Introduction

Voltaire : écrivain ou philosophe ? Parce que ses contes ont traversé les époques, parce qu'il n'a jamais cessé de défendre ses idées, parce qu'il est parvenu à malicieusement contourner la censure... Voltaire est certainement le plus badass des philosophes des lumières.

Il est un point sur lequel les lecteurs de Voltaire s'accordent : parcourir les écrits du philosophe des Lumières est un vrai délice. Mais d'où vient ce plaisir pris à lire les contes philosophiques de Voltaire ? Cela tient, selon nous, à trois éléments : l'art de conter du philosophe, les procédés comiques parfaitement maîtrisés, et le message ou morale philosophique que l'on retrouve dans chaque ouvrage.

I. Une bonne histoire et un bon conteur 

  • Définition du « conte » : le conte est un récit généralement accessible à tout le monde. En règle générale, l'intrigue se déroule dans des lieux assez vagues (voire fictifs) et l'époque n'est jamais vraiment précisée.

C'est d'ailleurs le cas dans Candide où le narrateur parle du château de Thunder-ten-tronck, situé en Westphalie. À l'époque, les lecteurs pensent à une province imaginaire, parfaite pour ajouter une dimension fantastique au conte. Or il n'en est rien : la Westphalie est une région d'Allemagne comprise entre la Weser et le Rhin inférieur.

Pour Voltaire, écrire un conte suppose de maîtriser l'art de conter. On doit donc retrouver certains éléments indispensables à un bon conte philosophiques :

  • un contexte aristocratique : le baron, sa femme et leurs enfants dans Candide.
  • des questions de pouvoir et de richesse : chacun d'entre eux est riche et puissant.
  • des bonnes manières : ils sont bons, presque trop parfaits. Le narrateur ne tarit pas d'éloges sur eux...

En somme, l'art de conter va de pair avec l'art de construire une histoire solide. Car dans un cadre aussi idyllique et merveilleux, qui aurait pu présager une telle succession de péripéties ?

II. Des procédés comiques maîtrisés 

1. Le comique

Voltaire jongle avec le comique de mot, de situation et de caractère.

On retrouve le comique de mot notamment lorsque l'auteur nous offre ses plus beaux néologismes et jeux de mots :

  • L'ingénu décide de se « débaptiser »
  • Pangloss enseigne la « métaphysico-théologocosmolonigologie » (la sonorité « nigaud » marque la petite note satirique)
  • Des noms qui portent à rire : Monsieur Vanderdentdur (qui a la dent dure !), le gouverneur de Buenos Aires Don Fernando d'Ibaraa y Figuero y Mascarenes y Lampourdos y Souza (rien que ça...) ou encore le prêtre Tout-à-tous (et non pas Toutatix...).
  • Une méprise sur le sens des mots : lorsque l'Ingénu croit que le verbe « épouser » fait référence à un acte sexuel, lorsque Candide ne comprend pas pourquoi le pasteur lui demande de l'argent « pour la bonne cause »...

Quant au comique de situation, il se constate là encore à plusieurs moments :

  • Lorsque Zadig fait danser tous les candidats pour trouver un trésorier
  • Lorsqu'il tente d'aider une femme battue par un barbare mais apprend finalement que c'est son mari
  • Lorsque Candide tue deux singes en train de poursuivre et d'importuner deux femmes... Avant d'apprend que ces deux singes étaient leurs amants.

Enfin, le comique de caractère est très présent puisque les personnages conçus par Voltaire sont hors normes :

  • Lorsque Candide se fait duper à Paris à cause de sa niaiserie...
  • Lorsque l'Ingénu tente de quérir le roi afin de pouvoir épouser Mademoiselle de Saint-Yves.

 Mais n'oublions pas l'intérêt de Voltaire pour le comique grivois. Il s'attache principalement à se moquer des femmes, de leurs envies, de leur sensualité... : 

  • Dans l'Ingénu, on assiste à une scène où Mademoiselle de Saint-Yves et Mademoiselle de Kerkabon observent le héros dormir ou prendre son bain à travers la serrure.
  • Dans Candide, Cunégonde libère un temps pour chaque amant durant sa semaine.

2. La parodie

Qui est Zadig ? Publié en 1748 sous son titre actuel, le Zadig de Voltaire reprend toutes les idées défendues par son créateur... Toujours présent entre les lignes !

Pour Voltaire, il s'agit de parodier volontairement certains types de récits : les romans d'amour et d'aventure du 18ème siècle, les écrits religieux, les contes venus d'ailleurs, les récits de voyage... Il brise également les codes de bienséance en décrivant certaines scènes qui relèvent plutôt du burlesque : dans Candide, les besoins du corps sont exprimés avec la plus grande clarté. 

3. L’humour

L'humour de Voltaire est parfois virulent. Il ne s'encombre pas des bonnes manières et n'hésite pas à être choquant : 

Le spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu, en grande cérémonie, est un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler.

En critiquant les superstitions de l'époque, Voltaire vise à défendre les idées chères à la philosophie des lumières : lutter contre l'obscurantisme, s'indigner contre la foi aveuglée...

Il se moque également du côté risible de certains personnages et notamment des philosophes ! Pangloss est souvent pointé du doigt pour son côté obstiné : « Car enfin je suis philosophe : il ne convient pas de me dédire », provoquant l'hilarité des lecteurs qui savent le peu de consistance que l'on trouve parfois dans les paroles de Pangloss.

4. L’ironie

Voltaire n'hésite pas non plus à mettre l'accent sur l'ironie. Il met souvent en lumière la disproportion entre la cause et l'effet. En témoigne l'épisode où le mage Yébor propose une sentence cruelle pour Zadig : 

Il faut empaler Zadig pour avoir mal pensé des griffons, et l'autre pour avoir mal parlé des lapins.

