Un jeudi soir de septembre, une trentaine de profs Superprof regardent un écran partagé. Jean-Dominique vient d'ouvrir la copie d'une élève de 4e — quatre exercices sur le théorème de Pythagore, dont trois faux. Avant de lancer la moindre requête, il pose une question à la salle : est-ce qu'un prof de maths peut dire ce qui cloche ? Marc lève la main, décrit les trois erreurs une par une, et note au passage qu'il manque un schéma.
Ce n'est qu'ensuite que l'IA entre en scène. L'ordre compte : le prof diagnostique d'abord, la machine exécute ensuite. C'est toute la logique de la méthode présentée pendant cette première Super Class, et c'est ce qui la sépare d'un simple « demandez à ChatGPT de faire votre cours ».
L'exemple est mathématiques, mais la mécanique se transpose telle quelle. Une copie d'histoire, une rédaction en français, un exercice de physique : le déroulé ne change pas.
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Le point de départ : une copie, quatre exercices, trois erreurs
Le scénario est volontairement banal. Léa, élève fictive de 4e, vient de rendre une copie en classe. Elle la transmet à son prof particulier, qui prépare la séance de 60 minutes à venir. Le théorème de Pythagore est au programme du cycle 4, en classe de quatrième.

Sur les quatre exercices, un seul est juste. Les trois autres échouent pour des raisons différentes, et c'est précisément ce qui rend l'exemple utile :
- Une racine carrée oubliée. Léa trouve 100 cm là où la réponse était 10 cm.
- Une addition posée à la place d'une soustraction.
- Une erreur de lecture d'énoncé : rien n'indique que le triangle est rectangle, donc le côté ne peut pas être déterminé.
Trois erreurs, trois causes distinctes. Une erreur de calcul, une erreur de méthode, une erreur de raisonnement. Un corrigé automatique qui se contenterait de barrer les mauvaises réponses raterait cette nuance et c'est elle qui détermine le contenu de la séance.
La méthode en 6 étapes
prompts pour préparer une séance complète
1. Créer un projet, pas une simple conversation
C'est l'étape que la plupart des utilisateurs sautent. Une conversation classique oublie tout d'une fois sur l'autre. Un projet garde le contexte et travaille à partir de vos documents.
Concrètement, vous créez un dossier dédié à l'élève et vous y déposez trois choses :
- une fiche qui décrit l'élève
- la copie à analyser
- les consignes du projet

Ces consignes définissent le rôle de l'IA. Dans la démonstration, elles tiennent en quatre lignes :
- aide-moi à préparer le cours de Léa ;
- pars de sa fiche et des documents que j'ajoute ;
- appuie tes remarques sur ce qu'elle a réellement écrit ;
- si tu ignores pourquoi elle a fait une erreur, propose-moi une question à lui poser.
Prévoyez aussi un sous-dossier vide pour les documents produits. Vous y retrouverez les fiches générées.
2. Faire diagnostiquer la copie
Le premier prompt ne demande pas de corriger. Il demande de diagnostiquer. Pour chaque réponse : ce qui est juste, ce qui est faux, et une question courte à poser à l'élève. Puis une conclusion sur ce qu'il faut revoir.

La consigne la plus importante est une interdiction : « n'invente pas d'explications sur son comportement ». Sans elle, l'IA produit volontiers des hypothèses psychologiques sur un élève qu'elle n'a jamais vu. Avec elle, elle s'en tient à la copie.
Pendant la session, le diagnostic généré correspondait aux trois erreurs identifiées par Marc quelques minutes plus tôt. La vérification humaine reste la règle, mais elle s'accèlere.
3. Obtenir un plan de séance minuté
Le deuxième prompt fixe les objectifs pédagogiques et la durée, puis demande un déroulé. Il précise aussi ce qu'il ne faut pas traiter — ici, la réciproque du théorème, réservée à une séance ultérieure.
Le plan obtenu pour une heure :
0–5 min
retour sur la copie
5–15 min
rappel du théorème et questions rapides
15–30 min
un exemple traité ensemble
30–45 min
exercices en autonomie
45–55 min
correction commentée
55–60 min
bilan individuel
Si ce déroulé ne vous convient pas, ajoutez la contrainte aux consignes du projet plutôt qu'au prompt. Elle s'appliquera à toutes les séances suivantes.
4. Générer les exercices et leur corrigé
Les exercices se commandent un par un, avec l'objectif de chacun. Le quatrième de la démonstration mérite d'être noté : deux côtés connus, aucun angle donné, et l'élève doit expliquer pourquoi le troisième côté reste introuvable. L'exercice ne teste pas le calcul, il teste la lecture de l'énoncé, exactement l'erreur commise sur la copie.
Le corrigé se demande ensuite, séparément, avec une précaution utile : si un angle droit n'est pas donné, ne pas le supposer.
5. Sortir des documents prêts à imprimer
C'est ici qu'on passe du texte au document. Le prompt décrit la fiche voulue : un rappel, un exemple résolu, les quatre exercices avec de la place pour répondre, et surtout pas les réponses.

