Chapitres
📚 Fiche du livre
Sur le côté oriental de la montagne qui s’élève derrière le Port-Louis de l’Isle-de-France, on voit, dans un terrain jadis cultivé, les ruines de deux petites cabanes.
Le narrateur, Paul et Virginie
Paul et Virginie est un roman de 1788 écrit par Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, et se déroulant sur l'île Maurice actuelle. Il raconte l'amour pur entre les jeunes protagonistes, Paul et Virginie, qui grandissent ensemble, élevés par leur mère respective, amies. L'action se situe au niveau de l'ancienne Île de France (Isle de France), appelée désormais Île Maurice.
Notons que l'année de publication du roman survient exactement
an avant la Révolution française !
Paul et Virginie a fait pleurer énormément de Français mais également d'étrangers lors de sa publication, représentant l'amour pur et la corruption par le biais de la société. Le roman fut un véritable phénomène de société : il connut un succès qui dépassa de loin les frontières de la France !
Il faut préciser que lors de la publication du court roman, celui-ci était placé à la fin du quatrième ouvrage d'Etudes de la nature. Paul et Virginie est en effet un récit plutôt court. Le succès est tel que le roman est édité en volume seul l'année suivante1 !
Résumé détaillé de Paul et Virginie
| Période de l'histoire | Détails | |||
|---|---|---|---|---|
| Introduction & enfance de Paul et Virginie | Madame de la Tour et Marguerite accouchent de Virginie et de Paul sur l'île de France (l'île Maurice actuelle). Il et elles vivent en harmonie avec la nature, et Paul et Virginie sont élevés comme frère et soeur. | |||
| Adolescence de Paul et Virginie | Ils commencent à ressentir des sentiments assez vifs l'un envers l'autre. Ils se rendent compte de la dure réalité de la vie en observant notamment la dure réalité de l'esclavage. | |||
| Départ de Virginie | La grand-tante de Virginie, la tante de sa mère, souhaite lui donner une bonne éducation à Paris et lui procurer son héritage. Virginie part par pur altruisme, triste de partir et de quitter Paul mais pensant à la survie de sa famille. | |||
| Naufrage et fin | La grand-tante de Virginie la renvoie sur l'île de France, cependant le navire fait naufrage en raison d'un ouragan, et Virginie succombe. Paul meurt peu de temps après, ainsi que leurs deux mères de même que la tante. |
Débutons le résumé Paul et Virginie par chapitre, en prenant bien en compte qu'aucun chapitre n'est indiqué tout au long du livre. Nous avons séparé nous-même le livre en plusieurs parties marquantes. Voici donc Paul et Virginie en résumé détaillé !
L’enfance de Paul et Virginie
Tout commence par un jeune narrateur vantant le charme de l'ancienne Île de France, alias l'actuelle Île Maurice. L'action se déroule plus précisément à Port-Louis. Alors qu'il s'y promène régulièrement, il rencontre un homme âgé et entreprend de lui demander qui avait habité au sein des cabanes encore visibles derrière lesquelles la vue est immense et agréable. Le vieil homme lui compte alors la véritable histoire qui se cache derrière cela.
J’aimois à me rendre dans ce lieu où l’on jouit à la fois d’une vue immense et d’une solitude profonde. Un jour que j’étois assis au pied de ces cabanes, et que j’en considérois les ruines, un homme déja sur l’âge vint à passer aux environs.
Le narrateur, Paul et Virginie
L'histoire commence lorsqu'en
M. de la Tour, accompagné de sa femme, se rendit sur l'Île.
Il part s'acheter des esclaves, cependant il part à la mauvaise période de l'année et décède des suites des "fièvres pestilentielles" qui y règnent. Sa femme, Madame de la Tour, est donc veuve et enceinte, se croyant seule sur cette île. Madame de la Tour est une femme de la noblesse normande, et elle s'était mariée avec un homme de condition considérée comme inférieure.

Au sein de l'île, elle rencontre alors Marguerite, paysanne bretonne, ayant accouché depuis peu d'un fils, Paul. Son histoire est tout autre : tombée amoureuse d'un homme, elle fut abandonnée par celui-ci une fois l'acte accompli.
