📚 Fiche du livre

Titre : L'Ecole des femmes
Date de publication : 1662
Auteur : Molière
Genre Pièce de théâtre

Contre cet accident j'ai pris mes sûretés ; Et celle que j'épouse a toute l'innocence Qui peut sauver mon front de maligne influence.

Arnolphe, L'Ecole des femmes

L'École des femmes est, en résumé, une comédie en cinq actes de Molière, alias Jean-Baptiste Poquelin, narrant l'histoire d'Arnolphe, homme mûr souhaitant épouser Agnès, sa pupille, beaucoup plus jeune que lui et ayant été élevée dans l'ignorance, au sein d'un couvent. Il a en effet peur d'être trompé par sa future femme, et décide ainsi de choisir une jeune fille naïve.

Agnès rencontre Horace, de son âge environ, et en tombe amoureuse, ce qui mène l'intrigue dans une série de quiproquos et de situations très comiques, assurant le succès de la pièce.

Rappelons que l'intrigue, tout comme l'année de l'écriture de le pièce, se situe en

1662

en France, sous le règne de Louis XIV.

Il s'agit de l'année suivant celle durant laquelle Louis XIV a pris le parti de régner désormais sans Premier Ministre1. La société est alors extrêmement codifiée, et plus encore en ce qui concerne les femmes et leur éducation, en particulier. Une femme "savante" n'est alors absolument pas bien considérée à l'époque, représentant un danger pour le foyer.

star
Le saviez-vous ?

L'Ecole des femmes est le tout premier véritable succès de l'oeuvre de Molière2, grandement appréciée par le monarque Louis XIV ! Son succès fut aussi immense que la pièce fut jugée choquante et graveleuse.

La pièce marque une pierre blanche dans le théâtre classique français. Pourquoi ? Parce que Molière révèle que l'on peut traiter de sujets très sérieux (liberté, amour, infidélité, éducation, mariage) tout en utilisant pour cela la farce et les quiproquos !

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C'est parti

Contexte historique et création de la pièce

C'est le jour du 26 décembre 1662 que fut jouée au théâtre du Palais-Royal la toute première représentation de L’École des Femmes. Alors que le genre favori au théâtre, à l'époque, était la tragédie, Molière va apporter la Grande Comédie du XVIIe siècle ainsi que la farce !

La Comédie-Française actuelle est même appelée "La Maison de Molière"3. La première représentation est un véritable succès couronné de scandale : on se rue pour voir cette pièce, littéralement.

Bien des gens ont frondé d'abord cette comédie : mais les rieurs ont été pour elle ; et tout le mal qu'on en a pu dire n'a pu faire qu'elle n'ait eu un succès dont je me contente.

Molière, Préface de L’École des femmes
chambre roi reine

Le contexte suscite énormément de controverses, le public étant un mélange de :

  • Courtisans
  • Bourgeois parisiens
  • Intellectuels

Le public est choqué, secoué, l'accusant (pour une certaine partie du moins) d'immoralité et d'impiété. Les thèmes d'infidélité féminine, de sexualité féminine et d'humour grivois étaient alors inédits à l'époque !

Bien que la salle fut comble durant des semaines, les critiques virulentes aboutirent en véritable querelle, qui fut appelée "la querelle de L’École des femmes"4.

Ce fut notamment la célèbre scène du "le" (Acte II, scène 4) qui choqua plus encore que le reste, à savoir :

ARNOLPHE : Ne vous a-t-il point pris, Agnès quelque-chose d’autre ? La voyant interdite. Ouf ! AGNES : Eh ! il m’a… ARNOLPHE : Quoi ? AGNES : Pris… ARNOLPHE : Euh ? AGNES : Le… ARNOLPHE : Plaît-il ? AGNES : Je n’ose, Et vous vous fâcherez peut-être contre moi. ARNOLPHE : Non. AGNES : Si fait. ARNOLPHE : Mon Dieu ! non. AGNES : Jurez donc votre foi. ARNOLPHE : Ma foi, soit. AGNES : Il m’a pris… Vous serez en colère. ARNOLPHE : Non. AGNES : Si. ARNOLPHE : Non, non, non, non. Diantre ! que de mystères ! Qu’est-ce qu’il vous a pris ? AGNES : Il… ARNOLPHE à part : Je souffre en damné. AGNES : Il m’a pris le ruban que vous m’aviez donné. […]

L'Ecole des femmes

De par l'attitude des protagonistes sur scène, le tout était extrêmement tendancieux lorsqu'il est question de parler du "le...".

