Tristan et Yseult : résumé et pistes d'analyse

Présentation

Tristan et Yseult est une légende d'origine celte, devenue mythe littéraire. Les première rédactions de l'histoire, que l'on estime datées du XIIème siècle, situent l'intrigue en Cornouailles, en Irlande et en Bretagne. La légende conte l'amour adultère entre Trisan (ou Tristam), un chevalier, et la princesse Yseult (ou Iseut, Iseult, Ysolde, etc.). Une des mises en récit les plus célèbres nous vient de Béroul. Elle est antérieure à la légende de la table ronde et du Roi Arthur et l'a probablement largement inspirée. On fera attention : il existe différentes versions de la légende ; nous n'en relatons ici qu'une seule, à ne surtout pas considérer comme l'unique histoire de Tristan et Yseult. 

Que raconte la légende de Tristan et Yseult ? Tristan et Isolde. Yseult en forêt - Gaston Bussière, 1911

Superprof

Résumé de la légende

Marc est le roi de Cornouailles. Rivalen est le fils de roi de Loonois. La sœur de Marc, Blanchefleur, s'est mariée avec Rivalen et de leur union naît un fils : Tristan. Ce nom symbolise alors toute la tristesse qui entoure la mise au monde de l'enfant ; en effet, l'accouchement provoqua la mort de la mère. Rivalen l'entraîne et l'éduque à sa manière, en lui inculquant l'art de manier les armes. Une fois son père mort, Tristan, épaulé par son écuyer Gorneval, souhaite rejoindre Cornouailles. Pour gagner honnêtement les faveurs du roi Marc, son oncle, il se déguise et se fait passer pour un autre. Il parvient à ses fins, étant remarqué pour son habileté à dépecer un cerf. Avec le temps, son identité est dévoilée ; mais ce n'est que l'occasion pour lui de devenir un guerrier encore plus grand. Au bout d'un certain temps, un représentant du roi d'Irlande, le géant Morholt vient réclamer son tribut habituel de trois cents jeunes hommes et trois cents jeunes filles au royaume de Cornouailles. Tristan le défie en duel pour en finir avec cette mesure inique. Il sort victorieux du combat, en lui enfonçant son épée dans le crâne. A cette occasion, le royaume découvre sa véritable identité, sa parenté avec le roi. Mais ce combat lui a laissé une grave blessure : un poison, distillé par l'épieu empoisonné du Morohlt, se répand dans son sang. Il exige alors d'être laissé seul sur une barque pour solliciter Dieu dans son droit de vie ou de mort. Sa barque l'emmène jusqu'en Irlande, dont la reine est la soeur du Morholt qu'il a tué. La fille du roi, Iseult, le recueille, sans qu'elle devine son identité, et le soigne. Tristan se fait passer pour un jongleur joueur de harpe jusqu'à son retour en Cornouailles.

Où se déroule la légende de Tristan et Iseult ? Pointe de Cornouaille, terre de Tristan

A son retour, Marc souhaite le faire successeur de sa couronne ; mais les barons et autres seigneurs s'y opposent, jalousant Tristan. Le roi annonce alors qu'il épousera la propriétaire du cheveu d'or déposé le matin même par deux hirondelles. Tristan se souvient d'Yseult et se propose de lui ramener. L'équipage débarqué doit faire tout de suite face à un terrible dragon. Tristan le vainc mais en ressort une nouvelle fois cruellement blessé. C'est encore Yseult la Blonde qui le soigne et, cette fois, la jeune fille remarque dans l'épée du chevalier un signe l'identifiant comme l'arme responsable de la mort de son oncle. Amoureuse de Tristan, elle abandonne toute idée de vengeance et s'acquitte docilement de sa mission. Le roi d'Irlande avait promis la main de sa fille à celui qui tuerait le dragon ; mais il doit refuser la récompense, puisqu'elle est promise à son oncle. Le père d'Yseult accepte le mariage proposé, ce qui est également une manière de mettre un terme aux différends entre les deux royaumes. Yseult, peinée par le manque d'intérêt de Tristan à son égard, accepte malgré tout les ordres de son père. Avant l'embarquement vers Cornouailles, la reine d'Irlande procure à Brangien, la servant d'Yseult, un philtre d'amour, qu'elle doit donner aux deux mariés la nuit de leurs noces. Elle lui explique que la mixture est si puissante - pour une durée de trois ans - qu'une séparation des deux amants peut leur être fatale. Lors de la traversée, Tristan boit du breuvage, pensant avoir là affaire à de l'eau. Il en offre à Yseult ; et l'effet est instantané. Elle épousera quand même Marc mais, le soir de la nuit de noces, c'est Brangien qui se fait passer pour la mariée, car Yseult n'est plus vierge. Celle-ci reviendra au petit matin dans le lit marital, après avoir passé la nuit dans les bras de son bien-aimé. Une période emplie de péripéties commence alors. Le rival de Tristan, Karadio, commence à être jaloux des faveurs qui sont accordés à son adversaire ; il pousse donc le roi à ses poser les bonnes questions, ce qui l'amène à interroger Yseult. Mais sa femme ne cède pas. Le jour suivant, un ancien courtisan de la reine apparaît et enlève la reine Yseult. Alors, à bord de son bateau, Tristan se déguise en joueur de rote, et reprend la belle de ses mains. Il la sauve donc une fois de plus. Mais le roi, encouragé par ses seigneurs, et par Kariado, le fait s'exiler loin. Néanmoins, Tristan ne voulant point se trouver loin d'Yseult, il se cache chez des paysans. Pour se retrouver, les amants utilisent des ruses de plus en plus inventives ; lors d'un défilé, Tristan plante un bâton de coudrier qu’il avait gravé marquant ainsi l'endroit où le jeune fille devrait s'arrêter pour le retrouver. Un autre soir, où Yseult reste seule dans une maison, au fond d'un verger, Tristan la rejoint. Or cette nuit-là, le roi Marc accompagné de l'un de ses informateurs, Frocin le nain bossu, se cache dans un grand pin pour épier la liaison de sa femme et de son neveu. Dans le reflet de l'eau, Tristan et Yseult voient l'espion, et font semblant d'être inactifs. Tristan demande alors seulement à Yseult qu'elle plaide en faveur de la fin de son exil. La conscience du roi Marc n'étant toujours pas tranquillisé, le nain met en place une dernière ruse. Il sème de la farine entre le lit de Tristan et celui d'Yseult pour déceler d'éventuelles traces de pas qui révéleraient leurs unions nocturnes. Mais le soir venu, Tristan voit la farine, et bondit alors sur le lit d'Yseult ; le brusque saut fait s'ouvrir les anciennes blessures du chevalier. Du sang se répand partout : et voilà la preuve de l'amour illégitime entre ces deux personnages. Devant la révélation, le roi Marc demande qu'on brûle les coupables pour adultère et trahison. Tout le peuple pleure alors la condamnation de Tristan en maudissant le nain. Tristan voulut alors prier une dernière fois, et se réfugie dans une chapelle, non loin du bûcher. Une fois à l'intérieur, il s'enfuit par la fenêtre et tombe de la falaise ; la chute, néanmoins, ne le tue pas. Quant à Yseult, elle se voit livrée par Marc à des lépreux, afin qu'elle regrette, par la souffrance, à jamais ses fautes. Mais Tristan la sauve une nouvelle fois, en tendant un piège aux lépreux, ensuite de quoi il les tue et s'enfuit dans les bois avec son amante. C'est ainsi que les amoureux commencent une vie sylvestre, coupés de toute autre contact, hormis celui du fidèle écuyer de Tristan, Gorneval. La forêt devient même un endroit évité par le peuple, après que Gorneval a décapité un baron envoyé de Marc et qu'on la croit hantée. Les trois ans passent, l'effet du filtre d'amour prend fin. Néanmoins, les deux amants, certes devenus moins passionnels et plus raisonnables, s'aiment toujours. Un jour, un forestier découvre leur cachette et s'empresse d'avertir le roi. Celui-ci va à leur rencontre pour les tuer mais lorsqu'il les découvre, le couple est endormi, séparé par une épée. Attendri par cette vision et interprétant l'épée comme le signe de la fidélité de sa femme, Marc les épargne. Il prend néanmoins la peine d'échanger l'épée de Tristan avec la sienne et la bague d'Yseult avec celle qu'il porte au doigt. A leur réveil, les deux amants choisissent de s'en retourner au royaume, comprenant la venue du roi et sa clémence. Tristan est exilé tandis qu'Yseult, trop aimée par le roi, redevient Reine, à la condition qu'elle promette à Marc n'avoir jamais aimé Tristan. Tristan assistera à ce procès, déguisé en mendiant, avant de se résigner à l'exil. Il se retrouve à faire la guerre en petite Bretagne. Il y rencontre Yseult aux mains blanches, qui lui rappelle la sienne. Comme de juste, il en tombe amoureux et se marie avec elle. En racontant le à Kaherdin, son frère, son histoire se diffuse jusqu'à parvenir à Yseult, encore amoureuse. Cette nouvelle la plonge dans une profonde colère jusqu'à ce que Tristan, revenu en Cornouailles parce que gravement blessé à la guerre, lui apprenne la raison de cet acte : il ne s'y est résigné que pour soulager son manque. Après un an de rencontres furtives et nocturnes, Tristan se résout à avouer son amour toujours ardent à Yseult. Il se déguise en fou dans l'espoir de l'approcher, mais seul Husdent, le chien, le reconnaît. Alors, la mort dans l'âme, Tristan décide de ne plus jamais la revoir, pour leur bien et celui du pays. Il regagne la petite Bretagne et décide d'ériger, dans la forêt, un autel à la gloire d'Yseult. Il s'y trouve des sculptures et des gravures à son image ; d'autres relatent leurs aventures. Un jour, Kaherdin, amoureux, sollicite l'aide de son frère. Les deux décident d'aller trouver le nain rival de l'amoureux. Mais ce dernier, un être fourbe, blesse Tristan avec une arme empoisonné. Une fois encore, seule Yseult peut le sauver. Il envoie Kaherdin la chercher et les deux conviennent que si la réponse est positive, il devra hisser une voile blanche sur son bateau ; dans le cas contraire, il lui faudra mettre une voile noire. Mais Yseult aux mains blanches, qui comprend que son mari n'aime que l'autre Yseult, ment au mourant lorsque le navire revient : elle lui annonce qu'une voile noire est hissée. Alors le malheureux se laisse mourir de douleur. Et lorsque qu'Yseult la blonde revient, elle se laisse elle-même mourir, déchirée par sa tristesse. On dit que sur leur tombe poussèrent un rosier (pour Yseult) et une vigne (pour Tristan), qui s'enlacèrent, comme pour signifier leur union éternelle, même au-delà de la mort.

Que symbolise la mort de Tristan et Yseut ? Tristan and Iseult, Rogelio de Egusquiza, 1910

Pistes d'analyse pour la légende

Le désordre dans la civilisation médiévale

Deux désordres peuvent être identifiés :

  • désordre social : Tristan n'obéit pas aux règles de la société féodale ; il devrait offrir à son roi son respect son obéissance. Toute l'énergie du chevalier passe dans les rendez-vous qu'il organise pour entrevoir Yseult. Yseult trompe son mari et ne répond pas aux obligations d'une épouse.
  • désordre moral : le péché marque de son sceau la relation entre Tristan et Yseult. En cela, leur histoire n'est pas morale. En entretenant son amour avec Tristan, Yseult bafoue les lois du mariages, qui viennent du pouvoir religieux. L'adultère est un péché qui met en péril l'ordre moral de la société.

Ces deux désordres se comprennent dans un contexte historique. Il faut lire la légende dans le contexte de la société médiévale, qui est régie par des usages, des lois et des codes. La civilisation de l'époque tend vers le savoir et l'apaisement social tandis que la légende met en scène des meurtres et des batailles sanglantes.

La passion entre Tristan et Yseult ne s'inquiète pas des attitudes bourgeoises, de la fidélité et de l'honneur. Par leur indifférence, ils sèment le trouble dans l'ordre de la société. Ce récit vient également bafouer la représentation de l'amour dans l'art (la musique d'abord, avec les troubadours) qui se fonde sur le modèle de l'amour courtois.

Une rupture des conventions artistiques

L'amour courtois (ou fin'amor en langue occitane) décrit un amour parfait, régi par des règles et des codes :

  • la dame vient de la noblesse
  • l'amant est d'une couche sociale inférieur
  • la dame est mariée
  • l'amant est célibataire
  • l'amant doit conquérir la dame (notamment en accomplissant des exploits chevaleresques)
  • l'amant doit être totalement dévoué à sa dame
  • l'amant doit toujours faire l'éloge de sa dame
  • l'amant courtois est avant tout jugé par l'intensité de ses sentiments, et non pas par la possession de la dame
  • la souffrance est forcément liée à l'amour courtois

On pourrait retrouver un exemple de cet amour dans Yvain, le Chevalier au lion (XIIème siècle), écrit par Chrétien de Troyes. Mais Tristan, lui, ne répond en rien à ce profil de l'amant courtois :

  • Yseult est déjà conquise, Tristan ne la séduit pas
  • Tristan ne subit aucun danger pour éprouver l'amour d'Yseult
  • l'amour entre la dame et l'amant est réciproque
  • les souffrances sont partagées

Qu'est ce que l'amour courtois ? Yvain secourant une damoiselle, XVème siècle (Lancelot du Lac manuscrit conservé à la Bibliothèque Nationale de France)

Le récit et sa profondeur

Dans la mise en récit de la légende se mêlent culture païenne (culture celtique en particulier) et culture chrétienne (forte présence des saints). Le tout sans rupture, ce qui prête à l'histoire une structure simple mais profonde. Il se trouve dans ce récit pléthore de traces des mythes fondamentaux, c'est-à-dire des grandes questions qui jonchent l'histoire de l'humanité. Il y a de la signification dans chaque scène (on pourra se demander celle du sang rouge sur le drap blanc, par exemple) ; l'auteur y a laissé de la matière pour celui qui lit ou celui qui écoute.

Un amour fondamental...

Deux types d'amour se succèdent dans le récit :

  • l'amour fatal : Tristan et Yseult ne s'aiment d'abord que par l'effet du filtre d'amour. Celui-ci leur ôte la liberté et ils subissent le sentiment de l'amour. Ainsi, ils ne sont pas coupables, car en incapacité de lutter.
  • l'amour passion : à la fin des trois années, Tristan et Yseult continuent de s'aimer, liés par leur aventure. Ils deviennent ainsi coupables, puisque dans l'adultère et étant en mesure de le rompre.

On pourra aussi s'interroger sur la signification de cet enchaînement dans une réflexion élargie sur le sentiment amoureux. La légende pose la question de la nature de l'amour et de notre responsabilité quant au sentiment. Il en sort des questions du type : qu'est-ce que l'amour ? En est-on responsable ? Est-il éternel ? Etc.

Il véhicule également l'idée de l'amour éternel, par le symbole de la ronce (ou de la rose et de la vigne, selon les versions).

L'amour lié à la souffrance

Dans Tristan et Yseult, l'amour et la souffrance sont étroitement liés.
Une fois l'effet du philtre terminé, l'amour devient lié au sentiment de culpabilité. Il génère le mal (jusque dans la société, voir Le désordre dans la civilisation médiévale) et les deux amants doivent se quitter.
La raison rend leur séparation nécessaire mais la passion la leur rend intolérable. Ils sont ainsi déchirés par la situation, sans pouvoir y trouver de solution.

Vous avez aimé l’article ?

Aucune information ? Sérieusement ?Ok, nous tacherons de faire mieux pour le prochainLa moyenne, ouf ! Pas mieux ?Merci. Posez vos questions dans les commentaires.Un plaisir de vous aider ! :) (3,74/ 5 pour 23 votes)
Loading...

Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.

Vous avez aimé
cette ressource ?

Bravo !

Téléchargez-là au format pdf en ajoutant simplement votre e-mail !

{{ downloadEmailSaved }}

Votre email est invalide
avatar