Deux détails pratiques ressortent de la démonstration. D'abord, les schémas ne sont pas venus tout seuls : il a fallu les redemander explicitement, après la remarque de Marc. Ensuite, le PDF n'a pas atterri dans le dossier prévu — l'IA a créé le sien. Rien de grave, mais cela se précise dans le prompt.
Une condition technique, en revanche, n'est pas contournable : pour que les fichiers soient écrits sur votre ordinateur, il faut passer par l'application de bureau.
Depuis un navigateur, l'IA sait produire un document, mais ne sait pas l'enregistrer sur votre ordinateur.
6. Rédiger le message de suivi
La dernière étape, souvent négligée, est le message envoyé après le cours. C'est ici que vous listez ce que l'élève a réussi, ce qui résiste encore, et vous demandez un message court avec un devoir chiffré en temps. La recommendation est de quinze minutes, pas davantage.
Et pour les matières rédactionnelles ?
La question est venue de la salle, et elle est juste. En mathématiques, une réponse est vraie ou fausse. En histoire-géo, en philosophie ou en SES, la correction d'une dissertation comporte une part de subjectivité, et cette part varie d'un correcteur à l'autre.
La réponse proposée : entraînez l'IA sur vos propres corrections. Donnez-lui plusieurs copies déjà corrigées, avec la note et surtout vos raisons: ce que vous avez valorisé, ce qui vous a moins convaincu. Puis soumettez-lui une copie corrigée qu'elle n'a pas vue, et comparez.
On n'en fera jamais un double, mais on peut obtenir quelque chose de sensiblement similaire à la manière dont on aime corriger nos copies.
Jean-Dominique, Super Class « L'IA au service de vos cours »
Pour les copies papier, la reconnaissance de texte fonctionne bien sur une écriture d'élève lisible. Un scan suffit le plus souvent.
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Le cadre à respecter : ce que dit la CNIL
Dans la démonstration, Léa est fictive. Avec un élève réel, vous traitez les données personnelles d'un mineur et cela change les règles. La CNIL a publié en juin 2025 une FAQ destinée aux enseignants qui répond précisément à cette situation.
Trois points méritent votre attention :
- L'évaluation reste la vôtre. La CNIL est explicite : l'enseignant ne doit pas déléguer son pouvoir d'évaluation et de décision à un outil d'IA. Ces outils ne sont pas conçus pour des décisions qui engagent le parcours d'un élève.
- Les données personnelles ne se limitent pas au nom. Une adresse, un identifiant, un élément de vie privée glissé dans une copie en font partie.
- Les familles doivent être informées. Le consentement n'est pas systématiquement requis, mais l'information l'est dès que des données concernant l'élève passent par un système d'IA.
Anonymisez la copie avant de la déposer dans votre projet. Retirez le nom, l'établissement et tout détail personnel. Vous gardez l'intégralité du bénéfice pédagogique et vous sortez du champ des données personnelles.
Un dernier point, utile pour la qualité du résultat : déposez dans votre projet les documents officiels du programme de votre cycle. L'IA calera ses exercices sur les attendus de l'Éducation nationale plutôt que sur une moyenne internationale.
Quel outil choisir ?
La question revient à chaque session, et la réponse est plus rassurante qu'on ne le croit : choisissez-en un et restez dessus. Les moteurs actuels savent tous préparer un cours jusqu'à la fin du lycée. Courir après le meilleur du moment coûte du temps pour un gain pédagogique nul.
Ce qui fait la différence n'est pas l'outil, c'est la qualité de vos consignes et le contexte que vous lui donnez. Un projet bien construit avec un moteur moyen bat un moteur excellent sans contexte.
Ce qu'il faut retenir
La méthode ne remplace pas le diagnostic du prof, elle le prolonge. Jean-Dominique a passé les premières minutes de sa démonstration à faire lire la copie par un humain, et c'est sans doute le geste le plus important de la session.
Ce que l'IA fait gagner, c'est le temps de mise en forme : la fiche, le corrigé, le message de suivi. Le temps que vous récupérez là, vous le rendez à l'élève.
Essayez sur votre prochaine séance. Prenez une copie, anonymisez-la, créez un projet, et suivez les six étapes. Vous saurez en une heure si la méthode est faite pour vous.
Sources
- « Enseignant : comment utiliser un système d'IA dans le cadre de vos missions ? », Commission nationale de l'informatique et des libertés, 20 juin 2025. Disponible sur : https://www.cnil.fr/fr/enseignant-usage-systeme-ia. Consulté le 17 septembre 2026.
- « La CNIL publie deux FAQ sur l'utilisation des systèmes d'IA dans les établissements scolaires », Commission nationale de l'informatique et des libertés, 2025. Disponible sur : https://www.cnil.fr/fr/deux-faq-utilisation-des-systemes-dia-scolaire. Consulté le 17 septembre 2026.
- « Ressources d'accompagnement du programme de mathématiques au cycle 4 », Ministère de l'Éducation nationale, Éduscol. Disponible sur : https://eduscol.education.fr/280/mathematiques-cycle-4. Consulté le 17 septembre 2026.
- « Programme de mathématiques pour le cycle 4 », Ministère de l'Éducation nationale. Disponible sur : https://www.education.gouv.fr. Consulté le 17 septembre 2026.
- Jean-Dominique. « L'IA au service de vos cours », Super Class Superprof, septembre 2026. Replay réservé aux membres de la communauté Superprof.
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