En janvier 1789, une brochure de quelques dizaines de pages se vend à plus de trente mille exemplaires en quelques semaines. Son titre tient en une seule question : « Qu'est-ce que le tiers état ? ». Son auteur, un chanoine discret nommé Emmanuel Joseph Sieyès, vient de poser les fondations intellectuelles d'une révolution qui n'a pas encore commencé.

De l'Ancien Régime à la Restauration, ce prêtre sans vocation traverse quarante années d'histoire de France en théoricien plus qu'en homme d'action. Comprendre sa trajectoire, c'est suivre presque pas à pas la fabrique des institutions françaises modernes : l'Assemblée nationale, les départements, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, jusqu'au coup d'État qui porte Bonaparte au pouvoir. Tu vas voir, son parcours est un fil rouge passionnant pour comprendre toute la Révolution. C'est parti !

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L'abbé Sieyès avant 1789 : un homme des Lumières dans les ordres ⛪

Emmanuel Joseph Sieyès naît à Fréjus le 3 mai 1748, dans une famille modeste. Sa santé fragile et l'ambition de ses proches l'orientent vers une carrière ecclésiastique qu'il n'a jamais vraiment désirée. Il entre dans les ordres sans vocation profonde, par calcul social autant que par nécessité.

Sa formation au séminaire de Saint-Sulpice le met au contact des écrits des philosophes. Sieyès lit Locke, Condillac et les économistes, et se passionne pour les débats de son temps bien plus que pour la théologie. Cette double identité, prêtre par fonction et philosophe par conviction, façonne toute sa pensée politique.

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Pourquoi parle-t-on de l'« abbé » Sieyès ?

On l'appelle abbé parce qu'il a reçu les ordres et exercé des fonctions ecclésiastiques, comme chanoine de Tréguier puis vicaire général de Chartres.

Ce titre lui est resté toute sa vie, même quand il est devenu l'un des théoriciens les plus écoutés de la Révolution. Retiens-le : c'est un bon repère pour situer le personnage.

Sa carrière ecclésiastique progresse régulièrement, sans jamais l'enthousiasmer :

  • En 1775, il devient chanoine de Tréguier, en Bretagne,
  • Deux ans plus tard, il est nommé vicaire général de Chartres,
  • En 1788, il publie un Essai sur les privilèges qui annonce déjà ses idées.

Cet Essai sur les privilèges constitue une première salve. Sieyès y attaque le système des ordres et l'idée même qu'une naissance puisse fonder des droits supérieurs. Il prépare ainsi le terrain pour le texte qui va le rendre célèbre.

Qu'est-ce que le tiers état ? Le manifeste qui change tout 📜

En janvier 1789, à la veille de la réunion des États généraux, Sieyès publie « Qu'est-ce que le tiers état ? ». Le texte s'ouvre sur trois questions devenues légendaires. Qu'est-ce que le tiers état ? Tout. Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l'ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? À y devenir quelque chose.

L'argument est d'une efficacité redoutable. Sieyès soutient que le tiers état, soit l'immense majorité de la population qui travaille et produit, constitue à lui seul la nation. La noblesse et le clergé apparaissent alors comme des corps privilégiés vivant à l'écart du corps social réel. La brochure offre un cadre théorique clair à des frustrations diffuses.

« Qu'est-ce que le tiers état ? » s'est vendu à plus de

30000

exemplaires en quelques semaines au début de 1789 (Source : Jean-Denis Bredin, Sieyès, 1988)

Son succès est immédiat et massif, dans un pays où le débat politique s'embrase. Le texte transforme un chanoine inconnu en l'une des voix les plus écoutées de la France révolutionnaire. En quelques semaines, Sieyès devient une référence intellectuelle incontournable.

Sieyès architecte de la Révolution : 1789-1791 🏛️

Élu député du tiers état de Paris aux États généraux, Sieyès passe rapidement de la théorie à l'action. Dès le mois de juin 1789, il joue un rôle décisif dans la transformation des États généraux en assemblée souveraine. Il convainc les députés du tiers de se proclamer Assemblée nationale, geste fondateur de la souveraineté de la nation.

Son influence sur les textes fondateurs est considérable. Le 20 juin 1789, il participe à la rédaction du serment du Jeu de paume, par lequel les députés jurent de ne pas se séparer avant d'avoir donné une constitution à la France. Quelques semaines plus tard, il figure parmi les rédacteurs de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

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Le bon réflexe pour réviser : la trace concrète de Sieyès

Tu cherches une preuve tangible de son héritage ? Pense aux départements.

C'est Sieyès qui fait adopter le découpage de la France en départements à l'Assemblée constituante. Ce maillage administratif structure encore le pays aujourd'hui : un bon moyen de retenir que ses idées ne sont pas restées sur le papier.

À l'Assemblée constituante, où il siège comme député de la Sarthe, Sieyès laisse une empreinte durable sur l'organisation du territoire. C'est lui qui fait adopter la division de la France en départements, un découpage administratif qui structure encore le pays aujourd'hui. Convaincu que la propriété est un droit naturel, il fait aussi maintenir le suffrage censitaire dans la Constitution de 1791, réservant le droit de vote aux citoyens les plus aisés.

Cette position révèle une tension au cœur de sa pensée. Sieyès défend l'égalité des droits civils tout en acceptant une inégalité politique fondée sur la richesse. Après le vote de la constitution civile du clergé, fidèle à sa distance avec l'Église, il décline la proposition de devenir évêque de Paris.

