Présentation de l'auteur

François-Marie Arouet est né en 1694 dans un milieu bourgeois. De ses origines, il gardera le sens des affaires et le désir d’être admis parmi les nobles. Le nom «VOLTAIRE» est un anagramme de son nom de famille «AROVET Le leune» qu’il adoptera très vite, dès ses premiers succès en 1718 (il a alors seulement 24 ans). Certains disent aussi que c’est une contraction de l’adjectif VOLONTAIRE.

Depuis le début de sa carrière d’écrivain et tout au long de sa vie, Voltaire ne cessera d’être en butte aux tracasseries de différents monarques à cause de ses écrits satiriques et de ses pamphlets contre eux (Voltaire écrira de très nombreuses pièces de théâtres, poèmes, contes, romans, etc…). Ainsi il va faire plusieurs séjours à la prison de la Bastille (à l’âge de 23 et de 32 ans).

Voltaire s’intéresse au présent, mais aussi au passé et il écrira plusieurs ouvrages historiques dont Le Siècle de Louis XIV en 1751.

Voltaire ne vivra pas souvent à Paris, car ses retours se soldent par des péripéties fâcheuses et même finalement par la disgrâce de Louis XV à la suite de laquelle il inventera le conte philosophique et écrira Zadig ou la Destinée (1747) puis Micromégas (1752).Cependant,  Voltaire est revenu chaque fois à Paris entre deux exils, ville dont il a la nostalgie.

Ainsi  il vivra le plus clair de son temps en Angleterre, en Lorraine (après la publication de ses Lettres Philosophiques qui offrent le premier manifeste des Lumières en 1734 et provoquent un scandale), en Belgique, en Hollande, et en Prusse. A l’étranger aussi, l’ironie de Voltaire lui attire des désagréments : interdictions (Voltaire dénoncera ce fanatisme dans son Poème sur le désastre de Lisbonne  publié en 1756), emprisonnement...

En 1759, Voltaire se brouille définitivement avec Jean-Jacques Rousseau et écrit le conte philosophique Candide ou l’Optimisme cette année-là.

Voltaire ne commencera à mener une vie paisible qu’en 1760 (il a alors 66 ans) après avoir acheté une propriété située sur la frontière franco-suisse : Ferney. Dans son château de Ferney, Voltaire va recevoir fastueusement des visiteurs venus de toute l’Europe et gardera un contact épistolaire suivi avec des correspondants illustres (par exemple des philosophes comme Diderot, des princes comme Frédéric II, des ministres comme Turgot et Richelieu). Voltaire donne à Ferney des représentations dramatiques où il interprète lui-même ses rôles et il continue à écrire.

En 1762, de sa retraite de Ferney, il devient le champion de la justice à propos de l’Affaire Calas. Après trois ans de lutte acharnée, il obtiendra la réhabilitation du protestant Jean Calas, accusé sans preuve du meurtre de son fils (le père aurait tué son fils pour l’empêcher de se faire catholique), et exécuté dans une atmosphère de passion fanatique que Voltaire dénonce dans son Traité sur la tolérance (1763). Cette campagne de Voltaire en faveur de la tolérance et de la réforme de la justice est un des grands combats de sa vie. En 1764, il écrit son Dictionnaire Philosophique.

En 1765 a lieu l’Affaire du Chevalier de la Barre, condamné à mort et exécuté à l’âge de 20 ans pour ne pas avoir salué une procession religieuse. Circonstance aggravante, on trouve au domicile du Chevalier trois livres interdits, dont le Dictionnaire Philosophique. Voltaire se trouvant mis en cause dans cette affaire, il prend alors fait et cause pour le Chevalier de la Barre : il rajoutera par la suite un article intitulé Torture à son Dictionnaire Philosophique  afin de dénoncer l’injustice et la barbarie de cette affaire.

Quelque années plus tard, Voltaire a l’occasion de plaider la cause des époux Sirven, couple de protestants accusés d’avoir tué leur fille Elisabeth, handicapée mentale, afin de l’empêcher de se convertir au catholicisme. Voltaire démontrera leur innocence. Les époux Sirven avaient été condamnés à mort, mais ils s’étaient enfuis. En 1767, Voltaire publie L’Ingénu où il fait allusion aux affaires Calas et Sirven.

Au début  de l’année 1778, Voltaire se décide à quitter Ferney et à retourner à Paris. Il est accueilli avec enthousiasme par la foule. Une multitude de réceptions en son honneur achève de l’épuiser. Il décède donc à 86 ans dans ce Paris tant aimé où il a si peu vécu le 30 Mai 1778. C’est en tant que défenseur des Calas qu’il sera triomphalement enterré au Panthéon en 1792.