Au total, la fameuse querelle va durer plus de

1

an !

Molière utilisait également des termes religieux pour désigner l'amour charnel, tel qu'à l'Acte III scène II :

Mais s'il faut qu'à l'honneur elle fasse un faux bond, Elle deviendra lors noire comme un charbon ; Vous paraîtrez à tous un objet effroyable, Et vous irez un jour, vrai partage du diable, Bouillir dans les enfers à toute éternité : Dont vous veuille garder la céleste bonté ! Faites la révérence. Ainsi qu'une novice Par coeur dans le couvent doit savoir son office, Entrant au mariage il en faut faire autant [...]

L'Ecole des femmes

Molière choqua le public et surtout les critiques en remplaçant ainsi Dieu par le personnage d'Arnolphe, qui se prend en effet pour Dieu !

Résumé détaillé de L'École des femmes

En avant pour le résumé de L’École des femmes !

ActeDétails
Acte IDévoilement du plan d'Arnolphe d'épouser sa pupille, Agnès, élevée dans un couvent. Horace, le fils de l'un de ses amis, en tombe amoureux
Acte IIArnolphe apprend d'Agnès qu'Horace lui a fait la cour, il décide de hâter le mariage
Acte IIIAgnès apprend les Maximes concernant le mariage que lui a demandé de lire Arnolphe et semble se résigner à ce triste mariage. Elle sombre dans la passion pour Horace et correspond avec lui
Acte IVHorace apprend à Arnolphe, dont il ignore l'identité, qu'il compte s'échapper avec Agnès
Acte VHorace est roué de coups par les serviteurs, et Agnès ne comprend pas pourquoi elle ne peut pas aimer Horace. Elle se rebelle contre l'autorité d'Arnolphe. Le père d'Agnès et le père d'Horace apparaissent, finalement vivants, et leur apprennent que les deux jeunes amoureux étaient promis au mariage depuis longtemps ! Arnolphe s'enfuit, dépité

Acte I

Arnolphe est un homme d'âge mûr qui aimerait jouir du bonheur conjugal, mais il est hanté par la crainte d'être trompé par une femme. Aussi a-t-il décidé d'épouser sa pupille Agnès, élevée dans l'ignorance, recluse dans un couvent.

Horace, fils d'Oronte (un autre ami d'Arnolphe), est tombé amoureux d'Agnès ; il se confie à Arnolphe dont il ignore le rôle de tuteur, lui avouant qu'il a fait sa cour et raillant ce dernier. Arnolphe fait semblant d'être son ami.

Un vieil homme regardant par la fenêtre

Héroïnes du temps, mesdames les savantes, Pousseuses de tendresse et de beaux sentiments, Je défie à la fois tous vos vers, vos romans, Vos lettres, billets doux, toute votre science De valoir cette honnête et pudique ignorance. Ce n'est point par le bien qu'il faut être ébloui ; Et pourvu que l'honneur soit...

Arnolphe, L'Ecole des femmes

Acte II

Arnolphe rentre chez lui et interroge ses deux maladroits valets, Georgette et Alain, puis interroge Agnès afin de savoir ce qui s'est passé lors de cette entrevue. Il est rassuré par le récit qu'elle lui fait, sa réputation n'a pas été entachée, mais il s'aperçoit qu'il en était de peu car Agnès semble céder à l'amour d'Horace et partager sa passion.

La scène du "le", très célèbre, a pour conséquence une amusante scène de quiproquo durant laquelle Arnolphe croit être cocu avant même le mariage. Rassuré mais inquiet à l'idée que cela ne dure, il décide de précipiter le mariage.

AGNÈS. Il m'a pris le ruban que vous m'aviez donné. À vous dire le vrai, je n'ai pu m'en défendre. ARNOLPHE, reprenant haleine. Passe pour le ruban. Mais je voulais apprendre S'il ne vous a rien fait que vous baiser les bras. AGNÈS. Comment ? Est-ce qu'on fait d'autres choses ? ARNOLPHE. Non pas. Mais pour guérir du mal qu'il dit qui le possède, N'a-t-il point exigé de vous d'autre remède ? AGNÈS. Non. Vous pouvez juger, s'il en eût demandé, Que pour le secourir j'aurais tout accordé.

