📚 Fiche du livre
J'ai pensé que c'était toujours un dimanche de tiré, que maman était maintenant enterrée, que j'allais reprendre mon travail et que, somme toute, il n'y avait rien de changé.
L'Etranger
En classe de Seconde, de Première ou de Terminale, vous allez nécessairement rencontrer ce que l'on appelle le commentaire composé, ou encore le commentaire de texte. Il s'agit d'un exercice imposé aux élèves au lycée ainsi qu'au bac de français, ayant pour but de montrer votre bonne compréhension d'un extrait de texte, de son contexte ainsi que de ses messages plus ou moins implicites.
Le commentaire de texte doit avant tout rendre compte de la lecture de l'extrait, ainsi que suivre une structure organisée bien précise et fluide. Ici, nous allons vous apporter une aide au commentaire composé, en vous révélant les étapes essentielles ainsi que la méthode à suivre à partir d'un extrait de L'Étranger d'Albert Camus.
L'Étranger est un roman d'Albert Camus publié en
faisant partie de son cycle de l'absurde
Cette série comprend un total de quatre œuvres, commençant avec L'Étranger puis donnant lieu à la publication de l'essai Le Mythe de Sisyphe (1942) ainsi qu'à celle des pièces de théâtre Caligula et Le Malentendu (1944).