Contexte

Au XVIIIème siècle,  plusieurs auteurs utilisent  l’Orient comme fiction. Ces auteurs nous racontent une histoire actuelle, mais en la plaçant dans un autre pays, ainsi ils échappent à la censure. En effet, l’ «Orient» au XVIIIème Siècle est un terme vague et indéterminé remis à la mode par la traduction de l’ouvrage Les Mille et Une Nuits publié au début du siècle.

Ainsi, Montesquieu dans Les Lettres Persanes (1721) raconte l’histoire de deux Persans, Usbek et Rica, qui visitent l’Europe et la France tandis que dans le harem, la favorite Roxane tente de se rebeller contre le maître absent. Les deux Persans de Montesquieu  sont censés observer d’un regard neuf les mœurs et institutions occidentales. Les «lettres» écrites soi-disant par Usbek et Rica servent à faire passer des critiques très hardies contre la société du XVIIIème siècle et la monarchie. D’ailleurs Montesquieu a fait éditer Les Lettres Persanes à l’étranger, à Amsterdam, et il n’avoua pas qu’il en était l’auteur, mais se présentait comme un simple traducteur.

Diderot, auteur de l’Encyclopédie (1751-1772), a utilisé l’Orient pour se protéger de la censure. Il écrira une sorte de suite des Mille et Une Nuits, Les Bijoux Indiscrets(1748), un roman libertin qui lui permet de faire une critique socio-politique de son pays dans un cadre oriental.

D’autres auteurs du XVIIIème siècle ont utilisé l’étranger comme fiction, même s’il ne s’agit pas de l’Orient, par exemple Madame de Graffigny avec ses Lettres d’Une Péruvienne parues en 1747 : Zilia est une jeune Péruvienne exilée en France, qui écrit à son amant resté en Amérique Latine.

Voltairea repris ce procédé du «regard neuf» dans son conte Micromégas où l’étranger est un extra-terrestre, un habitant de la planète Sirius. Dans L’Ingénu aussi, Voltaire met en scène un personnage venant d’ailleurs : c’est l’histoire d’un Huron (un Indien du Canada).

         Mouvement

Dans le mouvement des  «Lumières», le terme «lumière» est  une allégorie qui représente le savoir, en effet l’une des grandes  idées des philosophes des  Lumières est de remplacer l’obscurantisme des superstitions religieuses,  par les lumières de la philosophie et des sciences.

L'oeuvre

Zadigest un roman dit «de formation» : au cours de ce livre, le personnage principal, appelé Zadig, va être «formé» par ses aventures.

Zadig se compose de dix-neuf chapitres courts, où s’accumulent les péripéties. Mais l’on remarque néanmoins trois grandes parties qui composent le récit :

·         La première partie de Zadig se passe à Babylone (Chapitres I à VIII). Zadig est un héros parfait, élevé dans un univers protégé. Mais dès le deuxième paragraphe du Chapitre I, alors que Zadig devrait épouser Sémire, commence pour ce héros une longue descente aux enfers et tout d’abord l’obligation de fuir Babylone.

·          La deuxième partie est une longue errance du héros à travers l’Orient (Chapitres X à XVI). Zadig connaît des expériences qui le font mûrir. Il est loin de Babylone, de la femme qu’il aime, Astarté, et il mène une vie contraire à ses valeurs. Cette vie +lui apparaît souvent injuste et incohérente. A la fin de cette deuxième partie, Zadig retrouve Astarté et se reprend à espérer.

·          La troisième partie se passe de nouveau à Babylone (Chapitres XVII à XIX). Zadig accède au trône et se marie avec Astarté. Notre héros n’est plus le jeune homme naïf du Chapitre I : il a mûri , il a compris que le bien n’arrive pas de manière automatique, mais qu’il est souvent le résultat d’un combat contre le mal.

Babouc est un conte philosophique : au tout début du récit, l’ange Ituriel demande à un étranger, Babouc, de juger la ville de Persépolis. Le schéma narratif de Babouc consiste donc dans le suivi du personnage principal à la découverte de la ville de Persépolis.

·         Babouc  arrive d’abord au milieu d’un champ de bataille et assiste au combat. Tout d’abord il est choqué : « Babouc en vit toutes les fautes et l’abomination». Il s’étonne ensuite du comportement des soldats, qui réunissent « tant de bassesses et de grandeur, tant de vertus et de crimes».

