L'auteur : Honoré de Balzac

Comment lire la nouvelle Sarrasine de Balzac ?
Honoré de Balzac est l'un des plus grands auteurs français !

Honoré de Balzac est né à Tours le 20 Mai 1799 dans une famille de la petite bourgeoisie. Son père était directeur des vivres de la 22ème division militaire et il a 32 ans de plus que la mère d'Honoré. Ainsi, sa mère ne donne que peu d'affection à Honoré, ce qui le pousse à se rapprocher de sa sœur Laure.

Il commence sa scolarité par le pensionnat à Vendôme en 1807, puis revient en tant qu'externe à Tours en 1813. En 1814, à l'occasion de la restauration, sa famille s'installe dans la capitale française. En 1816, il commence des études de droit tout en pratiquant l'activité de clerc de notaire.

Balzac commence à rédiger ses premières œuvres à partir de 1820 par des pièces de théâtre et ne connait pas un succès fulgurant, voire un accueil défavorable. Il se met alors à écrire des romans d'aventure pour subvenir à ses besoins. En 1825, il s'essaie à l'édition et notamment à l'imprimerie, mais ce sera un échec cuisant qui le couvrira de dettes.

En 1828, il commence à rédiger des articles qui lui rapportent assez pour survivre. C'est durant la décennie 1830 qu'il se met à la rédaction de La Comédie Humaine, période durant laquelle il lui arrivait de travailler jusqu'à 18 heures par jour sur ses écrits pour livrer au monde son oeuvre.

Voici un tableau récapitulatif des plus grandes œuvres de Balzac :

OuvrageDate
Les Chouans1829
La Maison du Chat-Qui-Pelote1830
La Peau de Chagrin1831
Le Chef-d'œuvre Inconnu1831
Le Colonel Chabert1832
Ferragus, Chef des Dévorants1833
Eugénie Grandet1834
La Duchesse de Langeais1834
Le Père Goriot1835
La Fille aux Yeux d'Or1835
Le Lys dans la Vallée1836
Illusions Perdues1839
Splendeurs et Misères de Courtisanes1847
La Cousine Bette1847
Le Cousin Pons1847
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Sarrasine : Partie 1

Quelles sont les œuvres d'Honoré de Balzac ?
Sarrasine fait partie des plus grands textes de Balzac !

N'avait-il pas eu l'audace de placer sur le haut du tabernacle cette figure passablement cynique ! Sarrasine vint chercher à Paris un refuge contre les menaces de la malédiction paternelle. Ayant une de ces volontés fortes qui ne connaissent pas d'obstacles, il obéit aux ordres de son génie et entra dans l'atelier de Bouchardon. Il travaillait pendant. toute la journée, et, le soir, allait mendier sa subsistance. Bouchardon, émerveillé des progrès et de l'intelligence du jeune artiste, devin bientôt la misère dans laquelle se trouvait son élève ; le secourut, le prit en affection, et le traita comme son enfant. Puis, lorsque le génie de Sarrasine se fit dévoilé par une de ces oeuvres où le talent à venir lutte contre l'effervescence de la jeunesse, le généreux Bot chardon essaya de le remettre dans les bonnes grâce du vieux procureur. Devant l'autorité du sculpteur célèbre le courroux paternel s'apaisa. Besançon toi entier se félicita d'avoir donné le jour à un grand homme futur. Dans le premier moment d'extase où plongea sa vanité flattée, le praticien avare mit son fils en état de paraître avec avantage dans le monde. Les longues et laborieuses études exigées par la sculpture domptèrent pendant longtemps le caractère impétueux et le génie sauvage de Sarrasine. Bouchardon, prévoyant la violence avec laquelle les passions se déchaîneraient dans cette jeune âme, peut-être aussi vigoureusement trempée que celle de Michel-Ange, en étouffa l'énergie sous des travaux continus. Il réussit maintenir dans de justes bornes la fougue extraordinaire de Sarrasine, en lui défendant de travailler, en lui proposant des distractions quanti il le voyait emporté par la furie de quelque pensée, ou en lui confiant d'importants travaux au moment où il était prêt à se livrer à la dissipation. Mais, auprès de cette âme passionnée, la douceur lut toujours la plus puissante de toutes les autres, et le maître ne prit un grand empire sur son élève qu'en en excitant la reconnaissance par une bonté paternelle. À l'âge de vingt-deux ans, Sarrasine fut forcément soustrait à la salutaire influence que Bouchardon exerçait sur ses moeurs et un ses habitudes. Il porta les peines de son génie en gagnant le prix de sculpture fondé par le marquis de Larigny, le frère de Mme de Pompadour, qui fit tant pour les Arts. Diderot vanta comme un chef-d'oeuvre la statue de l'élève de Bouchardon. lie ne fut pas sans me profonde douleur que le sculpteur du Roi vit partir pour l'Italie un jeune homme dont, par principe, il avait entretenu l'ignorance profonde sur les choses de la vie. Sarrasine était depuis six ans le commensal de Bouchardon. Fanatique de son art comme Canova le fut depuis, il se levait au jour, entrait dans l'atelier pour n'en sortir qu'à la nuit, et ne vivait qu'avec sa muse. S'il allait à la Comédie-Française, il y était entraîné par son maître. Il se sentait si gêné chez Mme Geoffrin et dans le grand monde où Bouchardon essaya de l'introduire, qu'il préféra rester seul, et répudia les plaisirs de cette époque licencieuse. Il n'eut pas d'autre maîtresse que la Sculpture et Clotilde, l'une des célébrités de l'Opéra. Encore cette intrigue ne dura-t-elle pas. Sarrasine était assez laid, toujours mal mis, et de sa nature si libre, si peu régulier dans sa vie privée, que l'illustre nymphe, redoutant quelque catastrophe, rendit bientôt le sculpteur à l'amour des Arts. Sophie Arnould a dit je ne sais quel bon mot à sujet. Elle s'étonna, je crois, que sa camarade eût pu l'emporter sur des statues. Sarrasine partit pour l'Italie en 1758. Pendant le voyage, son imagination ardente s'enflamma sous un ciel de cuivre et à l'aspect des monuments merveilleux dont est semée la patrie des Arts. Il admira les statues, les fresques, les tableaux ; et, plein d'émulation, il vint à Rome, en proie au désir d'inscrire son nom entre les noms ( Michel-Ange et de M. Bouchardon. Aussi, pendant les premiers mois, partagea-t-il son temps entre ses travaux d'atelier et l'examen des oeuvres d'art qui abondent à Rome. Il avait déjà passé quinze jours dans l'état d'extase qui saisit toutes les jeunes imaginations à l'aspect de la reine des ruines, quand, un soir, entra au théâtre d'Argentina, devant lequel se pressa une grande foule. Il s'enquit des causes de cette affluence, et le monde répondit par deux noms "Zambinella ! Jonielli !" Il entre et s'assied au par terre, pressé par deux abbati notablement gros ; mais il était assez heureusement placé près de la scène. La toile se leva. Pour la première fois de sa vie il entend cette musique dont M. Jean-Jacques Rousseau avait si éloquemment vanté les délices, pendant un soirée du baron d'Holbach. Les sens du jeune sculpteur furent, pour ainsi dire, lubrifiés par les accent de la sublime harmonie de Jonielli. Les langoureuses originalités de ces voix italiennes habilement mariées le plongèrent dans une ravissante extase. Il resta muet, immobile, ne se sentant pas même foulé par deux prêtres. Son âme passa dans ses oreilles et dans ses jeux. Il crut écouter par chacun de ses pores. Tout à coup des applaudissements à faire crouler la salle accueillirent l'entrée en scène de la prima donna. Elle s'avança par coquetterie sur le devant du théâtre, et salua le public avec une grâce infinie. Les lumières, l'enthousiasme de tout un peuple, l'illusion de la scène, les prestiges d'une toilette qui, à cette époque, était assez engageante, conspirèrent en faveur de cette femme. Sarrasine poussa des cris de plaisir.

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Sarrasine : Partie 2

Qui est l'auteur de Sarrasine ?
Pour votre culture littéraire, lisez donc cette nouvelle !