Elle préféra se cacher, de honte, et vint sur cette île. Elle acquit un esclave âgé pour l'aider avec ses terres, Domingue, et la femme de celui-ci, Marie, s'occupe alors de Madame de la Tour.
Dans ce lieu depuis un an demeuroit une femme vive, bonne et sensible ; elle s’appeloit Marguerite. Elle étoit née en Bretagne d’une simple famille de paysans, dont elle étoit chérie, et qui l’auroit rendue heureuse, si elle n’avoit eu la foiblesse d’ajouter foi à l’amour d’un gentilhomme de son voisinage qui lui avoit promis de l’épouser ; mais celui-ci ayant satisfait sa passion s’éloigna d’elle, et refusa même de lui assurer une subsistance pour un enfant dont il l’avoit laissée enceinte.
Le vieillard ami, Paul et Virginie
Madame de la Tour accouche peu après d'une fille, Virginie. Les deux femmes se lient d'une amitié intense et décident d'élever toutes deux leurs enfants d'un même amour. Le cadre est idyllique et les enfants grandissent dans un environnement naturel préservé, loin des hommes et de la société.
Lorsqu'ils furent en âge de parler, ils s'appelèrent mutuellement "frère et sœur". Ils n'étaient jamais bien loin l'un de l'autre et s'appréciaient grandement, riant, jouant, étant toujours prévenants l'un envers l'autre. Ils semblaient inséparables. Ils ne savaient ni lire ni écrire, mais étaient heureux là où ils vivaient et ne pensaient jamais à ce qui pouvait exister au-delà des limites de leur île :
Ils ne s’inquiétoient pas de ce qui s’étoit passé dans des temps reculés et loin d’eux ; leur curiosité ne s’étendoit pas au-delà de cette montagne. Ils croyoient que le monde finissoit où finissoit leur isle ; et ils n’imaginoient rien d’aimable où ils n’étoient pas.
Le vieillard ami, Paul et Virginie
Naissance des sentiments amoureux
À l'âge de l'adolescence, Virginie et Paul ont désormais des traits forts marqués, de même que le corps qui se développe : Paul a le nez aquilin, des yeux et cheveux sombres ainsi qu'une grande taille, tandis que Virginie est blonde, magnifique, aux yeux bleus et au regard parfois mélancolique. Madame de la Tour commença à s'inquiéter de l'avenir de sa fille en cas où il lui arriverait malheur.
Aussi, elle entreprit d'écrire à sa tante, qui n'avait jamais approuvé son mariage, afin de lui expliquer la situation dans le but de l'intéresser au sort de Virginie. Elle se retrouva sans nouvelles durant de nombreuses années... Entre temps, le gouverneur de l'île, Monsieur de la Bourdonnais, s'installe sur l'île.
Puis en
Madame de la Tour reçut enfin une lettre de sa tante, apportée par le gouverneur.
Mais la tante en question ne souhaite pas se rapprocher ni de la mère, ni de la fille. Un dimanche lorsque leurs mères étaient à l'église, Paul et Virgine virent approcher une esclave noire, la peau sur les os, et Virginie lui propose de manger avec eux.
Elle va même, par bonté, jusqu'à se rendre jusque chez le maître de cette femme afin de lui demander de pardonner sa fuite, ce que l'homme, tombant sous le charme de Virginie, accepte.
Paul et Virginie s'étant beaucoup éloignés de leurs cabanes, ils sont épuisés et se voient dans l'obligation de se débrouiller pour manger, puis dormir dehors.
Ils sont heureusement retrouvés par Fidele, le chien de Domingue, puis se font ramener chez eux.

Ils se font alors porter par des esclaves noirs qui ont entendu parler de leur bonne action et sont reconnaissants.
À l'adolescence naît l'attirance entre Paul et Virginie. Virginie est la première à s’en apercevoir, et cette vérité la trouble profondément.
Ce sentiment naît chez elle lorsque les enfants atteignirent
ans environ.
Les deux mères voient leurs enfants grandir et, tout en parlant d'un éventuel mariage qu'elles aimeraient voir se réaliser, ressentent la tristesse de les voir grandir si vite. Virginie commença alors à souffrir d'un "mal inconnu", phénomène qu'elle ne connaissait pas encore car elle n'avait jamais été amoureuse.
