"Les orateurs élèvent la voix quand ils n'ont plus d'arguments", Cicéron 

Développer une argumentation cohérente et la retranscrire à l'oral n'est pas une chose aisée : comme le disait Cicéron dans ses oeuvres philosophiques, l'argumentation peut être un exercice délicat, poussant les moins téméraires à la perte de leurs moyens. Le plus simple, pour réussir son argumentation, reste encore de suivre la méthodologie la plus répandue, à savoir le triptyque : "convaincre, persuader et délibérer". Envie de savoir comment une argumentation fonctionne ? Comment réussir votre oral de français face à des professeurs exigeants ? Voici quelques astuces pour en mettre plein la vue !

Les enjeux et basiques de l'argumentation

Qu'est-ce que l'argumentation en langue française ? L'argumentation se joue aussi bien derrière un pupitre face à un adversaire, que dans la cour de récré pour choisir le prochain jeu collectif !

"Est-ce qu'il existe des bons et des mauvais arguments ?" : voilà une question assez fréquente qui résume bien le (fameux) débat, à savoir "comment faire une bonne argumentation ?", ou alors, "quels sont les critères d'une argumentation convaincante ?".

"Argumenter, c'est le fait de soutenir, réfuter ou discuter une opinion, une thèse", définition du dictionnaire littéraire

La première chose à savoir, c'est de comprendre ce qu'est l'argumentation. Au cours du siècle des Lumières, la plupart des philosophes ont mis à jour la prépondérance du raisonnement inductif par rapport au raisonnement déductif : c'est en débattant que les idées se forment.

"Assurons-nous bien du fait avant de nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode est bien lente pour la plupart des gens qui courent naturellement à la cause, et passent par-dessus la vérité du fait ; mais enfin nous éviterons le ridicule d’avoir trouvé la cause de ce qui n’est point", Fontenelle, Première dissertation, chap. IV, 1687

Mais l'argumentation, cela ne se résume pas qu'à ça ! Pour analyser un texte ou un discours argumentatif, il faut repérer le type de raisonnement utilité, à savoir :

  • Le raisonnement déductif, qui consiste à déduire une hypothèse suite à une observation,
  • Le raisonnement inductif, qui permet d'aboutir à une conclusion générale après confrontation de plusieurs observations,
  • Le raisonnement par analogie, où l'on compare plusieurs thèmes ou domaines,
  • Le syllogisme, qui met deux thèses en rapport pour aboutir à une conclusion générale,
  • Le sophisme, qui

Outre ces mots un peu compliqués, revenons sur un autre aspect de l'argumentation : les registres ! Cela permet de comprendre le contexte et le but recherché. Voici un tableau récapitulatif des registres de l'argumentation, cela vous aidera peut-être pour votre prochaine présentation !

Registre Effet souhaité dans l'argumentation Exemple de procédé
Comique Vouloir amuser ou susciter l'intérêt Familiarités
Jeux de mots
Art du sous-entendu
Didactique Donner/transmettre des enseignements ou leçons Syntaxe simple
Vulgarisation des termes
Volonté de neutralité
Laudatif Chercher à faire l'éloge de quelque chose ou quelqu'un Lexique mélioratif avec des hyperboles
Phrases répétitives, insistantes
Lyrique Réveiller les sentiments personnels Utilisation du champ lexical des sentiments et de la 1PS
Recours aux images métaphoriques
Pathétique Émouvoir, attendrir, impressionner Utilisation du champ lexical de la souffrance
Point de vue subjectif
Polémique Controverser ou attaquer une thèse Procédés de dévalorisation, d'ironie
Utilisation de phrases exclamatives et amples

Saviez-vous que le registre pathétique (du grec "pathos", souffrir) est l'un des meilleurs procédés pour "persuader" ? 

En somme, l'argumentation se résume en trois stratégies :

  • Une partie convaincre, cherchant à amener les autres à penser comme soi,
  • Une partie persuader, qui vise entraîner l'adhésion d'un interlocuteur,
  • Une partie délibérer, qui permet de faire un choix ou prendre position.