Il admirait an ce moment la beauté idéale de laquelle il avait jusqu'alors cherché ça et là les perfections dans la nature, en demandant à un modèle, souvent ignoble, les rondeurs d'une jambe accomplie ; à tel autre, les contours du sein ; à celui-là, ses blanches épaules ; prenant enfin le cou d'une jeune fille, et les mains de cette femme, et les genoux polis de cet enfant, sans rencontrer jamais sous le ciel froid de Paris les riches et suaves créations de la Grèce antique. La Zambinella lui montrait réunies, bien vivantes et délicates, ces exquises proportions de la nature féminine si ardemment désirées, desquelles un sculpteur est, tout à la fois, le juge le plus sévère et le plus passionné. C'était une bouche expressive, des yeux d'amour, un teint d'une blancheur éblouissante. Et joignez à ces détail qui eussent ravi un peintre, toutes les merveilles de Vénus révérées et rendues par le ciseau des Grec. L'artiste ne se lassait pas d'admirer la grâce inimitable avec laquelle les bras étaient attachés au buste, la roideur prestigieuse du cou, les lignes harmonieusement décrites par les sourcils, par le nez, puis l'ovale parfait du visage, la pureté de ses contours vifs, et l'effet de cils fournis, recourbés qui terminaient de larges et voluptueuses paupières. C'était plus qu'une femme c'était un chef-d'oeuvre ! Il se trouvait dans cette création inespérée de l'autour à ravir tous les hommes, à des beautés dignes de satisfaire un critique. Sarrasin dévorait des yeux la statue de Pygmalion, pour lui descendue de son piédestal. Quand la Zambinella chanta, ce fut un théâtre. L'artiste eut froid ; puis, sentit un foyer qui pétilla soudain dans les profondeurs de son être intime, de ce que nous nommons coeur, faute de mot ! Il n'applaudit pas, il ne dit rien, éprouvait un mouvement de folie, espèce de frénésie qui ne nous agite qu'à cet âge où le désir a je ne sa quoi de terrible et d'infernal. Sarrasine voulait s'élancer sur le théâtre et s'emparer de cette femme. Sa force, centuplée par une dépression morale impossible expliquer, puisque ces phénomènes se passent dans une sphère inaccessible à l'observation humaine, tendait à se projeter avec une violence douloureuse. À le voir, on eût dit d'un homme froid et stupide. Gloire, science, avenir, existence, couronnes, tout s'écroula.

<< Être aimé d'elle, ou mourir ”, tel fut l'arrêt que Sarrasine porta sur lui-même. Il était si complètement ivre qu'il ne voyait plus ni salle, ni spectateurs, ni acteurs, n'entendait plus de musique. Bien mieux, il n'existait pas de distance entre lui et la Zambinella, il la possédait, ses yeux, attachés sur elle, s'emparaient d'elle. Une puissance presque diabolique lui permettait de sentir le vent de cette voix, de respirer la poudre embaumée dont ces cheveux étaient imprégnés, de voir les méplats de ce visage, d'y compter les veines bleues qui en nuançaient la peau satinée. Enfin cette voix agile, fraîche et d'un timbre argenté, souple comme un fil auquel le moindre souffle d'air donne une forme, qu'il roule et déroule, développe et disperse, cette voix attaquait si vivement son âme qu'il laissa plus d'une fois échapper de ces cris involontaires arrachés par les délices convulsives trop rarement données par les passions humaines. Bientôt il fut obligé de quitter le théâtre. Ses jambes tremblantes refusaient presque de le soutenir. Il était abattu, faible comme un homme nerveux qui s'est livré à quelque effroyable colère. Il avait eu tant de plaisir, ou peut être avait-il tant souffert, que sa vie s'était écoulée comme l'eau d'un vase renversé par un choc. Il sentait en lui un vide, un anéantissement semblable à ces atonies qui désespèrent les convalescents au sort d'une forte maladie. Envahi par une tristesse inexplicable, il alla s'asseoir sur les marches d'une église. Le dos appuyé contre une colonne, il se perdit dans une méditation confuse comme un rêve. La passion l'avait foudroyé. De retour au logis, il tomba dans un de ces paroxysmes d'activité qui nous révèlent la présence de principes nouveaux dans notre existence. En proie cette première fièvre d'amour qui tient autant au plaisir qu'à la douleur, il voulut tromper son impatience et son délire en dessinant la Zambinella de mémoire. Ce fut une sorte de méditation matérielle. Sur telle feuille la Zambinella se trouvait dans cette attitude, calme et froide en apparence, affectionnée par Raphaël, par Giorgion et par tous les grands peintres. Sur tel autre, elle tournait la tête avec finesse en achevant une roulade, et semblait s'écouter elle-même. Sarrasin crayonna sa maîtresse dans toutes les poses : il la fit sans voile, assise, debout, couchée, ou chaste ou amoureuse, en réalisant, grâce au délire de ses crayons, toutes les idées capricieuses qui solliciter notre imagination quand nous pensons fortement à une maîtresse. Mais sa pensée furieuse alla plus laque le dessin. Il voyait la Zambinella, lui parlait, suppliait, épuisait mille années de vie et de bonheur avec elle, en la plaçant dans toutes les situations imaginables, en essayant, pour ainsi dire, l'avenir avec elle. Le lendemain, il envoya son laquais louer, pour toute la saison, une loge voisine de la scène. Puis, comme tous les jeunes gens dont l'âme est puissante, il s'exagéra les difficultés de son entreprise, et donna, pour première pâture à sa passion, le bonheur de pouvoir admirer sa maîtresse sans obstacles. Cet âge d'or le l'amour, pendant lequel nous jouissons de notre propre sentiment et ou nous nous trouvons heureux presque par nous-mêmes, ne devait pas durer longtemps chez Sarrasine. Cependant les événements le surprirent quand il était encore sous le charme de cette printanière hallucination, aussi naïve que voluptueuse. Pendant une huitaine de jours, il vécut toute une vie, occupé le matin à pétrir la glaise à l'aide de laquelle il réussissait à copier la Zambinella, malgré les voiles, les jupes, les corsets et les noeuds de rubans qui la lui dérobaient. Le soir, installé de bonne heure dans sa loge, seul, couché sur un sofa, il se faisait, semblable à un Turc enivré d'opium, un bonheur aussi fécond ; aussi prodigue qu'il le souhaitait. D'abord il se familiarisa graduellement avec les émotions trop vives qui lui donnait le chant de sa maîtresse ; puis il apprivoisa ses yeux à la voir, et finit par la contempler sans redouter l'explosion de la sourde rage par laquelle il avait été animé le premier jour. Sa passion devint plus profonde en devenant plus tranquille. Du reste, le farouche sculpteur ne souffrait pas que sa solitude, peuplée d'images, parée des fantaisies de l'espérance et pleine de bonheur, fût troublée par se camarades. Il aimait avec tant de force et si naïvement qu'il eut à subir les innocents scrupules dont nous sommes assaillis quand nous aimons pour la première fois. En commençant à entrevoir qu'il faudrait bientôt agir, s'intriguer, demander où demeurait la Zambinella, savoir si elle avait une mère, un oncle, un tuteur, une famille ; en songeant enfin aux moyens de la voir, de lui parler, il sentait soit coeur se gonfler si fort à des idées si ambitieuses, qu'il remettait ces soins au lendemain, heureux de ses souffrances physiques autant que de ses plaisirs intellectuels.

