Le mendélévium fait partie de ces corps que tu ne trouveras jamais dans un flacon de laboratoire. Cette matière synthétique, de numéro atomique Z = 101, n’existe pas dans la nature : il faut la fabriquer, atome par atome, dans un cyclotron. Et pourtant, il a une histoire passionnante, née en pleine guerre froide.
Dans cette fiche, tu trouveras tout ce qu’il faut savoir sur cet actinide : sa carte d’identité complète, le récit de sa synthèse à Berkeley en 1955, ses variétés nucléaires, ses degrés d’oxydation en milieu aqueux, et bien sûr l’histoire de Dmitri Mendeleïev, le savant russe auquel il doit son nom. C’est parti ! 🚀
Qu’est-ce que le mendélévium ⚛️ ?
Le mendélévium est un corps synthétique de symbole Md et de numéro atomique Z = 101. Il appartient à la famille des actinides, sur la septième période de la classification, et ne se rencontre à aucun état naturel : chacun de ses atomes doit être produit artificiellement.
Il a été identifié en 1955 à l’université de Californie à Berkeley par Albert Ghiorso, Bernard G. Harvey, Gregory R. Choppin, Stanley G. Thompson et Glenn T. Seaborg, qui l’ont annoncé dans la revue Physical Review. Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) le décrit comme un élément de synthèse hautement radioactif, appartenant aux transuraniens, c’est-à-dire à ceux qui se situent après l’uranium dans la grille.
Son nom rend hommage au chimiste russe Dmitri Mendeleïev. L’UICPA, l’Union internationale de chimie pure et appliquée, l’a accepté dès 1955, avec le symbole Mv dans un premier temps, avant d’adopter définitivement le symbole Md lors de l’assemblée générale suivante, en 1957.
Ne le cherche pas dans le corps principal de la classification ! Comme tous les actinides, il se loge dans la seconde ligne détachée placée en dessous.
Petit repère de mémorisation : les numéros 100, 101 et 102 se suivent dans l’ordre fermium, mendélévium, nobélium. Trois hommages à trois chercheurs, juste avant le lawrencium qui ferme la série.
📋 La carte d’identité de l’élément 101. Voici ses caractéristiques essentielles, rassemblées dans une seule fiche de révision :
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Nom | Mendélévium |
| Symbole | Md (Mv de 1955 à 1957) |
| Numéro atomique | Z = 101 |
| Masse molaire atomique | 258,1 g/mol |
| Famille | Actinides (transuranien) |
| Période | 7 |
| Structure électronique | (K)2 (L)8 (M)18 (N)32 (O)31 (P)8 (Q)2, soit 101 électrons |
| Électronégativité | 1,3 |
| États d’oxydation | +3 (dominant) et +2 |
| Isotope le plus stable | Md-258 |
| Premier isotope produit | Md-256 (demi-vie d’environ 76 minutes) |
| Année de découverte | 1955 |
| Découvreurs | Ghiorso, Harvey, Choppin, Thompson et Seaborg (Berkeley) |


Comment le mendélévium a-t-il été découvert 🔬 ?
Le mendélévium a été synthétisé pour la première fois en 1955 au Berkeley Rad Lab, en bombardant de l’einsteinium-253 avec des particules alpha (des ions hélium) dans un cyclotron. Jamais encore une espèce inédite n’avait été identifiée à partir de quelques atomes seulement.
🎯 La synthèse de 1955 à Berkeley
L’expérience repose sur une réaction de fusion. La cible d’einsteinium 253 est bombardée par des noyaux d’hélium accélérés dans le cyclotron de 60 pouces du laboratoire de Berkeley. Le Los Alamos National Laboratory (LANL) décrit précisément ce mode de production : le 101 naît de la capture d’un projectile alpha par la cible, suivie de l’émission d’un neutron.
La première variété obtenue par cette voie est le mendélévium-256, de demi-vie d’environ 76 minutes. Cette durée, courte à l’échelle humaine mais confortable à celle des transuraniens, a laissé le temps de conduire de vraies manipulations avant que l’échantillon ne disparaisse par désintégration.