Découvrons maintenant les modes d'argumentation et leurs outils respectifs 

Déterminer le but de l’argumentation pour choisir des outils appropriés

Quand faut-il faire une argumentation ? Dans la série "Designated Survivor", celui qui incarne le Président des États-Unis doit prononcer des discours à la fois pour convaincre, persuader et délibérer : quels sont ses outils à disposition ? (Source : Variety)

L'argumentation est polymorphe. Maintenant que vous en maîtrisez les basiques, il est temps de s'attarder sur le coeur du sujet : convaincre, persuader ou délibérer ? Ces trois stratégies ne poursuivent pas le même but et ne nécessitent pas les mêmes outils oraux et linguistiques pour réussir. Petit tour d'horizon de la question.

"Dans la société démocratique, il faut de plus en plus savoir argumenter, exposer ses idées à la discussion et discuter les idées des autres", Alain Renaut 

Argumenter pour convaincre ?

"Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point", Pascal, Les Pensées

Cette célèbre diaphore est employée dans un but bien précis : convaincre, et non pas persuader. Pourquoi ? Parce que convaincre un interlocuteur a un but bien précis : amener cette personne à penser profondément comme soi. On fait donc appel à la raison du destinataire, en ayant recours à des procédés de répétition. Pour cela, plusieurs moyens de convaincre peuvent être utilisés :

  • Les arguments rationnels : la compréhension est permise grâce à des exemples clairs,
  • Les exemples illustratifs : les références ou les faits d'actualité tangibles peuplent le discours,
  • Le registre didactique ou polémique : on vise à interpeller le destinataire dans sa propre réflexion, soit en lui enseignant, soit en le provoquant,
  • Une méthode claire et précise : le discours est organisé, concret et fait de connecteurs logiques.

Pour convaincre, on adopte une posture sûre de soi, on cite des faits concrets.

Argumenter pour persuader ?

La persuasion argumentative est définie comme un moyen "d'entraîner l'adhésion d'un interlocuteur à une thèse". Ainsi, on va plutôt faire appel aux sentiments ou à l'imagination du destinaire. Les moyens utilisés pour persuader sont un peu différents que ceux pour convaincre :

  • L'accent sur l'éloquence est beaucoup plus présent,
  • La personnalité du destinataire est prise en compte pour mieux toucher,
  • L'auteur exprime sa sensibilité personnelle (on retrouve souvent des discours à la première personne),
  • Les registres les plus courants sont : pathétique, polémique, lyrique et ironique.

En s'incluant dans le discours, le mode de conviction est totalement différent : il est subjectif et biaisé, d'où la différence entre convaincre (neutralité, tournures impersonnelles) et persuader (histoires personnelles)

Parmi les figures de rhétorique les plus courantes pour persuader, on retrouve :

  • Les procédés rhétoriques qui suscitent l'émotion,
  • Les figures par analogie (métaphore, comparaison, allégorie, personnification),
  • Les figures par substitution (métonymie, synecdoque, périphrase),
  • Les figures par opposition (antithèse, chiasme, antiphrase,paradoxe, oxymore),
  • Les figures par amplification (hyperbole, anaphore, gradation); les figures par atténuation (euphémisme, litote).

Pour persuader, on trouve le meilleur moyen de susciter l'émotion ou l'imagination chez son destinataire.

La persuasion est l'un des piliers des métiers de plaidoyer, comme dans les organisations non-gouvernementales

Argumenter pour délibérer ?

Délibérer se trouve à mi-chemin entre la conviction et la persuasion : il s'agit "d'effectuer un choix face à une question problématique ou un dilemme". Cela peut être le cas, par exemple, d'un débat sur la peine de mort.