·         Ensuite Babouc visite la ville, il s’indigne devant  les conditions d’hygiène : «Quoi ! Leurs temples sont pavés de cadavres ! » ; puis il s’extasie devant l’architecture : «…admira les ponts magnifiques élevés sur le fleuve, les quais superbes et commodes, (…)».

·         Babouc  fait connaissance avec ses habitants. Commençant par louer la «ville si charmante», il condamne ensuite cette même «ville abandonnée à de continuels désastres» et où «l’on mettait à l’encan les dignités de la paix et de la guerre».

·         Babouc  assiste ensuite à deux spectacles, l’un ennuyant et l’autre réjouissant. Ne sachant finalement pas quoi penser de la ville, il résout de s’entretenir avec des religieux et des lettrés. Il «frémit de la folie de ces hommes qui faisaient profession de sagesse» (les religieux) et conclut des lettrés qu’il invita à sa table «qu’il n’y aurait pas grand mal quand cette vermine périrait dans la destruction générale».

·         Babouc rencontre ultérieurement deux lettrés extrêmement sages, qui lui expliquent que «les abus se présentent (...) en foule et que le bien, qui est caché et qui résulte quelquefois de ces abus mêmes (lui) échappe ».  Babouc  pense après avoir écouté maintes sages paroles «qu’il y avait souvent de très bonnes choses dans les abus» ; (Babouc ) «grâce à l’avidité du financier(…), excusa la folie qui produit de grands magistrats et des héros».  Babouc  au cours d’une visite chez un ministre apprend «que celles qu’on appelait de malhonnêtes femmes ont presque toujours le mérite d’un très honnête homme».

·         Après avoir enfin vu tous les bons côtés de la ville, Babouc «s’affectionnait à la ville dont le peuple était poli, doux et bienfaisant, quoique léger, médisant et plein de vanité». Babouc fait donc son rapport à  Ituriel : sous forme d’allégorie, il lui présente une  belle statue «composée de tous les métaux des terres et des pierres les plus précieuses et les plus viles». Ituriel comprend la métaphore et en conclut qu’il fallait «laisser aller le monde comme il va».

Personnages

Zadig est un jeune babylonien ayant toutes les qualités : il est jeune, beau, riche, gentil, instruit, intelligent, et tout le monde l’apprécie. N’oublions pas que «Zadig» signifie «le juste» et  «le véridique» en hébreu et en arabe.

On pourrait dire toutefois qu’il manque parfois un peu d’humour. Dans le Chapitre I, on apprend qu’il n’aime ni les «railleries», ni les «médisances».

C’est un homme qui sait rester simple même s’il a du pouvoir.  Par exemple, dans le Chapitre VI, lorsque Zadig devient Premier Ministre, il fait «sentir à tout le monde le pouvoir sacré des lois», mais ne fait «sentir à personne le poids de sa dignité».

Zadig aime la culture. Comme son auteur, il mène une vie conforme à celle d’un «philosophe des Lumières» et il admire les philosophes : «Le maître était un philosophe retiré du monde, qui cultivait en paix la sagesse et la vertu, et qui cependant ne s’ennuyait pas» (Chapitre XVIII). Zadig étudie les Sciences de la Nature (Chapitre III) et sa bibliothèque est «ouverte à tous les savants» (Chapitre IV).

Conscient bien sûr des quelques jaloux, comme l’envieux qui le déteste, Zadig reste très optimiste, mais il subira maintes épreuves qui le désillusionneront sur la vie simple qu’il croyait pouvoir mener sans embûche grâce à ses diverses qualités : «Si j’eusse été méchant comme tant d’autres, je serais heureux comme eux» (Chapitre VIII).

Babouc est un habitant de l’Inde (un Scythe) qui est choisi par l’Ange Ituriel pour juger s’il on doit «châtier Persépolis, ou si on la détruirait » ; Babouc ne connaît rien de la Perse et pourra en conséquence être impartial dans son jugement.  Il représente donc le parfait étranger, qui inspire confiance, et qui juge la ville et ses habitants sous leurs multiples facettes. D’ailleurs Babouc change souvent d’avis au sujet de cette ville : «apparemment les hommes veulent la détruire pour en rebâtir une plus belle, (….) laissons-les faire» ; «l’ange Ituriel se moque du monde de vouloir détruire une ville si charmante» ; puis vingt lignes plus tard : «(…) et qu’enfin Ituriel faisait fort bien de détruire tout d’un coup une ville abandonnée à de continuels désastres».  Enfin Babouc  est un étranger qui, comme il se doit, s’étonne de tout : «Quoi !», «Comment !», «Est-il possible ?».

