Les Liaisons dangereusesqui ont pour sous-titre Lettres recueillies dans une société et publiées pour l'instruction de quelques autres, est un roman épistolaire de 175 lettres, écrit par Pierre Chorderlos de Laclos et publié en 1782. Son auteur est un officier de carrière, connu pour quelques autres écrits, et qui traversa la Révolution et l'avénement de Napoléon 1er avec quelques remous.

Les liaisons dangereuses représentent une œuvre majeure du XVIIIème siècle ; elles exposent par des lettres échangées les stratagèmes pervers de deux nobles libertins du siècle des Lumières. Bien que l'œuvre soit tombée dans l'oubli au cours du XIXème siècle, non sans avoir provoqué un scandale en son propre temps, le XXème siècle lui rend grâce à son tour avec moins de pudeur.

Il s'agit d'une œuvre épistolaire exemplaire, qui offre de fines analyses psychologiques de ses personnages, digne héritière de La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau (1761). Rien n'y apparaît par hasard, chaque correspondant a son propre style et la polyphonie des correspondances qui se croisent aboutit à un drame en quatre étapes au dénouement ambigu.

Qui est l'auteur des Liaisons dangereuses ?
Pierre-Ambroise-François Choderlos de Laclos (1741-1803) (Crédits : Jean-Baptiste Perronneau (1715-1783)/ Fine Art Images/Heritage Images - Getty)

Résumé du roman

Personnages principaux

Les personnages sont divisés en deux groupes :

  • les libertins
  • leurs victimes

L'absence de narrateur principal offre au lecteur de se construire sa propre opinion sur chaque personnage, en profitant de l'ensemble des lettres. Il peut y voir la naïveté des victimes d'un côté, et le cynisme des libertins de l'autre.

Marquise de Merteuil

La marquise de Merteuil est une femme typiquement cultivée de l'époque Louis XV. Il s'agit d'un personnage volontaire, en contrôle sur ses passions, désireuse de les cacher aux autres. Son but est de dominer les hommes ; en cela, elle peut être considérée comme une femme précurseuse de notre modernité.

Ces tyrans détrônés devenus mes esclaves ; si, au milieu de ces révolutions fréquentes, ma réputation s'est pourtant conservée pure ; n'avez-vous pas dû en conclure que, née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre, j'avais su me créer des moyens inconnus jusqu'à moi ?

La marquise de Merteuil au vicomte de Valmont, Lettre LXXXI

En même temps, c'est une femme immorale : pour arriver à ses fins, elle est prête à tout sacrifier et à manipuler n'importe qui, ce que prouvera le roman.

Le vicomte de Valmont

Le vicomte de Valmont est également un personnage immoral et sans scrupule. Il aime faire du mal : on peut le considérer comme un sadique au sens mental du terme. Il est hypocrite, refusant coûte que coûte de tomber amoureux.

La seule chose qui l'intéresse, en bon libertin pervers, c'est son tableau de de chasse. Malgré cela, il finira par être vaincu par ses sentiments pour la présidente de Tourvel...

La présidente de Tourvel

La présidente de Tourvel est une jeune femme âgée de 22 ans qui apparaît comme vertueuse et fidèle. Elle est néanmoins un peu plus ambiguë que cela : elle fera suivre à la trace le vicomte de Valmont, elle souffle le chaud et le froid, elle cède puis se rétracte...

De fait, il s'agit d'un personnage déchiré entre ses convictions puritaines et ses sentiments pour le vicomte. Elle y résiste longtemps, montrant par là la puissance de ses idées, mais finit par céder à sa passion - ce qui la conduira finalement à la mort.

Cécile de Volanges

Cécile de Volanges est la proie, parce qu'il s'agit d'une « oie blanche », c'est-à-dire une fille pure, et supposément sotte. Elle sort du couvent à 15 ans et doit épouser le comte de Gercourt qu'elle n'a jamais vu.

Son charme est cependant présenté comme purement physique, puisqu'elle n'a aucune qualité intellectuelle.

Elle sera l'objet des stratagèmes pensés par les deux libertins que sont Merteuil et Valmont.

