Ruy Blas est un drame romantique de Victor Hugo, en cinq actes et écrit en alexandrins.

La pièce met en scène des personnages qui tentent d'échapper, sans succès, à la fatalité sociale à laquelle ils sont soumis.

L'action prend place dans l'Espagne du XVIIème siècle, s'écoulant sur plusieurs mois.

Plus précisément, Ruy Blas est le valet de don Salluste et le personnage principal de la pièce. Il a deux buts : dénoncer l'oligarchie qui s'accapare les biens de l'État et s'attirer les faveurs de la reine d'Espagne. 

Comment résumer brièvement les aventures de Jean Valjean et de Cosette dans Les Misérables ?
Victor Hugo a mis dans son œuvre tous ses idéaux concernant le romantisme de son époque ainsi que ses pensées sur la nature humaine (source : Poetica)

Les personnages

  • Ruy Blas : valet de don Salluste, qui prend le nom de don César.
  • Don Salluste, marquis de Finlas : personnage mystérieux et peu scrupuleux, attaché à son honneur. Il cherche à se venger de la reine et se sert de Ruy Blas.
  • Don César de Bazan, comte de Garofa : cousin de don Salluste, et son parfait contraire : c'est un ancien noble qui a perdu son argent, et qui vit sans se soucier d'argent
  • Don Guritan : comte d'Oñate, vieil homme amoureux de la reine
  • Doña María de Neubourg : reine d'Espagne
  • Le comte de Camporeal
  • Le marquis de Santa-Cruz
  • Le marquis del Basto
  • Le comte d'Albe
  • Le marquis de Priego
  • don Manuel Arias
  • Montazgo
  • don Antonio Ubilla
  • Covadenga
  • Gudiel
  • La duchesse d'Albuquerque : Camerera Mayor
  • Casilda : suivante de la Reine
  • Une duègne
  • Un laquais, un alcade, alguazils, pages, dames, seigneurs, conseillers privés, duègnes, gardes, huissiers de chambre et de cour
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Résumé de la pièce par acte

Acte I - « Don Salluste »

Dans un salon du palais du roi, à Madrid.

On voit Don Salluste de Bazan, ministre de la police du roi Charle II (ce qui situe la pièce à la fin du XVIIème siècle) méditer sa vengeance : il est en effet tombé en disgrâce du fait de la reine d'Espagne, doña Maria de Neubourg.

Il voudrait se servir de son cousin, don César, mais celui-ci refuse, interdit par son honneur.

Cependant, Ruy Blas, le valet de Don Sallute, avoue à Don César son amour pour la reine, malgré le fait qu'il se sait par-là un « Ver de terre amoureux d'une étoile ».

Don Salluste a tout entendu. Il fait donc enlever pour son propre dessein Don César et dicte des lettres compromettantes à Ruy Blas.

Il le présente ensuite à la cour comme son cousin, Don César, et lui ordonne de séduire la Reine, afin de devenir son amant.

Acte II - « La Reine d'Espagne »

Dans un salon contigu à sa chambre, la Reine s'ennuie : elle, l'Allemande loin de son pays, déplore d'être prisonnière de son statut et d'être toujours abandonnée par son époux.

Seule, elle se prend à rêver à l'inconnu qui lui a déposé des fleurs et un billet. Elle laisse, portée par son désir, un bout de dentelle sur une grille.

Entre alors Ruy Blas, devenu entretemps écuyer de la reine. Il arrive avec une lettre signée du roi.

Elle reconnaît alors, grâce à une blessure à la main et à cette dentelle, son admirateur secret. Mais don Guritan, vieil aristocrate également épris de la Reine, provoque ce dernier en duel.

Cependant, la Reine intervient : elle envoie le vieux jaloux en mission chez ses parents à Neubourg, en Allemagne.