Survivre à la Terreur : la « taupe de la Révolution » 🕳️

La période suivante met à l'épreuve le sens politique de Sieyès. Monarchiste constitutionnel par conviction, il vote pourtant la mort de Louis XVI à la Convention en 1793. Ce choix de régicide pèsera lourd sur la fin de sa vie. Pendant la Terreur, il adopte une stratégie de prudence extrême et s'efface des grands débats.

Cette discrétion calculée lui vaut un surnom resté célèbre. Robespierre l'appelle « la taupe de la Révolution », image d'un homme qui creuse en silence sous la surface des événements. Interrogé plus tard sur ce qu'il avait fait pendant la Terreur, Sieyès aurait répondu par une formule devenue proverbiale.

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Emmanuel Joseph Sieyès, sur son attitude pendant la Terreur

Après la chute de Robespierre en thermidor an II, Sieyès réapparaît sur le devant de la scène. Il entre au Comité de salut public, devient président de la Convention en avril 1795, puis occupe une série de fonctions de premier plan sous le Directoire. Il siège au Conseil des Cinq-Cents, exerce une mission d'ambassadeur à Berlin, et revient au Directoire comme directeur en mai 1799.

Le 18 brumaire : Sieyès, Bonaparte et la fin de la Révolution ⚔️

À la fin des années 1790, Sieyès redoute que les conquêtes de la Révolution ne soient remises en cause par l'instabilité du Directoire. Rival du directeur Barras, il cherche un appui militaire pour réviser les institutions dans un sens plus fort. Le retour de Bonaparte d'Égypte lui semble offrir l'homme dont l'État a besoin.

Sieyès prépare donc avec lui le coup d'État du 18 brumaire an VIII, soit le 9 novembre 1799. Il y voit l'occasion d'appliquer enfin ses théories constitutionnelles. La réalité se révèle tout autre. Bonaparte s'approprie rapidement le projet et épure la Constitution de l'an VIII pour qu'elle le serve seul.

Nommé consul provisoire, Sieyès comprend vite qu'il a été instrumentalisé. Il se retire de la première ligne du pouvoir, tout en restant une figure respectée. Son destin sous l'Empire devient celui d'un notable honoré plutôt que d'un acteur central :

  • En 1800, il devient président du Sénat,
  • En 1803, il entre à l'Académie française,
  • En 1809, l'empereur le fait comte de l'Empire.

L'exil et l'héritage de l'abbé Sieyès 🏆

La chute de l'Empire rattrape Sieyès par son passé de régicide. Devenu pair de France pendant les Cent-Jours, il voit son sort scellé lorsque la Restauration s'installe définitivement en 1816. Comme les autres conventionnels ayant voté la mort de Louis XVI, il doit prendre le chemin de l'exil et s'établit à Bruxelles.

Son retour ne survient qu'en 1830, à la chute de Charles X et à l'avènement de la monarchie de Juillet. Sieyès rentre en France âgé et retiré de la vie publique. Il meurt à Paris le 20 juin 1836, jour anniversaire du serment du Jeu de paume qu'il avait contribué à rédiger près d'un demi-siècle plus tôt.

Son héritage dépasse largement les fonctions qu'il a occupées. On lui doit la distinction moderne entre pouvoir constituant, qui crée les institutions, et pouvoirs constitués, qui les appliquent. Cette idée reste un fondement du droit constitutionnel. Les départements qu'il a imaginés et l'idée de la nation souveraine continuent de structurer la France contemporaine.

Questions fréquentes sur Sieyès ❓

🗣️ Comment prononcer le nom Sieyès ?

Le nom se prononce « sié-yès », avec un accent grave sur le second « e ». L'orthographe exacte comporte un tréma sur le « y » dans certaines graphies anciennes, mais la forme « Sieyès » est la plus répandue aujourd'hui. Tu peux dire indifféremment Sieyès ou l'abbé Sieyès.

👤 Qui était Emmanuel Joseph Sieyès ?

Emmanuel Joseph Sieyès était un ecclésiastique, théoricien politique et homme d'État français, né en 1748 et mort en 1836. Auteur du pamphlet « Qu'est-ce que le tiers état ? », il a joué un rôle clé dans le déclenchement de la Révolution française, puis dans le coup d'État qui porta Bonaparte au pouvoir.

⛪ Pourquoi appelle-t-on Sieyès un abbé ?

Sieyès portait le titre d'abbé parce qu'il était entré dans les ordres et exerçait des fonctions ecclésiastiques, comme chanoine de Tréguier puis vicaire général de Chartres. Ce titre lui est resté attaché tout au long de sa carrière politique, alors même que sa vocation religieuse était très limitée.

⚔️ Quel a été le rôle de Sieyès dans le coup d'État du 18 brumaire ?

Sieyès fut l'un des principaux organisateurs du coup d'État du 18 brumaire an VIII, en novembre 1799. Il cherchait un général capable de soutenir une révision des institutions et s'allia à Bonaparte. Mais ce dernier prit rapidement l'ascendant et écarta Sieyès du véritable pouvoir.

Suivre le parcours de l'abbé Sieyès, c'est saisir comment des idées formulées dans une simple brochure peuvent transformer un pays entier. Sa pensée sur la nation et la souveraineté reste un point d'appui solide pour comprendre la Révolution française et nos institutions actuelles. Garde-le en tête pour tes révisions : il est la clé de bien des chapitres d'histoire.

Sources 📚

  1. Bredin, Jean-Denis. Sieyès, la clé de la Révolution française. Éditions de Fallois, Paris, 1988.
  2. Sieyès, Emmanuel Joseph. Qu'est-ce que le tiers état ? 1789. Gallica, BnF, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k416912.
  3. "Emmanuel Joseph Sieyès." Encyclopædia Universalis, https://www.universalis.fr/encyclopedie/emmanuel-joseph-sieyes/.

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !