle détient dans le présent.

Elle ne peut donc même plus acheter ne serait-ce qu'un seul oeuf, ce qui révèle que, comme le dit l'adage, "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras" !

Car, en réalité, Perrette avait précisément de quoi s'acheter "un cent d’œufs", sans chute. Cependant, en préférant rêver grand et acheter plus que ce dont elle a réellement besoin, Perrette perd tout.

La chute de Perrette est tout autant physique que symbolique, car le pot tombe, renversant le lait, et avec lui, toutes les illusions de Perrette. La rapidité du geste ainsi que le refus de La Fontaine de s'attarder sur de plus amples considérations de Perrette une fois le lait renversé mettent l'accent sur l'idée qu'un simple petit geste suffit pour détruire tous les rêves.

VI. Une morale sur les illusions humaines

La morale dépasse bien évidemment le cas de Perrette, comme c'est toujours le cas avec Jean de La Fontaine. Il vise ici une tendance humaine générale, qu'il ne condamne pas nécessairement, d'ailleurs !

Dès le début, il excuse le comportement de Perrette en insinuant que tout être humain normalement constitué agit comme elle l'a fait ("Quel esprit ne bat la campagne ? Qui ne fait châteaux en Espagne ?"), s'ajoutant, soit dit en passant, à la liste. Pourquoi emploie-t-il l'expression "châteaux en Espagne" ? Parce que "construire/bâtir" des châteaux en Espagne signifie que l'on dispose de projets irréalisables, de projets fous.

Quel esprit ne bat la campagne ? Qui ne fait châteaux en Espagne ? Picrochole, Pyrrhus, la laitière, enfin tous, Autant les sages que les fous ?

La Laitière et le pot au lait

En réalité, cette expression date du XIIIᵉ siècle et signifie que l'on a pour projet une idée irréalisable, imaginaire. Dans la morale finale, La Fontaine généralise son récit et l’attitude de Pierrette par le pronom relatif et interrogatif : « Qui ». Il interpelle son lecteur et le met face à ses propres rêveries. Il continue cette responsabilisation aux vers suivants via trois procédés.

L’énumération « Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous, », où il fait référence à des personnages à la fois fictifs (Pichrochole et la Laitière) et historiques, jusqu’au « tous » final, montre que tout le monde est victime de ce genre de rêverie mégalomane.

L’utilisation de « chacun » fait également en sorte que le lecteur se sente concerné. L’utilisation du pronom personnel « nous » révèle que La Fontaine s’inclut lui-même, et enfin, les déterminants « tout » et « tous » créent un effet d’amplification.

D’une certaine manière, La Fontaine critique les élans héroïques de tout un chacun en utilisant le champ lexical de l’héroïsmebat la campagne », « châteaux », « Pyrrhus », « honneurs », « défi », « Sophi », « Roi », « diadèmes »). Le registre épique, propre à cette idée d’héroïsme, est révélateur d’une imagination débordante.

La Fontaine s’intègre lui-même à la critique par le biais de la formule « Quand je suis seul », et fait le parallèle avec la laitière qui, elle aussi, était seule durant le récit. Les pronoms possessifs ainsi que le pronom personnel "je" affluent ("je suis", "je fais", "Je m’écarte", "je vais", "m’élit", "mon peuple m’aime", "sur ma tête", "je rentre en moi-même, "Je suis gros Jean").

Il y a également un décalage entre la grandeur de l’imagination, caractérisée ici par l’héroïsme, et la réalité.

Ce décalage est signifié par « quelque accident », qui rappelle que le hasard détermine avant tout la destinée.

Ce dernier vers, qui vient conclure l’élan épique, est à rapprocher, dans sa concision, de celui qui mettait fin à la rêverie de la laitière.

Là encore, il y a généralisation car La Fontaine dit bien « Nous sommes tous les mêmes ».

Le décalage est encore souligné par l’ultime vers où La Fontaine fait référence à « gros Jean », qui est un personnage de chanson populaire, et donc en opposition avec le haut style de l’épopée et avec les personnages cités auparavant.

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De fait, ces contrastes dénoncent le narcissisme que l’imagination provoque. L’omniprésence du « je » met bien en valeur l’égocentrisme créé par l’imagination. Quelle est la solution alors donnée par La Fontaine ?

Elle se situe dans une modestie face au « quelque accident » de la vie, car il faut rentrer en soi-mêmefait-il que je rentre en moi-même »), c’est-à-dire, être conscient de ce qu’on est, et adopter la posture du sage.

Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;​ Je suis gros Jean comme devant.

La Laitière et le pot au lait

C’est une invitation à la simplicité et à la connaissance de soi. Ainsi, on peut dire que La Fontaine ne condamne pas tout imagination, loin de là, mais qu'il met en garde les lecteurs et lectrices contre les trop grandes illusions qui nous font oublier prudence et pragmatisme. L'idéal serait, donc, de rêver, mais d'entamer des actions pour arriver à ses fins de manière stratifiée, sans mettre la charrue avant les bœufs.

La morale de La Laitière et le pot au lait critique à la fois la rêverie excessive - et non la rêverie simple, l'avidité, la précipitation, l'avarice, la trop grande confiance placée en l'avenir et le manque de prudence.