La première synthèse de l’élément 101 a produit
atomes seulement, en 1955 à Berkeley (Source : Royal Society of Chemistry)

🧪 Obtenu atome par atome
C’est le point le plus spectaculaire de cette histoire : selon la Royal Society of Chemistry, 17 atomes seulement ont été fabriqués lors de cette première expérience. Le LANL parle d’une production « atome par atome » (on a one-atom-at-a-time basis), une expression devenue la signature des noyaux lourds.
Travailler sur si peu de matière change tout. Impossible de peser un échantillon, d’observer une couleur ou de mesurer une densité. Les expérimentateurs déduisent son comportement de quelques indices : sur quelle colonne de résine échangeuse d’ions il se fixe, avec quels précipités il part, dans quel ordre il sort par rapport à ses voisins trivalents. Un vrai travail de détective.
Le Lawrence Berkeley National Laboratory (LBNL) a d’ailleurs mis en ligne les archives filmées de cette découverte de 1955, qui documentent le travail de l’équipe Ghiorso, Seaborg, Choppin, Harvey et Thompson dans le laboratoire découvreur.
Une anecdote historique mérite d’être connue : tout cela se passe en pleine guerre froide. L’Américain Glenn Seaborg a dû convaincre le gouvernement des États-Unis de baptiser le 101 du nom d’un savant russe. Un choix assumé face au contexte politique du moment.

Quelles sont les propriétés du mendélévium 🧬 ?
Le 101 est un corps synthétique dont toutes les variétés connues sont radioactives, aucune n’étant naturelle. En milieu aqueux, il présente deux états d’oxydation : le degré +3, caractéristique des actinides, et le degré +2, bien plus inhabituel dans cette famille.
☢️ Les isotopes de l’élément 101
Seize variétés nucléaires sont aujourd’hui répertoriées, avec des nombres de masse compris entre A = 245 et A = 260. Comme aucune n’est stable ni présente dans la nature, ce sont toutes des radioisotopes, produits en accélérateur.
Le Md-256, premier obtenu, a une demi-vie d’environ 76 minutes. Le plus stable est le Md-258, dont le LANL donne une demi-vie arrondie d’environ deux mois, soit de l’ordre de 51 jours. Les autres noyaux sont bien plus fugaces : leurs demi-vies se comptent en heures, en minutes, parfois en secondes.
Malgré sa demi-vie plus courte, c’est le Md-256 qui reste le plus utilisé en laboratoire, parce qu’il est le plus simple à produire en quantité exploitable par bombardement d’einsteinium. La plupart de ses cousins s’obtiennent d’ailleurs de la même façon, sur des cibles du même type.
Plusieurs fiches en ligne mélangent ces deux noyaux et attribuent au Md-258 les 76 minutes qui sont en réalité celles du Md-256.
La règle à retenir : Md-256 = le premier produit, environ 76 minutes ; Md-258 = le plus stable, de l’ordre de deux mois. Quand deux sources divergent, privilégie toujours celle d’un laboratoire national.
🔋 Les états d’oxydation en solution aqueuse
Il adopte les états d’oxydation +2 et +3. Le degré trivalent, Md(III), est le comportement attendu : c’est celui de tous les actinides trivalents, dont il partage le comportement en phase aqueuse. Cette hypothèse a été confirmée en 1967, quand des chercheurs ont observé la formation de précipités d’hydroxyde et de fluorure en compagnie de sels de lanthanides trivalents.
Le degré +2 est bien plus remarquable. C’est le premier actinide dont l’ion divalent se révèle stable en solution aqueuse : en atmosphère réductrice, le Md(III) passe facilement à Md(II). Cette divalence a été établie dès 1967 par l’équipe d’E. K. Hulet, dans un travail publié dans la revue Science, par réduction avec de la poussière de zinc ou des ions Cr²⁺ et Eu²⁺. Un degré +1 a été évoqué par une équipe russe, sans confirmation à ce jour.