Camus y aborde principalement le thème de la condition humaine, des questionnements existentiels ainsi que du suicide. Au sein de son premier essai, à savoir Le Mythe de Sisyphe, publié la même année, Camus parle lui-même de philosophie de l'absurde.
Selon lui, ce sont nos actes, et non pas notre essence, qui nous définissent. D'ailleurs, l'analyse philosophique de L'Etranger permet de se rendre compte de la portée de l'oeuvre ainsi que de son enracinement dans le cycle de l'absurde de Camus.
Le thème de l'absurde dans l'oeuvre de Camus est omniprésent : puisque le monde est absurde, il faut accepter de vivre dans l'absurde, et c'est parfaitement ce que fait le personnage principal (Meursault) : il ne ressent qu'indifférence face à la veillée de sa mère, face à son propre meurtre de l'Arabe ainsi que face à sa condamnation à mort.
L'incipit de L'Etranger, à savoir les tout premiers mots de l'oeuvre, sont les suivants :
Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.
L'Etranger
Déjà, Camus laisse entrevoir l'absurde et le détachement extrême de son personnage : Meursault ne se rappelle même plus le jour du décès de sa mère, tant les émotions n'y sont pas rattachées. Pour lui, cela ne change rien qu'il s'agisse d'un jour ou d'un autre. Sa mère est morte, c'est la seule chose qu'il sache, cependant il ne s'attarde pas sur les détails entourant sa mort.
❓De quoi s'agit-il ? De l'analyse et du commentaire de texte de l'incipit de L'Étranger d'Albert Camus. Le commentaire composé, autrement appelé commentaire de texte, est un exercice que l'on rencontre de manière récurrente à partir de la classe de Seconde.
📑Pourquoi est-ce un passage essentiel ? L'incipit de ce roman est majeur, tant parce qu'il débute le roman que parce qu'il introduit directement la notion d'absurde.
🔰 Qu'est-ce que l'incipit d'une œuvre ? Il s'agit des premiers mots d'une œuvre. L'incipit de L'Étranger en dit long !
🏰 Que se passe-t-il ? Le protagoniste, Meursault, annonce la mort de sa mère et semble ne ressentir aucune émotion durant l'intégralité de l'incipit. Camus forge déjà toute la thématique de son œuvre dès les premiers mots : l'existentialisme et l'absurde.
⁉️ Pourquoi l'absurde ? L'Étranger d'Albert Camus est une œuvre au sein de laquelle le thème de l'absurde est omniprésent. Cet ouvrage est le premier du "cycle de l'absurde" entamé par l'auteur et fait partie du mouvement philosophique et littéraire de l'existentialisme.
L'extrait commenté
Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.
L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger. Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J’ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n’avait pas l’air content. Je lui ai même dit : « Ce n’est pas de ma faute. » II n’a pas répondu. J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n’avais pas à m’excuser. C’était plutôt à lui de me présenter ses condoléances. Mais il le fera sans doute après-demain, quand il me verra en deuil. Pour le moment, c’est un peu comme si maman n’était pas morte. Après l’enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle.
J’ai pris l’autobus à deux heures. Il faisait très chaud. J’ai mangé au restaurant, chez Céleste, comme d’habitude. Ils avaient tous beaucoup de peine pour moi et Céleste m’a dit : « On n’a qu’une mère. » Quand je suis parti, ils m’ont accompagné à la porte. J’étais un peu étourdi parce qu’il a fallu que je monte chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire et un brassard. Il a perdu son oncle, il y a quelques mois.
J’ai couru pour ne pas manquer le départ. Cette hâte, cette course, c’est à cause de tout cela sans doute, ajouté aux cahots, à l’odeur d’essence, à la réverbération de la route et du ciel, que je me suis assoupi. J’ai dormi pendant presque tout le trajet. Et quand je me suis réveillé, j’étais tassé contre un militaire qui m’a souri et qui m’a demandé si je venais de loin. J’ai dit « oui » pour n’avoir plus à parler.
L'Etranger, Albert Camus, 1942
Méthodologie du commentaire composé
Avant de débuter réellement le commentaire de texte de L’Etranger d'Albert Camus, il est fondamental de rappeler qu'un commentaire composé, peu importe son sujet, doit nécessairement comporter certains éléments, dans un ordre bien précis afin de permettre à la fois clarté, fluidité et efficacité.
On rappellera ici la méthode du commentaire composé vu en cours francais :
| Partie du commentaire | Visée | Informations indispensables | Écueils à éviter |
|---|---|---|---|
| Introduction | - Présenter et situer le texte dans le roman - Présenter le projet de lecture (= annonce de la problématique) - Présenter le plan (généralement, deux axes) | - Renseignements brefs sur l'auteur - Localisation du passage dans l'œuvre (début ? Milieu ? Fin ?) - Problématique (En quoi… ? Dans quelle mesure… ?) - Les axes de réflexions | - Ne pas problématiser - Utiliser des formules trop lourdes pour la présentation de l'auteur |
| Développement | - Expliquer le texte le plus exhaustivement possible - Argumenter pour justifier ses interprétations (le commentaire composé est un texte argumentatif) | - Etude de la forme (champs lexicaux, figures de styles, etc.) - Etude du fond (ne jamais perdre de vue le fond) - Les transitions entre chaque idée/partie | - Construire le plan sur l'opposition fond/forme : chacune des parties doit impérativement contenir des deux - Suivre le déroulement du texte, raconter l'histoire, paraphraser - Ne pas commenter les citations utilisées |
| Conclusion | - Dresser le bilan - Exprimer clairement ses conclusions - Elargir ses réflexions par une ouverture (lien avec une autre œuvre ? Événement historique ? etc.) | - Les conclusions de l'argumentation | - Répéter simplement ce qui a précédé |
1) Qu'attend-on du commentaire composé pour l'analyse d'un roman ?
Le commentaire composé est un exercice imposé au bac dans le cadre de l'épreuve de français écrit, de même qu'un exercice récurrent tout au long de votre scolarité au lycée.
Le commentaire composé permet de mettre en évidence la bonne lecture d'un extrait de texte (roman, pièce de théâtre, essai, poème...) ainsi que d'en dégager les axes de lecture et les clés de compréhension1.

