Contrairement à une idée tenace, le tableau le plus célèbre du sacre de Napoléon ne montre pas l’empereur en train de se couronner. Sur l’immense toile peinte par Jacques-Louis David entre 1805 et 1807, le souverain tient une couronne au-dessus de la tête de son épouse, dans le chœur de la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804. L’œuvre, conservée au musée du Louvre, mesure 6,21 m × 9,79 m.

Ce choix n’a rien d’un hasard : l’artiste a d’abord dessiné le souverain se couronnant lui-même, avant de changer de scène en 1806. Ce glissement donne la clé de lecture de toute la peinture, de ses quelque 190 personnages à sa fameuse couronne dite « de Charlemagne ».

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C'est parti

Quelle est l’histoire du sacre de Napoléon Ier ? 📜

L’événement a lieu le 2 décembre 1804 à Notre-Dame de Paris, en présence du pape Pie VII. Devenu empereur des Français par le sénatus-consulte du 18 mai 1804, Bonaparte y reçoit la consécration religieuse de son pouvoir et fait couronner son épouse.

Le Sacre de Napoléon peint par Jacques-Louis David : le couronnement de Joséphine à Notre-Dame de Paris

Le Couronnement de l’empereur Napoléon Ier et de l’impératrice Joséphine, par Jacques-Louis David (musée du Louvre).

🏛️ De Bonaparte consul au Premier Empire

Pour saisir le sens de la cérémonie, il faut remonter de deux ans. En août 1802, Bonaparte obtient le Consulat à vie. Le 18 mai 1804, le Sénat proclame l’Empire : le consul devient Napoléon Ier. Reste à donner au nouveau régime une légitimité comparable à celle des anciens rois de France et des monarchies d’Europe.

C’est tout l’enjeu de la journée. D’après la Fondation Napoléon, la cérémonie vise à « inscrire la dynastie napoléonienne dans la lignée des grandes dynasties impériales et royales de France et d’Europe, et notamment celle de Charlemagne ». Les objets, les costumes et les gestes de la journée servent ce programme politique.

⛪ Le 2 décembre 1804 à Notre-Dame de Paris

Ce jour-là, l’édifice accueille la cour, l’armée, les grands dignitaires de l’Empire et le souverain pontife. Le moment décisif surprend l’assistance. Comme le résume Jérémie Benoît dans son étude pour L’Histoire par l’image, « contre tout usage, Napoléon souhaita se couronner lui-même », tandis que le pape « se contenta de bénir la couronne ».

La notice du musée détaille la scène : « Napoléon s’est approché de l’autel, il s’est coiffé de sa couronne de lauriers d’or, a saisi ensuite la couronne de l’impératrice qu’il a immobilisée quelques secondes au-dessus de sa tête avant de la placer sur celle de son épouse ». Deux gestes se succèdent donc : il se couronne d’abord, puis il couronne son épouse.

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Le bon réflexe : sacre ou couronnement ?

Le sacre désigne la consécration religieuse du souverain, ici en présence du pape. Le couronnement, c’est le geste de poser la couronne. Le 2 décembre 1804, le souverain se couronne lui-même, puis couronne son épouse : c’est ce second geste que l’artiste a choisi de peindre.

Comment David a-t-il peint le Sacre ? 🖼️

Jacques-Louis David reçoit la commande impériale en septembre 1804 et y travaille de décembre 1805 à novembre 1807. Le résultat est monumental : 6,21 m × 9,79 m, pour une scène qui reconstitue la cérémonie plus qu’elle ne la reproduit.

🖌️ Une commande hors norme

Pour mener à bien ce chantier, David s’entoure de deux assistants : Ignace-Eugène Degotti pour l’architecture du chœur, Georges Rouget pour les costumes et les accessoires. L’artiste réclamait 100 000 francs. Selon la notice du musée du Louvre, il en reçoit finalement 65 000 francs au total.

Le travail s’achève à la fin de 1807. Le 4 janvier 1808, le couple impérial vient en découvrir le résultat à l’atelier, et le souverain félicite le peintre. Le public le découvre pour la première fois en février 1808 au musée Napoléon, nom que porte alors le Louvre, puis au Salon de 1808.

Septembre 1804

La commande

Le nouveau souverain confie à David la représentation de la cérémonie.

2 décembre 1804

Le sacre à Notre-Dame

Le souverain se couronne, puis couronne son épouse, en présence de Pie VII.

