Introduction

Pour Henri Schneider,  il est important qu’il se crée une collaboration cordiale et confiante entre le patron et ses ouvriers. Ils doivent ensemble travailler au bien commun, c’est à dire à la prospérité de  l’entreprise. Les Schneider ont une vision paternaliste et bienveillante de leurs ouvriers qui sont un peu leurs enfants. Bien que ces grands patrons du XIXe siècle recherchent le profit maximum, ils essayent aussi de concilier leur âpreté naturelle au gain avec  les conventions de la morale traditionnelle inspirées par la religion catholique (charité chrétienne). Comme d’autres patrons de l’époque les Schneider logent  leurs ouvriers  et leur offrent des infrastructures collectives (écoles, maternités, bains publiques). Les Schneider, à l’instar des seigneurs féodaux, sont omniprésents sinon omnipotents dans la vie de  « leur gens ».

Explications

Selon M Schneider les patrons ont le devoir de s’occuper du bien être de leurs employés, dans la mesure du possible et du raisonnable. Mais le  système, l’économie, a ses contraintes, déjà la concurrence avec les autres entreprises est une limite à la générosité.

Schneider, un patron paternaliste (ce qui est presque un pléonasme car père, pater,  et patron ont la même origine), il se présente et se représente même comme un saint patron (cf le vitrail de l’église St Henri du Creusot qui prête les traits d’Henri Schneider à Saint Eloi, patron des forgerons, ce qui est la moindre des choses pour le patron d’une usine de sidérurgie). Ce détail peut  nous sembler anecdotique, mais il nous montre l’importance du  patron à cette époque, plus qu’un simple employeur, il est aussi le propriétaire des logements des ses ouvriers comme de la plupart des institutions sociales de la ville.

Bien que prétendant vouloir « corriger les inégalités sociales » dont souffrent ses employés, Henri Schneider reste typiquement un patron libéral. Il rejette par principe toute intervention de l’état au niveau de la réglementation du travail. Pour Henri Schneider, le patron et ses ouvriers doivent se mettre d’accord sur les conditions du travail (les horaires et les salaires). S’il ne se dit pas hostile par principe à une réduction du temps de travail, qu’il pourrait d’abord appliquer à lui-même (qui travaille plus de dix heures par jour, donc plus que ses ouvriers),il affirme que cette mesure aurait pour conséquences fâcheuses de réduire les salaires ou d’augmenter les prix ( il n’envisage nullement la diminution de ses profits). D’autre part, il pense que l’ouvrier doit être libre de travailler plus (plus de dix heures par jour) s’il le souhaite. (remarquons que ce discours datant de 1897 est toujours d’actualité)

Oppositions

Pour JB Dumay le fameux système Schneider est une nouvelle féodalité. En France,  après sept révolutions, les industriels « nouveaux seigneurs du capitalisme » reconstituent de véritables fiefs dont ils sont les monarques, imposant aux travailleurs une servitude digne de l’Ancien Régime avec l’aide d’une « cour de valets et de courtisans ». Dumay stigmatise aussi «l’inertie,  l’indifférence et la lâcheté »  de cette « classe exploitée ».

Et même si les patrons dans un élan de charité « apportent quelques améliorations de détail » à la condition de des masses laborieuses qu’ils exploitent, même si les pouvoirs politiques prétendent défendre la classe ouvrière, le principe même de « la propriété individuelle » donnera toujours aux patrons des grandes compagnies  « le droit de vie ou de mort sur leurs salariés ».

JB Dumay, dans la ligne de l’idéologie marxiste, prône donc l’abolition de la propriété individuelle des moyens de productions, seule façon selon lui de libérer le prolétariat de la servitude que lui impose le capitalisme.

Réponse Organisée

La pensée sociale de Schneider s’articule autour de deux thèmes : le libéralisme économique et le paternalisme.

Le principe fondamental du libéralisme économique, doctrine définie au XVIII ème siècle par Adams Smith est le libre marché où s’équilibre harmonieusement l’offre et la demande. Ce marché doit fonctionner sans entrave donc sans intervention de l’état (cf. document 3 où  Schneider juge l’intervention de l’état « très mauvaise »). Ainsi la libre concurrence et le libre échange produiront le maximum de prospérité. Henri Schneider comme tous les patrons de l’époque défend cette idéologie libérale qui conforte  bien sûr les intérêts du patronat. Henri Schneider est également  hostile à une réduction du temps de travail (cf. document 3 « je serai le premier à en profiter »). Il prétend qu’il travaille lui-même plus de dix heures par jour. Mais il affirme aussi qu’un ouvrier (effectuant sans aucun doute un travail beaucoup plus pénible que le sien) pourrait avoir envie de travailler plus (cf.  Document 3 « on doit le laisser libre de travailler davantage si cela lui fait plaisir »).

Dans ce contexte de libéralisme dur,  très pénible pour la classe ouvrière, le paternalisme de certains patrons comme H. Schneider apparaît comme une réponse cohérente à la fois avec la morale traditionnelle (inspirée de la charité chrétienne) et avec le libéralisme. En effet, en absence de protection de l’état (salaires très bas, pas de sécurité sociale ni d’assurance chômage), c’est le patron qui est personnellement responsable du bien –être de ses ouvriers. Ce paternalisme bien que légitimement soupçonnable de condescendance  et d’hypocrisie, est donc logiquement préférable à une simple indifférence qui serait jugée encore plus méprisante et qui rendrait  les conditions  de vie du prolétariat encore plus précaires et difficiles. Remarquons que les ouvriers eux-mêmes sont demandeurs de ce paternalisme bienveillant et sécurisant (comme le déplore JB Dumay lorsqu’il critique « l’inertie, l’indifférence et la lâcheté » des exploités, document 5)

Remarquons encore que le paternalisme est une constante de toutes les organisations hiérarchiques où le pouvoir d’un homme s’exerce directement sur une communauté de taille moyenne. Depuis les tribus de la préhistoire  conduite par un patriarche, jusqu’aux régiments de militaires   dont le colonel est le « père », en passant par les fiefs des seigneurs féodaux ou par les relations très déséquilibrées entre le maître et ses esclaves, la figure du père, du patriarche ou du patron apparaît toujours pour établir un rapport de domination plus ou moins bienveillant, plus ou moins respectueux, plus ou moins protecteur ou plus ou moins oppressif, selon les circonstances et mais aussi selon la personnalité de ce chef. Henri Schneider, est présenté par son fils (doc 1) comme un homme de « cœur » considérant ses ouvriers comme « une véritable famille » c’est donc une figure paternelle sans doute sévère mais aussi juste, généreuse et respectée.

Conclusion

Le Paternalisme qui nous semble peut-être un peu désuet ou  archaïque, voire moralement incorrect, dans notre XXI ème siècle tout neuf n’est guère critiquable en tant que tel dans le contexte difficile des débuts du capitalisme industriel où des patrons tout puissants régnaient sans partage (ou presque) sur un prolétariat faible et  peu éduqué pour ne pas dire inculte et servile …

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