Analayse

- Le premier combat de Voltaire est contre les abus de la justice. Zadig se bat pour une vie simple et heureuse, il ne parvient pas à son but à cause de la société et du comportement des gens qui le laissent perplexe. Voltaire nous montre ainsi que bien qu’ayant tout pour lui, Zadig n’arrive pas à parvenir à la vie simple qu’il aurait rêvé. C’est donc la société entière que Voltaire dénonce, avec ses complexités et ses injustices, l’arbitraire des gouvernements tyranniques.  Ainsi, le meilleur des individus échappe plusieurs fois à la mort, et manque de devenir esclave. Le système judiciaire est  dépeint comme injuste grâce à ce parallélisme ironique: «Il a d’abord payé cette amende ; après quoi il fut permis à Zadig de plaider sa cause» (Chapitre III).

A cette cruauté et à ce mépris des droits de la défense s’ajoutent la rapacité financière des juges et la lourdeur de la procédure ; Zadig en est victime, de même que le pêcheur : « Il me restait six onces d’or : il fallut en donner deux onces à l’homme de loi que je consultais, deux au procureur qui entreprit mon affaire, deux au secrétaire du premier juge. Quand tout cela fut, mon procès n’était pas encore commencé » (Chapitre XV).

Dans Babouc, le personnage principal s’insurge contre l’achat des charges : «…voilà le comble du désordre ; sans doute, ceux qui ont ainsi acheté le droit de juger vendent leurs jugements ; je ne vois ici que des abîmes d’iniquité», l’incompréhension de Babouc s’exprimant ici par des exagérations telles que «abîmes».

-Voltaire critique la monarchie absolue. Dans Zadig, la solution politique qui est proposée par Voltaire est le «despotisme éclairé» : un roi puissant, mais intègre, bienfaisant et philosophe (Chapitres VI, VII, XVII)…  et bien conseillé (Chapitres V et VIII).

Dans Babouc, la raison initiale de la guerre est une vague dispute entre deux monarques, une cause insignifiante par rapport aux malheurs qui vont suivre et qui sont soulignés par l’antithèse dans cette phrase : «Notre Premier ministre et celui des Indes protestent souvent qu’ils n’agissent que pour le bonheur du genre humain ; et à chaque protestation il y a toujours quelque ville détruite et quelques provinces ravagées». Voltaire critique aussi les courtisans qui entourent ceux qui ont le pouvoi r. Comme l’écrivait La Fontaine, «la raison du plus fort est toujours la meilleure» à la Cour, où face à toute autorité supérieure il faut pour se tirer d’affaire se faire bien voir, et par conséquent avoir recours à la flatterie, d’où la satire de Voltaire à travers l’éloge métaphorique que Zadig fait au Roi : «Etoile de justice, abîme de science, miroirs de vérité qui avez la pesanteur du plomb, la dureté du fer, l’éclat du diamant et beaucoup d’affinité avec l’or»(Chapitre III).

-Voltaire dénonce également le fanatisme religieux. La dispute dans Zadig sur la manière d’entrer d’un pied ou de l’autre dans le temple de Mithra confirme la victoire du bon sens (Chapitre VII); le fanatisme religieux est condamné mais Voltaire semble suggérer qu’il peut disparaître s’il n’est pas encouragé par le pouvoir. Voltaire montre souvent que la bêtise et la méchanceté l’emportent sous un prétexte religieux : ainsi l’hyperbole de «l’archimage» Yébor dans Zadig au Chapitre IV ; Yébor est archimage, c’est-à-dire le plus grand des mages, mais c’est aussi le plus bête et le plus méchant…

Voltaire croit en Dieu, mais la religion dont il rêve rapproche les hommes au lieu de les diviser. Cette religion n’a ni dogme, ni institution, ni clergé. Pour Voltaire, les coutumes des différentes religions relèvent plus de la superstition que de la foi véritable comme l’exprime la succession d’adjectifs péjoratifs qui caractérisent les voix des fidèles lors de la scène de l’enterrement dans Babouc : «Des voix aigres, rauques, sauvages, discordantes», «sons mal articulés», comparées à la fin à des voix d’ânes qui montrent bien le mépris de Voltaire («le même effet que les voix des onagres»).