La délibération est un mode d'argumentation très présent dans les métiers de l'avocature, où il faut certes convaincre, mais avant tout proposer une réflexion mêlant faits réels et appel à l'émotion

Les traits caractéristiques de cette stratégie argumentative sont les suivants :

  • On pèse le pour et le contre, on semble balancer entre deux choix sans qu'un n'émerge plus que l'autre,
  • Le discours est plus long, marqué par des hésitations, des pauses, des contradictions.

La délibération est parfois comparée à un travail d'introspection.

Maintenant, comment réussir concrètement votre argumentation en langue française ? 

Les étapes incontournables d'une argumentation réussie

Comment faire une bonne argumentation en français ? Faire participer son auditoire pour le captiver est une technique de persuasion ! (Source : samson Montréal)

Notamment pour l'art oratoire et donc pour certaines catégories de métiers, la maîtrise de l'argumentation est essentielle. Cela passe aussi bien par le fond que par la forme, c'est-à-dire aussi bien par le registre choisi que les arguments en eux-même. D'ailleurs, en parlant d'arguments : vous ne pourrez réussir à convaincre, persuader ou délibérer qu'en ayant recours aux types d'arguments suivants. Les plus répandus sont :

  • L'argument logique : il est issu de l'auteur, de son propre discours,
  • L'argument d'autorité : il apparaît comme une vérité connue de tous, il est peu contestable,
  • L'argument de valeur : il réfère à un système de normes bien encré, qu'il s'agisse de religion, de famille, de règles morales,
  • L'argument d'expérience : il est basé sur des faits et des témoignages, bien que subjectif il reste concret,
  • L'argument ad hominem : choisi selon la personnalité du destinataire, cela permet de déstabiliser en discréditant par exemple.

"Un seul bon argument vaut mieux que plusieurs arguments meilleurs", Tristan Bernard, Secrets d'Etat (1908)

Aussi, l'argumentation est un art vivant. Cela signifie que vous avez nécessairement un interlocuteur qui vous renvoie la balle, que ce soit dans un cadre précis ou non. Il existe des procédés pour renverser la tendance d'un débat, notamment lorsqu'il n'est pas en notre faveur, comme :

  • Retourner l'argumentation contre son émetteur : inversion des propositions par Montesquieu,
  • Utiliser le raisonnement par l'absurde : Voltaire sur la théorie du bon sauvage de Rousseau,
  • Avoir recours au raisonnement concessif : Diderot dans son Autorité politique (1751).

Par ailleurs, les genres argumentatifs sont nombreux, notamment à l'écrit. On retrouve de nombreux auteurs connus, mais vous pourriez également être amené à rédiger ces genres particuliers :

  • L'essai,
  • Le dialogue,
  • Le discours.

Ce sont là des genres réels. Il existe aussi des genres fictifs, comme :

  • Le conte de fées (fonction didactique),
  • La parabole,
  • La fable,
  • L'apologue,
  • L'utopie,
  • Le conte philosophique.

Quel que soit le support de votre discours, voici quelques conseils pratiques pour réussir une argumentation universitaire ou scolaire :

  • Préparez un plan avec vos idées ou votre fil rouge principal,
  • Adaptez-vous à votre interlocuteur : on n'agit pas de la même manière sur une scène de théâtre qu'en salle de classe,
  • Ayez une structure précise, même si vous faites appel aux sentiments : rien n'est plus efficace qu'une logique implacable,
  • Notez quelques exemples incontournables, pour ne jamais être à court d'idées,
  • Préparez-vous à riposter et à expliquer votre raisonnement,
  • Gardez confiance et croyez en vos idées : l'attitude ou le style font partie de la forme de l'exercice de l'argumentation. Si vous doutez, votre interlocuteur le sentira et tous vos effets tomberont à l'eau.

Alors, où et quand se déroule votre prochain exercice d'argumentation ? 

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Hélène

Linguiste de formation initiale en anglais et espagnol, mes voyages et mes intérêts personnels m’ont incitée à découvrir l’Espagne mais aussi l’Amérique latine. Cette langue est si passionnante, si chantante ! No vamos a buscar tres pies al gato : aprendamos juntos !

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