Arnolphe et Agnès, L'Ecole des femmes

Acte III

Agnès, croyant que son futur mari est Horace, lui exprime sa gratitude, mais le barbon la détrompe sans ménagement. Arnolphe inculque à sa future épouse les rudiments des devoirs conjugaux, sans oublier les terribles effets de l'infidélité. Agnès semble se résigner à ce triste avenir.

Horace rencontre le tuteur qui savoure déjà la déconvenue du jeune homme : les serviteurs lui ont refusé une nouvelle visite, et la belle l'a renvoyé en lui lançant une pierre ... à laquelle était joint un mot d'amour. C'est Arnolphe qui enrage, obligé de reconnaître sa jalousie, et donc son amour ; et il aimerait être aimé en retour.

ARNOLPHE. Certes, j'en suis fâché pour vous, je vous proteste. HORACE. Cet homme me rompt tout. ARNOLPHE. Oui. Mais cela n'est rien ; Et de vous raccrocher vous trouverez moyen. HORACE. Il faut bien essayer, par quelque intelligence, De vaincre du jaloux l'exacte vigilance. ARNOLPHE. Cela vous est facile. Et la fille, après tout, Vous aime.

Arnolphe et Horace, L'Ecole des femmes

Acte IV

Nouvelle rencontre entre le tuteur et le galant, celui-ci lui apprend qu'il a réussi à s'introduire dans la maison, mais que l'arrivée impromptue de M. de La Souche, a obligé Agnès à la cacher dans une armoire. En outre, il lui confie qu'il a un rendez-vous pour le soir même et qu'il projette d'enlever la jeune fille. Ainsi renseigné, Arnolphe appelle son notaire pour la rédaction du contrat de mariage et se prépare à piéger son rival.

ARNOLPHE. Moi, je serais cocu ? CHRYSALDE. Vous voilà bien malade ! Mille gens le sont bien, sans vous faire bravade, Qui de mine, de coeur, de biens et de maison, Ne feraient avec vous nulle comparaison. ARNOLPHE. Et moi, je n'en voudrais avec eux faire aucune. Mais cette raillerie, en un mot, m'importune : Brisons là, s'il vous plaît.

Arnolphe et Chrysalde, L'Ecole des femmes

Acte V

Le traquenard a bien fonctionné, Horace a été roué de coups par les deux serviteurs, et il n'a d’autre choix que de faire l'assommé. Agnès s'est enfuie et a rejoint son amant, ne voulant retourner chez son tuteur. Horace, toujours ignorant de l'identité du tuteur, demande à Arnolphe d'héberger et de protéger la jeune fille. Le barbon triomphe, mais elle ignore superbement son discours exalté.

Agnès ne comprend pas pourquoi Arnolphe est furieux, elle ne voit pas le mal dans ses actions, aussi elle le repousse froidement.

Entrée d'Oronte, le père d'Horace, il veut unir son fils à la fille de son ami Enrique, de retour des Amériques, après un long séjour. Horace demande l'aide d'Arnolphe qui lui dévoile ironiquement son identité.

Coup de théâtre : il s'avère qu'Agnès est la fille d'Enrique ; les amants vont se marier afin d'unir leurs destinées, au grand désespoir de l'ex-tuteur.

Analyse des personnages principaux

Après avoir lu L’École des femmes de Molière en résumé, voici un peu d'analyse concernant les personnages :

PersonnageParticularités
ArnolpheHomme d'âge mûr ayant peur d'épouser une femme qui va le tromper, met son plan au point pour épouser sa très jeune pupille, Agnès, qu'il souhaite sotte et non instruite
AgnèsJeune pupille d'Arnolphe, au début innocente et assez sotte, puis s'instruisant par instinct et en écoutant parler autour d'elle. Elle obéit puis ensuite se révolte contre Arnolphe et souhaite épouser Horace
HoraceJeune homme amoureux d'Agnès, solaire et passionné, courageux mais peu adroit, faisant confiance aux mauvaises personnes. Il représente le moteur de l'intrigue
ChrysaldeAmi d'Arnolphe, voix de la sagesse et de la raison, tente de convaincre Arnolphe que son plan est ridicule
Alain et GeorgetteLes deux valets d'Arnolphe, peu adroits et apportant le comique de situation et de gestes : ils se disputent souvent et provoquent des quiproquos
OrontePère d'Horace, vieil ami d'Arnolphe, figure paternelle traditionnelle mais rassurante, protectrice
EnriquePère d'Agnès et beau-frère de Chrysalde, mystérieux

Arnolphe

L'évolution du personnage d'Arnolphe est remarquable dans cette pièce5. Dans les premiers actes, on a l'impression qu'Arnolphe a le contrôle de la situation. Il est sûr de lui et veut contrôler Agnès et la modeler à son idée.