-Enfin, Voltaire se moque des érudits  prétentieux. D’où sa satire contre la vanité des hommes de science : dans Zadig au Chapitre IV, le savant est présenté comme un érudit dont le degré de savoir se mesure au nombre de tomes rédigés sur un sujet. Ainsi l’adversaire de Zadig a réussi à rédiger treize volumes sur les propriétés du griffon, animal qu’il n’a jamais vu, ce qui est le signe de sa grande habileté…  Dans Babouc, les savants sont des hommes de lettres. Voltaire se moque de leur grande vanité : «Ils louaient deux sortes de personnes, les morts et eux-mêmes», «Chacun d’eux briguait une réputation de grand homme».

En opposition à ces orgueilleux hommes de science, Voltaire apprécie l’humilité du savant représentée par Zadig dans le Chapitre I ; le discours de Zadig est ponctué de nombreuses formules très simples qui expriment l’observation, la faculté de juger et celle de réfléchir : «j’ai vu», «j’ai jugé», «m’ont fait connaître », «m’ont appris», «j’ai remarqué», «j’ai compris».

Au XVIIIème siècle, le détour par la fiction orientale était une voie efficace pour dénoncer certaines habitudes religieuses et politiques. En raison de la censure extrêmement puissante, ce contournement par la fiction devenait obligatoire pour les philosophes qui voulaient faire passer des messages à leurs contemporains ou tout simplement les engager à réfléchir à d’autres possibilités. Tout en dépaysant leurs lecteurs, les écrivains du XVIIIème siècle leur donnent  la possibilité de mieux comprendre leur société réelle en mettant parfois en scène un personnage qui va leur mâcher le travail.

En effet l’utilisation de l’Orient dans des romans ou des contes philosophiques permet de dépayser le lecteur. L’histoire ne se passe pas ici, en France ou en Europe, sous Louis XIV ou Louis XV, mais chez un peuple qui a une culture différente. Il peut donc s’y passer des évènements complètement fous dans un décor propice à l’imaginaire, avec ses déserts et ses oasis. Voltaire a particulièrement utilisé l’Orient dans Babouc et dans Zadig. Ainsi Zadig est une fiction orientale où l’action se déroule à Babylone en Perse, mais aussi en Egypte jusqu’au Mont Sinaï. C’est un Orient complètement imaginé par Voltaire à partir de récits de voyage très à la mode au XVIIIème siècle. La première phrase de Zadig est ainsi symptomatique de l’impression d’entrer dans un monde merveilleux : « Du temps du roi Moabdar, il y avait à Babylone un jeune homme nommé Zadig… ».

Voltaire construit un monde imaginaire qu’il critique et il laisse le lecteur trouver les ressemblances entre les absurdités de ce monde imaginaire et les défauts du monde réel. En Orient, il n’y a pas le même système social que dans la France du XVIIIème siècle : pas de préjugés par rapport aux nobles ou au clergé, ni par rapport à la Cour. Donc les auteurs du XVIIIème peuvent insister sur la fatalité ainsi que sur la résignation des hommes soumis aux caprices du destin. Cette condition humaine est bien sûr la même pour tous les hommes, mais elle sera mieux comprise par les lecteurs grâce à ce détour oriental qui les oblige à réfléchir sur eux-mêmes. Ainsi dans Zadig, Babylone peut être assimilée à Paris, les mages au clergé, et le Roi Moabdar avec son palais à Louis XV et ses courtisans au Château de Versailles…

Mais la censure étant très puissante au XVIIIème siècle, les auteurs ont aussi eu l’idée d’utiliser des personnages principaux venant d’ailleurs qui critiquent directement la société occidentale, comme dans Les Lettres Persanes de Montesquieu ou dans Micromégas de Voltaire. Ce personnage extérieur, qu’il vienne de la lointaine Perse ou d’une autre étoile, a un recul qui lui permet de s’étonner des illogismes de la société.

En conclusion, on voit bien que le détour par la fiction orientale dans les contes philosophiques permet à la fois à l’ouvrage d’être un véritable «conte», c’est-à-dire une histoire imaginaire qui distrait le lecteur, et malgré tout un livre philosophique, qui engage le lecteur à comprendre les dysfonctionnements de sa société sans avoir recours à l’abstraction : le conte philosophique était donc indéniablement un des meilleurs moyens pour les écrivains au XVIIIème siècle de faire passer leurs idées sans être censurés.

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Clément M

Freelancer et pilote, j'espère atteindre la sagesse en partageant le savoir que j'ai acquis lors de mes voyages au volant de ma berline. Curieux scientifique, ma soif de découverte n'a d'égale que la durée de demie-vie du bismuth 209.

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