« C’est dans l’angoisse que l’homme prend conscience de sa liberté. » Jean-Paul Sartre

Au même titre que le personnel soignant, les salariés agricoles, les hôtes de caisse ou encore les routiers et livreurs, les professeurs faisaient partie de ces Français qui ont continué à travailler durant le confinement obligatoire dû à la propagation du coronavirus.

Pour les élèves de primaire, collège, lycée ou enseignement supérieur, les cours ont continué dans un contexte inédit, soulevant de nombreuses questions et inquiétudes de la part des étudiants et de leurs enseignants.

A cette période, Superprof a interviewé deux professeurs de l'Education Nationale pour répondre à toutes vos interrogations :

  • M. Patrick LEVIEUX (P.L.), professeur de Français pour les classes de Seconde, Première et Terminale au Lycée Angela Devis de Saint-Denis (92),
  • Mme Albane DELESQUE (A.D.), professeur de Lettres Modernes pour les classes de 5ème, 4ème et Première au Lycée Saint-Michel des Batignolles à Paris (75).

Annonces du gouvernement, gestion des cours en ligne, conséquences financières ou encore futur des cours 2.0 : découvrez comment les enseignants ont vécu cette crise sans précédent.

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COVID-19 : annonce et mise en place du confinement pour les professeurs

Quel était le point de vue des professeurs sur les cours en ligne ?
Les enseignants ont dû faire face à une situation inédite : enseigner à distance.

Comment avez-vous été informé(e) de la situation de confinement ?

A.D. : "Par le directeur de mon établissement scolaire."

P.L. : "Par l'intermédiaire du journal "Le Monde"."

A quelle date avez-vous quitté votre lieu d’enseignement ?

A.D : "J'ai quitté mon travail le 14 mars 2020 au soir."

P.L : "Le 13 mars 2020."

Vous a-t-on prêté du matériel informatique ?

A.D : "Non, j'ai travaillé avec mon matériel personnel (ordinateur portable) et celui de mon travail (tablette Apple)."

P.L : "Non."

Donner des cours durant le confinement : enseignement 2.0 et déroulement des cours en ligne

Comment utiliser les ressources numériques pour donner des cours pendant le Coronavirus ?
Google Classroom, Skype ou Zoom : autant d'outils privilégiés par les enseignants.

Avez-vous utilisé « Ma classe à la maison », l'outil officiel du gouvernement permettant de faciliter les cours en ligne ?

P.L : "Non. Cet outil a été défaillant dès le début, je me suis débrouillé avec les outils que j’utilise en cours particuliers."

A.D. : "Non, je n'ai pas utilisé « Ma classe à la maison »."

Avez-vous utilisé d’autres plateformes ou ressources du gouvernement ?

P.L. : "J’ai utilisé Pronote pour les informations officielles. Je ne l'ai pas du tout trouvé fluide. Mais l’avantage était de pouvoir officialiser les travaux demandés et le rendu des notes."

Quelle plateforme avez-vous utilisé pour dispenser vos cours à vos élèves ? En avez-vous testé plusieurs, et si oui lesquelles conseilleriez-vous ?

A.D. : "J’ai utilisé Ecole Directe, Google Classroom, Zoom et Skype, ainsi que ma messagerie professionnelle Gmail."

P.L. : "Oui, j’ai d’abord utilisé Google Drive pour la gestion des cours, et les devoirs en temps limités couplé à WhatsApp pour les contacts interactifs avec les classes. Blackboard pour les cours magistraux. Zoom pour les entretiens individualisés avec les élèves. J’ai parfois utilisé Skype pour recevoir des travaux en vidéos des élèves car c’était un outil connu des élèves. J’ai proscrit Discord car c’est une plateforme de jeux sur laquelle les groupes de gamers se retrouvent."

Votre relation avec vos élèves a-t-elle changé suite au confinement ?

"En 45 mn, je faisais ce que je mettais 15 jours à faire en présentiel." - Patrick LEVIEUX, professeur de français à Saint-Denis

A.D. : "Non pas vraiment sur le long terme. Nous nous sommes vus par Zoom et les élèves étaient tous présents. Ils étaient un peu agités au début, à cause de la nouveauté, du format du cours, de l’angoisse liée à la situation. Mais ils se sont très vite calmés et furent très réceptifs.

