Il occupe la case 61 du tableau périodique, entre le néodyme et le samarium, et pourtant tu n’en trouveras jamais un échantillon dans une salle de travaux pratiques. Le prométhium a cette particularité rare : aucun de ses noyaux ne tient dans la durée, ce qui le rend pratiquement introuvable sur Terre.

Dans cette fiche : d’où vient son nom, ses propriétés chiffrées, pourquoi il est radioactif, les quantités infimes de la croûte terrestre, ses usages réels et ce que les chercheurs en ont appris récemment. C’est parti ! ⚛️

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Qu’est-ce que le prométhium ? ⚗️

Le prométhium est l’élément chimique de numéro atomique 61, un métal de la famille des lanthanides dont aucun isotope n’est stable. Selon la Royal Society of Chemistry, son isotope le plus longue-vie affiche une période d’environ 18 ans seulement : c’est exactement pour cette raison qu’on ne le trouve pas naturellement sur Terre.

Quelle est la place du prométhium dans le tableau périodique des éléments ?
Le tableau périodique des éléments et la place du prométhium dans celui-ci.

Cette absence de nucléide stable en fait un cas unique. L’équipe de Driscoll et ses collègues, dans Nature (2024), le rappelle sans détour : c’est le seul élément de la série des lanthanides à ne posséder aucun isotope stable. Tous ses voisins immédiats de la même famille en comptent au moins un, lui aucun.

Situe-le entre ses deux voisins directs : le néodyme porte le numéro 60, le samarium le 62. Ces deux-là se commandent sans précaution particulière pour des travaux de recherche ; la case 61, elle, reste un trou dans la collection.

Ce lanthanide est bien un métal : l’Oak Ridge National Laboratory (2024) le présente comme un élément de terre rare, dont les propriétés chimiques le rapprochent de ses voisins du tableau périodique de Mendeleïev.

beenhere
Le bon réflexe : ne confonds pas [145] avec une masse atomique

Sur les fiches de l’élément 61, la valeur [145] apparaît entre crochets. Ces crochets ont un sens précis : il s’agit du nombre de masse de l’isotope le plus stable, et non d’une masse atomique standard.

Cette masse atomique standard est tout simplement impossible à définir ici, faute de nucléide stable à mesurer. Écrire « masse atomique = 145 » sans cette nuance est l’erreur classique des fiches de révision : tu sais maintenant l’éviter ✅

🔥 D’où vient son nom ?

Le nom rend hommage à Prométhée. Le dossier Sagascience du CNRS (2019) le décrit comme le titan de la mythologie grecque qui vola le feu sacré de l’Olympe pour le donner aux hommes.

L’image évoque la difficulté d’arracher cet élément à la matière, disputée pendant plus de quarante ans, et son origine réelle : il est volé au feu nucléaire, puisqu’il naît de la fission de l’uranium.

📊 Le tableau des propriétés physico-chimiques

Voici les données de référence rassemblées par la Royal Society of Chemistry. Garde en tête la remarque ci-dessus sur les crochets de [145] en lisant la deuxième ligne.

PropriétéValeurSource
Numéro atomique61Royal Society of Chemistry
Nombre de masse de l’isotope le plus stable[145] (nombre de masse, pas une masse atomique standard)Royal Society of Chemistry
Configuration électronique[Xe] 4f⁵ 6s²Royal Society of Chemistry
Point de fusion1042 °C (1315 K)Royal Society of Chemistry
Point d’ébullition3000 °C (3273 K)Royal Society of Chemistry
Masse volumique7,26 g/cm³Royal Society of Chemistry
FamilleLanthanide (terre rare)Royal Society of Chemistry
Données physico-chimiques de l’élément 61 (Royal Society of Chemistry).

Pourquoi le prométhium est-il radioactif ? ☢️

Il est radioactif parce qu’aucune combinaison de protons et de neutrons ne lui donne un noyau stable. Le CNRS le qualifie de très radioactif et d’émetteur de particules bêta : chacun de ses noyaux finit par se désintégrer en éjectant un électron, sans exception connue.

Le Los Alamos National Laboratory recense dix-sept isotopes de cet élément, de masse atomique 134 à 155. Aucun ne fait exception à la règle, ce qui explique que la chimie de ce lanthanide soit restée longtemps un terrain quasi vierge.

Concrètement, la désintégration bêta transforme un neutron du noyau en proton, avec éjection d’un électron : ce sont ces particules-là que l’on détecte, et non des rayons alpha ou gamma dominants. Un compteur adapté enregistre chacune d’elles, et la période se déduit de la décroissance de ce comptage.