Ce sont justement ces travaux sur le Md-256 qui ont permis d’élucider son comportement en phase aqueuse, comme le rappelle le LANL. Côté propriétés physiques, en revanche, les données restent estimées : produit uniquement en accélérateur, il n’a jamais été isolé sous forme d’échantillon macroscopique, ce qui interdit toute étude expérimentale de sa forme métallique. Son point de fusion, par exemple, est estimé à 827 °C sans mesure directe.
À quoi sert le mendélévium 🎓 ?
Le mendélévium n’a aucune application industrielle, médicale ou commerciale. La Royal Society of Chemistry est catégorique sur ce point : il est « utilisé uniquement pour la recherche ». Il ne sort jamais du laboratoire.
Cette absence d’applications s’explique simplement. Un corps qui se fabrique à raison de quelques atomes par expérience, et dont la variété la plus commode disparaît en un peu plus d’une heure, ne peut alimenter aucun usage pratique. Sa valeur est ailleurs : chaque atome produit sert à tester les modèles théoriques de la structure électronique des actinides lourds, là où les effets relativistes commencent à peser.
La même source précise par ailleurs qu’il n’a aucun rôle biologique connu, ce qui est logique pour un corps absent de la nature et jamais produit à l’échelle de la matière vivante.
Qui était Dmitri Mendeleïev et qu’est-ce que son tableau 📖 ?
Dmitri Mendeleïev (1834-1907) est le chimiste russe qui a publié en 1869 la première classification périodique, l’ancêtre direct de la grille utilisée aujourd’hui. C’est en son honneur que le 101 porte le nom de mendélévium.
🏅 Le père du tableau périodique
Mendeleïev est connu pour avoir rangé les 63 corps simples de son époque par masse atomique croissante, en plaçant dans une même colonne ceux dont les propriétés se ressemblaient. L’idée paraît évidente aujourd’hui ; elle ne l’était pas en 1869, où rien ne garantissait qu’un tel ordre existât.
Le coup de génie tient à ce qu’il a fait des cases vides. Plutôt que de tasser sa table, Mendeleïev a laissé des emplacements libres pour ce qui n’avait pas encore été découvert, et il en a prédit les propriétés. Le gallium, isolé en 1875, lui a donné raison : ses caractéristiques correspondaient à celles annoncées six ans plus tôt, comme le rappelle le CNRS.
La classification de Dmitri Mendeleïev s’est révélée extraordinairement prédictive.
CNRS, dossier Sagascience, Le tableau de Mendeleïev : 150 ans d’histoire (2019)

🔢 Les dix premiers éléments de la classification
Ils se lisent dans l’ordre des numéros atomiques croissants, de Z = 1 à Z = 10 :
- 1. l’hydrogène (H),
- 2. l’hélium (He),
- 3. le lithium (Li),
- 4. le béryllium (Be),
- 5. le bore (B),
- 6. le carbone (C),
- 7. l’azote (N),
- 8. l’oxygène (O),
- 9. le fluor (F),
- 10. le néon (Ne).
Retiens que le numéro atomique correspond au nombre de protons du noyau, et donc au nombre d’électrons de l’atome neutre. C’est lui qui donne l’ordre de la grille, et c’est aussi lui qui situe le Md à la 101ᵉ position.
💡 Comment retenir la classification périodique ?
La méthode qui fonctionne consiste à apprendre par colonnes plutôt que ligne par ligne, parce que ce sont elles qui portent le sens. Voici trois leviers efficaces :
- les phrases mnémotechniques, qui transforment une suite de symboles en phrase absurde et donc mémorable : « Napoléon Mangea Allègrement Six Poulets Sans Claquer Args » pour la troisième période (Na, Mg, Al, Si, P, S, Cl, Ar),
- les familles, en mémorisant d’abord les colonnes remarquables : alcalins, alcalino-terreux, halogènes et gaz nobles couvrent déjà les questions les plus fréquentes,
- le tableau muet, à compléter en cinq minutes chaque jour : la répétition espacée fixe mieux les symboles qu’une longue séance unique.