2) Les étapes clés de l'analyse de texte
Au sein d'un commentaire de texte en bonne et due forme, l'on doit nécessairement retrouver un cheminement de rédaction et d'ordre d'idées. Tout d'abord, il est fondamental de débuter par la première lecture. Puis une deuxième lecture permettra de noter des idées de plan, de problématique ainsi que des axes d'analyse plus profonde.
La première lecture
Sans prendre de notes, on se laisse aller à la lecture de l'extrait afin de pouvoir en dégager une impression globale. On identifie le genre littéraire ainsi que le thème essentiel.
La deuxième lecture
La phase de l'analyse et de la lecture active débute. On prend des notes en ce qui concerne les temps utilisés, les champs lexicaux, les figures de style...
La problématique
On analyse la problématique majeure du texte en ayant conscience que toute la rédaction va dépendre de cette problématique. La problématique doit nécessairement être une question ouverte et non pas fermée (oui/non), en révélant toute la richesse du texte.
L'annonce du plan
Le plan répond à la problématique et aucune partie n'y échappe. Les idées sont regroupées par thème, en deux ou trois parties.
La phase de rédaction
On peut rédiger un brouillon, cependant on ne pourra pas tout y écrire. Il ne faut pas oublier la bonne introduction de même que la conclusion, tout en citant régulièrement le texte afin de toujours s'assurer que l'on ne sort pas du sujet.
3) L'importance de la problématisation
Pourquoi problématiser ? Il s'agit de l'étape essentielle au commentaire de texte, car tout va découler de cette problématique. En réalité, un texte apporte toujours, nécessairement, une problématisation car le texte littéraire est, par définition, riche en figures de style, en champs lexicaux divers et donc en intentions.
L'auteur n'a pas écrit le texte par hasard, il ou elle a souhaité mettre en lumière certains éléments en utilisant pour cela un champ lexical précis, des figures de style adaptées afin de créer des effets, susciter des émotions, donner à penser... Le lecteur ou la lectrice doit alors procéder à l'analyse du texte afin de cerner le but de l'auteur !
4) Quelques conseils concernant l'introduction, le développement et la conclusion
L'introduction ne doit pas être trop longue, mais doit bien contextualiser l'oeuvre, si possible.
Elle doit comporter
étapes clés, que sont :
L'amorce
On mentionne le contexte de l'oeuvre, son mouvement littéraire...
La présentation
On présente l'auteur, ses thèmes principaux, ses valeurs ainsi que l'année de publication de l'oeuvre. On résume également, de manière claire et concise, l'extrait de texte sans rentrer dans les détails
L'annonce de la problématique
La question centrale du texte, à laquelle répondent les parties
L'annonce du plan
Les deux ou trois grandes parties, chacune comportant des sous-parties (généralement deux ou trois)
Nous vous conseillons de rédiger entièrement l'introduction au brouillon avant de passer à la phase de rédaction propre. Durant tout le développement, il est fondamental de faire des transitions entre les parties, voire entre les sous-parties. Il ne faut pas passer de l'une ou l'autre sans lien direct ! Retenez la règle d'or pour le développement du commentaire de texte : un paragraphe est égal à une idée !
La conclusion n'apporte aucune nouvelle information. Elle résume globalement, répond à la problématique et ouvre le commentaire vers d'autres horizons.
5) Spécificités de l’analyse d’un incipit
Il s'agit des tout premiers mots d'un ouvrage2. On distingue différents types d'incipit :
- L'incipit statique
- L'incipit progressif
- L'incipit suspensif
- L'incipit dynamique
Selon ce que souhaite mettre en lumière l'auteur, l'incipit appartient à l'une des catégories (il en existe bien d'autres !).
Certains auteurs optent souvent, voire systématiquement, pour un certain type d'incipit.

Balzac, par exemple, débute quasiment toujours par un incipit statique, visant à retranscrire le décor avant tout, l'atmosphère, le contexte historique et social ainsi que la description des personnages.
L'incipit de l'Étranger est un incipit dit "in media res", c'est-à-dire qu'il nous plonge directement dans l'histoire sans contexte préalable :
Aujourd’hui, maman est morte.
L'Etranger
Lorsqu'on lit un incipit, on cherche à obtenir les éléments répondant aux questions suivantes3 :
- Où ? (le cadre spatial)
- Quand ? (l'époque, le contexte historique, l'année, le moment de la journée)
- Qui ? (la présentation du protagoniste, son nom, son statut social, son âge)
- Quoi ? (l'amorce de l'intrigue ou de la situation problématique)
6) Quelques pièges à éviter
Des pièges à éviter dans la rédaction d'un commentaire composé, il y en a beaucoup. Nous allons cependant mentionner les principaux afin que vous preniez vos dispositions pour les éviter ! Tout d'abord, l'erreur la plus fréquente au sein d'un commentaire composé concerne la paraphrase. En effet, il n'est pas rare de voir des élèves paraphraser directement ce que dit l'auteur.

