Germinal est un roman d'Emile Zola paru en 1885. Il fait partie de la série des Rougon-Maquart dont il est le treizième volume. D'abord publié en feuilleton entre avril 1884 et janvier 1885 dans Gil Blas, il connait sa première publication en 1885. Ce livre fait partie des oeuvres étudiées en cours francais.

Germinal dans Gil Blas

Le titre fait référence à la dernière phrase du roman :

« Encore, encore, de plus en plus distinctement, comme s'ils se fussent rapprochés du sol, les camarades tapaient. Aux rayons enflammés de l'astre, par cette matinée de jeunesse, c'était de cette rumeur que la campagne était grosse. Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre. »

Par « germinal », Zola identifie donc la révolte en germe des ouvriers se rassemblant, grâce à une prise de conscience collective. Comme les végétaux, les ouvriers sortent de la terre, lentement mais sûrement, et la germination printanière devient révolte ouvrière. Il est à noter, dans ce sens, que Germinal est un mois du calendrier républicain, comme un moyen pour Zola d'établir le parallèle entre l'éveil de la conscience ouvrière de son époque et la Révolution française.

Zola explicite son choix dans une lettre qu'il adresse à Jacques Van Santen Kolff (journaliste hollandais avec lequel il entretient une correspondance depuis 1878) :

« Quant à ce titre de Germinal, je ne l'ai adopté qu'après bien des hésitations. Je cherchais un titre exprimant la poussée d'hommes nouveaux, l'effort que les travailleurs font, même inconsciemment, pour se dégager des ténèbres si durement laborieuses où ils s'agitent encore. Et c'est un jour, par hasard, que le mot Germinal m'est venu aux lèvres. Je n'en voulais pas d'abord, le trouvant trop mystique, trop symbolique ; mais il représentait ce que je cherchais, un avril révolutionnaire, une envolée de la société caduque dans le printemps. »

Il s'agit ainsi d'un roman de la lutte des classes et de la révolte sociale, par lequel Zola plaide pour les déshérités et les exploités. C'est la mise en narration de son idéal populaire, explicité dans Fécondité, l'un des trois romans du cycle romanesque inachevé Les Quatre évangiles :

« Et le divin rêve, l’utopie généreuse vole à plein ciel, lafamille fondue dans la nation, la nation fondue dans l’humanité, un seul peuplefraternel faisant du monde une cité unique de paix, de vérité et de justice. »

Le projet de Zola

Zola entreprend ce roman dans un but bien précis, à la fois historique, social et sociologique. Dans son ébauche de roman, il en dit :

« Germinal est le soulèvement des salariés, le coup d'épaule donné à la société, qui craque un instant : en un mot, la lutte du capital et du travail. C'est là qu'est l'importance du livre, je le veux prédisant l'avenir, portant la question qui sera la question la plus importante du XXème siècle.

Donc, pour établir cette lutte, qui est mon nœud, il faut que je montre d'une part le travail, les houilleurs de la mine, et de l'autre le capital, la direction le patron, enfin ce qui est à la tête. Mais deux cas se présentent : prendrai-je un patron qui personnifie en lui-même le capital, ce qui rendrait la lutte plus directe et peut-être plus dramatique ? »

Cette entreprise ne pouvait, dans sa dimension paroxystique, se dérouler que dans l'univers minier, puisque c'est le secteur essentiel de l'économie de son temps, à la fois lieu de l'exploitation la plus dure et origine de la dynamique industrielle, avec le charbon comme source d'énergie première. La dureté des conditions de travail rend également propice les prémices de la conscientisation du prolétariat en tant que groupe social, qui porte vers l'association pour une lutte commune.

En outre, la grève des mineurs est d'actualité puisqu'à Anzin se tient une grève de 12 000 miniers (1884 pendant 56 jours). Zola se documente également dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais : il interroge les mineurs et ingénieurs sur leur vie quotidienne et rencontre en particulier Émile Basly, meneur de la grève. Rentré à Paris, il continue de suivre les évènements par la presse et compile cette documentation dans Mes notes sur Anzin.

Fosse Sabatier des mines d'Anzin

Mais le choix de la mine a manifestement un intérêt symbolique : le charbon avec sa noirceur (sur 40 chapitres, seulement 10 se déroulent le jour), le souterrain dans lequel il faut s'enfoncer, les galeries, autant de choses qui rappellent la souffrance ou les Enfers.

Zola s'est déjà intéressé au monde de l'ouvrier, dans L'Assommoir, mais il n'avait couvert que le domaine privé (misère, problème quotidien) sans tenter la peinture du domaine public, socio-politique.

Dans une lettre de décembre 1885, il écrit à un certain David Dautresme :

« Ce que j'ai voulu, c'est crier aux heureux de ce monde, à ceux qui sont les maîtres : "Prenez garde, regardez sous terre, voyez ces misérables qui travaillent et qui souffrent. Il est peut-être temps encore d'éviter les catastrophes finales. Mais hâtez-vous d'être justes, autrement, voilà le péril : la terre s'ouvrira et les nations s'engloutiront dans un des plus effroyables bouleversements de l'Histoire. »

Résumé de l'œuvre

Le roman s'intéresse centralement à Etienne Lantier, fils de Gervaise Macquart et de son amant, Lantier. Au début de l'histoire, il se fait renvoyer de son travail pour avoir giflé son employeur et se retrouve chômeur, en pleine crise industrielle. Il se rend là où les chances d'emploi sont le plus fortes : le Nord de la France. Il se fera embaucher aux mines de Moutsou, où débute une existence laborieuse aux conditions effroyables.

