Le lecteur peut être considéré comme le personnage principal du roman, à égalité avec l’auteur, sans lui, rien ne se fait.

Elsa Triolet

Le commentaire de texte est indéniablement une épreuve à laquelle font face tous les élèves au lycée, dès la Seconde. Il est nécessaire, donc, d'apprendre comment lire correctement un texte en vue de le commenter, afin de réduire le stress, tout d'abord, mais également afin de savoir comment s'y prendre convenablement pour franchir les étapes et présenter un commentaire de texte digne d'un 18/20 !

Comment analyser un texte1 et adopter la méthodologie du commentaire de texte ? Avec la dissertation, le commentaire de texte fait partie des deux exercices d'écriture littéraires qui permettent d'analyser une oeuvre en profondeur et d'en découvrir les aspects cachés, les messages plus ou moins implicites, les significations subtiles de l'auteur. Voici comment nous allons à présent nous y prendre :

Compréhension du texte

Lecture première du texte, compréhension globale des enjeux clairs

Lecture attentive

Deuxième lecture plus attentive, décelant les subtilités et messages cachés, les jeux de mots etc

Identification de la structure du texte

Analyse de la structure globale et sous-jacente : dynamique du texte, éventuelles ruptures, connecteurs logiques, identification des différentes parties

Analyse du style

Analyse du style de narration et des figures de style utilisées

Interprétation du texte

Enfin, l'interprétation globale du texte, ses messages cachés ou non, ses significations, anecdotes, subtilités

Le texte qui nous servira de fil rouge est extrait du Père Goriot, écrit par Honoré de Balzac et publié en

1835

Cette première pièce exhale une odeur sans nom dans la langue, et qu’il faudrait appeler l’odeur de pension. Elle sent le renfermé, le moisi, le rance ; elle donne froid, elle est humide au nez, elle pénètre les vêtements ; elle a le goût d’une salle où l’on a dîné ; elle pue le service, l’office (1), l’hospice. Peut-être pourrait-elle se décrire si l’on inventait un procédé pour évaluer les quantités élémentaires et nauséabondes qu’y jettent les atmosphères catarrhales (2) et « sui generis » (3) de chaque pensionnaire, jeune ou vieux. Eh bien, malgré ces plates horreurs, si vous le compariez à la salle à manger, qui lui est contiguë (4), vous trouveriez ce salon élégant et parfumé comme doit l’être un boudoir (5). Cette salle, entièrement boisée, fut jadis peinte en une couleur indistincte aujourd’hui, qui forme un fond sur lequel la crasse a imprimé ses couches de manière à y dessiner des figures bizarres. Elle est plaquée de buffets gluants sur lesquels sont des carafes échancrées (6), ternies, des ronds de moiré (7) métallique, des piles d’assiettes en porcelaine épaisse, à bords bleus, fabriquées à Tournai. Dans un angle est placée une boîte à cases numérotées qui sert à garder les serviettes, ou tachées ou vineuses (8), de chaque pensionnaire. Il s’y rencontre de ces meubles indestructibles proscrits partout, mais placés là comme le sont les débris de la civilisation aux Incurables. Vous y verriez un baromètre à capucin (9) qui sort quand il pleut, des gravures exécrables qui ôtent l’appétit, toutes encadrées en bois noir verni à filets dorés ; un cartel (10) en écaille incrustée de cuivre ; un poêle vert, des quinquets (11) d’Argand où la poussière se combine avec l’huile, une longue table couverte en toile cirée assez grasse pour qu’un facétieux (12) externe y écrive son nom en se servant de son doigt comme de style, des chaises estropiées, de petits paillassons piteux en sparterie (13) qui se déroule toujours sans se perdre jamais, puis des chaufferettes (14) misérables à trous cassés, à charnières défaites, dont le bois se carbonise. Pour expliquer combien ce mobilier est vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot, borgne, expirant, il faudrait en faire une description qui retarderait trop l’intérêt de cette histoire, et que les gens pressés ne pardonneraient pas.

Le père Goriot, Honorée de Balzac, chapitre I, 1835

Ce texte littéraire d'Honoré de Balzac comprenant des termes jugés complexes pour un niveau lycée, nous vous aidons avec l'explication détaillée de certains mots, rattachés dans l'extrait ci-dessus à de petits numéros :

NuméroMotDéfinition
1officeFonction que quelqu'un doit remplir.
2catarrhalesRelatif à la catarrhe, c'est-à-dire une inflammation des muqueuses
3sui generisRelatif à une espèce, à une chose
4contiguëÀ côté de
5boudoirPetit salon élégant réservé à la dame bourgeoise
6échancréesQui présente un ou plusieurs creux
7moiréAspect chatoyant, changeant d'une surface
8vineusesRelatif au vin
9capucinReligieux
10cartelEncadrement décoratif entourant certaines pendules
11quinquetsLampes à huile à réservoir
12facétieuxPersonne qui fait des plaisanteries
13sparterieObjet fabriqué à partir de fils tissés
14chaufferettesBouillottes
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C'est parti

Introduction à l'analyse de texte

Pourquoi faire une analyse de texte français ? Cela peut sembler évident, et pourtant il s'agit d'une partie trop essentielle pour ne pas la mentionner, d'autant plus qu'il s'agit de l'une des questions les plus fréquemment posées concernant le commentaire de texte.

jeune fille portant des livres
Les procédés lexicaux sont les principaux à connaître

L'analyse de texte est fondamentale au sein des études littéraires afin de bien comprendre l'oeuvre en détail, d'en déduire des significations et symboliques, d'en dégager des messages enfouis et de les rendre clairs et évidents pour les lecteurs.

Une oeuvre littéraire estriche en symboles, en figures de style, en effets et en connotations. Cependant, bien souvent, les messages sont implicites mais non clairs, ils sont énoncés de manière poétique, bien souvent imagée, ce qui rend la compréhension d'un bon texte littéraire bien souvent plus complexe qu'elle n'y paraît.

Il ne s'agit pas uniquement de cerner les idées générales d'un texte et d'en dégager le fond, mais bel et bien de mettre en lumière la forme, autrement dit les procédés littéraires utilisés par les auteurs et autrices2 afin de produire :

  • Des effets sur les lecteurs
  • Des messages cachés/parfois subliminaux
  • Des symboles
  • Des protestations/revendications parfois

Analyser un texte en profondeur requiert de la patience, une bonne maîtrise et compréhension des outils littéraires ainsi qu'une solide culture générale. Voici pourquoi vous devez bien vous y préparer !

Étape 1 — Comprendre le contexte du texte

Le paratexte

Le paratexte3, c’est tout ce qui entoure l’extrait, mais qui ne fait pas vraiment partie de l’extrait. Il s’agit donc par exemple du chapeau potentiel (c’est-à-dire un petit texte écrit en italique qui situe l’extrait dans le roman), du titre de l’œuvre dont le texte est extrait, du nom de l’auteur, de la date de publication.

Dans notre texte en exemple, il n’y a pas de chapeau. Mais il y a un titre, un auteur, et bien sûr une date de publication ! On sait donc tout de suite que l’extrait à commenter est issu du Père Goriot, un roman écrit par Honoré de Balzac, et publié en 1835.

Ce sont des informations qui aideront l’analyse. En effet, vos cours de français vous donnent quelques informations complémentaires : Honoré de Balzac est un auteur français appartenant au courant réaliste. C’est un indice qui servira la compréhension du texte qu’on s’apprête à lire !

Contexte historique et culturel

Mentionner (et surtout connaître !) le contexte historique et culturel entourant l'oeuvre littéraire dont est choisi l'extrait est fondamental pour plusieurs choses lorsqu'il s'agit d'analyser un texte.

Tout d'abord, cela vous permettra de situer l'oeuvre et d'en déduire certains éléments essentiels pour l'analyse littéraire :

  • Etait-ce une période de guerre ?
  • Quelles étaient les régimes politiques à l'époque ?
  • A quel mouvement4 appartient cet extrait de roman/poème/pièce de théâtre/nouvelle ?

Les influences de l'époque sur le texte ne sont absolument pas à prendre à la légère ! Peut-être connaissez-vous des oeuvres du même courant littéraire ou bien rédigées en tout cas à la même époque, et vous pourrez alors émettre des parallèles, ou non.

Biographie de l'auteur

Analyser un texte demande avant tout de bien connaître l'auteur. Il vous faut disposer de solides connaissances concernant l'auteur de l'oeuvre, car cela vous apportera des éléments concernant :

  • Le contexte de l'écriture de l'oeuvre
  • Le cadre socio-cultuel dans lequel se situe l'auteur
  • Le mouvement littéraire auquel il ou elle appartient
  • Le registre des oeuvres de l'auteur ou de l'autrice
  • Les thèmes chers à l'auteur ou à l'autrice
  • Les éventuelles prises de position de l'auteur ou de l'autrice
warning
Ce qu'il faut éviter ici !

Attention à surtout bien mentionner uniquement les éléments apportant de la plus-value au commentaire de texte et à la bonne compréhension et analyse de celui-ci. A titre d'exemple, il est utile d'indiquer que l'auteur appartient à tel courant littéraire, cependant, il ne sert à rien d'écrire qu'il était un ami de Rousseau si l'oeuvre ne possède aucun lien avec celles de Rousseau et qu'aucun parallèle constructif et littéraire ne peut donc être émis !

Étape 2 — Lecture attentive du texte

Première lecture

La deuxième étape d’une bonne lecture, c’est évidemment… lire le texte ! Ainsi, la toute première chose à faire, c’est de lire l’extrait présenté, en ayant posé son stylo, et en se concentrant sur son plaisir.

Des piles de livres éclairées par le soleil
Paul et Virginie est une lecture marquante à plus d'un titre !

Cette première lecture permet de s’imprégner globalement du texte et de se laisser suggérer des choses par lui.

En effet, commenter un texte, c’est chercher à savoir ce qu’il veut dire, et comment il le dit.

Et pour savoir cela, il faut l’écouter et s’écouter  soi-même !

Autrement dit, il faut répondre à la question : quelle est l’impression que me laisse ce texte ?

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Après la première lecture

Il faut donc avoir déjà saisi le sens global du texte et avoir capté l'ambiance qui s'en dégage. Après l’avoir lu une première fois, il faudra donc le lire une deuxième fois, et cette fois s’armer d’un stylo.

Deuxième lecture

Le stylo, au cours de cette deuxième lecture, doit servir à souligner les mots qui vous paraissent importants. C’est ce qu’on appelle les « mots-clés ». Comment savoir s’ils sont importants ? Il faut s’appuyer sur (au moins) trois choses, à partir de la question centrale « Qu’est-ce que le texte montre ? » :

  • Les indices donnés par le paratexte
  • Vos connaissances personnelles
  • Votre intuition

Dans le texte qui nous occupe, on peut par exemple relever, pêle-mêle, les mots ou expressions suivantes :

« odeur », « sent », « renfermé », « rance », « humide », « goût », « pue », « hospice », « nauséabondes », « horreurs », « crasse », « bizarres », « gluants », « débris », « exécrables », « poussière », « chaises estropiées », « petits paillassons piteux », « chaufferettes misérables à trous cassés », « le bois se carbonise », « ce mobilier est vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot, borgne, expirant », « la misère sans poésie », « taches », « pourriture »

Si vous ne parvenez pas à trouver suffisamment de mots ou expressions « clés » à la deuxième lecture, relisez l’extrait autant de fois que nécessaire. Et voici quelques conseils pour les obtenir :

  • Reprenez le travail à son début comme s'il s'agissait de la découverte du texte
  • « Videz votre tête » des informations perçues lors de la première lecture
  • Évitez d'être influencé par votre première approche

Étape 3 — Identification de la structure du texte

Une fois les mots et expressions clés relevés, ceux-là doivent vous aider à trouver trois choses :

  • Le découpage du texte en parties : introduction, commentaire, conclusion
  • Une idée principale qui parcourt le texte en entier, et qui correspondra plus ou moins à votre problématique
  • Des idées secondaires, en lien avec la problématique, et qui aident à traiter celle-ci
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La ou les problématique(s) ?