Dans l’ensemble, ils étaient très sérieux et rendaient tous leurs devoirs, même si c’était parfois avec un peu de retard. Ils ont eu le souci de bien faire, les devoirs étaient rédigés avec beaucoup de bonne volonté même si l’on a perçu, de temps à autre, la « patte » des parents mais au final, ce n’est pas grave, l’important était de continuer à travailler avec constance pour ne pas perdre les acquis et le rythme."

P.L : "Oui car à distance je n'étais plus perturbé par des histoires de comportement. En 45 mn, je faisais ce que je mettais 15 jours à faire en présentiel."

Avez-vous quelques anecdotes à nous livrer durant vos sessions de cours en ligne ?

P.L : "Un élève a recommencé 60 fois un exercice envoyé par WhatsApp pour finir par obtenir un 20/20. Il s’agissait de construire un quatrain en alexandrin en rimes riches et embrassées en alternant rimes masculines et féminines. Egalement, pendant les vacances j’ai organisé un festival du confinement (cf. Affiche ci-dessous). Un programme chaque jour avec des films postés sur Google Drive."

Comment les enseignants donnent-ils des cours durant le confinement ?
Patrick Levieux, professeur de français : "Pendant les vacances de Pâques 2020, j'ai organisé un festival du confinement".

D’un point de vue pédagogique, pensez-vous que l’enseignement à distance soit bénéfique ou néfaste ?

A.D. : "Je ne pense pas que la réponse puisse être aussi tranchée. D’un point de vue pédagogique, et toujours couplé au présentiel de la classe, cela peut être intéressant pour les collégiens car ils apprennent l’autonomie. Pour les lycéens, c’est aussi intéressant car l’outil internet, la visioconférence et le Drive sont des médias largement utilisés dans le Supérieur et, a fortiori, dans le monde du travail."

P.L : "L’enseignement à distance est une chance d’aller beaucoup plus loin en utilisant tous les supports numériques."

Pensez-vous que les élèves et les professeurs étaient assez bien équipés en matériel informatique pour pouvoir suivre des cours en ligne fluides ?

A.D : "De manière générale, les foyers sont assez bien équipés. De plus, dans mon établissement, tant l’équipe pédagogique que les élèves sont équipés de tablettes."

P.L. : "Les élèves de Saint-Denis n'étaient pas bien équipés et le pouvoir étatique n’a pas du tout arrangé cette situation malgré les discours du ministre."

Comment se passait un cours en ligne et quelles étaient les différences majeures avec le cours traditionnel, en classe ?

A.D. : "Tout d’abord nous discutions de ce qui s'était passé depuis le cours précédent :

  • Comment vous sentez-vous ?
  • Rencontrez-vous des difficultés d’ordre personnel ou dans votre travail ?
  • Comment vous organisez-vous ?

Puis nous passions au travail : les élèves recevaient au préalable la correction des exercices. Ils devaient la lire avant la visioconférence puis nous faisions un tour de table : quelles ont été les difficultés ? Avez-vous compris vos erreurs ? Pouvez-vous les corriger ? Nous faisions quelques exercices de remédiation que nous corrigions à l’oral. Nous finissions par 5 minutes de lecture à voix haute."

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Cours virtuels : comment les professeurs ont-ils géré leurs journées ?

Typiquement, comment se déroulait une journée de cours pour vous en temps de confinement ?

A.D : "La journée commençait un peu plus tard qu’en temps normal. Je ne faisais pas les cours de 8h, comme c’était d’habitude le cas dans l’établissement scolaire. Les cours du matin étaient de 9h à 12h. Les cours que j’avais habituellement entre 12h et 14h, n'étaient pas assurés sur ce créneau pour que les familles puissent déjeuner tranquillement. Nous reprenions de 14h à 17h : j'étais disponible pour des rendez-vous individuels, je répondais aux questions et aux mails, je corrigeais mes copies. Cela dépendait des jours et des demandes !"

P.L. : "Le cours s’organisait en flux continu. D’abord une vidéo de 2 mn annonçait le contenu du cours envoyé sur WhatsApp, puis le cours magistral qui était enregistré et édité sur google drive. Le support écrit de ce cours était également publié. Le cours était souvent accompagné d’un document audio-visuel produit par Arte ou France Culture. Puis on complétait avec des échanges sur WhatsApp puis on discutait en petit groupe sur Zoom. Le cours ne respectait plus le cadre temporel."