Isotopes connus de l’élément 61

17

de masse atomique 134 à 155, et pas un seul stable (Source : Los Alamos National Laboratory)

🧐 Quels sont ses isotopes les plus notables ?

Deux isotopes se détachent, pour des raisons opposées : l’un dure le plus longtemps, l’autre est le plus exploitable.

  • Le Pm-147 affiche une période de 2,62 ans et reste le plus généralement utile, c’est celui que l’Oak Ridge National Laboratory (2024) a produit pour ses travaux de caractérisation,
  • Le Pm-145 est celui dont la durée de vie est la plus longue selon le Los Alamos National Laboratory, avec une activité spécifique de 940 Ci/g.

Attention à sa période : les valeurs qui circulent en ligne à la décimale près ne reposent sur aucune base de données nucléaires évaluées et citable. La Royal Society of Chemistry parle d’environ 18 ans pour l’isotope le plus longue-vie, sans le nommer, et Los Alamos le désigne comme tel sans chiffrer sa période. Retiens cet ordre de grandeur, pas une fausse précision.

🔍 Comment a-t-il été découvert ?

La case 61 est restée vide pendant plus de quarante ans après qu’on a compris qu’elle devait être occupée.

Bombarder le néodyme et le praséodyme, les deux voisins de la case vacante, était l’idée juste, mais l’expérience de 1941 ne débouche sur aucune identification chimique : il faudra attendre 1945 et la chromatographie échangeuse d’ions pour trancher.

1902

Brauner prédit l’existence de l’élément 61

Le chimiste tchèque Bohuslav Brauner déduit qu’un élément inconnu doit s’intercaler dans la série des terres rares (CNRS Sagascience).

1914

Moseley étaye la prédiction

Le physicien Henry Moseley apporte l’argument décisif : la case 61 du tableau périodique est bel et bien vacante (CNRS Sagascience).

1941

Des radioactivités nouvelles à l’Ohio State University

Des chercheurs y irradient le néodyme et le praséodyme avec des neutrons, des deutons et des particules alpha, et produisent plusieurs radioactivités nouvelles (Los Alamos National Laboratory).

1945

La première identification chimique

Jacob A. Marinsky, Lawrence E. Glendenin et Charles D. Coryell l’identifient par chromatographie échangeuse d’ions, aux Clinton Laboratories devenus depuis l’Oak Ridge National Laboratory.

Qui est Prométhée ?
Prométhée est un des Titans de la mythologie grecque. On raconte qu’il aurait volé le feu aux Dieux de l’Olympe pour le transmettre aux hommes, leur enseignant également l’art de la métallurgie et ceux en rapports avec le feu, trahissant ainsi Zeus et les autres Dieux.

Où trouve-t-on du prométhium dans la nature ? 🌍

Presque nulle part, et en quantité dérisoire. L’Oak Ridge National Laboratory (2024) estime qu’il n’en existe naturellement qu’environ une livre dans la croûte terrestre à un instant donné, soit de l’ordre de 450 grammes pour la planète entière.

Le CNRS avance un ordre de grandeur voisin : pas plus de 600 grammes produits par les désintégrations naturelles. Ces deux estimations convergent sur quelques centaines de grammes, mais personne n’a jamais pesé le stock terrestre de cet élément.

Où trouver du prométhium ?
Le prométhium est présent à l’état de traces sur notre planète Terre mais on peut aussi le trouver dans la composition des météorites qui déambulent dans l’espace.

🔬 D’où viennent ces traces ?

Elles se renouvellent en permanence. Le CNRS indique que l’élément est présent dans la nature à l’état de traces, comme produit de la fission spontanée de l’uranium 238 : les noyaux se forment au fil de l’eau et se désintègrent tout aussi vite, si bien que le stock reste minuscule sans jamais s’épuiser.

Les recherches directes dans la croûte terrestre, elles, sont restées vaines. Los Alamos va jusqu’à écrire qu’il en semble désormais complètement absent, à toute fin pratique. Curieusement, c’est ailleurs qu’on l’a repéré le plus nettement : il a été identifié dans le spectre de l’étoile HR465, dans Andromède. ✨

⚙️ Comment le produit-on alors ?

En réacteur, à partir des déchets. Los Alamos rapporte qu’environ 10 grammes ont été préparés dès le début de 1963 à partir de déchets de retraitement de combustible nucléaire, grâce à des méthodes d’échange d’ions.

Le principe reste le même aujourd’hui : dans un réacteur nucléaire, la fission de l’uranium produit une foule de noyaux plus légers, dont quelques isotopes de l’élément 61. Il faut ensuite le séparer de ses voisins, néodyme et samarium en tête, une opération délicate parce que ces éléments se ressemblent chimiquement beaucoup. C’est l’échange d’ions qui tranche : une colonne de chromatographie retient chaque cation un peu différemment, et cette différence minuscule suffit à les trier un par un.

Il sort donc du combustible usé, récupéré lors du retraitement des déchets, jamais extrait d’un minerai : cette production synthétique obligatoire explique pourquoi les quantités disponibles pour la recherche restent si limitées.

beenhere
Savais-tu qu’on l’a repéré dans une étoile avant de le trouver dans un caillou ?

Les recherches de l’élément 61 dans la croûte terrestre sont restées infructueuses, au point que le Los Alamos National Laboratory le décrit comme complètement absent à toute fin pratique.

Pourtant, sa signature a bien été identifiée dans le spectre de l’étoile HR465, dans la constellation d’Andromède. Un bon rappel que la spectroscopie détecte des éléments là où aucune pioche n’ira jamais 🔭

À quoi sert le prométhium ? 💡

Aujourd’hui, presque uniquement à la recherche. La Royal Society of Chemistry est explicite sur ce point : l’essentiel de cet élément n’est utilisé qu’en recherche. Ses applications les plus connues appartiennent en réalité au passé.

Toutes ses applications reposent sur une même idée : une source qui émet des rayons bêta pendant des années, sans branchement ni entretien. Dans une jauge, tu places la source d’un côté du matériau et un détecteur de l’autre : la fraction de rayons qui traverse donne une mesure continue. Même logique pour la luminescence des cadrans de montre, où le rayonnement excite un pigment qui réémet de la lumière visible sans la moindre pile.

📌 Les usages historiques

Les sources institutionnelles citent :

  • les cadrans luminescents, où il a remplacé le radium (Royal Society of Chemistry),
  • les batteries nucléaires, utilisées dans des stimulateurs cardiaques, des missiles guidés et des radios (Royal Society of Chemistry),
  • les composés luminescents et les générateurs thermiques (CNRS),
  • les jauges d’épaisseur exploitant l’émission bêta, les enseignes lumineuses et des sources de chaleur pour le spatial (Los Alamos National Laboratory).

Un point commun : l’impossibilité d’intervenir. Les batteries nucléaires alimentaient des stimulateurs cardiaques, là où changer une pile aurait voulu dire rouvrir un patient (Royal Society of Chemistry), et les sources de chaleur du spatial répondent au même besoin à bord d’un satellite (Los Alamos National Laboratory). Quant à la jauge, elle mesure l’épaisseur d’une tôle sans jamais la toucher.

A quoi sert le prométhium ?
Le prométhium est utilisé en temps que générateur thermique pour déclencher les réactions nucléaires dans les centrales thermiques ou encore pour veiller au bon fonctionnement des générateurs de rythme cardiaque, communément appelés pacemakers.

💬 Que sait-on de neuf depuis 2024 ?

Une avancée majeure a eu lieu à l’Oak Ridge National Laboratory. Les équipes y ont réussi à observer un complexe de cet élément en solution aqueuse, une première pour un élément découvert en 1945. Pour y parvenir, elles ont préparé du Pm-147 dans leur laboratoire, en quantité suffisante pour une véritable caractérisation.

L’idée générale était d’explorer cet élément très rare pour en tirer de nouvelles connaissances.

Alex Ivanov, chercheur à l’Oak Ridge National Laboratory, 2024

Le résultat dépasse le cas de l’élément 61 : ces travaux ont montré que la contraction de la liaison chimique s’accélère le long de la série des lanthanides, puis ralentit une fois cette case passée. Tout chimiste qui modélise ces éléments a besoin de cette mesure, et voilà pourquoi la chimie des lanthanides tenait à combler ce trou.

Le prométhium est-il dangereux ? 🤔

C’est un émetteur bêta très actif, décrit comme tel par le CNRS, et il se manipule donc uniquement en laboratoire spécialisé. Cela dit, sa réputation mérite une nuance historique intéressante.

L’industrie horlogère l’a précisément adopté pour remplacer le radium dans les peintures luminescentes, comme le rappelle la Royal Society of Chemistry : à l’époque, il était jugé l’option la plus raisonnable des deux pour cet usage.