Que peut la poésie ?
Jean Charles Augustin Bernard, La Muse Erato ou La Poésie érotique à qui l'Amour présente le portrait de Sapho, 1785

Acte III - « Ruy Blas »

Dans la salle du gouvernement du palais royal, on retrouve, six mois plus tard, des conseillers qui commentent l'ascension de Ruy Blas - toujours connu sous le nom de don César. Il est désormais premier ministre. Ils se disputent néanmoins les biens de l'Espagne et l'homme les fustige d'une tirade méprisante :

Bon appétit, messieurs !

La Reine était cachée et a tout entendu : elle lui avoue alors son amour et lui demande, en même temps, de sauver le royaume.

Laissé seul, Ruy Blas se rend ivre de cette déclaration. Don Salluste arrive pourtant à ce moment-là ; l'homme, habillé en valet, vient lui rappeler sa condition d'origine. Ce n'est qu'un valet et, à ce titre, il doit lui obéir avant tout : il lui commande alors de se rendre dans un endroit secret pour y attendre ses prochains ordres.

Acte IV - « Don César »

Dans la chambre du mystérieux endroit, Ruy Blas envoie un page demander à don Guritan de mettre la Reine au courant qu'elle ne doit sortir sous aucun prétexte. Il ne comprend pas bien les manigances de Don Salluste mais veut la protéger coûte que coûte.

Le faux Don César quittant la scène, le vrai débarque tout à coup. Il se goinfre en racontant ses dernières aventures. Un laquais arrive alors pour apporter de l'argent à Ruy Blas ; et c'est lui qui l'empoche. Un autre serviteur arrive pour confirmer de la part de la Reine un rendez-vous qui a en fait été organisé par Don Salluste.

Don Guritan arrive à son tour, pour tuer Ruy Blas en duel - et c'est don César qui le tue. Vient alors don Salluste, l'air inquiet. Le vrai don César lui apprend qu'il vient de tuer Guritan et qu'il a rendez-vous avec la Reine.

Menacé par l'échec de son plan, don Salluste parvient à faire arrêter don César en le faisant passer pour le bandit Matalobos.

Acte V - « Le tigre et le lion »

Dans la même chambre que précédemment, alors qu'il fait nuit, Ruy Blas veut se suicider par le poison. Il craint les ruses de son maître et d'avoir joué malgré lui un mauvais tour à la Reine.

La Reine arrive cependant : c'était là le lieu du rendez-vous promis par le billet envoyé par don Sallustre. Celui-ci arrive pour les surprendre et savoure sa vengeance. Il leur propose alors un marché : soit il dévoile publiquement cette liaison adultérine, soit elle renonce officiellement au mariage et à la couronne.

Ruy Blas, fou de colère, révèle alors sa véritable identité à la Reine et tue don Sallustre avec son épée. Il avale ensuite le poison, décidé à mourir.

La Reine avait d'abord récusé son amour, se découvrant trompée. Mais elle se rend compte de l'empoisonnement et lui pardonne, l'appelant même par son véritable nom, avant qu'il ne meure dans ses bras :

LA REINE, se jetant sur son corps.
Ruy Blas !

RUY BLAS, qui allait mourir, se réveille à son nom prononcé par la reine.
Merci !

Un drame romantique

Cette pièce est particulièrement représentative du genre romantique, dont Victor Hugo est par ailleurs l'un des chefs de file.

Loi du genre

Dans Ruy Blas, le dramaturge Hugo respecte les principes tantôt établis dans sa préface de Cromwell : la pièce « tient de la tragédie par la peinture des passions, et de la comédie par la peinture des caractères ». En effet, la première caractéristique du genre romantique est de mêler, telle une représentation fidèle de la vie, le sublime et le grotesque, le tragique et le comique, l'épique et le lyrique.