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L’enseignement durant le confinement a-t-il allongé ou réduit vos journées de travail ?

Comment réviser ses cours en ligne depuis chez soi ?
Albane Delesque, professeur de Lettres Modernes, explique : "Au final, j’ai travaillé en moyenne 3 heures de plus par jour, parfois très tard, afin de pouvoir proposer des séances construites, malgré les circonstances exceptionnelles"

A.D. : "Je pense qu’il aurait fallu prendre un rythme différent et travailler d’une autre manière. Oui, durant les deux premières semaines, il a fallu faire avec les aléas de la situation : ce qui a demandé beaucoup d’énergie et de temps.

Les réseaux étaient saturés, les mails nombreux reflétaient tant l’angoisse des parents que des élèves, la gestion des élèves qui n’avaient pas pris la mesure de la situation et qui pensaient qu’il s’agissait de vacances était également très énergivore.

En tant que professeur, et qui plus est en tant que professeur principal, j’ai beaucoup travaillé avec l’équipe de la Vie Scolaire pour suivre mes 140 élèves : est-il facile de se connecter ? Recevez-vous les documents de travail ? Pouvez-vous contacter vos professeurs aisément ? Et bien sûr le plus long fut de remettre sur les rails du travail les élèves qui ne se connectaient pas, qui ne rendaient pas leur travail.

Je contactais tous les jours les membres de mon équipe pédagogique pour savoir qui ne se connectait pas et ne faisait pas son travail puis je contactais la Vie Scolaire qui téléphonait aux familles. De plus, par jour, je recevais pas moins de 90 mails de la part des familles, des élèves, des collègues, de la vie scolaire ou de la direction. Il y avait aussi les travaux qu’il fallait rendre rapidement, parfois du jour au lendemain, pour pouvoir animer correctement le cours suivant.

Au final, j’ai travaillé en moyenne 3 heures de plus par jour, parfois très tard, afin de pouvoir proposer des séances construites, malgré les circonstances exceptionnelles."

P.L. : "Je travaillais non-stop comme d’habitude. Mais comme je n’avais plus de temps de transport mon temps s'est considérablement allongé."

Quelles étaient les horaires de travail fixées par votre établissement scolaire durant cette période ?

A.D. : "Au début du confinement, mon établissement nous a demandé de respecter les horaires de cours mais, dans les faits, cela était intenable : les cours de 8h-9h, de 12h-13h et de 13h-14h ne se faisaient pas pour faciliter l’organisation de la vie de famille en cette période de confinement. A la fin de la première semaine, nous avons fait le bilan et pris en compte les difficultés et limites de s’en tenir à un emploi du temps de cours identique à celui en vigueur normalement."

P.L : "Je ne sais pas car je n’ai pas lu la prose étatique. Je travaillais tous les jours de 8h à minuit."

Avez-vous des anecdotes où votre vie personnelle a pu empiéter sur votre journée de cours ?

P.L : "Quand un élève me pose une question sur WhatsApp à 4h du matin et que j’étais réveillé pour boire un verre d’eau. Bien évidemment répondre comme si de rien n’était... Très bon pour la réputation du prof au service de ses élèves 24h sur 24."

Arriviez-vous à aussi bien communiquer avec vos collègues et avec votre chef d’établissement ?

A.D. : "Oui, très bien. Il y a eu beaucoup d’entraide, d’échanges, de conseils et d’écoute. Tout le monde était extrêmement bienveillant."

P.L : "Non, c'était service minimum."

Quel est votre ressenti personnel sur le télétravail ?

A.D : "C’est une expérience intéressante et enrichissante pour tous : élèves, enseignants, direction ; bien que nous n’y fûmes pas préparés."

P.L. : "Il faut vivre cela comme la possibilité de pouvoir proposer toujours plus de contenus sans être bloqué par des contingences matérielles et organisationnelles."

Quelle était la situation financière pour les professeurs en confinement ?

"Les salaires doivent être revalorisés", explique Albane Delesque, enseignante de l'Education Nationale

Avez-vous subi une perte de salaire suite à la situation du COVID-19 ?