- Mais, me dit Mme de Ruchefide en m'interrompant, je ne vois encore ni Marianina ni son petit vieillard.

- Vous ne voyez que lui, m'écriai-je impatient comme un auteur auquel on fait manquer l'effet d'un coup de théâtre. Depuis quelques jours, repris-je après une pause, Sarrasine était si fidèlement venu s'instalIer dans sa loge, et ses regards exprimaient tant d'amour, que sa passion pour la voix de Zambinella aurait été la nouvelle de tout Paris, si cette aventure s'y fût passée ; mais en Italie, madame, au spectacle chacun y assiste pour son compte, avec ses passion avec un intérêt de coeur qui exclut l'espionnage de lorgnettes. Cependant la frénésie du sculpteur ne devait pas échapper longtemps aux regards des chanteurs et des cantatrices. Un soir, le Français s'aperçut qu'on riait de lui dans les coulisses. Il eût été difficile de savoir à quelles extrémités il se serait porté, si la Zambinella n'était pas entrée en scène. Elle jeta sur Sarrasine un des coups d'oeil éloquents qui disent souvent beaucoup plus de choses que les femmes ne le veulent. Ce regard fut toute une révélation. Sarrasine était aimé ! si ce n'est qu'un caprice, pensa-t-il en accusant déjà sa maîtresse de trop d'ardeur, elle ne connaît pas la domination sous laquelle elle va tomber. Son caprice durera, j'espère, autant que ma vie. En ce moment, trois coups légèrement frappés à la porte de sa loge excitèrent l'attention de l'artiste. Il ouvrit. Une vieille femme entra mystérieusement.

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Sarrasine : Partie 3

Qu'est-ce que la nouvelle Sarrasine de Balzac ?
Continuez à lire jusqu'à la fin !