Décembre 1805

Début de la peinture

David se met au travail avec ses deux assistants, Degotti et Rouget.

Août 1806

Changement de scène

David renonce à l’autocouronnement et peint le couronnement de Joséphine.

Novembre 1807

La toile est achevée

Près de deux ans de travail aboutissent à une œuvre de 6,21 m × 9,79 m.

4 janvier 1808

Visite du couple impérial

Le couple impérial découvre le résultat à l’atelier ; le souverain félicite son auteur.

Février 1808

Première présentation publique

Le tableau est montré au musée Napoléon (le Louvre), puis au Salon de 1808.

1822

La réplique est terminée

Commencée à Paris en 1808, la seconde version est achevée à Bruxelles, où David vit en exil.

1889

L’original rejoint le Louvre

La toile quitte le château de Versailles pour rejoindre Paris.

✏️ Du croquis au couronnement de Joséphine

Le premier projet de David montrait le souverain se couronnant lui-même, le geste le plus audacieux de la journée. Un croquis de l’artiste en garde la trace. En août 1806, le peintre change de moment et représente le couronnement de son épouse. Ce changement fixe donc le second geste de la cérémonie, celui qui fait de Joséphine une souveraine.

Pour organiser une foule aussi dense, David se serait inspiré du Couronnement de Marie de Médicis peint par Rubens, autre grande scène de cour où une reine reçoit la couronne devant une assemblée. Ce rapprochement, souvent proposé, reste une hypothèse : les notices des musées ne le mentionnent pas.

Le Couronnement de Marie de Médicis par Rubens, possible source d’inspiration du Sacre de Napoléon de David

Côté composition, la scène centrale semble cadrée dans un rectangle, que soulignent les deux grands manteaux pourpres du couple impérial. Un vaste tapis vert ouvre le premier plan et invite à entrer dans la foule. Tous les regards convergent vers la couronne, point focal du tableau, qui se détache sur un pan de rideau vert.

🏰 Deux versions : le Louvre et le château de Versailles

Il existe deux Sacre de David, répartis entre deux musées. L’original, commande impériale, est au Louvre. Une réplique grandeur nature, commandée par des entrepreneurs américains, est commencée à Paris en 1808 et terminée à Bruxelles en 1822. David y a inscrit : « Commencé à Paris en 1808, terminé à Bruxelles en 1822 dans mon exil ».

Après avoir appartenu à la famille Singer, cette seconde version est achetée par l’État en 1946, d’après la base POP du ministère de la Culture. Elle est accrochée dans la salle du Sacre du château de Versailles, là où se trouvait l’original avant son départ pour Paris en 1889.

CritèreOriginal (Paris)Réplique (château de Versailles)
Dates d’exécutionDécembre 1805 à novembre 18071808 à 1822
Dimensions6,21 m × 9,79 m6,10 m × 9,31 m
CommanditaireNapoléon Ier (commande de septembre 1804)Des entrepreneurs américains
Lieu d’exécutionParisParis, puis Bruxelles pendant l’exil de David
Lieu actuelLouvre, aile Denon, niveau 1, salle 702 (salle Daru)Versailles, salle du Sacre
Numéro d’inventaireINV 3699MV 7156
ParcoursExposé à Paris en 1808, puis à Versailles jusqu’en 1889, avant son retour au LouvreFamille Singer, puis achat par l’État en 1946

Qui sont les personnages principaux du tableau ? 👥

Le tableau réunit environ 190 personnages, dont 93 portraits identifiés, selon le musée du Louvre. Au centre se tient le couple impérial ; autour d’eux, le pape Pie VII, la famille impériale, les dignitaires, le clergé et les ambassadeurs.

Personnages peints par David

190

environ, dont 93 portraits identifiés (source : musée du Louvre)

👑 Napoléon et Joséphine au centre

Debout, coiffé de sa couronne de lauriers d’or, il élève la couronne qu’il s’apprête à poser sur la tête de son épouse. Elle reçoit ce geste qui la consacre. Observe son visage : beaucoup y voient une souveraine rajeunie par son pinceau.

Pie VII, lui, bénit la scène. Ce détail a son histoire : à la demande du commanditaire, David a relevé le bras droit du pontife pour en faire un geste de bénédiction. Le chef de l’Église catholique ne pose pas la couronne, il accompagne ce geste.