Attention ! Un texte n’a jamais qu’une seule problématique. C’est à vous de défendre au mieux, en argumentant dans votre commentaire, la problématique que vous aurez choisie, notamment grâce aux idées secondaires que vous traiterez paragraphe par paragraphe dans votre rédaction !

Découpage en parties du texte

Après la deuxième lecture du texte, vous devez être en mesure de le découper en parties, en découvrant comment l'auteur a construit son propos, et de quelle manière il ou elle a organisé sa réflexion.

La problématique d’un texte5, c’est la question que vous allez présenter à la fin de votre introduction, et qui servira de fil conducteur à votre analyse.

Autrement dit, c’est une question qui répond à la question : « Quelle est l’impression que me laisse le texte ? » Pour la formuler, il faut s’aider d’au moins trois choses :

  • Le paratexte
  • Vos connaissances personnelles
  • Les mots et expressions relevées
Des feuilles blanches réparties en désordre.
Passé, présent et parfois futur se mélangent dans l'autobiographie.

Par exemple, dans l’extrait suivant, on peut élaborer la problématique en émettant les hypothèses suivantes :

IndicesDonnéesHypothèses
Le paratexteLe Père Goriot, Honoré de Balzac, 18361836 : XIXème siècle
Honoré de Balzac : auteur réaliste
Mes connaissances personnellesMes cours, mes autres lecturesLe Père Goriot fait partie de "La Comédie humaine", qui veut « faire concurrence au code civil »
Le Père Goriot est un roman sur l’argent et la vie à Paris
Il raconte l’histoire de Rastignac, un stéréotype de l’arriviste parti de rien et voulant tout
Mots et expressions clés « odeur », « sent », « renfermé », « rance », « humide », « goût », « pue », « hospice », « nauséabondes », « horreurs », « crasse », « bizarres », …Le champ lexical relevé est négatif, miséreux, voire puant
Il rassemble beaucoup les sens (odeur et goût en particulier)
Les hommes sont absents, seulement les pièces sont décrites
Une main lance une ampoule allumée.
Poser une bonne question permet d'avoir les idées plus claires sur un sujet.

À partir de ces trois hypothèses, une problématique pertinente pourrait donc être : Comment l’auteur s'appuie-t-il sur la description de cette pension pour présenter le point de départ de l'arriviste Rastignac ?

Mais attention ! Cette problématique n’est pas la seule possible. À partir des mots que vous aurez relevés, de votre propre intuition et de votre culture personnelle, on pourrait en trouver d’autres, comme par exemple :

  • Comment l’auteur parvient-il à présenter des gens absents ?
  • En quoi cette scène de description est-elle typique du courant réaliste ?

Découpez le texte en axes de lecture à présent. Les axes de lecture, ce sont les idées qui doivent vous servir à répondre à la problématique générale. Formellement, ils constitueront les parties distinctes de votre commentaire composé et seront faits de plusieurs paragraphes.

En général, il faut en trouver

2 - 3

dans le texte.

Et pour les trouver, c’est encore une affaire de lecture et d’intuition ! Il faut donc relire l’extrait à commenter pour y trouver des idées secondaires (et distinctes les unes des autres !), en lien avec la problématique générale.

Cette fois, il faut s’armer de deux ou trois stabilos pour avoir une couleur pour chaque idée secondaire. On surlignera donc les mots et les expressions qui semblent correspondre à une même idée secondaire avec une même couleur.

Pour ce faire, on peut aussi s’aider des questions générales suivantes :

  • : où cela se passe-t-il ?
  • Quand : à quel moment, dans quelles circonstances ?
  • Comment : De quelle sorte, sous quelle forme, quelles ressemblances, quelles différences, quel rapport avec l'idée générale ?
  • Pourquoi : pour quelles raisons, dans quel but ? Quelles sont les causes, les conséquences, qu'est-ce que cela a ou va provoquer ? Quels sont les avantages, les inconvénients ? ...
Trois stylos de couleurs posés sur un bureau.
Apprenez à décliner les noms de la 3e sans effort !

Pour notre texte, on peut alors déceler les « axes de lecture »6 suivants, à l’appui de relevés de texte spécifiques :