Elle fuyoit ses jeux innocents, ses doux travaux, et la société de sa famille bien-aimée. Elle erroit çà et là dans les lieux les plus solitaires de l’habitation, cherchant par-tout du repos, et ne le trouvant nulle part. Quelquefois, à la vue de Paul, elle alloit vers lui en folâtrant ; puis tout-à-coup, près de l’aborder, un embarras subit la saisissoit ; un rouge vif coloroit ses joues pâles, et ses yeux n’osoient plus s’arrêter sur les siens.
Le vieillard ami, Paul et Virginie
Elle se cache et néglige les activités qu'elle prenait autrefois tant de plaisir à accomplir. C'est la naissance du sentiment amoureux, et des souffrances qu'il procure parfois : le doute, la peur, l'impression de ressentir un vide lorsque la personne est absente...
Un jour, elle se mire dans l'eau de la fontaine et se rend compte que l'amour de soeur qu'elle ressentait pour Paul s'est métamorphosé en amour passionnel.
Les mères s'en rendent bien compte et Marguerite propose de les marier, cependant Madame de la Tour est plus prudente et redoute de ne pouvoir subvenir aux besoins de leurs futurs enfants. Mais les chaleurs excessives "éleverent de l’océan des vapeurs qui couvrirent l’isle comme un vaste parasol. Les sommets des montagnes les rassembloient autour d’eux, et de longs sillons de feu sortoient de temps en temps de leurs pitons embrumés. Bientôt des tonnerres affreux firent retentir de leurs éclats les bois, les plaines et les vallons".
La famille prie à l'intérieur, tandis que Paul brave la tempête avec Domingue pour consolider les cabanes avec des "arcs-boutants" et des "pieux". Le calme après la tempête : leur exploitation est détruite.
Cependant les deux cocotiers étoient debout et bien verdoyants ; mais il n’y avoit plus aux environs ni gazons, ni berceaux, ni oiseaux, excepté quelques bengalis qui, sur la pointe des rochers voisins, déploroient par des chants plaintifs la perte de leurs petits.
Le vieillard ami, Paul et Virginie
Séparation et voyage de Virginie en France
Le gouverneur La Bourdonnais apporte une lettre de la grande-tante de Virginie, restée en France. La crainte de la mort, car souffrant d'une maladie incurable, lui fait regretter son choix et demander à sa nièce de lui envoyer Virginie afin qu'elle reçoive une bonne éducation et afin qu'elle hérite de sa fortune.

Virginie ne veut pas partir, cependant le gouverneur ainsi que sa mère l'y encouragent. Madame de la Tour souhaite la séparer de Paul durant une courte période.
Voyant sa mère vieillir, Virginie accepte de partir par pur altruisme afin d'être en mesure d'aider sa famille. Paul, lui, commence à ressentir de l'amour envers Virginie à ce moment, jaloux et triste.
Le monologue qu'il lui entretient alors un soir est déchirant : il a peur de la voir changer, de la voir revenir pervertie par a société, oubliant sa famille et son amour envers lui, préférant un homme plus riche et "mieux né".
Virginie lui avoue son amour : elle lui restera fidèle et reviendra pour être à lui. Alors qu'elle ne devait partir que quelques jours plus tard, les mères profitent de l'absence de Paul pour faire voyager Virginie. À son retour, il désespère et cherche partout la présence de Virginie. Il décide d'apprendre à lire et à écrire par le biais du narrateur, qui lui apprend.
Virginie écrit à ses mères et leur apprend que la vie à Paris est misérable : elle est enfermée, n'approche pas de la nature, et se sent triste. La tante essaye de la marier à un vieil homme noble !
Au bout de
ans et 2 mois, enfin, Paul et sa famille reçoivent des nouvelles de Virginie.
Elle explique les mésaventures vécues avec sa grand-tante, celle-ci ayant essayé de la marier puis ayant décidé de la déshériter, et l'ayant par la suite renvoyée sur un bateau. Hélas, Virginie mentionne que ce voyage ne "lui permettoit d’arriver à l’Isle-de-France que dans la saison des ouragans", ce qui est donc particulièrement risqué...