Le but n'est certainement pas de répéter ce que dit l'auteur, mais de se baser sur les extraits afin de développer votre propre argumentation !
Il ne faut pas résumer le texte, mais bel et bien l'analyser, sans quoi le commentaire n'a aucune valeur.
L'un des autres pièges courants concerne le manque d'analyse, ou encore la liste de citations. Il ne faut citer les extraits que lorsque cela sert directement notre analyse, et non dans le but de remplir la page blanche.
Aussi, dès qu'une citation est émise, analysez-la ! Ne la laissez pas ainsi sans contexte ni analyse littéraire.
La liste des procédés littéraires est évidemment également à proscrire. Il ne sert à rien de lister les procédés par l'auteur sans lien logique, tel que "nous avons une métaphore ligne x, puis une allitération la ligne d'après...".
Enfin, l'erreur à éviter plus que tout est le hors-sujet. Vous pouvez très bien développer un argumentaire passionnant mais, faute de lien évident avec le sujet et la problématique, vous vous retrouverez avec une mauvaise note.
Veillez à toujours vérifier que chaque paragraphe, chaque idée énoncée, est en lien direct avec la problématique et y répond.
En outre, votre commentaire ne doit pas être aussi long que celui-ci, qui a pour objectif d'être exhaustif. Vous n'aurez jamais le temps d'écrire autant !
Commentaire détaillé de l’incipit de L’Étranger d’Albert Camus
Il est temps, à présent, de débuter le commentaire de texte de l’Étranger d’Albert Camus !
| Introduction | Développement | Conclusion |
|---|---|---|
| Amorce : rappeler le contexte autour de l'oeuvre, avec notamment Camus et son cycle de l'absurde. Aussi, rappeler que l'oeuvre se rattache au mouvement littéraire et philosophique de l'existentialisme | Un incipit distancié : - ton neutre - style minimaliste de Camus - peu d'émotions - style factuel - distance émotionnelle | L'incipit de L'Etranger répond à ce que l'on attend de l'incipit traditionnel |
| Présentation de l'oeuvre : oeuvre publiée en 1942 par Albert Camus, se situant à Alger, récit mené à la première personne du singulier, Mersault est un personnage atypique détaché des normes et valeurs sociales | Un incipit révélateur de l'attitude du personnage principal : - un personnage étranger à lui-même - un étranger marqué par la culpabilité - un étranger condamné pour ne pas porter le masque du mensonge social | Résumé sans paraphrase |
| Présentation de la problématique : En quoi cet incipit est-il annonciateur de l’attitude de Meursault vis-à-vis du monde ? | La compréhension de Mersault de l'absurdité de l'existence | |
| Annonce du plan : un incipit distancié ainsi qu'un incipit révélateur de l'attitude du personnage principal | Réponse à la problématique : le personnage de Mersault rompt les conventions sociales acceptées par la société. Son apparent manque d'émotions et d'empathie, spécialement en ce qui concerne la veillée funèbre de sa mère, est en réalité ce qui convainc le jury de le condamner, plus que le meurtre de l'Arabe en lui-même | |
| Ouverture vers l'existentialisme en général et vers Sartre notamment |
Introduction
Amorce
Albert Camus est un écrivain français du XXème siècle, qui a articulé sa création littéraire à travers deux cycles : l'absurde, qui vient du décalage entre un besoin d'idéal et le monde réel, et la révolte, qui doit nous faire affronter notre destin, malgré toute son absurdité.
L'Etranger, paru en 1942, appartient au cycle de l'absurde4. Il y présente un homme happé par des circonstances extérieures qu'il ne parvient pas à dominer et qui l'entraineront jusqu'à une condamnation à mort.
La présentation
L'extrait commenté est précisément l'incipit de ce roman. Le lecteur découvre d'emblée une ambiance étrange, faite d'une passivité latente, malgré un récit à la première personne.
Il s'agit donc du tout début du roman L'Etranger, ce qui permet d'avoir directement accès à la problématique de l'histoire, à savoir le décès de la mère du protagoniste, Meursault.

Le personnage traite de l'événement comme s'il était un robot, ce qui nous donne assez d'informations enchaînées concernant les différents lieux de l'histoire, la situation économique et sociale du protagoniste ainsi que sa personnalité.
L'annonce de la problématique
En quoi cet incipit est-il annonciateur de l’attitude de Meursault vis-à-vis du monde ?
L'annonce du plan
Nous verrons dans un premier temps en quoi nous pouvons parler d'un incipit distancié. Dans un second temps, nous montrerons que cette distance fonde la personnalité de Meursault, personnage principal du roman. Si vous avez besoin de vous entraîner sur la rédaction au brouillon d'un commentaire de texte de l'Étranger d'Albert Camus, pourquoi ne pas opter pour des cours de soutien scolaire ?
Développement
Un incipit distancié
L'incipit de L'Etranger est l'exemple parfait du récit au ton neutre et totalement détaché. Nous avons la sensation que tout cela est narré par un robot, tout au plus, ce qui fait que le style est simple et purement factuel, impassible et neutre. Voyons à présent les éléments amenés par l'auteur pour nous faire ressentir une certaine distance émotionnelle tout au long de L'Etranger.