Axe de lectureSous-idées (paragraphes de l’axe de lecture)Lien avec la problématiqueExtraits du texte correspondants (non exhaustifs)
Un roman réaliste (1er axe)Des descriptions précises Renforcer l’aspect réaliste de l’histoirePrécision des détails : « Elle est plaquée de buffets gluants sur lesquels sont des carafes échancrées, ternies, des ronds de moiré métallique, des piles d’assiettes en porcelaine épaisse, à bords bleus, fabriquées à Tournai. »
Un roman réaliste (1er axe)La convocation des sensRenforcer l’aspect réaliste de l’histoireles champs lexicaux relatifs aux cinq sens :
l'odorat : « exhale », « odeur », « nez », « pue », ...
la vue : « couleur indistincte », « rouge », « verriez », ...
le goût : « goût », « dîné », « appétit », ...
le toucher : « gluants », « grasse », « doigt », ...
Un roman réaliste (1er axe)Le bas de l’échelle socialeConvaincre de l’origine misérable de RastignacImpression démodée de la pension, champ lexical de la misère : « Pour expliquer combien ce mobilier est vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot, borgne, expirant »
Une pension de misère (2ème axe)Balzac le guideLa présence de l’auteur qui utilise des formules qui trahissent son avis« il faudrait appeler », « malgré ces plates horreurs », « il faudrait en faire », « qui retarderait trop », …
Une pension de misère (2ème axe)L’atmosphère de la pensionLa puanteur et la saleté de la pension qui figurent la misère des pensionnairesLa pension = les pensionnaires :
« Elle sent le renfermé, le moisi, le rance ; elle donne froid, elle est humide au nez, elle pénètre les vêtements ; elle a le goût d’une salle où l’on a dîné ; elle pue le service, l’office, l’hospice. »
Une pension de misère (2ème axe)Des personnages absents mais pauvresLes personnages ne sont pas là mais ils laissent la trace de leur misère « les quantités élémentaires et nauséabondes qu’y jettent les atmosphères catarrhales et sui generis de chaque pensionnaire, jeune ou vieux. » ; « les serviettes, ou tachées ou vineuses, de chaque pensionnaire »

Enchaînement des idées

Tout auteur construit son texte de manière logique et cohérente, selon une logique qu'il ou elle souhaite mettre en place dans le but d'orienter les lecteurs et faire passer des messages implicites. Mettez en lumière la cohérence et la progression logique du texte, car généralement, elles ne sont pas aussi évidentes et limpides que cela.

child_care
Difficulté

Les enfants, par exemple, auront du mal à cerner l'étude de texte, les enjeux et les messages cachés au sein des oeuvres de Victor Hugo, de Zola ou encore de Laclos ! Il est donc nécessaire de disposer des connaissances nécessaires ainsi que de lafaculté d'analyse profonde.

Comment l'auteur a-t-il ou elle réussi à provoquer cet effet ? De quelle manière le message s'est-il révélé ? Comment est-on passé de l'introduction du texte à la conclusion, de la première partie à l'enchaînement avec la deuxième ?

Étape 4 — Analyse du style et des figures de style

Un texte littéraire, c’est aussi une histoire de forme ! Cela veut dire que l’auteur utilise des formes particulières pour exprimer des choses particulières. On regroupe ces procédés sous l’appellation « figures de style ». Dans le tableau suivant, vous trouverez les plus fréquentes :

Figure de StyleTypeUtilisationExemple
MétaphoreAnalogieRapprocher un élément d'un autre sans outil de comparaisonUne beauté divine.
AllégorieAnalogieReprésenter une idée de façon imagéeMarianne est une allégorie de la République.
PersonnificationAnalogieReprésenter une chose ou un animal sous les traits d'une personneLa chaise est habillée d’une toile.
ComparaisonAnalogieRapprocher un élément d'un autre en utilisant un outil de comparaisonIl est beau comme un dieu.
AnimalisationAnalogieReprésenter une chose ou une personne sous les traits d'un animalIl avait les dents d’un loup.
AntithèseOppositionRapprocher deux mots très opposés pour souligner leur opposition« À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » (Corneille)
OxymoreOppositionAlliance de deux mots de signification opposéeUn soleil noir.
ParadoxeOppositionAffirmation allant à l'encontre de la logiqueC’est le plus faible qui a gagné.
AntiphraseOppositionExprimer une idée par son contraireIl est tout rouge, il ne s’est pas beaucoup dépensé.
MétonymieSubstitutionDésigner une réalité par l'une de ses caractéristiques ou un terme ayant un lien logique avec elleIl est mort par le fer.
PériphraseSubstitutionRemplacer un mot par un groupe de mots de sens équivalentLe pays du fromage est connu de tous.
HyperboleAmplificationExagérationEn courant comme cela, tu m’as tué !
GradationAmplification/AtténuationProgression croissante ou décroissanteIl est chétif, il est faible, il est mort.
AnaphoreAmplificationRépétition de mots, groupes de mots ou d'une construction en début de phrase« Mon bras qu'avec respect toute l'Espagne admire, / Mon bras qui tant de fois a sauvé cet empire. » (Corneille)
LitoteAtténuationDire le moins pour en comprendre le plus : atténuer une idée pour lui donner plus de force« Va, je ne te hais point. » (Corneille)
PrétéritionAtténuationFaire semblant de ne pas vouloir dire quelque chose mais le dire quand même« DUPOND : Mon cher, si vous comptez sur nous pour vous révéler qu'il s'agit de trafic d'avions, vous vous trompez lourdement. Motus et bouche cousue, c'est notre devise. » (Hergé)
EuphémismeAtténuationRemplacer une réalité par une expression moins bruteIl nous a quittés. (pour dire : « Il est mort. »
JuxtapositionConstructionAllier deux groupes de mots sans mot de liaisonJe l’aime, je m’en vais.
AsyndèteConstructionAbsence de mots de liaison entre deux groupes de mots liés par le sensJe l’aime, je la désire.
PolysyndèteConstructionExagération des mots de liaison entre plusieurs groupes de mots« Mais tout dort, et l'armée, et les vents, et Neptune. » (Racine)
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Attention !

Dans un commentaire de texte, on ne commente jamais la forme (comment est-ce dit ?) en l’isolant du fond (qu’est-ce que cela veut dire ?) ! Bien au contraire, une figure de style vient renforcer le sens des mots. Par exemple, quand on identifie la présence d’une métaphore, il faut expliquer pourquoi il y a une métaphore.

Lexique et registre de langue

Il est primordial d'analyser le registre de la langue, autrement appelé niveau de langue, à savoir :

  • Familier
  • Courant
  • Soutenu

Le vocabulaire utilisé dépend du niveau de langue choisi.

texte avec des mots écrits à la main

Selon le contexte de l'oeuvre, son époque bien entendu ainsi que la catégorie socio-culturelle de l'auteur ou de l'autrice, le niveau de langue peut fortement varier7.

Bien souvent, ce niveau de langue est choisi de manière à viser certains buts :

  • Choquer les lecteurs
  • Imposer un nouveau vocabulaire
  • Témoigner de nouvelles tendances
  • La volonté de mettre en avant un effet
  • Revenir à un registre plus ancien

Selon l'effet recherché, vous utiliserez :

Le langage soutenu

Effet recherché : noblesse, distance, poésie, mise en place d'une ambiance d'époque

Le langage courant

Effet recherché : neutralité, langage académique, simplicité, accessibilité, clarté, accord avec contexte et époque

Le langage familier

Effet recherché : réalisme, humour, proximité avec les lecteurs, mise en place d'une ambiance contemporaine, d'une ambiance de certains milieux (codes sociaux), provocation, revendication

Langage familierLangage courantLangage soutenu
BaraqueMaisonDemeure
BoufferManger, se nourrirSe restaurer, se sustenter
GodassesChaussuresSouliers
PinardVinBreuvage/nectar/cru
CaisseVoitureAutomobile/véhicule
GueulerCrierS'époumoner
Marmot/gosseEnfantChérubin

Figures de style

Le choix des figures de style n'est pas non plus dû au hasard, loin de là. Comme nous le savons, les figures de style provoquent des effets divers et variés, aussi, en choisir certaines à un moment bien donné est une volonté. Les métaphores aident à solliciter l'imagination du lecteur, tandis que les comparaisons sont plus adaptées à un plus jeune public, par exemple, là où l'oxymore vient surprendre le lecteur.

Ces figures de style, une fois trouvées, doivent donc être intégrées à votre développement selon la manière dont elles servent votre argumentation. Pour notre texte, voici ce que l’on peut faire, suivant les axes de lecture que nous avons décidés :

Extrait du texteFigure(s) de style identifiée(s)Axe de lecture correspondant Effet(s) de la figure de style
« Elle sent le renfermé, le moisi, le rance », « elle pue le service, l’office, l’hospice », « Elle est plaquée de buffets gluants sur lesquels sont des carafes échancrées, ternies, des ronds de moiré métallique, des piles d’assiettes [...] »AccumulationsUn roman réaliste/Des descriptions précises Donner au lecteur suffisamment d'images pour qu'il puisse se représenter la pièce de manière réaliste
montrer que les objets de la scène sont aussi les objets du quotidien
saturer la description comme le réel est lui-même saturé
« comme le sont des débris de la civilisation des Incurables »
« vous trouveriez ce salon élégant et parfumé comme doit l’être un boudoir »
ComparaisonsUn roman réaliste/Des descriptions précises Convoquer les connaissances du lecteur ; les figures de style le ramènent à un monde en partage
« des chaises estropiées, de petits paillassons piteux en sparterie qui se déroule toujours sans se perdre jamais, puis des chaufferettes misérables à trous cassés, à charnières défaites, dont le bois se carbonise. »ÉnumérationUn roman réaliste/Le bas de l’échelle socialeDévoiler l'appartenance sociale des pensionnaires "en creux"
« elle pénètre les vêtements », « elle pue le service, l'office, l'hospice », en parlant de l'odeur
« une longue table couverte en toile cirée assez grasse »
« des chaises estropiées »
« des chaufferettes misérables à trous cassés »
« ce mobilier est vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot, borgne, expirant »
PersonnificationsUne pension de misère/Des personnages absents mais présentsLes objets sont pareils à des personnes et qui, par extension, renvoient aux propriétaires desdits objets

Syntaxe et rythme

Le choix de la longueur des phrases, de la ponctuation ainsi que de l'emploi des mots crée des effets rythmiques bien précis ! Là où les phrases courtes s'enchaînent très rapidement et peuvent ainsi donner un effet de saccade, d'accumulation, les phrases longues assurent un effet plus poétique et relaxant.

Pareillement au sujet de la ponctuation ! Les virgules accumulées créent un sentiment d'urgence ou reflètent une personnalité en colère, tandis que les points virgules laissent respirer les lecteurs et assurent une lecture plus fluide.

Étape 5 — Interprétation et compréhension des thèmes

Thèmes principaux

Repérez les thèmes chers à l'auteur ou à l'autrice au sein de cet extrait. Si vous connaissez déjà l'oeuvre, alors ceci vous aidera beaucoup pour en dégager les thèmes majeurs !

Il vous faut ainsi faire une liste, au brouillon, des sujets abordés avec insistance par l'auteur.

jeune homme lisant

Intentions de l'auteur

A présent que les thèmes principaux sont relevés, détaillez les messages et critiques sous-jacentes. L'auteur a un ou, bien souvent, plusieurs messages à transmettre aux lecteurs : lesquels sont-ils ? De quelle manière sont-ils développés8 ?

message
Les messages sont-ils clairs ?

Sont-ils extrêmement implicites afin, peut-être, de moins heurter l'opinion publique, ou bien au contraire sont-ils très clairement visibles et perceptibles comme chez Victor Hugo dans Claude Gueux, entre autres ?

Exemple d'analyse de texte détaillée

Nous allons à présent vous partager un exemple d'une analyse de texte concernant l'extrait du Père Goriot de Balzac cité en début d'article. Cette analyse9 est proposée par BacFrançais.com et est idéale pour s'adapter à ce que l'on attend des jeunes lycéens !

Introduction

Émile Honoré de Balzac est né à Tours le 20 mai 1799 et mort à Paris le 18 août 1850. Il est considéré comme l'un des plus grands écrivains français de la première moitié du XIXe siècle, et comme le maître incontesté du roman réaliste.

Il élabora une œuvre monumentaleLa Comédie humaine, cycle cohérent de plusieurs dizaines de romans dont l’ambition est de décrire de façon quasi exhaustive la société française de son temps, ou, selon la formule célèbre, de faire « concurrence à l’état-civil ».

statue balzac

Il n’hésitera pas, en pleine monarchie libérale de Juillet, à afficher ses convictions légitimistes.

Le Père Goriot, dont la rédaction fut particulièrement pénible pour Balzac, connut dès sa parution, en 1835, un immense succès. Ce roman occupe pour plusieurs raisons une place centrale dans l’œuvre et la carrière de Balzac.

Il clôt la série des premiers romans à dominante essentiellement autobiographique, il est surtout à l’origine du fameux retour systématique des personnages.

La célèbre « ouverture » du roman d’où est tiré ce passage est un modèle de perfection du réalisme balzacien. Le narrateur sait admirablement pénétrer au cœur des êtres et des lieux, et son regard sur ces lieux permet de saisir aussitôt l’intimité de ceux qui y habitent. Cette description n’est donc pas un préambule gratuit. Elle prépare le drame qui va se jouer : à travers le décor, nous pressentons la présence des personnages.

I. L’odeur du salon

1. Une évocation réaliste

Le début du texte est une tentative d’objectivité. Le choix du conditionnel « Il faudrait » (l.1) au lieu d’un indicatif reflète l’absence de parti pris. Les expressions de présentation adoptent également la rigueur scientifique : elles sont neutres, à la forme passive ou impersonnelle : « Cette salle…fut jadis », « Elle est plaquée de buffets », « dans un angle est placée… », « Il s’y rencontre des meubles ».

La périphrase « l’odeur de pension » écrite en italique est explicite pour le lecteur du XIX ème siècle ou du début du XX ème siècle. Dans un tout autre contexte, nous serions réceptifs au message d’un narrateur qui évoquerait aujourd’hui l’odeur du métro.

2. Une écriture anti-idéaliste

Cette description est réaliste dans la mesure où Balzac se refuse à idéaliser la réalité à la manière des romantiques. Il cherche à reproduire les objets tels qu’ils sont, y compris dans leur abjection. Pour nous faire découvrir ces lieux pouilleux et misérables, il adopte la position d’un visiteur qui les découvrirait pour la première fois.

Cet aspect se révèle dans la tonalité péjorative des caractérisations juxtaposées : « elle sent le renfermé, le moisi, le rance ». Le mot sans doute le plus juste, à savoir « elle pue », a une connotation d’un réalisme agressif.

Balzac fait ce que l’on appelle au XIXème siècle une physiologie, c’est-à-dire une description réaliste presque clinique en soulignant volontairement les aspects les plus médicaux, les humeurs et les sécrétions.

pages de livre

Cetteinvestigation méthodique emprunte aussi un vocabulaire de la chimie et de la médecine, elle débouche sur une hypothèse de travail : « Peut-être pourrait-elle se décrire si l’on inventait un procédé pour évaluer les quantités élémentaires et nauséabondes qu’y jettent les « atmosphères catarrhales ».

L’odeur se présente ainsi comme un produit chimique dont le narrateur-enquêteur cherche à déchiffrer la formule.

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3. La sensation physique des lieux

Balzac veut que nous ayons la sensation physique des lieux qu’il écrit. La vue joue un rôle primordial : les objets sont recensés par un regard d’une acuité extrême. Tout est indiqué : couleur, matière première, origine de fabrication.

La salle à manger est « entièrement boisée », les « assiettes en porcelaine épaisse, à bords bleus » ont été fabriquées « à Tournai » ; le « cartel » est « en écaille incrustée de cuivre » etc.

Balzac a un souci d’exhaustivité, un désir de reproduire la totalité du réel, comme en témoigne la longue liste finale : « un baromètre », « des gravures », « un cartel », « des chaises », « des paillasses », « des chaufferettes ». Ce bric-à-brac de mauvais goût, où s’entassent des objets hétéroclites, nous donne une sensation de vertige et de malaise.

Par l’odorat, qui des cinq sens est celui qui nous immerge le plus profondément au cœur des choses et des êtres, nous pénétrons dans l’intimité de cet endroit : nous en saisissons l’unité organique.

Le visiteur est en effet agressé par une odeur fétide et nauséabonde qui est comme l’essence des lieux, avant même leur découverte.

Les éléments de la description, disparates sur le plan visuel, sont reliés par des sensations tactiles d’humidité, de crasse et de graisse : odeur « humide au nez », « buffets gluants », « poussière » qui « se combine avec l’huile », « toile cirée grasse ».

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L’humidité suggère la pingrerie de Mme Vauquer, qui ne chauffe pas la maison, la crasse renvoie au passage du temps, la graisse annonce la nourriture peu raffinée d’une cantine. En fait, l’odeur de pension du salon de Mme Vauquer est tellement nauséabonde que le narrateur ne peut s’empêcher d’avoir une réaction personnelle. Voyons donc en quoi ce texte est subjectif.

II. La présence du narrateur

1. Une évocation subjective

Quel que soit le désagrément réel de cette odeur, les procédés qui la caractérisent ont une valeur argumentative.

Balzac a recours à plusieurs accumulations ternaires : « Elle sent le renfermé/ le moisi/ le rance », « elle donne froid/ elle est humide au nez/ elle pénètre les vêtements », « elle a le goût d’une salle où l’on a dîné, elle pue le service/ L’office/ l’hospice ».

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La répétition de « elle », la juxtaposition des caractérisations (mises en valeur par l’absence de mots de liaison) donnent à l’odeur une pénétration intense et envahissante.

D’autre part, l’association de l’odorat aux sensations tactiles « froid », « humide », « pénètre » a une dimension hyperbolique soulignée par l’accumulation et par l’implicite.

Le lecteur a lu précédemment que le foyer de la cheminée de ce salon est toujours propre car on y fait du feu que dans les grandes occasions.

L’expression « le goût d’une salle où l’on a dîné » connote l’écœurement provoqué par l’odeur des restes refroidis. « Le service, l’office, l’hospice » accentue également la violence du verbe « puer ». La récurrence du son « ice » est particulièrement dépréciative. Ce salon sent les pauvres, les domestiques, les vieux et leur odeur se mêle à celle des ragoûts à bas prix.

2. L’énonciation et le registre ironique

Les marques de l’énonciation et le registre ironique traduisent aussi la subjectivité du narrateur. Notons en particulier l’indice de personne « vous » : « Si vous le compariez…vous trouveriez ce salon… ».

Pour souligner le caractère extrêmement misérable de ce rez-de-chaussée, le narrateur incite le lecteur à faire une comparaison avant de l’inviter avec lui dans la salle à manger.

Le champ lexical du raffinement « salon », « élégant », « parfumé », « boudoir » est valorisant mais dans ce contexte son emploi est purement ironique.

Le lecteur pourra aussi imaginer que ce salon immonde tient lieu de « boudoir » à Mme Vauquer lorsqu’il fera sa connaissance quelques pages plus loin. L’exclamation « Eh bien » et l’adverbe « peut-être » sont des modalisateurs qui soulignent le dégoût et l’ironie du narrateur.

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La tonalité scientifique de la longue phrase « Peut-être pourrait-elle se décrire si l’on inventait un procédé pour évaluer les quantités élémentaires et nauséabondes qu’y jettent les atmosphères catarrhales et sui generis de chaque pensionnaire, jeune ou vieux » est humoristique.

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Elle connote par l’hyperbole les atmosphères catarrhales, la toux et l’haleine fétide des pensionnaires toujours enrhumés et les odeurs intimes, propres à chacun (« sui generis »).

Enfin, le texte s’achève par une remarque ironique du romancier qui feint de ne pas vouloir alourdir sa description de peur de paraître ennuyeux : « il faudrait en faire une description qui retarderait trop l’intérêt de cette histoire, et que les gens pressés ne pardonneraient pas ».

Cette prétérition (figure qui consiste à annoncer qu’on ne va pas parler d’un sujet alors qu’on ne fait qu’en parler) est une critique de ceux qui considèrent les descriptions comme des temps morts dans la narration, sans faire l’effort d’en comprendre la signification.

3. La présence émotive du narrateur

La présence émotive du narrateur apparaît aussi dans les déformations que l’imagination de Balzac fait subir à la réalité. Les hyperboles font de cette salle un lieu étouffant et inquiétant « crasse » tellement épaisse qu’on y voit « se dessiner des figures bizarres », « gravures exécrables » qui « ôtent l’appétit ».

Le malaise est amplifié par les métaphores et les comparaisons. Balzac confère aux meubles une dimension épique et fantastique : « Il s’y rencontre de ces meubles indestructibles, proscrits pourtant, mais placés là comme le sont les débris de la civilisation aux Incurables ».

L’adjectif hyperbolique « indestructibles » suggère l’idée d’une éternité dans la laideur ; la métaphore « proscrits », à résonance historique et politique, ainsi que la comparaison « débris de la civilisation » sont reliés par le thème de l’exil et de l’exclusion.

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III. Une description préparant l’action

1. La fonction de la description

Cette description pose le problème de la fonction de la description dans l’économie du roman. A première vue, elle est un moment statique, qui suspend la narration et diffère le déroulement de l’intrigue. Elle retarde ce que les « gens pressés » jugent l’essentiel.

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Pourtant, en décrivant cette salle à manger pouilleuse, Balzac entre dans la narration proprement dite. Il éduque le regard de son lecteur : il lui apprend à déchiffrer les apparences.

Chez Balzac, le décor n’est pas un ornement, il est un monde qui explique par avance le caractère des pensionnaires. La description est donc une explication qui détaille le réel en l’orientant vers des fins morales.

Elle a une valeur psychologique et dramatique.

2. L’influence du milieu

Cette description illustre aussi la théorie de l’influence réciproque de l’être vivant et du milieu. Cette théorie est prônée par le biologiste Geoffroy Saint-Hilaire auquel est dédié Le Père Goriot. De la biologie, Balzac adapte cette idée à son analyse de la société. Pour le romancier, une harmonie existe entre la personne et le cadre de vie. Les lieux ont une signification morale, ils exercent un déterminisme sur les hommes et vice versa.

3. Des objets reflet des êtres

Les objets sont pour Balzac le reflet des êtres. Ils annoncent la venue des pensionnaires et laissent pressentir une société misérable. Au fil du texte, ils sont même assimilés à des personnes. Cette personnification se développe à partir du mot « hospice » précisé par l’allusion à « l’hospice des Incurables », lieu par excellence de la misère et de l’exclusion.

Ainsi, les « chaises » sont « estropiées », les « paillassons piteux », les « chaufferettes misérables », « les charnières défaites ».

Finalement le mobilier est carrément assimilé, en une accumulation hallucinante d’adjectifs, à un moribond : « ce mobilier est vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot, borgne, invalide, expirant ».

La bouffonnerie grisante de cette énumération produit un effet comique d’humour noir.

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Le spectacle s’est peu à peu mué en une vision d’apocalypse : la salle à manger prend la forme d’un monde humain dérisoire. Le mot « apocalypse » veut d’ailleurs dire « révélation » et ce décor révèle bien les êtres !

Dépossédés de leur valeur décorative et utilitaire, les objets sont réduits à leur fonction symbolique. Leur laideur, leur hétérogénéité, leur mauvais goût deviennent métaphoriquement les signes tangibles de la déchéance et de la médiocrité d’un groupe social à la dérive.

Conclusion

mots sur des pages de livres

En conclusion, cet extrait n’est pas simplement l’évocation d’un lieu. Balzac écrira plus loin à propos de Mme Vauquer : « toute sa personne explique la pension comme la pension implique sa personne ».

A travers le décor, Balzac laisse donc également pressentir la misère des pensionnaires. Les objets sont traités comme un terrain d’investigation sociologique.

Mais la réalité n’est pas seulement l’occasion d’un documentaire, elle est transfigurée par l’imagination d’un poète qui déchiffre les données visibles en les projetant dans une perspective épique et symbolique.

Conseils pratiques pour réussir son analyse de texte

Afin de réussir son commentaire composé haut la main, il est nécessaire de ne pas être passif durant la lecture du texte, même lors de la première lecture. Prenez un maximum de notes, spécialement durant la deuxième lecture, afin de noter tout ce qui vous vient en tête : d'abord ce qui vous saute aux yeux, ensuite ce qui est sous-entendu.

En amont de l'épreuve, entraînez-vous régulièrement, et ce sur différents types de texte et différents styles de narration, afin de peaufiner votre capacité d'analyse et de vous forger une culture littéraire en béton.

Une fois toutes ces lectures réalisées, et les passages correctement identifiés pour appuyer votre raisonnement, il ne vous reste plus… qu’à écrire vous-même ! Nous résumons ici les erreurs à ne pas faire comme les choses incontournables à écrire lors de cette dernière étape :

Partie du commentaireViséeInformations indispensablesÉcueils à éviter
Introduction- Présenter et situer le texte dans le roman
- Présenter le projet de lecture (= annonce de la problématique)
- Présenter le plan (généralement, deux axes)
- Renseignements brefs sur l'auteur
- Localisation du passage dans l'œuvre (début ? Milieu ? Fin ?)
- Problématique (En quoi… ? Dans quelle mesure… ?)
- Les axes de réflexions
- Ne pas problématiser
- Utiliser des formules trop lourdes pour la présentation de l'auteur
Développement - Expliquer le texte le plus exhaustivement possible
- Argumenter pour justifier ses interprétations (le commentaire composé est un texte argumentatif)
- Etude de la forme (champs lexicaux, figures de styles, etc.)
- Etude du fond (ne jamais perdre de vue le fond)
- Les transitions entre chaque idée/partie
- Construire le plan sur l'opposition fond/forme : chacune des parties doit impérativement contenir des deux
- Suivre le déroulement du texte, raconter l'histoire, paraphraser
- Ne pas commenter les citations utilisées
Conclusion- Dresser le bilan
- Exprimer clairement ses conclusions
- Elargir ses réflexions par une ouverture (lien avec une autre œuvre ? Événement historique ? etc.)
- Les conclusions de l'argumentation- Répéter simplement ce qui a précédé

Bon courage, et surtout : prenez du plaisir en lisant !

Sources

  1. Les manuels libres Région Académique Île de France [lesmanuelslibres.region-academique-idf.fr], "Les étapes de l'analyse d'un sujet", https://lesmanuelslibres.region-academique-idf.fr/francais-seconde/Methodes/Litteraire%20dissertation/Analyser%20un%20sujet/Les%20etapes%20de%20l%20analyse%20d%20un%20sujet.html. Consulté le 07 mars 2026.
  2. Editions Ellipses [www.editions-ellipses.fr], "Analyser un texte littéraire", https://www.editions-ellipses.fr/PDF/9782340027749_extrait.pdf. Consulté le 07 mars 2026.
  3. Université Batna [staff.univ-batna2.dz], "Le paratexte", https://staff.univ-batna2.dz/sites/default/files/benziane_sabrina/files/cours_paratexte_01.pdf. Consulté le 07 mars 2026.
  4. AUBRIT, Jean-Pierre, GENDREL, Bernard, Littérature : les mouvements et les écoles littéraires, "Chapitre 1. Qu’est-ce qu’un mouvement littéraire ?", pp. 9-23, https://shs.cairn.info/litterature-les-mouvements-et-ecoles-litteraires--9782200622817-page-9?lang=fr. Consulté le 07 mars 2026.
  5. LYRAUD, Pierre, L'Explication de texte littéraire à l'oral, "Chapitre 11. La problématisation", pp.82-87, https://shs.cairn.info/l-explication-de-texte-litteraire-a-l-oral--9782200621605-page-82?lang=fr. Consulté le 07 mars 2026.
  6. Académie de Strasbourg [pedagogie.ac-strasbourg.fr], "Comment formuler les axes de lecture", https://pedagogie.ac-strasbourg.fr/fileadmin/pedagogie/lettreshistoirepro/Lettres/4__Comment_formuler_les_axes_de_lecture.pdf. Consulté le 07 mars 2026.
  7. Le Robert dico en ligne [dictionnaire.lerobert.com], "Registres de langue", https://dictionnaire.lerobert.com/guide/registres-de-langue. Consulté le 07 mars 2026.
  8. COMPAGNON, Antoine, Le Démon de la théorie, "2. L’auteur", pp. 51-110, https://shs.cairn.info/le-demon-de-la-theorie-litterature-et-sens-commun--9782020225069-page-51?lang=fr. Consulté le 07 mars 2026.
  9. BacFrançais.com [www.bacfrancais.com], "Balzac, Le Père Goriot, L’odeur de pension", https://www.bacfrancais.com/commentaire/balzac-pere-goriot-odeur-pension. Consulté le 07 mars 2026.

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Emma

Rédactrice auto-entrepreneuse, je suis assoiffée de connaissances et peut mener des recherches pendant des heures !