⛪ La cour, le clergé et les absents

Autour du couple, la foule est répartie par fonction : famille impériale, grands dignitaires, éminents membres du clergé, ambassadeurs. Dans une tribune, David s’est représenté lui-même en train de dessiner, entouré de sa famille. Une autre tribune accueille Madame Mère, Laetitia Bonaparte, à une place d’honneur.

Or Madame Mère n’assistait pas au sacre : elle se trouvait à Rome. Le musée recense quatre personnes peintes alors qu’elles étaient absentes de la cérémonie. Le tableau ci-dessous fait le point sur les principaux personnages.

PersonnagePrésent le 2 décembre 1804 ?Ce que montre David
Napoléon IerOuiDebout, couronné de lauriers d’or, il lève la couronne de son épouse
JoséphineOuiElle reçoit la couronne et devient impératrice
Pie VIIOuiLe bras droit relevé en bénédiction, à la demande du commanditaire
Laetitia Bonaparte (Madame Mère)Non, elle était à RomePeinte dans une tribune, à une place d’honneur
Le cardinal-légat CapraraNon, il était maladeIntégré à l’assemblée du clergé
L’ambassadeur du sultan ottomanNonAjouté parmi les diplomates
L’ambassadeur de l’empereur romain germaniqueNonAjouté parmi les diplomates

Le paradoxe est frappant. Les visages sont traités avec un grand souci de ressemblance, puisque 93 portraits ont pu être identifiés, mais la scène elle-même est arrangée. L’œuvre n’est pas un reportage : c’est une reconstitution, où chaque présence compte davantage que l’exactitude du jour.

Quelle est la signification de la couronne du sacre ? 👑

La couronne du sacre rattache Napoléon à Charlemagne. Réalisée en 1804 par l’orfèvre Martin-Guillaume Biennais, elle est dite « de Charlemagne » sans être la couronne historique du souverain carolingien : c’est une création nouvelle, pensée pour placer l’Empire dans la lignée des rois carolingiens.

🌿 La couronne de lauriers d’or, un héritage de Rome

À l’image, la couronne qui coiffe Napoléon est une couronne de lauriers d’or. Ce motif renvoie aux empereurs romains de l’Antiquité et à la figure du chef victorieux. Entre ses mains, il en tient une autre, celle qu’il destine à son épouse. Les deux objets ne disent pas la même chose : l’un célèbre le pouvoir conquis, l’autre la dynastie qui se fonde.

✨ La couronne dite « de Charlemagne »

Ce troisième objet figure parmi les « Honneurs de Charlemagne » réunis pour la cérémonie. Elle est fermée et compte huit branches, réunies sous un globe surmonté d’une croix. Elle porte 40 camées issus des trésors de Bourges, d’Arpajon et de Saint-Denis, choisis par Vivant Denon. Tu peux la voir au Louvre, dans l’aile Richelieu (salle 504), d’après la notice de la couronne.

Le message est limpide. En recréant ces attributs du pouvoir, que l’on désigne en latin par le mot regalia, le nouveau souverain se place dans la continuité de Charlemagne, exactement comme le souligne la Fondation Napoléon à propos de la portée politique de l’événement.

beenhere
Trois couronnes à ne pas confondre

1. La couronne de lauriers d’or, que le souverain porte sur la tête : une référence à la Rome antique. 2. La couronne destinée à Joséphine, levée au-dessus de sa tête. 3. La couronne dite « de Charlemagne », créée en 1804 par Biennais, ornée de 40 camées et conservée dans le même musée.

Quelle est l’interprétation du tableau ? 🔍

Le Sacre se lit d’abord comme une image de propagande : il présente un pouvoir tout neuf sous les traits d’une monarchie sacrée et légitime. C’est la lecture de Jérémie Benoît, auteur de l’étude consacrée à l’œuvre de Jacques-Louis David sur L’Histoire par l’image, qui la replace dans la production artistique de l’époque napoléonienne.

📣 Une œuvre au service de l’Empire

Dans cette perspective, la composition entière sert la gloire du nouvel empereur : la présence du pape, la richesse des costumes, l’ampleur de la foule et le choix d’un geste qui fait du souverain celui qui accorde la couronne.

Le tableau de David est bien une œuvre de propagande, comme toute la production de l’époque napoléonienne.