En outre, le drame sait s'adresser à trois publics, comme pour toucher le plus grand monde possible : « La foule demande surtout au théâtre des sensations ; la femme des émotions ; le penseur, des méditations. »

Répondre à cela, c'est donc faire trois pièces en une :

« De là, sur notre scène, trois espèces d’œuvres bien distinctes, l’une vulgaire et inférieure, les deux autres illustres et supérieures, mais qui toutes les trois satisfont un besoin : le mélodrame pour la foule ; pour les femmes, la tragédie qui analyse la passion ; pour les penseurs, la comédie qui peint l’humanité.  »

Car, pour Hugo, c'est le mélange, la complémentarité, l'interaction qui rendent la sensation du vrai :

«  tous ces aspects sont justes et vrais, mais aucun d’eux n’est complet. La vérité absolue n’est que dans l’ensemble de l’œuvre. Que chacun y trouve ce qu’il y cherche, et le poète, qui ne s’en flatte pas du reste, aura atteint son but »

L'histoire en arrière-plan

Dans le drame romantique, la transformation de la société - qu'elle en soit à ses débuts, ou bien bloquée, ou encore prophétisée - constitue l'une des principales thématiques. Mais l'époque est aussi à la censure ; aussi, pour la contourner, il est nécessaire de puiser ses références dans l'Histoire et établir des parallèles entre l'époque passée et l'époque contemporaine.

Qu'est-ce qui favorise l'émancipation ?
La liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix, 1830

Ruy Blas met ainsi en scène la crise vécue par la noblesse, née de la décadence monarchique. Les nobles sont en effet séparés en deux groupes : d'un côté, les pillards qui sont uniquement préoccupés par leurs intérêts personnels (comme don Salluste) ; de l'autre, des aventuriers dégoûtés de la charge publique (comme don César).

En toile de fond s'impose pourtant une autre force, sur qui tout repose, puisque il « a l'avenir » mais « n'a pas le présent ». Il s'agit du peuple, et c'est Ruy Blas qui l'incarne, lui qui regarde d'en-bas cette Reine qui le voit d'en-haut.

Les personnages romantiques

D'après ce qu'écrit Victor Hugo lui-même dans sa préface :

«  Le sujet philosophique de Ruy Blas, c’est le peuple aspirant aux régions élevées ; le sujet humain, c’est un homme qui aime une femme ; le sujet dramatique, c’est un laquais qui aime une reine. »  »

Il y a donc, dans Ruy Blas, une intrigue à trois mouvements :

  • les conditions sociales empêchent les rapports vrais entre les personnages de rangs différents - ce qui oblige au déguisement
  • le laquais est moins qu'un homme du fait de sa position sociale
  • la Reine souffre de préjugés induits par son rang, qui rentrent en contradiction avec les élans de son cœur

De fait, tous les personnages sont assimilables à des exilés :

  • la Reine est la « vertu minée par l'ennui », comme le dit Hugo dans sa préface ; c'est une Allemande littéralement exilée à la cour d'Espagne, qui ne peut que rêver. En cela, Ruy Blas comble une attente et lui rend une identité dans la passion qu'elle éprouve.
  • Don Salluste est « l'égoïsme absolu et le souci dans repos » : exilé par le bannissement d'abord, par son désir de vengeance ensuite.
  • Don César, « le désintéressement et l'insouciance », est une espèce d'exilé volontaire de la société ; il dépense sa vie en plaisirs, seulement encore soucieux de son honneur
  • Ruy Blas est le « génie et la passion bridés par la société » ; il vit dans un rêve qui se brise sur son identité de laquais. Le masque qu'il porte, celui de don César, l'oblige à compromettre son discours politique autant que sa parole amoureuse. C'est la mort qui, finalement, le rendra à son origine.

La passion

Dans le drame romantique, la valeur absolue, c'est l'amour. Il entre néanmoins en conflit avec la société et ses conventions, qui ne sont en réalité que des contraintes.

Cette passion impossible donne à voir la Reine comme une figure adorée. La pièce peut développer toute la mythologie romantique de la femme aimée, qui devient une figure de l'idéal, certes inaccessible, mais digne du sacrifice.

Individu et société

Le romantisme pose toujours la question de l'individu, cette notion inventée par les Lumières du siècle précédent. L'individu s'inscrit en effet dans un rapport contradictoire et conflictuel avec la société, ce qui révèle en creux sa douloureuse solitude.

Cette crise de l'individu romantique est bien mise en lumière par Ruy Blas. Hugo y fait s'opposer chez son héros le génie individuel et la condition sociale, laquelle cantonne finalement l'homme entier à la plèbe.

En effet, dans son personnage principal, l'être individuel et l'être social ne coïncident pas : alors que les qualités qui le rendent aimables aux yeux de la Reine sont les siennes propres, il ne peut cependant être aimé pour lui-même, n'étant qu'un laquais.

Mais ce clivage concerne aussi la Reine. Doña Maria de Neubourg est elle-même prisonnière de sa condition. Elle subit son étiquette royale et ne se trouve pas plus libre que Ruy Blas.

Le pire étant que ces deux personnages se trouvent victimes de l'influence de la société sur leurs modes de pensée. Ruy Blas exècre ce jeu de dupes mais se trouve parfait en grand du monde et ministre. La Reine, quant à elle, souscrit à l'idée que les qualités propres d'un individu témoignent de son rang social, et inversement.

L'imposture et le double

Ruy Blas est également le drame du double, qui fait voir les nécessités de la dualité et du déguisement, au sein de cette société qui oblige l'individu à être en rupture avec elle.

Quels sont les thématiques de Ruy Blas ?
Les Amants I, René Magritte, 1928, Museum of Modern Art (www.coupefileart.com)

Le masque

Les déguisements se révèlent être nécessaires par deux fois : d'abord, ils sont la condition même de l'action (Ruy Blas doit se déguiser en don César pour obéir à don Salluste) ; ensuite, ils traduisent la division de l'être (Ruy Blas aspire à l'amour de la Reine, c'est-à-dire qu'il se pose en contradiction avec sa position de servant.

Mais on peut en dire encore plus de Ruy Blas, qui peut être considéré comme triplement double :

  • il est le double de Salluste, en tant qu'il obéit aux désirs de celui-ci
  • il est le double de César, puisqu'il prend son identité aux yeux de la Reine
  • il est le double de lui-même, puisque, grâce au masque, il investit sa part « noble »

C'est donc son identité elle-même qui se trouve triplée :

  • comme double de Salluste, le laquais obéit au maître, d'autant plus soumis qu'il est l'exécuteur et la condition sine qua non de ses manipulations
  • comme double de don César, il réalise la vie de celui-ci par procuration
  • comme double de lui-même, il devient pour partie ce qu'il serait devenue sans la société aliénante

Enfin, le masque offre la possibilité de multiples changements :

  • Ruy Blas peut s'identifier à loisir au personnage qu'il joue, avant de se libérer par l'aveu (et la mort)
  • don César, notamment au IVème acte, se drape de tous les prestiges du jeu d'acteur
  • don Salluste s'amuse à investir la bassesse du laquais, confirmant cyniquement la vision que la société a de cette condition inférieure

L'imposture

Ruy Blas est finalement condamné par un dilemme : il est obligé par don Salluste, en tant que son valet, de jouer le rôle qu'on lui assigne ; mais c'est ce rôle seul qui lui donne l'espoir de vivre sa passion. Ce déchirement se traduit bien dans les monologues des actes IV et V.