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Jeune homme, dit-elle, si vous voulez être heureux, ayez de la prudence, enveloppez-vous d'une cape, abaissez sur vos yeux un grand chapeau ; puis, vers dix heures du soir, trouvez-vous dans la rue du Corso, devant l'hôtel d'Espagne. - J'y serai, répondit-il en mettant deux louis dans la main ridée de la duègne. Il s'échappa de sa loge, après avoir fait un signe d'intelligence à la Zambinella, qui baissa timidement ses voluptueuses paupières comme une femme heureuse d'être enfin comprise. Puis il courut chez lui, afin d'emprunter à la toilette toutes les séductions qu'elle pourrait lui prêter. En sortant du théâtre, un inconnu l'arrêta par le bras. Prenez garde à vous, seigneur français, lui dit-il à l'oreille. Il s'agit de vie et de mort. Le cardinal Cicognara est son protecteur, et ne badiné pas. Quand un démon aurait mis entre Sarrasine et la Zambinella les profondeurs de l'enfer, en ce moment il eût tout traversé d'une enjambée. Semblable aux chevaux des immortels peints par Homère, l'amour du sculpteur avait franchi en un clin d'oeil d'immenses espaces. La mort dût-elle m'attendre a sortir de la maison, j'irais encore plus vite, répondit-il.

- Poverino ! s'écria l'inconnu en disparaissant. Parler de danger à un amoureux, n'est-ce pas lui vendre des plaisirs ? Jamais le laquais de Sarrasine n'avait vu son maître si minutieux en fait de toilette. Sa plus belle épée, présent de Bouchardon, le noeud que Clotilde lui avait donné, son habit pailleté, son gilet de drap d'argent, sa tabatière d'or, ses montres précieuses, tout fut tiré des coffres, et il se para comme une jeune fille qui doit se promener devant son premier amant. À l'heure dite, ivre d'amour et brouillard d'espérance, Sarrasine, le nez dans son manteau, courut au rendez-vous donné par la vieille. La duègne attendait. Vous avez bien tardé ! lui dit-elle. Venez.

Elle entraîna le Français dans plusieurs petites rue et s'arrêta devant un palais d'assez belle apparence. Elle frappa. La porte s'ouvrit. Elle conduisit Sarrasine à travers un labyrinthe d'escaliers, de galeries et l'appartements qui n'étaient éclairés que par les lueurs incertaines de la lune, et arriva bientôt à une porte, entre les fentes de laquelle s'échappaient de vives lumières, d'où partaient de joyeux éclats de plusieurs voix. Tout à coup Sarrasine fut ébloui, quand, sur un mot de la vieille, il fut admis dans ce mystérieux appartement, et se trouva dans un salon aussi brillamment éclairé que somptueusement meublé, au milieu duquel s'élevait une table bien servie, chargée de sacro-saintes bouteilles, de riants flacons dont les facettes rougies étincelaient. Il reconnut les chanteurs et les cantatrices du théâtre, mêlés à des femmes charmantes, tous prêts à commencer une orgie d'artistes qui n'attendait plus que lui. Sarrasine réprima un mouvement de dépit, et fit bonne contenance. Il avait espéré une chambre mal éclairée, sa maîtresse auprès d'un brasier, un jaloux à deux pas, la mort et l'amour, des confidences échangées à voix basse, coeur à coeur, des baisers périlleux, et les visages si voisins, que les cheveux de la Zambinella eussent caressé son front chargé de désirs, brûlant de bonheur.Vive la folie ; s'écria-t-il. Signori e belle donne, vous me permettrez de prendre plus tard ma revanche, et de vous témoigner ma reconnaissance pour la manière dont vous accueillez un pauvre sculpteur. Après avoir reçu les compliments assez affectueux de la plupart des personnes présentes, qu'il connaissait de vue, il tâcha de s'approcher de la bergère sur laquelle la Zambinella était nonchalamment étendue. Oh ! comme sa coeur battit quand il aperçut un pied mignon, chaussé de ces mules qui, permettez-moi de le dire, madame donnaient jadis au pied des femmes une expression coquette, si voluptueuse, que je ne sais pas comment les hommes y pouvaient résister. Les bas blancs bien tirés et à coins verts, les jupes courtes, les mules pointues et à talons hauts du règne de Louis XV ont peut-être un peu contribué à démoraliser l'Europe et le clergé.

- Un peu ! dit la marquise. Vous n'avez donc rien lu ?