Le naufrage du Saint-Géran et la tragédie finale
Paul et toute la famille sont heureux d'accueillir Virginie. Cependant, le temps est affreux et un ouragan a lieu, le vaisseau sur lequel Virginie se trouve envoie des signaux de détresse... Le Saint-Géran est pris entre les récifs et les énormes vagues. Un marin tente de convaincre Virginie d'enlever ses vêtements afin de mieux nager et de s'en sortir, cependant, par pudeur, elle refuse et meurt noyée.
Le lendemain, le corps de Virginie est retrouvé, et Paul meurt de chagrin deux mois plus tard, incapable de vivre sans elle. Marguerite, la mère de Paul, meurt 8 jours plus tard... Les esclaves Marie et Domingue périrent peu après, de même que le chien Fidele. Enfin, Madame de la Tour résida un temps chez le narrateur, s'affaiblissant et ne résistant que durant un mois suite à la mort de son amie.
Plutôt que de haïr sa tante, qui du reste était si l'on veut à l'origine de la cause de la mort de Virginie, Madame de la Tour demande au Ciel d'être tendre avec elle et de lui pardonner comme elle l'a fait de son côté.
Quant à sa tante, loin de lui reprocher ses maux, elle prioit Dieu de les lui pardonner, et d’appaiser les troubles affreux d’esprit où nous apprîmes qu’elle étoit tombée immédiatement après qu’elle eut renvoyé Virginie avec tant d’inhumanité.
Le vieillard ami, Paul et Virginie
Analyse des thèmes principaux dans Paul et Virginie
Après avoir lu Paul et Virginie en résumé, traitons maintenant des thèmes présents tout au long de l'oeuvre, en sachant qu'ils sont nombreux et beaucoup plus profonds qu'on ne le croit venant d'un roman que l'on étudie, notamment, en classe de 4e.
La nature comme paradis perdu
L'auteur décrit la nature avec tant d'ardeur et de détails poétiques qu'il est difficile de ne pas ressentir son admiration pour celle-ci. Il analyse la nature comme étant un paradis loin de toute loi, de toute société... La nature, au sein de laquelle vivent paisiblement Marguerite, Madame de la Tour, Paul et Virginie ainsi que Marie et Domingue, est un refuge moral et spirituel, s'opposant à la société européenne.
Le vieillard ami des deux mères raconte au narrateur à quel point leur culture était différente de celles des Européens, et ce à plusieurs reprises :
Vous autres Européens, dont l’esprit se remplit dès l’enfance de tant de préjugés contraires au bonheur, vous ne pouvez concevoir que la nature puisse donner tant de lumières et de plaisirs.
Le vieillard ami, Paul et Virginie
Contrairement aux Européens, baignant dans la vie en société, Paul et Virginie ne connaissaient pas le mal, ni la souffrance. En effet, ils ne baignaient pas dans une éducation leur apprenant à mépriser, à juger, à souhaiter une propriété ou encore à se comparer aux autres.
Lorsque les deux mères tentent de convaincre Paul de se rendre à Paris afin de revenir plus riche et de prospérer, notamment en achetant des esclaves, Paul refuse car il considère que la vie là-bas ne lui apportera rien de bon.
D'ailleurs, il est important de noter que la première fois que Paul et Virginie se confrontent à la dure réalité, en dehors de leur cocon familial, c'est lorsqu'ils décident d'accompagner la femme esclave jusqu'à son maître afin de le calmer.
Ils se rendent compte de leurs limites et du fait qu'en dehors de leur cocon, rien n'est certain, rien n'est facile...

Le roman est en quelque sorte un adieu à la nature2.
Il faut souligner que l'auteur était un ami proche de Jean-Jacques Rousseau, dont il partageait en effet la philosophie.
Une critique sociale et morale
Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre effectue une critique acerbe de la nature humaine, mais également de la vie en société et de la fausse moralité humaine. A plusieurs reprises, suite à leur voyage de quelques lieues pour venir en aide à l'esclave, Virginie répète inlassablement "Qu’il est difficile de faire le bien !", et qu'en revanche, il est facile de faire le mal...