Des informations traditionnelles
Un incipit a pour but de répondre aux questions suivantes : où, quand, qui et quoi. Le début de L'Etranger paraît satisfaire à ces exigences.
- Où ? « Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger ». Le lecteur devine ainsi que la mère du narrateur est morte dans « l’asile de vieillard », à « Marengo », et que lui-même habite à « Alger », puisque c’est l’endroit d’où il prend l’autobus
- Quand ? L’époque n’est pas clairement énoncée, mais on peut le deviner, à l’aide d’indices technologiques (« télégramme », « autobus ») ou sociaux (« mon patron », « cravate noir », etc. ) : l’histoire semble ainsi se dérouler pendant l’époque contemporaine de l'écriture du roman
- Qui ? C’est un narrateur masculin : il porte « une cravate noire », trace de sa masculinité. On ne sait rien sur son âge exact, mais il est professionnellement actif (« mon patron ») et, de là, on peut savoir qu’il est adulte. En outre, il vient de perdre sa mère
- Quoi ? Le sujet du roman, lui, n’est pas indiqué explicitement
L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger. Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi.
L'Etranger
L'incipit de L'Etranger remplit donc toutes les caractéristiques de la fonction classique d'un incipit. Même si le sujet du roman n’est pas clairement saisissable, cet incipit apporte des informations sur l’ambiance générale qui attend le lecteur.
Un récit à la première personne
On trouve de fait la première marque de focalisation interne, avec l’utilisation de la première personne du singulier « je » : « je ne sais pas », « j’ai reçu », etc. C'est que ce récit prend la forme d'un journal intime.
Mais il est remarquable de souligner la très forte occurrence de ce pronom personnel, du fait des phrases courtes qui s’enchaînent. Cela donne le sentiment d’une spontanéité sans recul sur ses actions. Cet effet est renforcé par l’utilisation du présent d’énonciation dans les deux premières phrases : « Aujourd’hui, maman est morte. » et : « je ne sais pas ».
Étrangement, malgré l'usage de la première personne du singulier, l'auteur place une réelle distance émotionnelle volontaire entre le protagoniste et les lecteurs.
Finalement, nous ne savons jamais ce qu'il ressent, et de plus, nous n'avons accès qu'à des sensations racontées d'un point de vue objectif et non subjectif : « il faisait très chaud », et non pas « j’avais très chaud ».
Aussi, nous n'avons accès qu'aux émotions de celles et ceux qui l'entourent : « ils avaient tous beaucoup de peine pour moi ». Mais que sait-on de sa peine à lui ?

En outre, l’utilisation du futur (« prendrai », « arriverai », « sera », « aura ») vient témoigner de la manière dont le narrateur appréhende le monde, dans une sorte de logique implacable qui ne nécessite aucun recul. Les événements arrivent comme ils arrivent.
Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir.
L'Etranger
Surtout, cette focalisation interne est poussée à son paroxysme. Le narrateur semble ne pas s’intéresser au monde qui l’entoure, que ce soit la nature ou les hommes.
Peu d’informations extérieures
L'extrait comporte beaucoup d'ellipses narratives. Ainsi, nous ne lisons aucune description de lieux. Le restaurant « chez Céleste » n’est pas décrit. Le trajet en autobus, qui permet la contemplation du paysage à travers la fenêtre, est pour l’auteur l’occasion de s’assoupir : « J’ai dormi pendant presque tout le trajet. ».
Mais cette distance et cette centralité sont encore plus perceptibles dans son rapport avec les autres, et le troisième paragraphe nous en apprend beaucoup à ce sujet. Céleste et Emmanuel sont nommés sans aucune autre information que leur nom : « Céleste m’a dit » et « chez Emmanuel ».