Par la suite, Arnolphe découvre les sentiments d'Agnès pour Horace et est totalement dépité. Il perd toute confiance en lui. Il est également surpris par la présence d'esprit d'Agnès, malgré le fait qu'elle n'ait reçu aucune véritable éducation et qu'il préférait la savoir "sotte".

Il souffre doublement par le vol du cœur d'Agnès, et surtout par le vol de son honneur.

On se rend alors compte qu'Arnolphe est tombé amoureux d'Agnès, ou bien qu'il est simplement furieux de perdre son contrôle sur elle. A la fin de la pièce, Arnolphe ayant accumulé les échecs, désespère. Il a peur des moqueries qu'il risque de subir.

Il est dépité d'avoir été trahi par une 'ingénue' et par un 'jeune éventé'. Il doute que le cœur d'Agnès lui appartienne jamais. Il devient grotesque et en dernier ressort, essaye de jouer l'amoureux romantique auprès d'Agnès, mais sans succès.

Un comédien joue sur une scène, vu de dos.
Au théâtre, un geste peut faire basculer la pièce dans un registre comique !

Agnès

fille cuisinant

Tout d'abord extrêmement innoncente et ingénue, Agnès gagne en sagesse ainsi qu'en esprit.

Tout au début de la pièce, elle symbolise tout ce que souhaite Arnolphe, modelée à l'image de celui-ci au couvent :

  • L'ignorance
  • La bêtise
  • La vertu
  • La passivité
  • Les activités que l'on attribuait typiquement aux femmes de ce type : couture, activités triviales
  • L'obéissance

Sans chercher à comprendre, Agnès obéit aveuglément à ce maître qui lui est destiné pour mari. Puis au contact d'Horace, dont elle va tomber amoureuse, l'innocence se mue en quelque chose de plus complexe et instruit. Instruit pas l'éducation ? Non, par l'instinct ! L'amour la fait changer6. Elle demeure pure et honnête.

Lorsqu'elle explique à Horace que les caresses et baisers d'Horace l'ont séduite, elle ne connaît pas encore le mensonge social, la fausseté et le piège. Elle ne cherche absolument pas à blesser Arnolphe : elle lui dit tout simplement la vérité, ne sachant pas que cela pourrait le blesser et n'y voyant ainsi aucun mal.

Puis la passion va lui permettre d'éveiller son instinct et de faire parler son cœur. Soudain, elle commence à parler philosophie, notamment, et à éveiller sa conscience. Rien que par l'instinct ainsi qu'en écoutant Arnolphe ou encore Horace parler, elle a acquis une maîtrise du langage qui terrifie Arnolphe, conscient qu'il n'a plus affaire à la femme sotte et non instruite qu'il espérait avoir pour femme.

person_pin
D'objet à sujet

Elle passe, finalement, de l'objet au sujet : elle choisit d'épouser Horace car elle choisit d'écouter son cœur plutôt que d'obéir à Arnolphe !

Horace

Horace représente quant à lui ce qui va finalement permettre à l'intrigue d'évoluer : lorsqu'il fait son entrée, tout change. Agnès commence à changer de comportement, elle évolue et s'ouvre à l'amour, laisse parler son instinct. Il est l'amoureux joyeux, passionné et courageux qui ne renonce à rien pour sauver sa belle d'un guet-apens.

Il est en quelque sorte le véritable moteur de l'action, car sans lui :

  • Agnès ne sortirait pas de sa prison mentale et de son obéissance aveugle à son futur mari
  • Arnolphe aurait réussi son plan (épouser une jeune fille vertueuse et sans éducation) !