L'auteur critique également les barrières sociales propres à son époque : les esclaves sont bien entendu malmenés (le dénoncer était d'ailleurs courageux de la part de l'auteur !), et les femmes sont considérées comme sans réputation lorsqu'elles sont veuves ou abandonnées et enceintes.
Dans son Génie du christianisme, Chateaubriand fait l'éloge de l'Eden retrouvé décrit dans Paul et Virginie, en quelque sorte3 :
Alors, c’est comme une enfance du monde que transcrit le roman de Bernardin: nous sommes projetés avant. Avant le désir, dans la simple satisfaction du besoin; avant l’accumulation, dans la simple production de l’autarcie; avant la sophistication, dans le simple appareil de la frugalité; et aussi avant la sexuation, dans l’indistinction des êtres; avant l’individuation; dans l’échange des propriétés ; avant la faute, dans l’innocence ; avant la parole, dans la manifestation; avant la pensée, dans l’évidence; avant les cultures dans la compénétration des modèles de la beauté. Avant la catastrophe , dans l’enfouissement en Dieu. Appelez les comme vous voulez, Paul et Virginie, miroirs l’un de l’autre dans cet avant-là…
Chateaubriand, Le Génie du Christianisme, 1802
L’éducation et l’innocence
Également, à Paris et dans toute société européenne d'ailleurs, l'éducation considérée comme parfaite est l'éducation mondaine. Or, selon, Bernardin de Saint-Pierre, celle-ci vise à pervertir la nature humaine et à inculquer de fausses valeurs.

Un exemple frappant est celui de la pudeur de Virginie lorsqu'elle revient de son voyage : elle préfère ne pas se mettre nue au risque de se tuer (ce qui arrive) plutôt que de se dévêtir devant un homme souhaitant la sauver.
Par ceci, l'auteur veut montrer que la pudeur, inculquée par la société européeenne, est une fausse valeur et qu'elle engendre bien des désastres... Il faut préférer la nature à la société, tout comme Rousseau l'exprime4.
Avant de se rendre à Paris, Virginie était innocente de ces choses, et donc, libre et naturelle. Elle a tellement ingéré les valeurs inculquées par l'éducation mondaine qu'elle en est morte, finalement.
Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, l’auteur de Paul et Virginie
Biographie succincte
Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre est né au Havre en
et est décédé en 1814.
En cour de francais, vous apprendrez que son roman Paul et Virginie demeure l'un des plus grands succès de la littérature française.
Sa carrière professionnelle fut aussi riche que variée, puisqu’il exerça plusieurs fonctions telles qu’ingénieur, officier, intendant du Jardin des Plantes ainsi que du cabinet d'histoire naturelle sous la Révolution5.
Il fut aussi nommé professeur de morale à l'École normale en
Il doit également sa postérité à son élection à l’Académie française en 1803, dont il occupa le fauteuil 276. Mais avant toute chose, il faut noter que Bernardin de Saint-Pierre était un grand voyageur. Malte, l’Allemagne, la Russie… ses différents postes lui donnèrent l’occasion de multiplier les déplacements à l’étranger7. Amateur d’art, il tira de cette expérience de nombreux croquis de voyage, mais s’en inspira surtout pour sa production littéraire.
En disant ces mots ce bon vieillard s’éloigna en versant des larmes, et les miennes avoient coulé plus d’une fois pendant ce funeste récit.
Le narrateur, Paul et Virginie
Genèse de l’œuvre
Il faut savoir que l'auteur avait entrepris de nombreux voyages au sein de l'Île de France, en tant qu'ingénieur du Roi Louis XV8 ! Il passa en réalité 2 ans sur l'ïle Maurice, car il obtient un brevet de capitaine-ingénieur pour l’Île de France (actuelle Île Maurice) et partit en 1768 ! Il y voit à la fois les ravages provoqués sur la faune et la flore par l'être humain, ainsi que les ravages et la dure réalité de l'esclavagisme au XVIIIe siècle.