L'arbre généalogique des Rougon-Macquart Arbre généalogique des Rougon Macquart

Il fait ainsi la connaissance des Maheu, famille de mineurs. Il tombe alors amoureux de Catherine, la jeune fille de la famille, qui se trouve être aussi la maîtresse d'un ouvrier violent nommé Chaval. Sans pour autant sembler insensible à Étienne, elle adopte à son égard une attitude étrange.

Étienne, qui s'est vite intégré dans le peuple des mineurs, est vite révolté par l'injustice qu'il observe quotidiennement autour de lui, ainsi que par leurs conditions de vie.

« Ce qui différencie le travail de l'esclavage est le respect du travailleur. »

Il s'engage alors dans un prosélytisme révolutionnaire, dont les idées gagnent rapidement les esprits de ses compagnons de souffrance.

Aussi, lorsque la Compagnie des Mines décrète unilatéralement une baisse de salaire justifiée par la crise économique conjoncturelle, il pousse les mineurs à la grève, malgré leurs réticences premières, lesquels se prennent à rêver à une société plus juste.

La position adoptée par la Compagnie des Mines en réponse à la grève est très dure : ils refusent toute négociation. Le mouvement se durcit alors tandis que la faim sévit : les grévistes cassent les machines ainsi que les installations minières. Ils vont même jusqu'à agresser les bourgeois, ce qui pousse l'armée, appelée par le patronat, à intervenir pour rétablir l'ordre. Malgré cela, le mouvement continue et de nombreux mineurs défient encore les soldats : il en résultera la mort de Maheu, l'ouvrier chez qui Lantier logeait au titre de pensionnaire.

Ainsi, la grève est un échec : les mineurs doivent se résigner à reprendre le travail. Mais Souvarine, un ouvrier anarchiste, sabote la mine en secret, ce qui provoque la mort de nombreux travailleurs. Étienne, Catherine et son amant, Chaval, se retrouvent quant à eux bloqués dans la mine. Au court d'un différend provoqué par Chaval, Étienne le tue ; pour un court moment, il devient l'amant de Catherine, libérée, avant qu'elle ne meure d'épuisement dans ses bras. Étienne sortira vivant, sauvé par les secours, et retourna à Paris.

Étienne, malgré les échecs du mouvement révolté, gardera plein d'espoirs vis-à-vis de la lutte ouvrière, persuadé qu'un jour, l'injustice sera vaincue.

Personnages principaux

Comme de juste pour un roman de Zola, Germinal contient pléthore de personnages. En voici la liste (note importante : un haveur est un mineur qui entaille le charbon dans la mine) :