Tout juste sait-on que Céleste est le propriétaire du restaurant dans lequel il mange ; et qu’Emmanuel a « perdu son oncle, il y a quelques mois. »
Ainsi, ce qui nous donne des informations sur les autres, c’est les informations que nous avons déjà au sujet du narrateur. Il est le point de référence de l’univers romanesque. En outre, lui ne semble jamais parler, hormis à son patron.
Dans ce troisième paragraphe, il est passif. Nous n'avons jamais accès à ses émotions, mais uniquement à ses actions. Nous avons d'ailleurs l'impression désagréable qu'il effectue tout sans but, sans plaisir ni tristesse.
Enfin, la formule la plus caractéristique de sa manière d’interagir se trouve sûrement en toute fin d’extrait : « J’ai dit « oui » pour n’avoir plus à parler », qui fait écho aux remords qu’éprouve le narrateur vis-à-vis des paroles dites à son patron (« je n’aurais pas dû dire cela. »). Tout se passe comme s’il souhaitait, plus que tout, disparaître, ou être invisible.
Des cours de soutien scolaire en ligne seraient très utiles pour analyser plus profondément encore cet extrait ! Vous y apprendrez par exemple que Camus opte pour un style minimaliste afin de forcer les lecteurs à combler les lacunes, mais aussi à se détacher de Meursault, qui paraît être tout sauf émotif et humain.
Un incipit révélateur de l'attitude du personnage principal
L'incipit de L'Etranger d'Albert Camus caractérise totalement Meursault, ne serait-ce que par le biais de la première phrase à elle seule. L'indifférence apparente, la narration simple et quasiment robotique à la première personne, l'état des lieux de l'absence d'émotions de Meursault... Tout est dit.
On analyse également le comportement qu'il adopte face à la mort : il y fait face sans émotion aucune et traverse cette épreuve sans paraître être touché. Nous verrons de quelle manière Camus met en lien ce personnage, et tout le roman, avec la philosophie de l'absurde.
Pour le moment, c’est un peu comme si maman n’était pas morte. Après l’enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle.
L'Etranger
Un étranger à lui-même
Il est notable que cet incipit fasse intervenir la mort de la mère du personnage. En effet, quoi de plus perturbant d’un point de vue identitaire que de vivre la mort de sa mère ?

Or, bien que ce soit là un événement selon des considérations normalement dévastatrices, Meursault ne semble pas réagir de la manière attendue.
Il y a d’abord ce ton sec employé dès la première phrase : « Aujourd’hui, maman est morte. », comme si un médecin annonçait l’heure de la mort et le nom de son patient.
Mais, à cette suite, il hésite sur la date précise : « Ou peut-être hier, je ne sais pas. », sans que cela ne provoque un quelconque désarroi, comme en témoigne la formule : « Cela ne veut rien dire. » ou les deux occurrences de « peut-être ».
L’absence à lui-même du narrateur se perçoit également dans son décalage avec les réactions de son entourage :
- D’abord, avec son « patron » : durant la confrontation, tout se passe à l'intérieur de sa tête, une fois qu'il a « demandé deux jours de congé ». Ensuite, le narrateur suppute («il n'avait pas l'air content »), puis répond à une question qui n'a pas été posée (« Ce n'est pas de ma faute ») et puis pense en solitaire sur trois lignes (« J'ai pensé alors ... »).
- Ensuite, avec ses amis du restaurant : encore que nous supposions qu'il s'agisse de ses amis. Le narrateur les désigne par un « ils » indifférencié qui laisse à penser qu'il les connaît suffisamment bien pour les considérer comme un tout. Ici, Meursault est « étourdi », signe de sa difficulté à interagir.
- Enfin, avec le militaire, avec qui il ne veut pas parler (« J’ai dit « oui » pour n’avoir plus à parler. »), malgré le ton affable de l'autre (« qui m'a souri »)
J’ai dormi pendant presque tout le trajet. Et quand je me suis réveillé, j’étais tassé contre un militaire qui m’a souri et qui m’a demandé si je venais de loin. J’ai dit « oui » pour n’avoir plus à parler.
L'Etranger
Le lecteur se retrouve ainsi devant une sorte de paradoxe : il lit le journal/le récit d'une personne qui raconte son histoire sans qu'il semble que cette personne ait vraiment envie de parler.
D'où le sentiment de malaise à la lecture. On peut également noter le rapport au temps très particulier de Meursault, rapport détaché qui montre sa passivité surprenante.