- La Zambinella, repris-je en souriant, s'était effrontément croisé les jambes, et agitait en badinant celle qui se trouvait dessus, attitude de duchesse, qui allait bien à son genre de beauté capricieuse et pleine d'une certaine mollesse engageante. Elle avait quitté ses habits de théâtre, et portait un corps qui dessina une taille svelte et que faisaient valoir des paniers à une robe de satin brodée de fleurs bleues. Sa poitrine dont une dentelle dissimulait les trésors par un luxe de coquetterie, étincelait de blancheur. Coiffée à peu près comme se coiffait Mme du Barry, sa figure quoique surchargée d'un large bonnet, n'en paraissant que plus mignonne, et la poudre lui seyait bien. La voir ainsi, c'était l'adorer. Elle souriait gracieusement au sculpteur. Sarrasine, tout mécontent de ne pouvoir lui parler que devant témoins, s'assit poliment près l'elle, et l'entretint de musique en la louant sur son prodigieux talent ; mais sa voix tremblait d'amour, de crainte et d'espérance. Que craignez-vous ? lui dit Vitagliani, le chanteur le plus célèbre de la troupe.

Allez, vous n'avez pas un seul rival à craindre ici. Le ténor sourit silencieusement. Ce sourire se répéta sur es lèvres de tous les convives, dont l'attention avait me certaine malice cachée dont ne devait pas s'apercevoir un amoureux. Cette publicité fut comme un loup de poignard que Sarrasine aurait soudainement reçu dans le coeur. Quoique doué d'une certaine force le caractère, et bien qu'aucune circonstance ne dût influer sur son amour, il n'avait peut-être pas encore songé que Zambinella était presque une courtisane, et qu'il ne pouvait pas avoir tout à la fois les jouissances rares qui rendent l'amour d'une jeune fille chose si délicieuse, et les emportements fougueux par lesquels me femme de théâtre fait acheter les trésors de sa passion. Il réfléchit et se résigna. Le souper fut servi.

Sarrasine et la Zambinella se mirent sans cérémonie à côté l'un de l'autre. Pendant la moitié du festin, les artistes gardèrent quelque mesure et le sculpteur put pauser avec la cantatrice. Il lui trouva de l'esprit, de la finesse ; mais elle était d'une ignorance surprenante, et se montra faible et superstitieuse. La délicatesse à ses organes se reproduisait dans son entendement. Quand Vitagliani déboucha la première bouteille de vin de Champagne, Sarrasine lut dans les yeux de voisine une crainte assez vive de la petite détonation produite par le dégagement du gaz. Le tressaillement involontaire de cette organisation féminine fut interprété par l'amoureux artiste comme l'indice d'une excessive sensibilité. Cette faiblesse charma le Français. Il entre tant de protection dans l'amour d'un homme ! Vous disposerez de ma puissance comme d'un bouclier ! Cette phrase n'est-elle pas écrite au fond de toutes les déclarations d'amour ? Sarrasine trop passionné pour débiter des galanteries à la belle italienne, était, comme tous les amants, tour à tour grave, rieur ou recueilli. Quoiqu'il parût écouter les convives, il n'entendait pas un mot de ce qu'ils disaient ; tant il s'adonnait au plaisir de se trouver près d'elle, de lui effleurer la main, de la servir. Il nageait dans une joie secrète. Malgré l'éloquence de quelques regards mutuels, il fut étonné de la réserve dans laquelle la Zambinella se tint avec lui. Elle avait bien commencé la première à lui presser le pied et à l'agacer avec la malice d'une femme libre et amoureuse mais soudain elle s'était enveloppée dans une modestie de jeune fille, après avoir entendu raconter à Sarrasine un trait qui peignit l'excessive violence de son caractère. Quand le souper devint une orgie, les convives se mirent à chanter, inspirés par le peralta et le pedro ximenès. Ce furent des duos ravissants, des tirs de la Calabre, des seguidilles espagnoles, des canzonettes napolitaines. L'ivresse était dans tous les yeux, dans la musique, dans les coeurs et dans les voix.

Il déborda tout à coup une vivacité enchanteresse, un abandon cordial, une bonhomie italienne dont rien ne peut donner l'idée à ceux qui ne connaissent que les assemblées de Paris, les raouts de Londres ou les cercles de Vienne. Les plaisanteries et les mots l'amour se croisaient comme des balles dans une bataille, à travers les rires, les impiétés, les invocations de la sainte Vierge ou al Bambino. On se coucha sur un sofa, et se mit à dormir. Une jeune fille écoutait me déclaration sans savoir qu'elle répandait du vin le Xérès sur la nappe. Au milieu de ce désordre, la Zambinella, comme frappée de terreur, resta pensive.

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Mathieu

Animé par la découverte et l'acquisition des connaissances, je suis passionné par les mythes et la culture populaire. J'aime l'écriture, les jeux vidéo et la tartiflette. La dalle angevine me donne soif de savoirs !