Structure

Le roman est composé comme suit :

  • un court Avertissement de l'éditeur qui prévient le lecteur que les lettres pourraient être apocryphes (= dont l'authenticité est douteuse) ;
  • une Préface du rédacteur, qui remet les correspondances à venir dans leur contexte et assurent, cette fois, de leur authenticité, bien que, selon lui, les noms aient été modifiés ;
  • 175 lettres datées qui permettent de comprendre l'histoire qui s'est jouée ;
  • quelques cinquante commentaires venus du rédacteur, au bas de certaines lettres, qui donnent des informations clés n'apparaissant pas explicitement dans les lettres (comme l'origine de la rencontre entre Merteuil et Valmont) ;
  • une Note de l'éditeur qui vient conclure le roman pour donner des informations sur la vie de mademoiselle de Volanges après cette histoire.

Ainsi, l'auteur s'attache à donner à son histoire tous les aspects de la réalité, à travers un faux paratexte (c'est-à-dire tous les textes qui entourent les lettres) et de fausses figures comme un supposé éditeur et un supposé rédacteur.

Il pousse même l'effort jusqu'à donner le motif du rassemblement de toutes les lettres en un seul recueil : madame de Rosemonde (la tante de Valmont) aurait voulu toutes les récupérer afin de faire oublier l'affaire.

Quels sont les exemples de romans libertins ?
Le vicomte de Valmont (John Malkovich) et la marquise de Merteuil (Glenn Close) dans le film de Stephen Frears (1988).

L'histoire

Dès la première lettre du roman, nous apprenons que la jeune cousine de la marquise de Merteuil, Cécile de Volanges, sort du couvent pour se marier avec le comte de Gercourt.

La marquise demande à son ancien amant, le vicomte de Valmont, de déshonorer la jeune fille, dans le but de se venger du comte, qui l'avait jadis humiliée. Mais Valmont refuse, jugeant le défi trop facile, et par ailleurs occupé à une autre entreprise : séduire la fidèle et pieuse présidente de Tourvel, qui attend son mari au château de madame de Rosemonde, sa propre tante très âgée.

Merteuil s'engage alors elle-même : elle gagne la confiance de la jeune Cécile, tout en séduisant le chevalier Danceny, un jeune homme qui la fréquente aussi. La marquise prend ce dernier pour amant afin de libérer ses mœurs et, une fois son « éducation » faite, rompt avec lui pour qu'il devienne l'amant actif de Volanges.

Valmont, quant à lui, parvient presque à séduire la présidente de Tourvel. Cette dernière est cependant mise en garde par madame de Volanges contre cet homme à la si mauvaise réputation. Merteuil promet alors à Valmont qu'elle se donnera à lui si jamais il parvient à coucher avec Tourvel, preuves écrites à l'appui.

Le vicomte établit alors sa stratégie : il joue son repentir auprès de la présidente de Tourvel en reconnaissant ses torts passés et entreprend également de gagner l'affection du voisinage du château. Cela fonctionne : Tourvel pense que sa présence assagit son prétendant, et elle tombe peu à peu amoureuse, malgré sa résistance intérieure.

Lorsque Valmont lui déclare son amour, elle lui refuse toute relation ; elle finit même par lui demander de quitter le château, même si le vicomte sent bien comme elle est touchée par sa présence. Il apprend néanmoins que Volanges conseille sa proie contre lui et sent sa rancune monter envers celle-là.

Pendant ce temps, même si elle échange par lettres avec les deux, Merteuil peine à faire consommer leur amour à Danceny et Cécile, du fait de leur trop grande pudeur amoureuse. Elle se résout donc à demander au vicomte de former Danceny au plaisir libertin, ce qu'il accepte de faire. Pourtant, le chevalier reste timide et le projet de la marquise n'avance pas.

C'est alors que le vicomte propose à la marquise de Merteuil de piquer au vif les deux amants pour les échauffer. Elle dénonce donc secrètement à madame de Volanges les échanges écrits entre sa fille et le chevalier, tout en l'incitant à éloigner celle-ci chez madame de Rosemonde. En faisant ainsi, elle espère que Valmont pourra jouer le passeur entre les deux amoureux.

Ainsi, au château de madame de Rosemonde, le vicomte de Valmont demande de l'aide à Cécile pour faire réaliser un double de la clé de sa chambre au prétexte mensonger de pouvoir lui remettre les lettres de Danceny, et pour pouvoir lui faire le rencontrer. Celle-ci, même si elle reste méfiante, s'exécute.