Voyons plutôt :

Deviner… — deviner ! car il faut deviner ! —
Ce que cet homme a pu construire et combiner !
Il sort soudain de l’ombre et puis il s’y replonge,
Et là, seul dans sa nuit, que fait-il ? — Quand j’y songe,
Dans le premier moment je l’ai prié pour moi !
Je suis un lâche, et puis c’est stupide ! — eh bien quoi !
C’est un homme méchant. — Mais que je m’imagine
La chose a sans nul doute une ancienne origine, —
Que lorsqu’il tient sa proie et la mâche à moitié,
Ce démon va lâcher la reine, par pitié
Pour son valet ! Peut-on fléchir les bêtes fauves ?
— Mais, misérable, il faut pourtant que tu la sauves !
C’est toi qui l’as perdue ! à tout prix ! il le faut !
— C’est fini. Me voilà retombé ! De si haut !
Si bas ! j’ai donc rêvé ! — Ho ! je veux qu’elle échappe !
Mais lui ! par quelle porte, ô Dieu, par quelle trappe,
Par où va-t-il venir, l’homme de trahison ?
Dans ma vie et dans moi, comme en cette maison,
Il est maître. Il en peut arracher les dorures.
Il a toutes les clefs de toutes les serrures.
Il peut entrer, sortir, dans l’ombre s’approcher,
Et marcher sur mon cœur comme sur ce plancher.

Acte IV, Scène 1

Et encore ici :

L’homme, qui m’a vendu
Ceci, me demandait quel jour du mois nous sommes.
Je ne sais pas. J’ai mal dans la tête. Les hommes
Sont méchants. Vous mourez, personne ne s’émeut.
Je souffre ! — Elle m’aimait ! — Et dire qu’on ne peut
Jamais rien ressaisir d’une chose passée ! —
Je ne la verrai plus ! — Sa main que j’ai pressée,
Sa bouche qui toucha mon front… — Ange adoré !
Pauvre ange ! — Il faut mourir, mourir désespéré !
Sa robe où tous les plis contenaient de la grâce,
Son pied qui fait trembler mon âme quand il passe,
Son œil où s’enivraient mes yeux irrésolus,
Son sourire, sa voix… — Je ne la verrai plus !
Je ne l’entendrai plus ! — Enfin c’est donc possible ?
Jamais !

Acte V, Scène 1

C'est dire combien Ruy Blas doit se faire autre pour être. Néanmoins, cela doit se finir par la mort, puisqu'il lui faut, fatalement, retrouver celui qu'il est vraiment : autrement dit, il lui faut mourir pour trouver la joie d'un amour vrai et sans mensonge, plutôt qu'un amour certes vrai, mais abusé.

Autre imposture, peut-être plus scandaleuse encore : celle de l'aristocratie. Le personnage de don Salluste illustre bien la déchéance morale et la perversion d'une classe qui se voulait la plus noble et la plus élégante de toutes. Il n'y a guère que don César qui témoigne des restes d'une qualité passée, et encore : il s'illustre mieux dans la bouffonnerie, et fait état de son impuissance avant tout.

Le reflet du rêve

On peut enfin souligner que, dans Ruy Blas, il ne se passe pas grand chose :

  • ce n'est pas don Salluste qui crée la situation initiale, puisque son valet Ruy Blas aime déjà la Reine
  • Ruy Blas et la Reine ne consommeront rien de leur amour
  • don César, s'il dépense beaucoup d'énergie durant l'acte IV, n'influence pas le dénouement
  • don Guritan meurt sans rien avoir compris
  • les morts de Salluste et de Ruy Blas étaient programmées

Cause ou conséquence, c'est une atmosphère onirique qui se déploie. On remarquera à ce titre les nombreuses occurrences du terme « rêve » dans les répliques de Ruy Blas ainsi qu'un champ lexical tentaculaire qui domine l'ensemble du texte.

Nous pouvons encore pousser plus loin le parallèle :

  • don Salluste s'emploie à assouvir un fantasme absolument sadique
  • don Guritan, par le côté burlesque et grotesque de son mort, semble vivre l'escalade d'un cauchemar comique
  • don César pourrait arguer qu'il n'a vécu que des mauvais rêves, tant tout se passe sans qu'il ne maîtrise rien
  • évidemment, il y a Ruy Blas et la Reine qui vivent un rêve absolument amoureux dans la première partie de la pièce, puis un véritable cauchemar pour finir
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Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.