« Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. » Ce vers, le huitième du poème, résume en une ligne l’idée qui traverse toute l’œuvre de Charles Baudelaire : rien dans le monde n’est isolé, chaque sensation en appelle une autre, et chaque chose visible renvoie à une réalité cachée. Une bonne analyse de « Correspondances » part de ce vers pivot.
Le sonnet tient en quatorze vers, mais il superpose deux mouvements que les copies confondent souvent : un lien vertical, qui relie la nature au monde spirituel, et un lien horizontal, qui fait circuler les parfums, les couleurs et les sons d’un sens à l’autre. Savoir distinguer ces deux correspondances, c’est déjà tenir le plan de ton commentaire.
Que dit le poème « Correspondances » ? 📖
« Correspondances » affirme que la nature est un langage : un temple peuplé de symboles que l’homme traverse sans toujours les comprendre. Le poète y montre que les sensations se répondent entre elles et qu’elles ouvrent, au-delà du monde matériel, sur une unité spirituelle que seule la poésie peut faire entendre.
📜 Le texte intégral du sonnet
Correspondances
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.
Le titre ne renvoie ni aux lettres ni aux trains : il désigne les liens secrets qui unissent les choses entre elles. Le pluriel compte, car le poème en décrit plusieurs sortes.
📚 Sa place dans Les Fleurs du mal
Le sonnet est la quatrième pièce des Fleurs du mal. Le recueil paraît en 1857 et, selon la BnF, il est « composé initialement de cent poèmes précédés d’une adresse au lecteur en vers ». Cette première édition compte cinq sections, organisées selon une progression de l’idéal vers la mort : Spleen et idéal, Les fleurs du mal, Révolte, Le vin et La Mort. Le sonnet ouvre donc le recueil du côté de l’idéal, avant que le spleen ne gagne.
Les Fleurs du mal en 1857
poèmes dans la première édition, précédés d’une adresse au lecteur en vers (BnF Essentiels, 2017)
Le livre fait scandale dès sa sortie. En août 1857, Baudelaire est condamné pour outrage à la morale publique : il doit payer une amende de 300 francs et retirer six pièces du recueil, dont « Les bijoux » et « Lesbos ». Ces poèmes ne seront réhabilités que le 31 mai 1949. Entre-temps, l’édition de 1861 ajoute 35 poèmes nouveaux et crée la section des « Tableaux parisiens ».
Lire le sonnet à voix haute aide à sentir sa musique avant de l’analyser. Si tu vis en Île-de-France et que tu veux t’y entraîner avec un regard extérieur, des cours de français paris peuvent t’accompagner avant l’oral.
Quelles sont les clés pour analyser le poème ? 🔑
Trois clés suffisent pour analyser « Correspondances » : les correspondances verticales, qui relient la réalité sensible à un monde spirituel, les correspondances horizontales, qui unissent les sens entre eux, et la forme du sonnet, qui organise ce passage du concret à l’infini.
🔺 Les correspondances verticales
Le premier quatrain installe une métaphore filée : la Nature est un temple, les arbres en sont les « vivants piliers ». Ce lieu sacré parle, mais ses « confuses paroles » restent difficiles à déchiffrer. L’homme y marche « à travers des forêts de symboles » qui le regardent « avec des regards familiers » : la personnification inverse les rôles, car c’est le monde qui observe l’humain.
Le lien est vertical parce qu’il va du bas vers le haut. Chaque élément visible est le signe d’une réalité supérieure, invisible. La BnF résume ce double mouvement en une phrase que tu peux citer telle quelle dans ta copie.
Baudelaire y explore aussi les « correspondances » qui relient le monde réel au monde spirituel, et les sensations aux idées.
Mathilde Labbé, « Les Fleurs du Mal », BnF Essentiels (2017)
↔️ Les correspondances horizontales et la synesthésie
Le second quatrain passe du sacré aux sens. Les « longs échos » qui se fondent « dans une ténébreuse et profonde unité » préparent le vers 8, où parfums, couleurs et sons se répondent. Les tercets appliquent aussitôt la règle : un parfum devient « frais », « doux comme les hautbois », « verts comme les prairies ». L’odorat emprunte ses mots au toucher, à l’ouïe et à la vue.
On parle ici de synesthésie. Le Dictionnaire de l’Académie française la définit comme un phénomène par lequel certaines personnes associent de manière systématique et involontaire à une sensation une autre sensation, relevant d’un domaine sensoriel différent. Le mot vient du grec sunaisthêsis, « perception simultanée », et le dictionnaire cite le sonnet « Voyelles » de Rimbaud comme son expression poétique.
La synesthésie neurologique reste rare : environ 4 % de la population serait concernée, selon l’étude de prévalence la plus complète (Simner et al., 2006), citée par le chercheur Victor Rosenthal dans la revue Intellectica en 2011. Chez le poète, pourtant, rien d’involontaire. Dans son étude sur Wagner, il veut montrer que « la véritable musique suggère des idées analogues dans des cerveaux différents ». Parle donc de métaphores synesthésiques : elles sont voulues, et partagées par tous les lecteurs.
🎼 La forme du sonnet
« Correspondances » est un sonnet en alexandrins : deux quatrains, puis deux tercets. Les rimes suivent le schéma ABBA CDDC EFE FGG, avec une alternance de rimes masculines (A, D, E, G) et féminines (B, C, F). Le sonnet est irrégulier, car ses deux quatrains ne reprennent pas les mêmes rimes, comme l’exige le modèle français classique. Autre repère utile : le mot « comme » revient sept fois, signe que tout le poème avance par comparaisons.
| Strophe | Idée principale | Procédés à citer | Type de correspondance |
|---|---|---|---|
| Quatrain 1 (v. 1-4) | La Nature est un temple rempli de symboles | Métaphore filée du temple, personnification (« confuses paroles », « regards familiers ») | Verticale |
| Quatrain 2 (v. 5-8) | Toutes les sensations se fondent dans une même unité | Comparaison des échos, antithèse « la nuit » / « la clarté », vers 8 en synthèse | Horizontale, puis verticale |
| Tercet 1 (v. 9-11) | Des parfums purs, associés à l’enfance et à la nature | Comparaisons synesthésiques (« frais comme des chairs d’enfants », « verts comme les prairies ») | Horizontale |
| Tercet 2 (v. 12-14) | Des parfums riches qui élèvent vers l’infini | Énumération (« l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens »), élargissement final « de l’esprit et des sens » | Retour à la verticale |
Le mouvement d’ensemble est donc circulaire : le poème part d’une vision spirituelle, descend dans le détail des sensations, puis remonte vers « l’expansion des choses infinies ». Le dernier vers réunit les deux plans, puisque les parfums « chantent » à la fois l’esprit et les sens.
D’où vient la théorie des correspondances ? 🎨
Baudelaire ne l’invente pas seul : la théorie des correspondances croise sa pratique de critique d’art, des lectures mystiques comme Swedenborg, les analogies de Fourier et sa passion pour la musique. Le sonnet condense ces influences en une doctrine personnelle de l’art, où le poète devient le traducteur de l’univers.
🖼️ Baudelaire, critique d’art
Pour le musée d’Orsay, Baudelaire « est l’un des plus grands critiques d’art français de son siècle ». Il publie son premier compte rendu du Salon en 1845, puis le Salon de 1846, le Salon de 1859 et Le Peintre de la vie moderne en 1863. Selon la même fiche, son rapport à l’image repose sur « la théorie des correspondances, que Baudelaire met au point dans Les Fleurs du Mal » : au-delà de la perception, les cinq sens renvoient à une unité mystérieuse du monde.
Dans le Salon de 1846, au chapitre « De la couleur », il cite l’écrivain allemand Hoffmann, qui trouve « une analogie et une réunion intime entre les couleurs, les sons et les parfums ». Le poème « Les Phares », qui rapproche peinture, musique et poésie, prolonge la même idée.
🕯️ Swedenborg et Fourier, deux sources revendiquées
Le mystique suédois Emanuel Swedenborg décrivait deux mondes, l’un naturel, l’autre spirituel, reliés par des correspondances. Baudelaire le reconnaît dans un article consacré à Victor Hugo : Swedenborg « nous avait déjà enseigné que le ciel est un très-grand homme ; que tout, forme, mouvement, nombre, couleur, parfum, dans le spirituel comme dans le naturel est significatif, réciproque, converse, correspondant ». Il en tire une conclusion qui éclaire le vers 3 : « tout est hiéroglyphique ».
Le philosophe Charles Fourier, lui, parlait d’analogies. Baudelaire admet que ce penseur est venu « trop pompeusement, nous révéler les mystères de l’analogie », mais il préfère l’intuition au système. Dans sa lettre à Toussenel du 21 janvier 1856, il affirme que « l’imagination est la plus scientifique des facultés, parce que seule elle comprend l’analogie universelle, ou ce qu’une religion mystique appelle la correspondance ». Pour lui, c’est l’imagination du poète, et non un système, qui déchiffre la nature.
🎶 La musique de Wagner
En 1861, dans son étude « Richard Wagner et Tannhäuser à Paris », Baudelaire cite lui-même les deux quatrains de son sonnet. Il y juge qu’il serait surprenant « que le son ne pût pas suggérer la couleur, que les couleurs ne pussent pas donner l’idée d’une mélodie ». Le sonnet devient alors un art poétique, applicable à la musique comme à la peinture.
Dans son étude sur Wagner, Baudelaire recopie les deux premières strophes du texte pour expliquer l’effet de la musique. Le poème sert donc de théorie : un argument solide pour montrer, dans ta copie, qu’il s’agit d’un véritable art poétique.
Comment rédiger le commentaire de « Correspondances » ? 🔍
Pour réussir le commentaire, pose une problématique qui interroge le rôle du poète face au monde, puis construis deux ou trois axes qui suivent le mouvement du sonnet : la nature comme langage, l’union des sens, l’élan vers l’idéal. Chaque axe s’appuie sur des citations précises et des procédés nommés.
🎯 Une problématique et un plan en trois axes
Une problématique efficace : comment Baudelaire fait-il de la poésie un moyen de déchiffrer le monde ? Elle te permet de relier les images du texte à sa portée. Voici un plan possible :
- Une nature qui parle : le temple, les symboles et la personnification du premier quatrain,
- Des sens qui se répondent : le vers 8 et les comparaisons synesthésiques des tercets,
- Un élan vers l’infini : l’énumération des parfums et l’union finale « de l’esprit et des sens ».
Pour nuancer, rappelle que ce poème à l’allure didactique ne cherche pas à enseigner. Dans ses Notes nouvelles sur Edgar Poe, l’auteur affirme que la poésie « n’a pas la Vérité pour objet, elle n’a qu’Elle-même ». Le sonnet ne démontre rien : il fait éprouver l’unité qu’il décrit.
🗝️ Le contexte : un siècle de déchiffreurs
Ton introduction gagne à situer le poème dans son époque, fascinée par les signes cachés. Champollion a déchiffré les hiéroglyphes égyptiens, et le mot « hiéroglyphe » revient sous la plume de Baudelaire. En 1857, l’année des Fleurs du mal, Allan Kardec publie Le Livre des esprits, et le spiritisme gagne les salons : Victor Hugo lui-même, en exil à Jersey, fait tourner les tables. Le Suisse Lavater, souvent cité dans ses écrits, prétendait lire le caractère dans les traits du visage : la physiognomonie, une pseudo-science alors très en vogue.
Tous partagent la même conviction que le sonnet : le monde visible est un texte codé. Baudelaire s’en distingue : il ne confie la clé ni au savant ni au médium, mais au poète lui-même.
📅 Le poème et le programme du bac de français
Pour l’année 2026-2027, Les Fleurs du mal ne figurent pas au programme national d’œuvres de Première. Les trois recueils de poésie retenus pour le bac de français de juin 2027 sont le Cahier de Douai de Rimbaud, La rage de l’expression de Ponge et Mes forêts d’Hélène Dorion, selon la note publiée au Bulletin officiel du 24 juillet 2025. Le sonnet reste un classique précieux en lecture complémentaire, notamment à côté de Rimbaud, dont « Voyelles » prolonge la synesthésie. Pour travailler ces rapprochements avec méthode, des cours de français t’aident à structurer tes fiches.
Garde toujours deux vers en réserve : le vers 3, « forêts de symboles », pour les correspondances verticales, et le vers 8, « les parfums, les couleurs et les sons se répondent », pour les correspondances horizontales. Deux citations, deux axes : ta problématique tient debout.
« Correspondances » tient en quatorze vers toute une conception de la poésie : un monde de symboles, des sens qui dialoguent et un poète qui traduit l’invisible. Retiens la distinction entre les deux types de liens, appuie chaque idée sur un vers précis, et ton analyse gagnera en clarté. Si tu vis dans l’Ouest, des cours particuliers de français à Nantes te permettent de t’entraîner au commentaire à l’oral comme à l’écrit.
Les questions fréquentes ❓
🤔 Qu’est-ce qu’une correspondance chez Baudelaire ?
Chez Baudelaire, une correspondance est un lien secret entre deux réalités. Elle peut relier le monde sensible au monde spirituel : c’est la correspondance verticale, celle des « forêts de symboles ». Elle peut aussi relier les sens entre eux, quand un parfum évoque une couleur ou un son : c’est la correspondance horizontale. Le poète est celui qui sait lire ces liens.
💡 Pourquoi ce poème annonce-t-il le symbolisme ?
Le sonnet pose que le monde visible est fait de symboles qui renvoient à une réalité cachée, et que la poésie seule peut la suggérer. C’est cette idée que les poètes symbolistes de la fin du XIXe siècle placeront au cœur de leur art. Le lien avec « Voyelles » de Rimbaud, où chaque lettre reçoit une couleur, montre comment la génération suivante a prolongé cette intuition.
🔍 Quelle est la forme du poème « Correspondances » ?
C’est un sonnet de quatorze alexandrins, composé de deux quatrains et de deux tercets. Ses rimes suivent le schéma ABBA CDDC EFE FGG, en alternant rimes masculines et féminines. Il est irrégulier, car les deux quatrains n’utilisent pas les mêmes rimes. La forme sert le sens : les quatrains posent la théorie, les tercets l’illustrent par des parfums.
📌 Les Fleurs du mal sont-elles au programme du bac ?
Non, pas pour l’année 2026-2027. Le programme national de Première retient en poésie Rimbaud, Ponge et Hélène Dorion, pour les épreuves anticipées de juin 2027. Tu peux néanmoins étudier « Correspondances » en lecture complémentaire ou pour enrichir un parcours, par exemple dans un rapprochement avec Rimbaud, lui au programme avec le Cahier de Douai.
Sources 📚
- Labbé, Mathilde. « Les Fleurs du Mal. » BnF Essentiels, Bibliothèque nationale de France, 2017, https://essentiels.bnf.fr/fr/article/e0e681e1-09a5-41e5-9800-beb77e313582-fleurs-mal.
- Savy, N. « Baudelaire critique d’art. » Fiche de visite, musée d’Orsay, 1991, https://www.musee-orsay.fr/sites/default/files/2020-12/fiche_visite_baudelaire.pdf.
- Académie française. « Synesthésie. » Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9S3913.
- Rosenthal, Victor. « Synesthésie en mode majeur : une introduction. » Intellectica, n° 55, 2011, https://www.persee.fr/doc/intel_0769-4113_2011_num_55_1_1160.
- Académie de Corse, Lettres. « Classes de Première des voies générale et technologique : programme national d’œuvres pour l’enseignement de français pour l’année scolaire 2026-2027. » Bulletin officiel n° 30, 24 juillet 2025, https://sites.ac-corse.fr/lettres/2025/07/24/classes-de-premiere-des-voies-generale-et-technologique-programme-national-doeuvres-pour-lenseignement-de-francais-pour-lannee-scolaire-2026-2027/.
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