Une fois le double fabriqué, Valmont s'introduit par surprise une nuit dans la chambre de la jeune femme. Après avoir calmé sa peur, il la manipule jusqu'à la troubler et à abuser d'elle sans se faire repousser. Mais la nuit suivante, alors qu'il tente une nouvelle fois d'entrer dans sa chambre, elle ferme sa porte de l'intérieur et l'empêche de l'ouvrir.

Que veut faire la Marquise de Merteuil ?
Marie-Caroline of Bourbon-Two Sicilies, Duchess of Berry (1798–1870), Messe du soir dans un couvent, détail

Le lendemain, voyant que sa fille est souffrante, madame de Volanges pense que sa fille se languit du chevalier Danceny. Elle songe alors à défaire la promesse de mariage avec M. de Gercourt mais lorsqu'elle s'en confie à Merteuil, celle-ci l'en dissuade. La marquise apprend aussi par une lettre de Cécile la nuit avec Valmont ; elle encourage alors sa jeune cousine à prendre le vicomte pour amant, afin de s'exercer aux choses de l'amour avant la venue de Danceny. Commence alors une relation entre Valmont et Cécile. L'homme se fait une joie de dépraver la jeune fille et médit en même temps sur sa mère.

Le vicomte n'abandonne pas pour autant son projet avec madame de Tourvel, qui lui résiste toujours. La présidente décide même de quitter le château, ce qui le rend furieux. Il engage alors quelqu'un pour l'espionner et apprend ce faisant qu'elle est complètement amoureuse de lui. Il fait alors croire à sa tante qu'il est malade d'amour pour elle, sachant que les deux femmes s'entretiennent par lettres. Et lorsqu'il rencontre finalement Tourvel, il va jusqu'à lui dire son intention de se suicider si elle se refuse encore à lui. Elle finit par succomber à ses mots.

Valmont avoue finalement à Merteuil qu'il ressent de l'amour sincère pour cette femme, et qu'il veut poursuivre cette relation avec elle. Mais il rappelle aussi à sa complice sa promesse : elle doit se donner à lui. La marquise exige plutôt qu'il rompe avec la présidente, tout en continuant sa relation avec Volanges. Il accepte finalement mais cette rupture provoque l'effondrement psychologique de la présidente, qui se retire au couvent.

Un soir, alors que Valmont est dans la chambre de Volanges, celle-ci fait un malaise. Le médecin arrivé en secret lui donne son diagnostic : il s'agit d'une fausse couche. Madame de Volanges, persuadée que sa fille est en mal d'amour, accepte de faire venir le chevalier Danceny auprès de sa fille.

Valmont est toujours épris de madame de Tourvel et lui envoie une lettre au couvent. Mais la jeune femme perd sa santé physique autant que mentale et rejette les mots de Valmont en hurlant.

Valmont espère encore obtenir les faveurs de Merteuil, conformément à leur pacte. Il lui ordonne d'honorer sa promesse, sans quoi il s'agirait d'une déclaration de guerre. La réponse de la marquise est sans appel :

RÉPONSE DE LA MARQUISE DE MERTEUIL
écrite au bas de la même lettre.
 .
Hé bien ! la guerre.

Cette réponse laconique marque le début de la fin.

Valmont force Cécile à écrire à Danceny pour une entrevue, l'objectif pour lui étant de lui faire délaisser Merteuil. La manœuvre réussit, et il s'en vante auprès de son ancienne complice.

Mais le chevalier est mis au courant des tromperies de Valmont - sans qu'on sache réellement par qui - et il provoque ce dernier en duel. Le vicomte en ressort mortellement blessé et, avant d'expirer définitivement, il remet toute sa correspondance avec la marquise de Merteuil à Danceny.

Lorsque la présidente de Tourvel est mise au courant de la mort de Valmont, elle décède le soir même. Lorsque madame de Volanges apprend les deux décès, elle remet à madame de Rosemonde toute sa correspondance avec Tourvel. Dans le même temps, Danceny, indigné et dégoûté, montre à qui veut les voir les lettres de Merteuil ; tout Paris découvre la dépravation de la libertine, qui disparaît de Paris.

Cécile de Volanges, quant à elle, se réfugie au couvent avec la volonté de se faire religieuse. Danceny choisit l'île de Malte.

La marquise reviendra néanmoins à Paris. Elle est huée en public et fait mine de l'ignorer. Bientôt, elle tombe gravement malade : c'est la petite vérole, et son visage s'en trouve défigurée. Elle disparaît alors définitivement, sans qu'on sache véritablement où...

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C'est parti

La réaction aux Liaisons dangereuses

Avec la publication des Liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos crée une tempête littéraire, un déluge de scandales.

Le 16 mars 1782, le libraire Durand signe avec « Delaclos, capitaine d'artillerie » un contrat pour l'édition d'un livre alors intitulé Le Danger des liaisons. Il prévoie un tirage de 2000 exemplaires, chiffre modeste pour l'époque, qui atteste du peu de confiance que l'éditeur avait dans son propre choix.

Mais dès les premiers jours suivants le tirage, le livre suscite une immense clameur. Mme Riccoboni, amie de la famille Laclos, écrit à l'auteur :

Tout Paris s'empresse à vous lire, tout Paris s'entretient de vous.

Cette omniprésence fait même acheter l'ouvrage à la reine Marie-Antoinette. En quelques jours, les deux mille exemplaires sont épuisés, faisant signer à Durand et Laclos pour une nouvelle édition. Il y en aura neuf rien qu'en 1782, et cinq autres piratées par d'autres libraires.

Le tout Paris discute du livre et s'amuse à identifier ici et là les vraies personnes dont Laclos se serait inspiré. Les rumeurs vont à un tel train que les autorités font arrêter la vente du livre, interdire toute publicité, retirer l'ouvrage des cabinets des lectures. Il y a aussi l'armée qui s'inquiète qu'un officier ait donné naissance à un tel ouvrage. Le 24 mai, Pierre Choderlos de Laclos est sommé de revenir en garnison à Brest.

De fait, ce roman cruel blessait l'opinion contemporaine jusque dans ses plus chères hypocrisies. Car l'auteur des Liaisons ironise volontiers, dès l'« Avertissement de l'éditeur », sur l'autosatisfaction de « ce siècle de philosophie, où les lumières, répandues de toutes parts, ont rendu, comme chacun sait, tous les hommes si honnêtes et toutes les femmes si modestes et si réservées ».

Les tractations secrètes de Valmont et de Merteuil sont ressenties comme une dénonciation insupportable. On oppose à Laclos plusieurs réponses : des caractères aussi abjects ne peuvent pas exister, ou bien ne sont pas représentatifs ; et quand bien même ils existeraient, avait-il le droit de montrer ces horreurs-là ?

Enfin, malgré toute l'horreur que brasse le fond, on ne peut que louer la forme : jamais un roman du libertinage n'avait atteint une telle grâce, une telle force. L'histoire elle-même est agencée d'une main de maître : on ne peut que le reconnaître.

Le libertinage

Du libertinage, on peut en différencier deux formes :

  • le libertinage philosophique
  • le libertinage érotique
Qu'est-ce que le libertinage ?
Par Jean-Honoré Fragonard, Le Verrou, 1777 (Musée du Louvre)

Libertinage philosophique

Le libertinage est un mouvement culturel né au XVIIème siècle, lequel est partagé entre le libertinage de la cour, avec pour figure de proue la personne même du roi Louis XIV, et la religion, malgré tout très présente. Le premier libertin est Théophile de Viau (1590-1626).

À cette époque, le progrès des sciences ouvre les yeux aux intellectuels : il laisse à penser que la religion est un acte factice, qui sert surtout les intérêts du clergé. Molière oppose par exemple le matérialisme scientifique à la croyance religieuse, lorsqu'il fait dire à Don Juan :

Tout ce que je crois, c'est que deux et deux font quatre.

Aussi, le libertin est-il avant tout un libre penseur : il est athée (= sans dieu) et le revendique.

Libertinage érotique

Le libertin, affranchi de la morale (surtout issue de la pensée religieuse), se met à la recherche du plaisir des sens. Il cherchera à séduire avec hypocrisie, avec le but de tout soumettre à ses désirs.

Le libertin est, de manière caricaturale, un individualiste, sans peur ; il est méprisant, arrogant, suffisant. Il se fixe une stratégie de séduction et éprouve dans la réalisation de cette stratégie davantage de plaisir encore que dans la conquête elle-même.

Le récit libertin

C'est surtout au XVIIIème siècle que ce genre de récit s'impose. Comme exemples fameux, on peut citer :

  • Point de lendemain de Vivant Denon, 1777
  • Les liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos, 1782
  • Histoire de ma vie de Casanova, 1789-1798
  • La Philosophie dans le boudoir du Marquis de Sade, 1795

Le récit libertin est généralement ennuyeux, parce que le personnage principal y privilégie la dialectique, c'est-à-dire l'art de convaincre.