  • Étienne Lantier : personnage principal dans le roman, fils d'une Macquart. Nouveau haveur à la mine, il sera le chef de la grève. Rival de Chaval, amoureux de Catherine, sans l'admettre. Après la défaite et l'inondation du puits, il quitte la mine et s'en va à Paris.
  • Toussaint Maheu: fils du vieux Bonnemort, époux de la Maheude, haveur au Voreux. Il est travailleur, courageux et plein de bon sens. Tué par les soldats venus défendre la mine.
  • La Maheude: femme de Toussaint Maheu. Travailleuse, courageuse et pleine de bon sens. Gréviste zélée. Après la mort de son mari et de ses enfants, Alzire, Catherine et Zacharie, redescendra à la mine pour nourrir les quatre enfants qui lui restent.
  • Bonnemort: de son vrai nom, Vincent Maheu, père de Toussaint Maheu ; cinquante-huit ans. Ancien haveur, il a fait tous les postes dans la mine en cinquante ans de travail et est devenu en dernier lieu charretier à la fosse du Voreux. Atteint d'une bronchite chronique qui lui fait cracher une boue de charbon. Ayant perdu la raison, après la tuerie du Voreux, il étrangle Cécile Grégoire. Le surnom de Bonnemort lui a été donné pour rire, car il a failli être tué trois fois dans la mine
  • Zacharie Maheu: fils aîné des Maheu ; vingt et un ans. Il meurt dans une explosion de grisou, en travaillant au sauvetage de sa sœur et d'Étienne.
  • Catherine Maheu: deuxième enfant des Maheu. Elle devient la maîtresse de Chaval, tout en aimant Étienne Lantier. Elle se donne à celui-ci, avant de mourir, au fond de la mine inondée.
  • Jeanlin Maheu: troisième enfant des Maheu ; onze ans, vicieux et malfaisant. Reste boiteux à la suite d'un éboulement dans la mine. Il partagera sa cachette souterraine avec Étienne quand ce dernier devra se cacher, poursuivi par les gendarmes. Tue le petit soldat Jules, la sentinelle du terril, sous prétexte qu'il « en avait envie ». Retourne travailler à la mine avec sa mère après la grève.
  • Alzire Maheu: quatrième enfant des Maheu, petite bossue de neuf ans. Elle meurt de froid et de faim pendant la grève, gravement fiévreuse.
  • Lénore Maheu: cinquième enfant des Maheu ; six ans.
  • Henri Maheu: sixième enfant des Maheu ; quatre ans.
  • Estelle Maheu: septième enfant des Maheu ; trois mois.
  • Nicolas Maheu: grand-père de Toussaint
  • Guillaume Maheu: bisaïeul de Toussaint Maheu.
  • Antoine Chaval: amant de Catherine et rival d'Étienne. Ouvrier brutal, vaniteux, qui se battra souvent avec Etienne, perdant toujours. Chaval brisera la grève, puis sera humilié par les mineurs. Il meurt pendant l'inondation de la mine, tué par Étienne après l'avoir provoqué.
  • Levaque: voisin des Maheu, marié à la Levaque, père de Philomène et de Bébert. Il est brutal et peu intelligent.
  • Philippe Hennebeau: directeur de la Compagnie des Mines de Montsou ; oncle de Paul Négrel. Découvre que sa femme est l'amante de Négrel. Il la désire et n'aime pas sa vie. Il est dépassé par la révolte des mineurs, est incapable d'analyser la situation et de prendre des décisions.
  • MmeHennebeau : mariée à M. Hennebeau, fait chambre à part, n'aime pas son mari, le trompe plusieurs fois et couche avec Négrel. Grande bourgeoise méprisante, elle ne se préoccupe que d'elle même.
  • Paul Négrel: neveu de M. Hennebeau. Ingénieur des mines de la compagnie ; fiancé à Cécile Grégoire. Amant de Mme Il est ambitieux, mais courageux.
  • Dansaert: maître-porion de la compagnie. Se fait renvoyer à la fin du roman. Amant de la Pierronne.
  • Souvarine: réfugié nihiliste et anarchiste russe. C'est lui qui commettra l'attentat dans le Voreux. Il qualifie la grève de « bêtise » et préconise de « tout raser et tout reconstruire ».
  • Pologne: lapine de Rasseneur, la seule à qui Souvarine montre un réel attachement. Elle est mangée pendant la grève.
  • Les Grégoire: riches bourgeois actionnaires de la compagnie propriétaire de la mine. Ils sont aisés mais charitables et sont persuadés de bien agir, ancrés dans leurs préjugés sur les ouvriers et la marche du monde. Ils ont une fille, Cécile, qui sera étranglée par Bonnemort dans un élan de folie.
  • Pierron: mari cocu de la Pierrone et père de Lydie. C'est un ouvrier soumis qui craint la Compagnie.
  • La Pierronne: la plus belle femme du coron. Elle est la seconde femme de Pierron et la maîtresse du maître-porion Dansaert.
  • Bouteloup: logeur des Levaque, amant de la Levaque.
  • La Brûlé: mère de la Pierronne. Elle est furieuse contre la Compagnie parce que son mari a trouvé la mort dans la mine.
  • Maigrat: l'épicier qui meurt par accident lors de la grève avant d'être mutilé par les femmes.
  • La veuve Désir: elle tient le cabaret.
  • Mouque: père de Mouquet et la Mouquette. Il est le palefrenier du Voreux.
  • La Mouquette: fille du père Mouque, décrite comme grosse. Va avec de nombreux mineurs et convoite Etienne Lantier qui deviendra son amant dans la partie IV. Herscheuse avec Catherine. Elle meurt, tuée par les balles de soldats surveillant la mine, en voulant protéger Catherine et Étienne.
  • Deneulin : un des actionnaires de la mine de Jean Bart qui fut refaite et rééquipée deux ans avant la fameuse grève des mineurs. Il est seul parmi les bourgeois à avoir conscience des difficultés des mineurs, mais en même temps, il est impitoyable envers eux. Il symbolise les petits propriétaires capitalistes qui sont près de leurs employés, mais qui sont eux aussi écrasés par les grandes compagnies. Il a deux filles qui ont perdu leur mère très jeune :
    • Jeanne: 18 ans, blonde, folle de peinture,
    • Lucie: 22 ans, brune, qui veut chanter dans des théâtres.
  • Le petit soldat : nommé Jules, originaire de Plogoff en Bretagne, tué par Jeanlin.
  • Pluchart: un socialiste, responsable départemental de l'Internationale.
  • Rasseneur: ancien mineur congédié à cause de ses idées socialistes. Il est contre la violence. Propriétaire du bar. Il est jaloux d'Étienne qui lui ravit son titre de leader auprès des mineurs.
  • Bataille: doyen des chevaux, dans la mine depuis dix ans, blanc. Il meurt noyé dans la mine le jour de son éboulement.
  • Trompette: cheval bai de trois ans, descendu au fond de la mine, ami de Bataille. Incapable de se conformer à sa nouvelle vie au fond de la mine, il y meurt et est remonté à la surface le jour de la fusillade contre les mineurs.

 

 

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