Solaire, Horace n'est cependant pas très adroit : il ne cesse de faire confiance à Arnolphe, tout en ignorant son identité bien sûr, lui donnant ainsi involontairement à ce dernier toutes les armes nécessaires pour le contrer !

amour passion

Personnages secondaires

Les deux valets, Georgette et Alain, sont peu adroits mais sont fidèles à leur maître. Ils sont les symboles de la farce selon Molière : leurs gestes apportent le comique de situation, typique élément intégrant les caractéristiques théâtrales au sein d'une comédie, ainsi que leurs maladresses et leurs disputes incessantes. Chrysadle représente quant à lui la sagesse : il est la voix de la raison. Il tente de raisonner son ami Arnolphe quant à l'idée d'épouser une jeune fille sans éducation.

Il lui montre qu'il est ridicule de souhaiter une femme sotte. Malgré ses raisonnements, Arnolphe se refuse à l'écouter et continue son plan jugé ridicule par tout son entourage. Selon Chrysalde, il vaut mieux se risquer à être cocu plutôt que de vivre dans le contrôle absolu : il doit tenter d'épouser une femme au risque qu'elle le trompe, car rien n'est décidé à l'avance et il a une chance d'être heureux.

Portrait de Molière.
Molière est sans aucun doute l'un des auteurs qu'il faut avoir lu dans sa vie pour prétendre connaître la littérature française!

Enfin, les deux figures paternelles que sont Oronte, père d'Horace, et Enrique, père d'Agnès, symbolisent la protection et le soulagement.

C'est leur venue qui permet de dénouer l'intrigue et de permettre aux deux jeunes amoureux de se marier ! Leur venue scelle la fin du plan d'Arnolphe.

Oronte est un vieil ami d'Arnolphe. Il incarne l'autorité paternelle traditionnelle, mais une autorité bienveillante et raisonnable, contrairement à celle d'Arnolphe.

Enrique est quant à lui plus mystérieux. Tous deux représentent le fameux coup de théâtre si cher à Molière et à la comédie en général !

Thèmes et motifs abordés dans la pièce

La condition féminine et l'éducation des femmes au XVIIe siècle

Il s'agit d'un thème cher à l’œuvre, mais plus généralement à Molière. Il traite régulièrement de ce sujet, méprisant le statut dans lequel l'autorité masculine oblige les femmes à se soumettre, privées d'éducation7.

Arnolphe en est le représentant majeur dans la pièce : selon lui, la femme idéale est une femme qui n'a aucune éducation, car alors elle ne va pas, selon lui, chercher à mieux s'instruire. Il pense que pour demeurer fidèle, la femme ne doit jamais s'instruire, et demeurer donc dans une prison.

Cependant, Agnès va lui prouver le contraire : la prison est étouffante, et ce n'est pas de cette manière que l'on garde la confiance d'une femme, ni son amour !

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L'obscurantisme

Il s'agit en réalité d'une doctrine selon laquelle les partisans cherchent à s'opposer à la diffusion de l'instruction et de la culture.

Votre sexe n'est là que pour la dépendance : Du côté de la barbe est la toute-puissance. Bien qu'on soit deux moitiés de la société, Ces deux moitiés pourtant n'ont point d'égalité : L'une est moitié suprême et l'autre subalterne ; L'une en tout est soumise à l'autre qui gouverne ; Et ce que le soldat, dans son devoir instruit, Montre d'obéissance au chef qui le conduit, Le valet à son maître, un enfant à son père, À son supérieur le moindre petit frère, N'approche point encore de la docilité, Et de l'obéissance, et de l'humilité, Et du profond respect où la femme doit être Pour son mari, son chef, son seigneur et son maître.

Arnolphe, L’École des femmes

Molière démontre qu'au contraire de ce que s'imaginait Arnolphe, les femmes s'instruisent d'elles-mêmes, ne serait-ce que par le biais de leur instinct, et reprennent le pouvoir de cette manière. Elles ne doivent ainsi pas demeurer objets mais devenir sujets, au même titre que l'autre sexe.

C'est d'ailleurs l'une des causes majeures du scandale résultant de la première représentation : Molière met ici en scène le message selon lequel la femme a droit au libre choix de sa vie amoureuse, et que c'est en jouissant de sa liberté sexuelle qu'elle est la plus épanouie !

Le pouvoir et le contrôle dans les relations amoureuses

Bien entendu, la pièce traite en premier lieu de pouvoir et de contrôle.