A.D. : "Non."

P.L. : "Aucune perte de salaire."

Habituellement, complétez-vous votre salaire avec d’autres missions ?

A.D. : "Oui, tout à fait. Je suis très active sur le site Superprof en tant que professeur particulier. Celui-ci m’a donné l’occasion d’être davantage prête face à cette situation. Cela fait des années que je travaille par webcam et que j’utilise les documents partagés Google Drive avec mes élèves. Je maîtrise très bien ces outils et mes élèves d’autant plus : ils sont nés avec !

Superprof est une plateforme de mise en relation internationale : j’ai pu avoir la chance de suivre des élèves en province mais aussi en Europe avec la Suisse, le Luxembourg, le Royaume-Uni et à l’international avec Hong-Kong, Dubaï, les Etats-Unis. Ce sont souvent des élèves qui sont dans des lycées français mais les méthodes pédagogiques et les approches diffèrent toutefois un peu."

Comment les professeurs donnent-ils des cours depuis le confinement ?
Albane Delesque donne des cours depuis son bureau personnel, lui permettant de compléter son salaire d'enseignante.

P.L. : "Je donne des cours sur le site Superprof où je gagne actuellement 10 000 euros par mois et 890 euros de la part de l’Education Nationale en mi-temps."

Avez-vous remarqué une différence entre les cours particuliers via webcam et les cours en ligne dus au confinement ?

A.D. : "Bien sûr, donner cours à un seul élève et 35 élèves n'est pas du tout la même chose. Une classe entière demandait une grande organisation et de la rigueur mais cela est devenu de plus en plus facile au fil des semaines."

Avez-vous continué de dispenser des cours particuliers en ligne durant le confinement ?

A.D. : "Oui, j'ai continué à donner mes cours en tant que professeur particulier comme d’habitude. Avec les vacances scolaires et les annonces changeantes du Ministre de l’Education Nationale, la demande s’est accrue."

P.L : "Oui, je n’ai perdu aucun élève car même en face en face nous travaillions déjà avec Google Drive."

Avez-vous remarqué une baisse ou une augmentation du nombre de demandes de cours ?

A.D. : "Je suis mes élèves habituels, que j’avais déjà avant le confinement mais d’autres demandes m’ont été faites pendant le confinement."

P.L. : "Oui, j'ai constaté une baisse des demandes aux vacances de Pâques 2020."

Le confinement a-t-il entraîné des dépenses inattendues pour votre travail ?

A.D. : "Aucune."

P.L. : "Non, je faisais au contraire des économies en frais de transport."

Conseilleriez-vous à d’autres professeurs de se lancer dans les cours particuliers via webcam ?

A.D. : "Oui, c’est non seulement une approche intéressante pour un professeur particulier mais également incontournable de nos jours : nous sommes de plus en plus amenés, non plus seulement à travailler à l’échelle locale, mais également nationale et internationale. Qu’on le veuille ou non, notre métier doit évoluer avec la société."

Déconfinement et reprise des cours : qu’en ont pensé les professeurs ?

Qu'ont pensé les professeurs en temps de Covid-19 ?
Les annonces du gouvernement n'ont pas fait l'unanimité, que ce soit pour les professeurs ou pour les élèves.

Le vendredi 3 avril 2020, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education Nationale, a annoncé que le Baccalauréat se déroulerait sous forme de contrôle continu. Quel a été votre point de vue sur cette décision ?

A.D. : "Une concertation avec le corps enseignant aurait dû être effectuée en amont. C’est nous qui sommes en première ligne et qui, sur le terrain, avons dû répondre aux questions des élèves et des familles. Dans la majeure partie des cas, le dialogue a été fluide et tout s'est bien passé ; parfois, nous nous sommes heurté à l’incompréhension et à la frustration des familles et des élèves.

Le professeur est le représentant, le porteur — qu’il soit en adéquation avec la parole du Ministre ou pas — des décisions prises au sommet de l’état. C’était un lourd fardeau que nous n'aurions normalement pas dû porter : nous sommes des pédagogues, des transmetteurs de savoirs et non pas des technocrates ; or, de nos jours, les professeurs portent trop de casquettes et il y a une déperdition de la mission première qui est celle d’enseigner."