Réception et influence de l’œuvre
Accueil critique à la publication
Parmi toute la production de Bernardin de Saint-Pierre, seule une est restée célèbre : Paul et Virginie. Ce sont même les prénoms que l’auteur choisira pour deux de ses trois enfants.
Publié en 1788, ce roman connut en effet un grand succès à son époque et ce dès sa parution, même s’il eut fallu l’intervention du peintre Vernet pour que l’auteur ne la détruise pas, par peur de l’échec9. Une bonne décision car, chef d’œuvre de l’auteur, Paul et Virginie est aussi l’un des chefs-d’œuvre du XVIIIᵉ siècle.
Un roman pastoral
Il fut plus précisément publié au sein du troisième tome de ses Études de la nature, une œuvre quasi philosophique sur la grandeur de la nature et de ses liens avec le divin, mais surtout à valeur descriptive, relatant ses observations de voyageur. Le roman est devenu une icône chez les contre-révolutionnaires du XIXᵉ siècle10.
Une œuvre à travers laquelle son lecteur contemporain pouvait également saisir toute l’influence qu’avait sur lui son ami et philosophe illustre, Jean-Jacques Rousseau pour lequel la nature était un sujet capital. Or Paul et Virginie appartient au genre du roman pastoral (les romans se distinguant des nouvelles) : il décrit les mœurs de personnages au sein d’une nature idyllique, qui ici prend la forme d’un paradis perdu.
Un roman pastoral, également connu sous le nom d'églogue, est un genre littéraire qui trouve son origine dans la poésie pastorale de l'Antiquité, en particulier dans les écrits de l'époque grecque et romaine. Ce genre littéraire se caractérise par la représentation idéalisée de la vie à la campagne, mettant en scène des bergers ou des paysans dans des décors bucoliques.
Les romans pastoraux sont souvent empreints d'une atmosphère idyllique, de tranquillité et de beauté naturelle, et ils explorent généralement des thèmes tels que l'amour, la nature, la simplicité et la vie en harmonie avec l'environnement. Parmi les autres exemples de romans pastoraux, on pourrait citer L'Énéide de Virgile, L'Astrée d'Honoré d'Urfé ou L'Arcadie de Jacopo Sannazaro.
Inspiré d’un fait divers
Pour Paul et Virginie, Bernardin de Saint-Pierre tire aussi son inspiration d’un fait divers. Le naufrage du navire, l’une des scènes les plus importantes du récit, aurait en effet été directement inspiré d’un naufrage qui s'est produit en 1744 : celui du navire Saint-Géran, où ont notamment disparu deux amants, dont la mort de Mme Cailloux fut directement la source de la mort de Virginie dans le roman, parmi un total de 183 morts11 :
Une femme créole, Mme Cailloux.
M. Longchamps de Montendre, enseigne de vaisseau.
Adaptations et références culturelles
Voici quelques exemples d'adaptations et d'œuvres dérivées de Paul et Virginie :
- Film "Paul et Virginie" (1924) : Un film muet réalisé par Robert Péguy et René Le Somptier, qui adapte l'histoire d'amour tragique de Paul et Virginie à l'écran.
- Film "Paul and Virginia" (1974) : Une adaptation cinématographique de l'histoire réalisée par Lewis Gilbert, mettant en vedette Susan Hampshire et Paul Jones dans les rôles principaux.
- Opéra "Paul et Virginie" d'André Grétry : Un opéra en trois actes composé par André Grétry en 1791, basé sur le roman de Bernardin de Saint-Pierre.
- Théâtre : Plusieurs adaptations théâtrales de "Paul et Virginie" ont été mises en scène au fil des ans, permettant aux spectateurs de vivre l'histoire sur scène.
- Peinture : De nombreux artistes ont créé des œuvres d'art inspirées par des scènes de "Paul et Virginie", capturant la beauté de l'île et l'amour entre les personnages.
- Littérature : Le roman a influencé d'autres écrivains, qui ont intégré des éléments de l'histoire ou exploré des thèmes similaires dans leurs propres œuvres.
- Réinterprétations contemporaines : Certains écrivains contemporains ont revisité l'histoire de "Paul et Virginie" en la transposant dans des contextes modernes ou en abordant les thèmes de l'amour pur et de la tragédie d'une manière nouvelle.