Conclusion de l’explication de La Laitière et le pot au lait

La Fontaine entreprend dans cette fable une considération d’ordre générale sur la nature humaine. Il s’élève ainsi au rang de moraliste, voire de philosophe même, aux yeux des lecteurs et lectrices. En plaisant, par son récit comique, il instruit également et met en garde contre les délires de l'imagination. La fable eut tant de succès que l’expression « adieu, veau, vache, cochon » est devenue proverbiale4 !

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Si La Laitière et le pot au lait paraît, au premier abord, être une fable simple en apparence, elle est pourtant riche en enseignements moraux.

Bien que le décor soit plaisant, de même que le dynamisme de Perrette, la fable dispose d'une grande couche de profondeur.

Aussi, la chute paraissant comique, elle n'en reste pas moins philosophique et essentielle.

Avec le lait, ce sont tous les rêves de Perrette qui s'envolent, et la chute du pot symbolise en réalité l'écart entre l'imagination et la réalité de la vie.

Pour répondre à la problématique posée, à savoir "Comment La Fontaine transforme-t-il une histoire simple et comique en leçon morale sur l’imagination et les illusions humaines ?", nous pouvons dire que La Fontaine transforme une anecdote amusante en leçon de morale par la fraîcheur de son style ainsi que par une gradation rythmée.

La seconde lecture, plus profonde, de la fable, nous invite à comprendre que Perrette met la charrue avant les bœufs et fragilise ses projets en abandonnant le pragmatisme au profit de l'impatience et de l'ambition non limitée.

L'expression "faire/bâtir des châteaux en Espagne" résume à la perfection l'illusion ainsi que la naïveté de Perrette face au futur, car celle-ci ne dispose pas encore de l'argent apporté par son lait qu'elle se voit déjà propriétaire d'une grande ferme.

Cette expression, à savoir "faire des châteaux en Espagne", relève de l'impossible, car, selon le poète et humaniste du XVIIe siècle Etienne Pasquier, "vouloir chercher des châteaux en Espagne était quelque chose de vain, car il n'y en avait pas, dans le seul but d'empêcher que les Maures, lors de leurs incursions, n'en trouvent et n'en profitent pour s'installer à demeure"5, comme vous le verrez en cours de soutien scolaire nantes !

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Que retenir ?

De quoi s'agit-il ? D'un exemple de commentaire de texte de la fable de Jean de La Fontaine, La Laitière et le pot au lait, afin de s'entraîner avant le bac.
🧾 Pourquoi cette fable est-elle particulièrement intéressante ? La Fontaine semble décrire une situation principalement plaisante, simple et comique, et pourtant cette fable dispose d'une lourde portée philosophique.
🔚 Que symbolise la chute dans cette fable ? A force de s'emporter dans ses idées folles, Perrette fait un saut et, de fait, fait tomber le pot rempli de lait. La chute représente deux pertes pour Perrette : à la fois la perte matérielle et véritable de son lait, et la perte de ses illusions de future richesse.
🔰 Que rédiger dans l'introduction ? Il vous faut rédiger une amorce (contexte, énoncé, période, auteur), trouver une problématique claire et concise, puis annoncer le plan.
🐮 Que critique principalement La Fontaine dans cette fable ? La Fontaine critique non pas la rêverie, loin de là, mais la rêverie poussée à l'extrême, autrement dit, la rêverie faisant oublier la raison et la réalité. Il critique également l'avarice des personnes souhaitant toujours avoir plus, non pour leur bonheur personnel, mais pour acheter toujours et encore.

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Sources

  1. BnF Essentiels [essentiels.bnf.fr/fr], "Fables indiennes du Panchatantra", https://essentiels.bnf.fr/fr/image/04b4ed5c-80ac-408e-9d50-13ee6de8fc59-fables-indiennes-panchatantra. Consulté le 24 juin 2026.
  2. HOURCADE, Thibault, "L’Égypte dans le Voyage en Orient de Gérard de Nerval : entre réalisme et attentes fantasmées", 6 janvier 2023, https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03927704v1/document. Consulté le 24 juin 2026.
  3. Radio France [www.radiofrance.fr], "Épisode 8/20 · “La laitière et le pot au lait” de Jean de La Fontaine, la fable des rêves empêchés", 11 décembre 2024, https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-instant-poesie/la-laitiere-et-le-pot-au-lait-de-jean-de-la-fontaine-la-fable-des-reves-empeches-8933299. Consulté le 24 juin 2026.
  4. Le FIGARO, "Ces expressions de La Fontaine que vous citez sans le savoir", 7 février 2019, https://www.lefigaro.fr/langue-francaise/expressions-francaises/2019/02/07/37003-20190207ARTFIG00016-ces-expressions-de-la-fontaine-que-vous-citez-sans-le-savoir.php. Consulté le 25 juin 2026.
  5. BFM TV [www.bfmtv.com], "Pourquoi dit-on "bâtir des châteaux en Espagne"?", 02 décembre 2019, https://www.bfmtv.com/immobilier/pourquoi-dit-on-batir-des-chateaux-en-espagne_AN-201912020433.html. Consulté le 25 juin 2026.

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Emma

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