P.L. : "Je n’ai pas écouté ce qu'a raconté M. Blanquer."

"Qu’on le veuille ou non, notre métier doit évoluer avec la société." - Albane Delesque, professeur de Lettres Modernes à Paris

Avez-vous discuté avec vos élèves du déroulement des examens ? Si oui, quel a été leur ressenti ?

A.D. : "Oui, tout à fait. Il a fallu faire preuve de pédagogie et de didactique. Expliquer aux élèves et aux familles les nouvelles modalités, mettre en évidence l’enjeu et l’importance de cet unique évaluation. Faire également comprendre que l’entraînement aux exercices du commentaire et de la dissertation n'étaient pas vains, perdus : ce sont des éléments importants pour l’argumentation et la rédaction.

Effectivement, non seulement à court terme dans les autres matières évaluées au Baccalauréat mais aussi à moyen et long terme pour les études dans le Supérieur et le monde du travail, savoir argumenter, développer sa pensée, défendre un point de vue sont des compétences incontournables. En somme, au-delà d’une formation purement académique, l’enjeu était également d’élever les esprits et de donner aux élèves les clés pour comprendre le monde qui les entoure et développer leur esprit critique."

P.L. : "C'était une grosse angoisse, les élèves n'avaient plus confiance en la parole publique ..."

Aviez-vous prévu des changements pour cette rentrée inédite ?

P.L. : "J'ai pensé à m’installer avec mon camping-car dans un endroit pénard et dispenser mes cours par webcam de là-bas. J'aurais mis un poster derrière moi pour faire croire que je me trouvais dans ma bibliothèque."

A.D. : "Oui, nous avons dû prendre acte, individuellement et collectivement, de ce que cette épreuve nous a enseigné en développant et en inventant de nouvelles manières d’appréhender notre enseignement. Par ailleurs, les gouvernants devraient aussi davantage prendre en compte l’expertise des enseignants et cesser de juger au rabais notre engagement et notre importance dans la formation des jeunes générations.

Être enseignant est, pour beaucoup d’entre nous, une vocation et une nécessité viscérale qui est bien souvent redéfinie à l’aune de préoccupations bien plus matérielles. C’est un métier engageant pour celui qui l’exerce et malheureusement bien peu reconnu...et payé : les salaires doivent être revalorisés (cela fait 10 ans que notre point d’indice est gelé). Beaucoup d’enseignants se sentent dénigrés et les candidats au poste sont de moins en moins légion."

Pensez-vous que le confinement aura été bénéfique d’un point de vue pédagogique pour les élèves ?

A.D. : "Oui, ils ont mesuré la chance qu’il ont d’avoir un corps enseignant en présentiel, soucieux de leurs apprentissages et de leur épanouissement tant intellectuel que personnel. Les familles ont également réalisé que la pédagogie et l’enseignement étaient des compétences à part entière, que seule la formation et l’expertise de professionnels permettaient de répondre aux questions et problématiques des élèves ainsi que des familles."

P.L. : "Cela ne va pas arranger les affaires des élèves les plus fragiles mais au moins, en tant que professeurs, nous avons pu amplifier notre offre pédagogique."

Garderez-vous un bilan positif de cette période de confinement ?

A.D. : "Oui, c’est une expérience de vie dont on doit se servir pour avancer tous ensemble : élèves, familles, enseignants."

P.L. : "Oui, mais la prochaine fois je serai mieux organisé, avec camping-car au bord de la mer."

À votre tour, donnez des cours particuliers angers dans l'ouest de la France.

Enfin, pensez-vous que l’on entre éventuellement dans une nouvelle ère de l’enseignement, où certains cours pourraient être dispensés à distance ?

P.L. : "Dans un pays de dinosaures comme la France, cela me laisse perplexe. Le pouvoir étatique n’a pas été capable de distribuer des clefs 4 g pour les élèves ayant des problèmes de connexion, alors pour le reste ..."

A.D. : "Non, pas totalement. Nous travaillons avec de l’humain : le présentiel est et doit rester primordial et essentiel."

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Aurélie

Responsable éditoriale de Superprof et journaliste web, je suis passionnée d'arts et de voyages. Je milite pour l'échange culturel et la transmission des savoirs !