Impact sur la littérature et la culture
Des personnalités et autres contemporains de Bernardin de Saint-Pierre ont commenté "Paul et Virginie", et en donnent ainsi une lecture différente :
- L'écrivain et homme politique français François-René de Chateaubriand était un contemporain de Saint-Pierre et a écrit sur de nombreux sujets littéraires de son époque, notamment sur cet ouvrage. Chateaubriand appréciait le réalisme et la beauté de la description de la nature dans le roman de Saint-Pierre, et il a lui-même utilisé des éléments similaires dans ses propres œuvres, en particulier dans René et Atala. Chateaubriand était lui-même un écrivain majeur de la période romantique en France, et ses œuvres ont contribué à façonner le mouvement romantique dans la littérature française.
- Johann Wolfgang von Goethe : Le célèbre écrivain allemand Goethe a fait l'éloge de Paul et Virginie pour sa beauté et son romantisme12. Il a souligné l'importance de la nature dans le roman et son impact sur la psyché des personnages.
- Stendhal : L'auteur français Stendhal a également reconnu l'influence de Paul et Virginie sur la littérature romantique, faisant partie des mouvements littéraires et culturels les plus prisés de la littérature mondiale. Il a salué la façon dont le roman exprime la pureté de l'amour et l'idéalisation de la nature.
- Le fameux peintre Joseph Vernet, qui parvint à convaincre l'auteur que son roman n'était absolument pas à jeter, bien au contraire, peint un tableau intitulé La Mort de Virginie peu avant son décès13.
- Gustave Flaubert : Flaubert, l'auteur de Madame Bovary, a exprimé son admiration pour la simplicité et la sincérité de Paul et Virginie. Il a noté comment le roman capturait la beauté de la nature et de l'amour innocent. Cependant, il révèle que de telles lectures par son personnage Emma Bovary peuvent avoir le tort de rendre trop romantique14...
- Marcel Proust : L'écrivain Marcel Proust a fait référence à Paul et Virginie dans son œuvre À la recherche du temps perdu. Il a reconnu l'impact du roman sur la littérature et la culture française.
Ces écrivains renommés ont tous commenté la place de Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre dans l'histoire de la littérature et ont, on l'aura compris, unanimement reconnu son influence sur le mouvement romantique en France et au-delà. C'est aussi la raison pour laquelle le livre a été largement adapté sur différents supports !
En résumé, Paul et Virginie est devenue l'œuvre phare des romans pastoraux ainsi que des romans appartenant au genre romantique. De nombreux auteurs ont reconnu son immense impact sur la littérature ainsi que la culture française et mondiale ! Le livre dénonce les aspects de l'esclavagisme, de la condition des femmes, de la culture mondaine ainsi que de la perversion de la culture sur la nature.
Exercice : questions et réponses sur Paul et Virginie
Testons à présent votre mémoire et votre bonne compréhension du texte ! Si vous connaissez la réponse, cliquez sur ✅. Si vous ne la connaissez pas, cliquez sur ❌. Vous pouvez retourner la carte pour connaître la réponse :
Sources
- MUSNIK, Roger, BNF, "Paul et Virginie, Bernardin de Saint-Pierre", Les Essentiels de la littérature, 2015, https://essentiels.bnf.fr/fr/article/ae941b76-4db8-455a-bf3b-1244f63d795c-paul-et-virginie. Consulté le 14 janvier 2026.
- GALLIMARD [www.gallimard.fr], "Bernardin de Saint-Pierre - Paul et Virginie", https://www.gallimard.fr/catalogue/paul-et-virginie/9782070316243. Consulté le 14 janvier 2026.
- ALALETTRE.COM [www.alalettre.com], "Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre", https://www.alalettre.com/saint-pierre-oeuvres-paul-et-virginie/. Consulté le 14 janvier 2026.
- DROUIN-HANS, Anne-Marie, "De Bernardin de Saint-Pierre à Rousseau. Variations en miroir", Dix-Huitième Siècle, 2001, 33, pp. 493-496, https://www.persee.fr/issue/dhs_0070-6760_2001_num_33_1?sectionId=dhs_0070-6760_2001_num_33_1_2436. Consulté le 14 janvier 2026.