Idem lorsque trois hommes sont condamnés pour avoir retiré le lard de leur poulet... L'absurdité de la cruauté est parfaitement décrite par le philosophe qui condamne l'intolérance à outrance.

III. Faire passer un message philosophique

Expliquer les théories scientifiques et métaphysiques

Voltaire était un intellectuel : il espérait pouvoir expliquer le monde et les découvertes scientifiques à travers ses différents écrits. Ce travail de vulgarisation était cher à Voltaire qui souhaitait que la connaissance soit accessible à tous. Il était conscient que la superstition et les concepts issues de la Bible prévalaient encore au 18ème siècle : c'est pourquoi il utilise des personnages parfois loufoques et risibles pour parler de la religion. Une autre perspective métaphysique est possible selon lui...

Micromégas

Que dénonce Micromégas ? Voyage d'un géant savant (ou d'un savant géant) au coeur de l'Univers... De découvertes en découvertes, Micromégas nous livre ses réflexions et ses interrogations. Un ouvrage plaisant où l'érudition se mêle à la légèreté de l'écriture...

Cette métaphysique est notamment étudiée par Micromégas, un géant qui s'avère être un grand mathématicien et savant. Sur sa route, il rencontre le secrétaire de l'Académie des sciences de Saturne et ils décident ensemble d'enquêter sur le système solaire, le monde, la métaphysique, etc. Après un voyage interstellaire, Micromégas nous livre un ensemble de connaissance sur l'astronomie, la physique, la biologie... C'est encore aujourd'hui l'une des oeuvres qui saisit au mieux la profondeur de l'esprit des Lumières. 

Candide

Candide porte plus sur la question du bonheur et du Mal. Voltaire fait vivre les positions de Leibniz à travers Pangloss qui estime que nous vivons dans le « meilleur des mondes possibles ». Voltaire s'intéresse aussi à l'origine de la Terre, au rapport entre les sociétés occidentales et les nouvelles civilisations récemment découvertes. Il s'indigne du manque de tolérance de la société occidentale mais également de sa corruption. La découverte des civilisations asiatiques ou américaines est l'occasion pour Voltaire de dénoncer l'ethnocentrisme de la société occidentale.

L'Ingénu

L'Ingénu se concentre principalement sur la nature de Dieu, l'existence d'une vie après la mort et l'Histoire. Le personnage principal, un Huron aux origines bretonnes, découvre avec surprise (et parfois effroi) la société française. Lorsqu'il se retrouve enfermé en prison, il nous livre l'ensemble de ses réflexions métaphysiques...

Enfin, l'action de Zadig se déroule dans une temporalité complètement différente. Nous voilà durant l'Antiquité où les questions métaphysiques sont très présentes : le conte traite du sens de la vie, du malheur, du bonheur, mais aussi de la Providence.

Critiques de la religion, de la société et de la politique  

Dans chacun de ses contes, Voltaire cherche à dénoncer l'ordre religieux, social et politique de l'Ancien Régime. En menant des réflexions sur la superstition, les coutumes et les croyances, il cherche à décrédibiliser la pensée majoritaire à son époque.

Il s'indigne également face à l'obscurantisme des jésuites, aux trop nombreuses inégalités sociales, aux dégâts causés par des guerres absurdes, à l'absence criante d'un Etat de droit... Les contes voltairiens sont un moyen de proposer de nouvelles idées, voire des réformes qui pourraient être mises en place, afin de s'approcher d'une société idéale aux yeux de Voltaire.

Conclusion

Que dénonce le Candide de Voltaire ? Dans son Candide, Voltaire ne s'embarrasse pas d'un langage soutenu et peu accessible. La lecture doit être agréable à tous !

Parce que ses écrits ont eu un impact sur la façon de penser de nombreux lecteurs, Voltaire figure aujourd'hui parmi les plus grands philosophes français. Ses idées ont toujours été exposées de façon agréable, humoristique et plaisante : la lecture des contes de Voltaire n'est jamais un supplice mais un vrai régal littéraire.

Parce qu'il sait manier les mots, Voltaire parvient au parfait mélange entre profondeur et légèreté. En usant des procédés comiques, satiriques, parodiques et humoristiques, il parvient à faire passer un message philosophique sans risquer d'être censuré.

Telle est la force de Voltaire : faire passer un message subtil et profond derrière des écrits en apparence légers et drôles. Cet art du camouflage, propre au philosophe des Lumières, le rend encore plus intriguant. Car, finalement, on ne cesse de se demander si, derrière chacune de ses phrases, un nouveau sens caché ne pourrait émerger... C'est ça le génie de Voltaire : l'art de dissimuler un message.

Les contes philosophiques de Voltaire

Candide ou l'Optimisme (1759)Candide, jeune homme fou amoureux de Cunégonde (la fille du baron) se fait chasser de Westphalie. Les aventures qui l'attendent vont être riches en émotions...
Zadig ou la Destinée (1747)Réflexion sur le bien et le mal, Zadig ou la Destinée est un véritable voyage initiatique.
L'Ingénu (1767)La société française vue sous les yeux d'un Huron fraîchement débarqué du Canada. La France, un drôle de pays ?
La princesse de Babylone (1768)Conte oriental où Voltaire défend avec ardeur les idées des Lumières. Voyage à travers l'Europe, mais voyage (surtout) au coeur de la pensée.
Le Monde comme il va (1748)Découverte de la ville de Persepolis qui (étrangement) ressemble à Paris au 18ème siècle...
Micromégas (1752)Voyage interstellaire d'un géant érudit, à la découverte des plus grandes merveilles de ce monde.
Songe de Platon (1756)L'histoire du dieu créateur Démiourgous et de l'origine des planètes...

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Morane

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