Concentre tes efforts sur les trente premières cases et sur les familles : c’est la part réellement attendue au collège et au lycée. Les actinides comme le Md relèvent de la culture générale, pas du par cœur.
Le mendélévium résume à lui seul une partie de l’aventure scientifique moderne : une matière qui n’existe que parce qu’on la fabrique, identifiée en 1955 à partir de 17 atomes, étudiée aujourd’hui encore pour ce qu’elle dit des actinides lourds, et baptisée du nom de celui qui avait imaginé la grille dans laquelle elle vient se ranger. Si ce genre de sujet t’intéresse et que tu veux consolider tes bases sur la classification, un professeur particulier de physique-chimie peut t’aider à structurer tes révisions.
Les questions fréquentes ❓
🤔 Pourquoi Dimitri Mendeleïev est-il connu ?
Dmitri Mendeleïev est connu pour avoir publié en 1869 la classification périodique. Il a rangé les 63 corps simples connus par masse atomique croissante, en regroupant dans une même colonne ceux qui partagent des propriétés voisines. Sa célébrité tient surtout à son audace : il a laissé des cases vides pour ce qui restait à découvrir et en a prédit les propriétés, prédictions confirmées dès 1875 avec le gallium.
📌 C’est quoi le tableau de Mendeleïev ?
Le tableau de Mendeleïev, ou classification périodique, est la grille qui range tous les corps simples par numéro atomique croissant. Les lignes s’appellent des périodes, les colonnes des groupes. Deux cases d’une même colonne ont des propriétés proches, car elles possèdent le même nombre d’électrons sur la couche externe. C’est l’outil de référence de toute la discipline.
🔍 Quels sont les 10 premiers éléments du tableau périodique ?
Ce sont, dans l’ordre : l’hydrogène (H), l’hélium (He), le lithium (Li), le béryllium (Be), le bore (B), le carbone (C), l’azote (N), l’oxygène (O), le fluor (F) et le néon (Ne). Leur numéro atomique va de 1 à 10 et correspond au nombre de protons contenus dans leur noyau.
💡 Comment retenir le tableau de Mendeleïev ?
Procède par colonnes plutôt que par lignes, puisque ce sont elles qui portent le sens. Mémorise d’abord les familles remarquables (alcalins, alcalino-terreux, halogènes, gaz nobles), utilise des phrases mnémotechniques pour les périodes courtes, puis complète une grille muette quelques minutes chaque jour. Vise les trente premières cases : c’est la part réellement attendue au collège et au lycée.
🧐 Le mendélévium existe-t-il dans la nature ?
Non, le mendélévium est purement synthétique : il ne se rencontre à l’état naturel ni sur Terre ni ailleurs, et aucune de ses seize variétés connues n’est stable. Chaque atome doit être fabriqué en accélérateur, en bombardant une cible d’einsteinium avec des particules alpha. C’est aussi pour cela qu’il n’a aucun rôle biologique connu.
Sources 📚
- Ghiorso, Albert, Bernard G. Harvey, Gregory R. Choppin, Stanley G. Thompson et Glenn T. Seaborg. "New Element Mendelevium, Atomic Number 101." Physical Review, vol. 98, 1955, p. 1518, https://link.aps.org/doi/10.1103/PhysRev.98.1518.
- Los Alamos National Laboratory. "Mendelevium." Periodic Table of Elements, https://periodic.lanl.gov/101.shtml.
- Lawrence Berkeley National Laboratory. "The Discovery of Mendelevium, Element 101, in 1955." Elements for Berkeley Lab, 2023, https://elements.lbl.gov/news/the-discovery-of-mendelevium-element-101-in-1955/.
- CNRS. "Mendélévium." Sagascience, Le tableau de Mendeleïev : 150 ans d’histoire, 2019, https://sagascience.com/mendeleiev/mendelevium/.
- Royal Society of Chemistry. "Mendelevium." Periodic Table, https://periodic-table.rsc.org/element/101/mendelevium.
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