- Cimetière du Père Lachaise - Amis et Passionnés du Père Lachaise (APPL) [www.appl-lachaise.net], "BERNARDIN de SAINT PIERRE Jacques Henri (1737-1814)", 02 octobre 2024, https://www.appl-lachaise.net/bernardin-de-saint-pierre-jacques-henri-1737-1814/. Consulté le 14 janvier 2026.
- Cimetière du Père Lachaise - Amis et Passionnés du Père Lachaise (APPL) [www.appl-lachaise.net], "BERNARDIN de SAINT PIERRE Jacques Henri (1737-1814)", 02 octobre 2024, https://www.appl-lachaise.net/bernardin-de-saint-pierre-jacques-henri-1737-1814/. Consulté le 14 janvier 2026.
- MEHRBREY, Sophia, Bernardin de Saint-Pierre : idées, réseaux, réception. Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2016, https://doi.org/10.4000/books.purh.16157. Consulté le 14 janvier 2026.
- CLASSIQUES GARNIER [classiques-garnier.com], Édition de RACAULT (Jean-Michel), ARMAND (Guilhem), DUFLO (Colas), MEURE (Chantale), GIGAN (Angélique), « Bio-bibliographie de Bernardin de Saint-Pierre », Œuvres complètes, Tome I, Romans et contes, BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, p. 19-32, © 2014. Classiques Garnier, Paris, https://classiques-garnier.com/export/pdf/bernardin-de-saint-pierre-oeuvres-completes-tome-i-romans-et-contes-bio-bibliographie-de-bernardin-de-saint-pierre.html?displaymode=full. Consulté le 14 jnvier 2026.
- DELON, Michel, UNIVERSALIS [www.universalis.fr], "PAUL ET VIRGINIE, Jacques Henri Bernardin de Saint-PierreFiche de lecture", https://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-et-virginie/2-une-utopie-manquee/. Consulté le 14 janvier 2026.
- MUSNIK, Roger, BNF, "Paul et Virginie, Bernardin de Saint-Pierre", Les Essentiels de la littérature, 2015, https://essentiels.bnf.fr/fr/article/ae941b76-4db8-455a-bf3b-1244f63d795c-paul-et-virginie. Consulté le 14 janvier 2026.
- LE LAN, Jean-Yves, "Le Saint-Géran : Une catastrophe pour Lorient et sa région", 1er janvier 2004, https://www.histoire-genealogie.com/Le-Saint-Geran-Une-catastrophe. Consulté le 14 janvier 2026.
- STEIGERWALD, John, "Arcadie historique Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre, entre classicisme et préromantisme", Revue germanique internationale, 16 | 2001, 69-86, https://journals.openedition.org/rgi/860?lang=fr. Consulté le 14 janvier 2026.
- AVIGNON CITE MILLENAIRE [www.avignoncitemillenaire.com], "Les VERNET peintres de père en fils", octobre 2025, https://www.avignoncitemillenaire.com/les-vernet-1. Consulté le 14 janier 2026.
- GAILLARD, Françoise, "« Elle avait lu Paul et Virginie » ou les moments parfaits d’Emma", 12, 2014, http://journals.openedition.org/flaubert/2361. Consulté le 14 janvier 2026.
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Super article! Petite question, du coup ile Maurice ou ile de la Réunion ?
Bjr, il faudrait spécifier « Île Maurice » comme lieu de l’intrigue à la place de La Réunion (anciennement Île Bourbon).
bonjour ce roman est-il tiré d’une vraie histoire
bien a vous cordialement
merci mon reuf, j’ai une interro demain sur ce livre, je me suis servie de ce cours pour faire des notes **emoji daruk**
en quoi consiste une belle vie, selon le narrateur ?
Selon l’auteur du roman, une belle vie signifie une vie dans toute la simplicité du monde, au sein de la nature, sans artifice ni société.
Quelle image de la colonisation ce roman donne t-il à voir? S’il vous plait pouvez vous répondre à cette question
Bonjour,
J’aimerais savoir quelles sont les thématiques générales abordées dans ce roman ?
Merci et bonne journée !