Arnolphe vise à soumettre totalement sa future femme, et il prend son contrôle en s'étant assuré tout d'abord qu'elle soit élevée dans un couvent, loin de tout. Il s'assure son obéissance en choisissant ainsi son éducation, ou plutôt son absence d'éducation.

Agnès se laisse totalement contrôler au début et apprend par cœur, en récitant, ses Maximes répertoriant tout ce qu'Arnolphe attend de sa future femme. Plus l'intrigue avance et évolue, et plus Agnès se révolte8 !

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Elle devient sujet et non plus objet. Mais surtout, en ce qui concerne le contrôle, Arnolphe en est le symbole absolu : il en devient ridicule tant il essaye de tout contrôler.

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Le ridicule

Arnolphe a tellement peur de se faire tromper un jour et donc de devenir cocu, la risée de toutes et de tous, qu'il préfère épouser une beaucoup plus jeune fille, élevée dans un couvent et ne disposant d'aucune éducation.

Or, Molière se moque de ce personnage, car plus Arnolphe tente de prendre le contrôle, et plus tout lui échappe. Il souhaite tout dominer et représente la volonté de puissance : il est en effet le portrait psychologique d'un homme qui veut posséder l'autre, d'où sa jalousie témoignant de sa perte de contrôle sur Agnès.

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Que retenir de la pièce ?

Par le biais de la satire et de la farce, Molière parvient à émettre de vives critiques quant à l'éducation des femmes à son époque. Privées d'éducation, elles ne peuvent espérer une vie riche et épanouie. Molière en profite également pour se moquer des individus tels qu'Arnolphe qui tentent de tout contrôler et, finalement, n'obtiennent aucun bonheur. Malgré la très vive polémique, l'œuvre de Molière fut acclamée par une partie du public et est devenue son tout premier succès !

Sources

  1. BNF essentiels [essentiels.bnf.fr], "Le début du règne personnel", https://essentiels.bnf.fr/fr/image/7116fd26-7f1e-4310-a653-2a4035f977af-debut-regne-personnel. Consulté le 12 mars 2026.
  2. RADIO FRANCE [www.radiofrance.fr], "Quand Molière jouait au Palais Royal à Paris", 26 avril 2018, https://www.radiofrance.fr/francebleu/podcasts/ils-ont-fait-l-histoire/quand-moliere-jouait-au-palais-royal-a-paris-5236987. Consulté le 12 mars 2026.
  3. Le Monde [www.lemonde.fr], "Molière, homme de théâtre par excellence", https://www.lemonde.fr/memorable/blog/moliere. Consulté le 12 mars 2026.
  4. Théâtre de Liège [theatredeliege.be], "L’École des femmes - Cahier pédagogique réalisé par le service pédagogique du Théâtre de Liège", https://theatredeliege.be/wp-content/uploads/2018/04/CP_lecoledesfemmes_leger.pdf. Consulté le 13 mars 2026.
  5. Académie d'Aix-Marseille [www.pedagogie.ac-aix-marseille.fr], "Molière : L’École des femmes", https://www.pedagogie.ac-aix-marseille.fr/upload/docs/application/pdf/2011-07/ecole-des-femmes.pdf. Consulté le 13 mars 2026.
  6. SOURDILLON, Marie-Dorothée, "« L’École des femmes » de Molière, une pièce sous surveillance", Surveiller, pp. 57-65, 2006, https://shs.cairn.info/revue-etudes-theatrales-2006-2-page-57. Consulté le 13 mars 2026.
  7. BOURQUI, Claude, BNF essentiels, "L’École des femmes - Comédie représentée le 26 décembre 1662 au Théâtre du Palais-Royal par la Troupe de Monsieur frère unique du roi ", https://essentiels.bnf.fr/fr/article/7e8461da-4fed-4d35-9771-5f01fa935685-ecole-femmes. Consulté le 13 mars 2026.
  8. GAYOT, Joëlle, Le Monde, "Quand Molière s’attaquait à la querelle des sexes avec « L’Ecole des femmes »", 27 août 2024, https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2024/08/27/quand-moliere-s-attaquait-a-la-querelle-des-sexes-avec-l-ecole-des-femmes_6296830_3451060.html. Consulté le 13 mars 2026.

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Emma

Rédactrice auto-entrepreneuse, je suis assoiffée de connaissances et peut mener des recherches pendant des heures !