Qui est Zadig ? Publié en 1748 sous son titre actuel, le Zadig de Voltaire reprend toutes les idées défendues par son créateur... Toujours présent entre les lignes !

Zadig ou la destinée fait partie de la catégorie des contes philosophiques, ce roman d'apprentissage rédigé par Voltaire est une critique contre la société « babylonienne » mêlant sarcasme, parodie, pastiche et ironie ainsi qu'une touche révolutionnaire désirant établir une certaine notion de justice.

Afin de relater les mésaventures de Zadig, protagoniste dont le nom signifie « le juste », l'auteur s'inspire des Contes des mille et une Nuits. Sa quête quasi infinie du bonheur est sans cesse contrecarrée par d'enrichissantes épreuves, lui ouvrant peu à peu les yeux quant au vrai visage de l'humanité. Voulant plonger le lecteur dans une fiction parfaite, Voltaire ajoute une touche exotique à ses descriptions ainsi qu'aux noms de ses personnages. Des éléments que vous étudierez en cours de français.

Qui est Zadig, le personnage principal du conte voltairien ?

Au début du conte, le protagoniste est défini comme un être libre et en apparence autonome. Doté de toutes les perfections physiques et morales, il conçoit son projet existentiel comme étant le résultat de ses actes. Bon, généreux et vertueux, il semble être en droit de s'attendre à mener une existence paisible et comblée.

Le premier paragraphe se limite principalement à la description du protagoniste, nous y retrouvons d'ailleurs une mainte quantité d'épithètes :

  • homme honnête et équilibré
  • doté de toutes les vertus : beau, fort, savant, courageux, riche...
  • intellect et physique irréprochables

Les adjectifs qualificatifs ont pour but de souligner la perfection de Zadig, ce qui devrait normalement impliquer le bonheur.

Cet être quasi parfait attire la sympathie du lecteur qui est émerveillé face un individu si simple et pourtant modéré et cultivé. Malgré sa supériorité il reste humble et respecte l'opinion de tout le monde, son intérêt pour les sciences et l'astronomie lui confère la qualité de juger raisonnablement et librement sans aucune influence externe.

Or si Zadig possède toutes les qualités, il manque cependant encore d'expérience concrète. Si le monde dans lequel il s'apprête à entrer obéissait à une organisation rationnelle, logique ainsi qu'à un ordre moral, lui, l'homme raisonnable et vertueux devrait, en toute conséquence, y être récompensé de ses actes vertueux.

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La première désillusion

Zadig connaît-il l'amour ? Les retrouvailles entre Zadig et Astraté... L'amour, la sensualité, le désir et la séduction se lisent dans cette illustration de 1750.

Or dès le premier contact avec le monde extérieur que crée Voltaire (cf. l'agression indirecte par Orcan), Zadig doit se rendre à l'évidence que le monde n'est pas le reflet fidèle des espoirs qu'il avait investi en lui. Sa première entreprise, la tentative de se construire un bonheur personnel privé, en compagnie de la femme qu'il aime d'un amour sincère, se solde par un échec qui vient quelque peu corriger la naïveté initiale du jeune homme.

Son premier grand amour est issu de la même classe sociale que le protagoniste. Belle et fortunée, Sémire l'aimait avec passion tandis que Zadig ressentait un attachement solide et vertueux envers elle. Le terme « passion », malgré toute la puissance sentimentale qu'il inclue, a une connotation négative étant donné que c'est une émotion éphémère.

La première expérience de Zadig se termine par un échec troublant. La belle Sémire et le protagoniste tombent dans une embuscade préparée par Orcan, neveu d'un ministre, étant particulièrement vaniteux, égoïste, ambitieux et jaloux. Nous noterons d'ailleurs que ce nom est l'anagramme du chevalier Rohan, qui avait fait bâtonner Voltaire pour une rivalité galante. C'est d'ailleurs ce chevalier qui a fait emprisonner Voltaire, il le méprisait principalement parce que l'auteur ne possédait pas de titre de noblesse. N'est-ce pas là une preuve flagrante du caractère arbitraire de la justice ?

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Une parodie du genre romanesque

Cet épisode est une parodie du genre romanesque, en effet Voltaire fait une imitation caricaturale ou satirique d'un texte littéraire, consistant à en transposer le thème ou le style sur un mode comique. Zadig se bat de toutes ses forces contre les satellites d'Orcan afin de protéger Sémire. Il réussit à les mettre en fuite à l'aide de deux esclaves, cela dit il est sévèrement blessé mais réussit quand même à ramener Sémire à son domicile.

La plupart des lecteurs ne font que rire de Sémire, lorsqu'ils survolent le passage suivant :

 Elle n'était point occupée de son danger ; elle ne pensait qu'à son cher Zadig

N'est-ce pas là un peu kitch, surtout qu'elle épouse l'ennemi de son soi-disant grand amour en sachant que ce dernier risque d'être estropié à vie ?

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La critique de la société mondaine par Zadig

De quoi parle Zadig ou la Destinée de Voltaire ? Illustration de Félicien Rops pour Zadig de Voltaire en 1893. On y voit l'ambiance, les tissus et les décors orientaux...

Voltaire a souvent méprisé la société mondaine du XVIIIe siècle, il n'est donc pas étonnant de le voir condamner certaines pratiques en mélangeant satire et ironie. En effet, Zadig n'a point d'ambition, il recherche le simple bonheur. Cette philosophie le pousse à déprécier les railleries qui sont le plus souvent tumultueuses et téméraires.

L'exagération et l'utilisation de périphrases, c'est-à-dire de phrases ou d'expressions détournées de leur sens ordinaire pour signifier, par ironie ou par euphémisme, le contraire de ce que l'on dit, sont des procédés typiquement voltairiens.

C'est ainsi que l'auteur porte condamnation aux médisances (commérages) et à la jalousie particulièrement présentes à cette époque. D'ailleurs Voltaire n'hésite pas à enfoncer le dard dans la plaie en ajoutant un nombre maximal de termes péjoratifs :

Ce vain bruit de paroles, ces médisances téméraires, ces turlupinades grossières.

Critique de la religion

L'oeuvre de Voltaire est en fait un ensemble de critiques, toutes cachées par la satire, l'ironie ou le sarcasme voltairien. C'est ainsi que la religion n'échappe pas aux griffes du « roi Voltaire ». Zadig, étant savant et curieux de par nature, admet son ignorance concernant la métaphysique étant donné qu'elle se situe en dehors des capacités intellectuelles humaines.

Il soutient fortement la thèse de Nicolas Copernic, astronome polonais, célèbre pour sa théorie astronomique selon laquelle le Soleil est immobile au centre de l'Univers, et la Terre, tournant sur son axe une fois par jour, fait le tour du Soleil en une année (système héliocentrique).

Voltaire soutient et prône l'utilisation de la raison avant toute croyance aveugle en diverses théories religieuses émanant de quelques avides gourous perfides. Posséder un savoir scientifique était plutôt dangereux à l'époque, étant donné qu'on se faisait rapidement traité de sorcier. Les prêtres appliquaient souvent cette méthode afin d'écarter tout révolutionnaire risquant d'affaiblir le pouvoir religieux.

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Critique de la médecine

Après avoir critiqué, démantelé et ridiculisé la religion, la justice, l'amour et la société babylonienne (en réalité parisienne), il s'attaque désormais à la médecine.

Hermès est un personnage mythologique, son nom d'origine est Hermès Trismégiste, c'est-à-dire le « trois fois grand », nom donné par les Grecs à Thot, dieu de la Sagesse pour les Égyptiens qui le considéraient comme l'inventeur de tous les arts et de toutes les sciences.

Voltaire condamne le caractère ignorant du grand médecin. Son diagnostique est truffé de superstitions incohérentes, l'auteur blâme le charlatanisme des docteurs inventant des théories les plus absurdes et obscures possibles.

Le ridicule culmine lorsque la description satirique et ironique de Voltaire relate l'arrivée de Hermès accompagné d'un immense cortège excessif depuis Memphis, ville de l'ancienne Egypte.

Si c'eut été l'œil droit, je l'aurais guéri, mais les plaies de l'œil gauche sont incurables...

Voltaire lance ainsi une première attaque contre ce type de diagnostique et souligne aussi la stupidité des citoyens croyant tout ce qu'on leur dit. Ces derniers ont une confiance aveugle en Hermès qui ne fait que les duper. Suite à la guérison de Zadig, ce grand personnage a même rédigé une œuvre entière ayant pour but de prouver l'incurabilité du protagoniste. Cet acte absurde ne fait que renforcer le dégoût envers ces charlatans.

La présence de Voltaire tout au long du récit

Qui était Voltaire ? Philosophe éclairé, écrivain de génie, Voltaire est l'un des pères fondateurs des Lumières. Connu pour son engagement politique, il est un homme fidèle à ses convictions, qu'il ne manque pas de montrer dans son Zadig... (Peinture de Maurice Quentin de La Tour en 1736).

Voltaire est bel et bien présent au sein du récit, mais de façon indirecte. Nous pouvons lire à travers les lignes et en sortir diverses critiques, mais aussi maintes questions fondamentales concernant la destiné et la quête éternelle du bonheur.

Malgré tous les efforts de Zadig visant à être juste, mesuré, raisonnable et non point passionné, il s'attire les pires ennuis. Si tant d'efforts visant à être vertueux n'aboutissent pas, ne faut-il pas alors conclure à une injustice fondamentale de l'existence humaine et ne vaut-il pas mieux se résigner à accepter l'injustice du sort humain et s'abandonner au fatalisme ?

Telle est la question essentielle qui se posera par la suite.

Les écrits parodiques et satiriques de Voltaire

Micromégas (1738)Micromégas, un géant, est un savant qui, à la suite de ses découvertes scientifiques, doit s'exiler. Les clergés de sa planète le condamnent, il décide de partir voyager en quête d'un monde meilleur.
Zadig ou la Destinée (1747)Zadig est un jeune homme très érudit, humble et droit. Il ne comprend pas comment, avec toutes ses qualités, il ne peut pas être heureux. Sa critique de la société lui donne une première réponse...
Candide ou l'Optimisme (1759)Candide est un jeune homme qui part pour un voyage initiatique. Il se rend compte que malgré les richesses du monde, il demeure beaucoup d'inégalités...
L'Ingénu (1767)Huron est (lui aussi) un jeune homme qui arrive en France et fait l'amère expérience de ce qu'est la vie au temps du règne de Louis XIV.

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