Cela est perceptible à travers deux points :
- Le peu d'inquiétude manifestée vis-à-vis de la date exacte de la mort de sa mère, avec un « je ne sais pas » et deux occurrences de « peut-être » dans les premières lignes
- L'habitude, contenue dans l'expression « comme d'habitude », et qui témoigne, notamment compte tenu des circonstances, de la passivité relative du narrateur ancré dans son quotidien et dans sa monotonie
J’ai mangé au restaurant, chez Céleste, comme d’habitude.
L'Etranger
Enfin, on peut interroger son rapport à sa mère. Il l'appelle « maman » par deux fois, ce qui manifeste un rapport encore enfantin (ou, à tout le moins, puérilement affectif) à la figure maternelle. Mais, dans le même temps, il ne semble pas manifestement touché par sa mort et semble plutôt inquiet des conséquences sur l'organisation de ses journées.
Ainsi, il détaille très précisément son trajet, avec les distances (« quatre-vingts kilomètres ») et les durées (« à deux heures », « dans l'après-midi », etc.). Pour finir ce programme, il use même de mots de liaisons, du registre logique (« Ainsi »), qui peuvent surprendre, compte tenu des circonstances. De la même manière, l'enterrement paraît être un problème d'ordre logistique, puisqu'il lui faut trouver une tenue adéquate, qu'il doit emprunter à « Emmanuel ».

Enfin, son sommeil dans le bus, il ne le justifie pas par ces circonstances tragiques, mais plutôt par une multitude d'autres facteurs extérieurs : « Cette hâte, cette course », « ajouté aux cahots, à l’odeur d’essence, à la réverbération de la route et du ciel ».
Comme si la mort de sa mère ne l'avait aucunement touché et qu'il y avait d'autres choses plus contraignantes (prendre deux jours de congés, prendre le bus, etc.)
Mais cet incipit et la manière dont Meursault vit les choses est également marqué par la culpabilité, qui annonce d'ailleurs celle du procès qui suivra le meurtre de l'Algérois. Aussi le narrateur n'est pas aussi détaché que les apparences le montrent – c'est exactement le sens que prend l'expression « sans doute » lorsqu'il veut expliquer la cause de sa fatigue.

En cours de soutien scolaire nantes, vous apprendrez qu'il n'est pas forcément conscient de ce qui se passe en lui.
Un étranger marqué par la culpabilité
Meursault sait bien que son excuse pour ses congés est tout à fait valable (« il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille »).
Pour autant, il ne peut s'empêcher de se sentir coupable, ayant le visage de son patron en face de lui, à qui il prête une gêne.
J’ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n’avait pas l’air content.
L'Etranger
Mais, comble de la situation, il se sent ensuite coupable de s'être excusé : « J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû lui dire cela. ». Et, ensuite, il n'en veut pas à son patron de ne pas avoir présenté ses condoléances, lui trouvant des circonstances atténuantes. Là encore, on découvre un Meursault en retrait, conscient tout à la fois des codes de la société et en difficulté pour s'y conformer, même s'il le fait avec réussite.
Le « j'étais un peu étourdi », combiné à la locution « parce qu' » sont également les marqueurs d'une culpabilité, en tant qu'ils ont vocation à justifier une attitude du personnage.
Enfin, le dernier paragraphe confirme ce rapport au monde avec la culpabilité sous-jacente. Le fait qu'il court pour avoir son bus (« J’ai couru pour ne pas manquer le départ. ») témoigne soit d'un retard de sa part – et donc d'une faute – soit d'une peur du retard – et donc, de la peur d'être en faute.
Enfin, la formule « c’est à cause de tout cela » manifeste encore le processus de justification incessamment à l'œuvre.
Or, comme vous pourrez l'analyser en détail au sein de cours de soutien scolaire bordeaux, toutes ces traces de culpabilité annoncent la future condamnation du personnage principal.
Une culpabilité annoncée
Il faut dire que pendant le procès, le moment de la mort de la mère de Meursault est utilisé à charge contre lui, l'accusation estimant qu'il n'a pas réagi normalement :