Jérémie Benoît, « Le Sacre de Napoléon », L’Histoire par l’image (RMN-Grand Palais), 2020

Certaines lectures vont plus loin et voient en Pie VII un pape soumis, réduit à bénir une scène qu’il ne dirige pas. Cette interprétation s’appuie sur des faits réels : le bras du pontife relevé à la demande du commanditaire, et un pape qui, selon Jérémie Benoît, « se contenta de bénir la couronne ». Elle reste toutefois une lecture, pas un constat.

🧩 Les symboles du pouvoir à repérer

Pour l’analyse en classe, une grille de lecture revient souvent. Chaque élément de la toile renvoie à une facette du pouvoir impérial :

  • Le pape, la croix et les éminents membres du clergé : le pouvoir religieux,
  • Les généraux et l’épée à son flanc : le pouvoir militaire,
  • La nouvelle noblesse, le sceptre et les grands personnages de l’État : le pouvoir politique,
  • La main de justice : le pouvoir judiciaire,
  • La couronne de lauriers : la référence aux empereurs romains,
  • Les regalia recréés pour l’occasion : la continuité avec Charlemagne,
  • La famille impériale, Madame Mère comprise : le principe dynastique,
  • Le peintre dans sa tribune : l’art au service du régime.

Ajoute à cela la magnificence des tissus et des couleurs, qui exalte le faste de la cour, et le profil impérial, noble et sévère, qui rappelle les effigies des médailles antiques. Ces deux derniers points relèvent de l’observation : à toi de les vérifier en regardant la toile.

Le Sacre de Napoléon condense en une seule image l’histoire d’un régime, le métier d’un peintre et une mise en scène habile du pouvoir. Pour réussir une analyse d’œuvre, pars toujours des faits (date, commande, dimensions, personnages) avant de proposer une interprétation, et attribue chaque lecture à son auteur. Pour t’entraîner, de nombreux professionnels proposent leurs services à domicile ou en visio : un professeur d’histoire peut t’aider à structurer ton commentaire.

Les questions fréquentes ❓

🤔 Où voir le Sacre de Napoléon ?

L’original du Sacre de Napoléon est exposé au musée du Louvre, à Paris, dans l’aile Denon, au niveau 1, salle 702, dite Daru. Une seconde version, peinte par David entre 1808 et 1822, est visible au château de Versailles, dans la salle du Sacre. Tu peux compléter ta visite par la couronne dite « de Charlemagne », exposée dans l’aile Richelieu, salle 504.

💡 Pourquoi existe-t-il deux versions du tableau ?

La seconde version est une réplique commandée par des entrepreneurs américains. David la commence à Paris en 1808 et la termine à Bruxelles en 1822, pendant son exil. Un peu plus petite que l’original (6,10 m × 9,31 m), elle a appartenu à la famille Singer avant d’être achetée par l’État en 1946. Elle se trouve aujourd’hui à Versailles, tandis que l’original a regagné Paris en 1889.

🔍 Napoléon s’est-il couronné lui-même ?

Oui. Le 2 décembre 1804, Napoléon prend sa couronne de lauriers d’or à l’autel et s’en coiffe lui-même, puis il couronne Joséphine. Pie VII se contente de bénir. David a d’abord dessiné ce geste, mais il a choisi en août 1806 de peindre le couronnement de son épouse : la scène peinte ne montre donc pas l’autocouronnement.

Sources 📚

  1. Musée du Louvre. « Le Couronnement de l’empereur Napoléon Ier et de l’impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804 ». Collections du Louvre, notice INV 3699, https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010065720.
  2. Musée du Louvre. « Couronne dite de Charlemagne ». Collections du Louvre, notice MS 91, https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010097017.
  3. Benoît, Jérémie. « Le Sacre de Napoléon ». L’Histoire par l’image, RMN-Grand Palais, 2020, https://histoire-image.org/etudes/sacre-napoleon.
  4. Ministère de la Culture. « Sacre de l’empereur Napoléon et couronnement de l’impératrice Joséphine ». Plateforme ouverte du patrimoine (POP), base Joconde, notice MV 7156, https://pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/000PE005450.
  5. Fondation Napoléon. « Le Sacre de Napoléon Ier, le 2 décembre 1804 à Notre-Dame ». Napoleon.org, https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/dossiers-thematiques/le-sacre-de-napoleon-ier-le-2-decembre-1804-a-notre-dame/.

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !