La progression thématique d'un texte, en grammaire du discours, désigne l'évolution de la répartition de l'information entre deux choses :

  • le thème
  • le propos (appelé parfois « rhème »)
Le niveau thématique s'attache ainsi à découvrir la façon dont l'information est donnée par l'enchaînement des phrases.
Le thème désigne donc le « point de départ », et le propos correspond à l'apport d'information nouvelle, c'est-à-dire ce qui fait progresser l'énoncé :
  • thème : point de départ
  • propos : information nouvelle
Le thème, s'il est le point de départ de la phrase, n'est pas toujours identifiable à la fonction grammaticale « sujet ». Par exemple, en considérant les trois exemples suivants :
  • « J'ai mangé avec Paul il était affamé. »
  • « J'ai mangé avec Paulavec lui, j'ai toujours raison ! »
  • « J'ai mangé avec Paullui, je l'apprécie. »

Il, avec lui et lui sont les thèmes de chacune des propositions finales, mais correspondent à des fonctions grammaticales différentes :

  • sujet (« il »)
  • complément circonstanciel (« avec lui »)
  • objet détaché (« lui »)
Qu'est-ce qu'une proposition subordonnée ?
Nature morte au compotier, Paul Cézanne, 1879

Généralités sur la progression thématique

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C'est parti

Phénomènes linguistiques concernés

Contexte

Le paramètre à considérer en premier lieu lorsqu'il s'agit de progression thématique, c'est le contexte. Quelles informations ont déjà été dites ?

Dans l'exemple suivant :

« J'ai rencontré Clémence à Lyon. »

Il faut identifier les éléments de la phrase qui apportent une information et qui ne dépendent pas du contexte.

Il paraît évident que le destinataire de la phrase connaît « Clémence » et « Lyon ». Mais il faut insérer la phrase dans une situation de communication (c'est-à-dire un dialogue). On peut donc présupposer plusieurs questions qui changent l'identité du « propos » :

  • Si l'on considère la question « Où as-tu vu Clémence ? », le propos de la phrase est à Lyon ; c'est l'information nouvelle que désirait savoir le destinataire (celui qui a d'abord posé la question supposée).
  • Si l'on considère la question « Qui as-tu vu à Lyon ? »,  c'est « Clémence » qui devient le propos.
  • Si l'on considère la question « Qu'est-ce qui t'est arrivé hier ? », c'est l'ensemble du groupe verbal « ai rencontré Clémence à Lyon » qui constitue l'information nouvelle, et donc le propos.

Le découpage en thème/propos est donc tout à fait relatif : il dépend d'une situation dans laquelle la phrase prend place.

Intonation

L'écriture ne rend que très rarement les phénomènes relatifs à l'intonation.

Selon la place de la virgule, la manière de prononcer peut varier. Ainsi, par exemple :

  • Elle arrivera demain,
  • Elle arrivera, demain.

Dans la première phrase, le découpage en thème/propos est difficile à réaliser : c'est une réponse qui pourrait avoir pour question « Quand arrivera-t-elle ? » (et « demain » est alors le propos) ou bien « Que fera-t-elle ? » (et alors « arrivera » et « demain » sont des éléments du propos).

A contrario, dans la deuxième phrase, la virgule informe sans doute que la question porte sur « arrivera » ET « demain ».

Hormis ces cas particuliers, c'est l'intonation qui permet d'identifier les propos : dans l'exemple précédent, si l'accentuation porte sur « Clémence » ou sur « Lyon », alors le découpage thème/propos est plus aisé.

Où se passe la nouvelle « En Voyage » de Guy de Maupassant ?
Claude Monet, La gare Saint-Lazare, arrivée d’un train, 1877

L'ordre des groupes

Généralement, dans la langue française, les éléments thématiques (relatifs au thème) sont placés en début de phrase, et les éléments du propos sont laissés à la fin.

Ainsi :

  • dans « Il viendra demain. », le thème est « il ».
  • dans « Demain, il viendra. », le thème est « demain ».

Néanmoins, ce n'est pas une règle systématique, et la place du thème peut varier. Il suffit de penser à l'exemple de « Magnifique, cette exposition ! » : « magnifique », dans cette exclamation, n'est pas le thème.

Les divers types d'enchaînements dans un texte

Il existe trois grands types d'enchaînements dans un texte :

  • la progression linéaire, où le propos de la phrase précédente devient le thème de la phrase suivante.
  • la progression à thème constant : un thème identique correspond à plusieurs propos différents.
  • la progression à thèmes dérivés : les thèmes des phrases successives sont différents, mais sont issus d'un « hyperthème », soit désigné explicitement au début du texte, soi sous-entendu.

Attention : il est rare qu'un même texte, à partir d'une certaine longueur, conserve la même progression.

La progression linéaire

La progression linéaire (ou en escalier) fonctionne avec différents thèmes. Ces nouveaux thèmes viennent toujours des phrases qui ont précédé et qui étaient auparavant des éléments du propos.

Il fonctionne sur le modèle suivant :

Comment progresse le thème linéaire ?

La progression linéaire peut ainsi être représentée par le schéma suivant :

Comment schématiser le thème linéaire ?