- On lui reprochera d'être allé manger au restaurant, « comme d'habitude »
- On retrouve la chaleur comme une cause (« à la réverbération de la route et du ciel, que je me suis assoupi »), ici de sa fatigue, et qui sera présentée comme l'une des raisons du meurtre par Meursault
- Tout un champ lexical de l'hésitation
- L'insupportable présence du silence, avec le refus de parler au militaire qui annonce le silence de Meursault durant son procès
Conclusion
En conclusion, nous pouvons dire que l'incipit répond à ce qu’on attend généralement d’un incipit : où, quand, quoi, qui ? Pour autant, le récit n’en est pas moins original, notamment à travers le personnage de Meursault. De fait, on trouve en lui une certaine distance par rapport au monde qui l'entoure. Le lecteur sera notamment appelé à juger les actes de ce personnage auquel il est difficile de s’identifier.

Tout pousse les lecteurs à ne pas ressentir la moindre émotion positive envers le narrateur, étant donné la distance qui y est mise, le manque d'empathie possible ainsi que le style minimaliste de Camus, donnant la sensation désagréable que nous lisons l'écrit d'un narrateur qui, finalement, ne semble pas tenir à raconter quoi que ce soit.
La compréhension de l'épilogue de L'Etranger permet de constater comment Meursault accepte finalement sa situation en découvrant l'absurdité de la condition humaine.
Finalement, à la problématique énoncée, à savoir "En quoi cet incipit est-il annonciateur de l’attitude de Meursault vis-à-vis du monde ?", l'on peut assurément dire que le personnage de Meursault rompt les conventions sociales acceptées par la société. Son apparent manque d'émotions et d'empathie, spécialement en ce qui concerne la veillée funèbre de sa mère, est en réalité ce qui convainc le jury de le condamner, plus que le meurtre de l'Arabe en lui-même.
Nous observons la primeur des sensations sur les sentiments, avec le champ lexical de la chaleur, du temps de trajet, des cigarettes... Meursault refuse également tout langage social, en prenant le parti d'être comme il est et de ne pas masquer ses intentions derrière un masque. Son refus de broder l'histoire fait de lui un étranger au monde dans lequel il vit, à la société tout entière.

L'oeuvre de Camus est l'exemple parfait du mouvement littéraire et philosophique appelé l'existentialisme, selon lequel ce sont nos actions qui déterminent notre essence, et non pas un mode d'emploi prédéfini dès notre naissance.
Avec le personnage de Meursault, nous voyons que ce sont notre liberté, nos choix et nos actions qui constituent notre être. La conception de la liberté au fil des siècles, et selon les philosophes, évolua drastiquement.
Finalement, le personnage de Meursault fait le choix d'être debout face à cette justice écrasante qui condamne tout être humain refusant de porter le masque de la société.
En réalité, l'incipit de L'Etranger résume, en quelque sorte, absolument tout ce qui va se produire par la suite. On ressent le décalage avec les autres personnages, ainsi que les nombreuses hésitations de Meursault, qui finalement, agira de la sorte jusqu'à sa condamnation et sera condamné pour les mêmes raisons.
Ils avaient tous beaucoup de peine pour moi et Céleste m’a dit : « On n’a qu’une mère. »
L'Etranger
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Sources
- REALINI, Lycée Descartes [lyc-descartes-montigny.ac-versailles.fr], "Construire et rédiger un COMMENTAIRE littéraire", https://lyc-descartes-montigny.ac-versailles.fr/wp-content/uploads/sites/57/2015/12/CR-9_la_methode_pour_le_COMMENTAIRE.pdf. Consulté le 02 avril 2026.
- Dictionnaire de l'Académie Française [www.dictionnaire-academie.fr], "Incipit", https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9I0664. Consulté le 02 avril 2026.
- FAERBER, Johan, LOIGNON, Sylvie, "Fiche 41. Incipit (n. m.)", Les Procédés littéraires, pp. 135-137, https://shs.cairn.info/les-procedes-litteraires--9782200619947-page-135?lang=fr. Consulté le 02 avril 2026.
- TENAILLON, Nicolas, "L’“absurde” chez Camus, c’est quoi ?", 18 octobre 2025, https://www.philomag.com/articles/labsurde-chez-camus-cest-quoi. Consulté le 02 avril 2026.
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Quel est le mot définissant un terme affectueux dont on se sert pour désigner une personne familière , comme « maman » dans l’Etranger d’Albert Camus ? Je n’arrive pas à le trouver sur Internet. Merci à vous.
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