Pour le reste, sois prudent avec ce que tu lis en ligne : les valeurs de dose que l’on croise sur les sites généralistes ne sont généralement pas rattachées à une autorité identifiable. Si ton sujet porte sur les risques radiologiques, oriente-toi vers les publications des organismes de radioprotection. 📖

Prométhium : ce qu’il faut retenir 📝

  • Numéro atomique 61, lanthanide, configuration [Xe] 4f⁵ 6s², fusion à 1042 °C,
  • seul élément de la série des lanthanides sans aucun isotope stable, ses 17 isotopes connus sont tous radioactifs,
  • quasi absent de la croûte terrestre : quelques centaines de grammes sur toute la planète, issus de la fission spontanée de l’uranium 238,
  • produit artificiellement à partir de déchets de retraitement, avec le Pm-147 (période de 2,62 ans) comme isotope de travail,
  • émetteur bêta, longtemps employé dans les cadrans luminescents et les batteries nucléaires, désormais réservé pour l’essentiel à la recherche.

Retiens surtout ce paradoxe : voilà un élément prédit dès 1902, identifié en 1945, et dont la chimie en solution n’a été caractérisée qu’en 2024. Si les lanthanides et la radioactivité te donnent du fil à retordre, un professeur particulier de physique-chimie peut t’aider à consolider ces notions avant ton prochain contrôle. 💪

Tes questions les plus fréquentes ❓

🔤 Faut-il écrire prométhium ou prometheum ?

La forme correcte en français est prométhium, avec un accent aigu et la terminaison en "ium". "Prometheum" est un calque fautif de l'anglais promethium, très fréquent dans les recherches en ligne, mais il ne figure dans aucune nomenclature officielle. Le symbole, lui, ne varie jamais : Pm, numéro atomique 61. Le nom vient de Prométhée, le Titan de la mythologie grecque qui déroba le feu aux dieux pour le donner aux hommes.

🧩 Pourquoi le prométhium manquait-il dans le tableau périodique ?

Parce que la case 61 est restée vide alors que ses deux voisins, le néodyme (60) et le samarium (62), étaient connus depuis longtemps. Plusieurs équipes ont annoncé sa découverte avant de se rétracter, faute de preuves reproductibles. L'explication est venue de la physique nucléaire : aucun isotope de l'élément 61 n'est stable, tous se désintègrent, ce qui interdit son accumulation dans les minerais. Il a fallu la chimie des produits de fission pour l'isoler durablement.

🏭 Comment obtient-on du prométhium aujourd'hui ?

On l'extrait des produits de fission de l'uranium, dans le combustible usé des réacteurs nucléaires. La fission casse les noyaux lourds en fragments plus légers, parmi lesquels figurent des isotopes de l'élément 61. Il faut ensuite les séparer chimiquement des autres lanthanides présents dans le mélange, une opération délicate car ces éléments ont des propriétés très proches. Une seconde voie existe : bombarder du néodyme dans un réacteur ou un accélérateur pour former Pm directement.

💡 Le prométhium est-il encore utilisé dans les montres lumineuses ?

Non, cet usage appartient au passé. Le prométhium avait remplacé le radium dans les peintures luminescentes, car son rayonnement bêta est bien moins pénétrant que le rayonnement alpha du radium. Les contraintes réglementaires sur les sources radioactives grand public ont mis fin à cette application, remplacée par des pigments photoluminescents sans radioactivité ou par des tubes au tritium. Le prométhium reste étudié comme source d'énergie pour des piles nucléaires miniatures et pour des jauges d'épaisseur industrielles.

Sources 📚

  1. Royal Society of Chemistry. "Promethium - Element information, properties and uses." Periodic Table, 2025, https://periodic-table.rsc.org/element/61/promethium.
  2. Los Alamos National Laboratory. "Promethium." Periodic Table of Elements, 2025, https://periodic.lanl.gov/61.shtml.
  3. CNRS. "61 - Prométhium." Sagascience, Le tableau de Mendeleïev : 150 ans d’histoire, 2019, https://sagascience.com/mendeleiev/promethium/.
  4. Oak Ridge National Laboratory. "Promethium bound: Rare earth element’s secrets exposed." U.S. Department of Energy, 22 mai 2024, https://www.ornl.gov/news/promethium-bound-rare-earth-elements-secrets-exposed.
  5. Driscoll, D. M., F. D. White, S. Pramanik, J. D. Einkauf, B. Ravel et al. "Observation of a promethium complex in solution." Nature, vol. 629, n° 8013, 2024, p. 819-823, https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11111410/.

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Clément

Freelancer et pilote, j'espère atteindre la sagesse en partageant le savoir que j'ai acquis lors de mes voyages au volant de ma berline. Curieux scientifique, ma soif de découverte n'a d'égale que la durée de demie-vie du bismuth 209.