De même, les victimes du libertin sont souvent peu intéressantes car il s'agit de jeunes gens inexpérimentés, purs, mais qui n'ont pas grand-chose à dire.

À noter que Laclos ne se place pas du côté des libertins et n'est pas un libertin lui-même. Au contraire, son récit a une visée morale, comme l'affirme le « rédacteur » dans sa préface :

Il me semble que c'est rendre un service aux mœurs que de dévoiler les moyens qu'emploient ceux qui en ont de mauvaises pour corrompre ceux qui en ont de bonnes.

Le genre épistolaire

Avant Les Liaisons dangereuses, le genre épistolaire (c'est-à-dire un roman où la narration avance avec des lettres, sans narrateur principal) avait toute une tradition.

Le premier du genre s'est déclaré dès 1669 avec Les Lettres de la religieuse portugaise, à l'auteur incertain. Puis arriva Richardson et notamment sa Clarisse Harlowe, qui fut adapté par l'abbé Prévost en français, ou encore Montesquieu et ses Lettres persanes (1721). Enfin, le genre fut définitivement imposé par le succès de La Nouvelle Héloïseécrit par Jean-Jacques Rousseau en 1762.

Mais c'est avec Laclos que le genre atteint se perfection. Le militaire crée treize personnages, tous utiles à l'action. Parmi ceux-ci, quatre (Valmont, Mme de Merteuil, Mme de Tourvel, Cécile) écrivent 128 des 175 lettres. Et contrairement à ses prédécesseurs, notamment Montesquieu et Rousseau, Laclos évite les interminables lettres-dissertations qui servent davantage les idées de l'écrivain que la dynamique d'une histoire autonome.

De fait, chaque pièce du récit de Laclos apparaît nécessaire et tout paraît cohérent. Il tient même compte du temps qu'il faut pour qu'une lettre arrive à destination, d'où certains effets de décalage.

En outre, Laclos installe le lecteur à un poste d'observation savamment placé : tandis que les destinataires des lettres n'ont que des vues limitées sur ce qu'on leur expose, le lecteur, lui, sait tout, voit tout. Ainsi de la lettre XLVIII, celle que Valmont écrit sur le dos nu d'Émilie, à destination de l'honnête Tourvel, qui ne peut rien comprendre aux connotations sexuelles de son correspondant.

Il y a aussi la cohérence contextuelle de toutes ces discussions par lettres. Valmont et Merteuil, par exemple, ne se verront pour de vrai que quatre mois après le début du roman. Il est donc normal pour eux d'échanger par lettres. L'auteur ménage également des séparations pour Danceny et Cécile, et pour les femmes confidentes, ce qui rend plausibles (ou même nécessaires) leurs communications par ce biais. Même les lettres entre Valmont et Mme de Rosemonde, alors qu'ils vivent sous le même toit, sont justifiées par la stratégie pour l'un, par la pudeur pour l'autre.

La dynamique épistolaire ne fait rien perdre non plus à la dynamique narrative. Lorsque Laclos veut raconter des scènes purement narratives, il le fait avec beaucoup d'intelligence, comme lorsqu'il montre la scène de la charité (voir la lettre XXI) à travers les mots de Valmont d'un côté, puis de Mme de Tourvel de l'autre.

Enfin, chez Laclos, on sent bien combien la lettre sert le propos. C'est Merteuil qui dit à Cécile, dans la lettre CV :

[...] quand vous écrivez à quelqu'un, c'est pour lui et non pas pour vous : vous devez donc moins chercher à lui dire ce que vous pensez, que ce qui lui plaît davantage .

La lettre est un outil de séduction, c'est-à-dire l'arme toute trouvée du libertin qui ne cherche précisément qu'à séduire. La correspondance des Liaisons dangereuses ne se limite donc pas à refléter l'action : elle est un moteur même de l'action. Et comme exemple ultime, on peut citer celui-ci : c'est bien la remise de sa correspondance à Danceny qui perdra Merteuil l'intouchable. Et c'est aussi comme cela qu'elle avait elle-même condamné Valmont...

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Agathe

Professeur de langues dans le secondaire, je partage avec vous mes cours de linguistique !