On trouve un exemple typique de la progression linéaire  dans le poème « La plume » de Maurice Carème :

Cette plume avait un chapeau,
Ce chapeau avait une tête ;
Cette tête, un homme pas bête
Et cet homme avait un château.

Ce château avait des bouleaux ;
Ce bois de bouleaux, vingt chevreuils
Et ces chevreuils avait des bois
Sur la tête comme un chapeau.

Ce chapeau n'avait pas de plume
Cette plume, pas d'alouette ;
Cette alouette, pas de tête
Et cette tête, pas de rhume.

Ce rhume errait comme un brigand
Autour des maîtres du château,
Mais en vain depuis tout un an,
Car ils avaient tous un chapeau.

Un chapeau avec une plume,
Une plume qui, dans le vent,
Chantait comme un petit enfant
Au château perdu dans la brume.

Le premier thème est le sujet du premier vers : « Cette plume ». On découvre l'information « avait un chapeau », qui est l'ensemble des propos. Le propos « chapeau » est repris pour servir de thème au vers 2, et on lui ajoute l'ensemble des propos « avait une tête ». La « tête » devient le thème du vers 3, et ainsi de suite...

Faites à votre tour cet exercice pour cet extrait du Hussard sur le toit, de Jean Giono :

Un guéridon, un vase contenant des fleurs en papier, puis les rideaux de l’alcôve, le lit, une armoire ; près de l’armoire, une petite porte recouverte de tapisserie. Près de la porte, une chaise ; sur la chaise, des linges, pantalons et jupes brodés.

La progression à thème constant

La progression à thème constant fonctionne avec un seul et même thème, auquel chaque phrase associe un nouveau propos.

Cette progression est la plus fréquente. On peut la représenter comme suit :

Quel est la relation thème/propos du thème constant ?

Ce qui donne un schéma du type :

Comment schématiser la progression à thème constant ?

Dans Le petit Prince, d'Antoine de Saint-Exupéry, nous trouvons cet exemple de progression à thème constant, avec pour thème « la fleur » :

La fleur n'en finissait pas de se préparer à être belle à l'abri de sa chambre verte. Elle choisissait avec soin ses couleurs. Elle s'habillait lentement, elle ajustait un à un ses pétales. Elle ne voulait pas sortir toute fripée comme les coquelicots. Elle ne voulait apparaître que dans le plein rayonnement de sa beauté. Eh ! oui ! Elle était très coquette ! Sa toilette mystérieuse avait donc duré des jours et des jours. Et puis voici qu'un matin, justement à l'heure du lever du soleil, elle s'était montrée.

Qu'est-ce que la progression à thème constant ?
Séraphine de Senlis (France, 1864-1942), Corbeille de fleurs

Les substituts

La progression à thème constant fait prendre le risque des répétitions. Heureusement, il y a souvent des substituts à disposition pour éviter le retour du même mot.

Dans l'extrait du Petit prince, l'auteur n'use qu'un seul substitut pour « la fleur » : il s'agit toujours de « elle ». Mais il aurait aussi pu utiliser « la plante » ou « le végétal ».

La progression à thème dérivé

La progression à thème dérivé (ou à thème éclaté) est la plus difficile à appréhender.

Les thèmes des phrases successives sont différents mais peuvent être considérés comme appartenant à un seul et même thème plus global.

Elle fonctionne donc comme suit :

Qu'est-ce que la progression à thème éclaté ?

En conséquence, elle peut être schématisée comme suit :

Comment représenter le thème éclaté ?

L'hyperthème peut très bien ne jamais apparaître explicitement dans un texte qui, pourtant, s'y rapporte. C'est au lecteur de l'identifier correctement. Il peut également être contenu dans le titre du passage étudié, ou sous-entendu dans celui-ci.

Un exemple avec Guy de Maupassant :

Peu à peu, la place se dépeupla et l'Angelus sonnant midi, ceux qui demeuraient trop loin se répandirent dans les auberges. Chez Jourdain, la grande salle était pleine de mangeurs... Tout contre les dineurs attablés, l'immense cheminée pleine de flammes claires, jetait une chaleur vive dans le dos de la rangée de droite...

Toute l'aristocratie de la charrue mangeait là, chez maître Jourdain, aubergiste et maquignon. En ce lieu chacun racontait ses affaires, ses achats et ses ventes...

Guy de Maupassant, Contes choisis

Qu'est-ce qu'une progression avec un hyperthème ?
Bemberg Fondation Toulouse : Scène d'auberge, Pierre Brueghel, le jeune, 1059

Ici, l'hyperthème semble manifestement être « chez Jourdain », soit l'une des auberges du village. On peut détailler les thèmes de chaque phrase :

  • phrase 1 : le thème est « la place »
  • phrase 2 : le thème est « la grande salle » (qui est « chez Jourdain »)
  • phrase 3 : le thème est « l'immense cheminée » (qui se trouve « chez Jourdain »)
  • phrase 4 : le thème est « là, chez maître Jourdain » (qui est une autre manière de dire « chez Jourdain »)
  • phrase 5 : le thème est « en ce lieu » (qui est « chez Jourdain »)
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Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.