Depuis l’Antiquité, le poète cherche à transmettre des émotions à travers ses vers. Issue du verbe poiein qui signifie en grec « créer », la poésie est un travail sur les mots qui peut s’inscrire dans des codes précis. Ainsi, certaines formes poétiques sont définitivement fixées par des contraintes strictes de construction (vers, rimes, strophes…) apparues dès le Moyen Âge. Cependant, au cours des siècles, les poètes ont appris à s’émanciper de ces codes pour acquérir une véritable liberté.

1/ Le sonnet

Réglons notre papier et formons bien nos lettres.
Vers filés à la main et d’un pied uniforme
Emboîtant bien le pas, par quatre en peloton ;
Qu’en marquant la césure, un des quatre s’endorme
Ça peut dormir debout comme soldats de plomb.
Sur le railway du Pinde est la ligne, la forme ;
Aux fils du télégraphe : – on en suit quatre, en long
À chaque pieu, la rime – exemple : chloroforme.
– Chaque vers est un fil et la rime un jalon.
– Télégramme sacré – 20 mots – Vite à mon aide…
(Sonnet – c’est un sonnet –) ô Muse d’Archimède !
– La preuve d’un sonnet est par l’addition.
– Je pose 4 et 4 = 8 ! Alors je procède,
En posant 3 et 3 ! – Tenons Pégase raide.
"Ô lyre ! ô délire ! ô… – Sonnet – Attention."
(Tristan Corbière, "Avec la manière de s’en servir, Les Amours jaunes, 1873)

Origine et évolution du sonnet. Le sonnet, qui prend sa source dans la poésie pétrarquiste italienne, a été introduit en France au début du XVIe siècle par Clément Marot, et ses règles sont fixées rapidement. Ronsard et les autres poètes de la Pléiade imposent l’ alternance des rimes féminines et masculines.

Sa caractéristique de forme fixe en fait un exercice de style : le sonnet doit contenir une idée essentielle et être orienté vers une "pointe finale", un concetto, c’est-à-dire une formule frappante qui réalise un effet de chute. De Du Bellay à Mallarmé, en passant par Baudelaire, le sonnet brille par la perfection de sa forme, et constitue le genre poétique noble par excellence.

Mais qui dit contrainte, dit également transgression. Au fil du temps, les poètes, à l’ image du poète maudit Tristan Corbière, enfreignent les règles du sonnet. À l’aide de divers effets, on tente l’octosyllabe, le vers impair, les enjambements et les contre-rejets et autres licences poétiques, qui peuvent amplifier la musicalité du poème. Ces jeux mettent en relief l’inventivité du poète et les ressources inépuisables qu’ offre le sonnet.

Les caractéristiques du sonnet
• C’est une structure de 14 vers, composée de deux quatrains présentant d’ordinaire un système de rimes embrassées (abba ; abba) et de deux tercets présentant souvent un distique à rimes plates (cc) suivi d’ un quatrain à rimes croisées (dede) ou embrassées (deed).
Cette dernière forme fut inventée par Clément Marot.
• Le sonnet est généralement composé d’octosyllabes ou dedécasyllabes.
• La thématique est double (quatrains + tercets), et s’oriente vers une même chute.

2/ Le rondeau

À un poète ignorant
Qu’on mène aux champs ce cocardeau
Lequel gâte quand il compose/Raison, mesure, texte et glose,
Soit en ballade ou en rondeau
Il n’a ni cervelle ni cerveau/C’est pourquoi si haut crier j’ose
Qu’on mène aux champs ce cocardeau
S’il veut rien faire de nouveau
Qu’il oeuvre hardiment quelque chose,
(J’entends s’il en sait quelque chose)/Car en rythme ce n’est
qu’un veau/Qu’on mène aux champs.
(Clément Marot, Rondeaux, 1532)

Origine et évolution du rondeau. Ce poème à forme fixe, datant du Moyen Âge, survit à sa condamnation par la Pléiade. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les poètes de l’ École esthétique ressuscitent le genre qu’ils nomment d’un de ses noms médiévaux : rondel. Conformément à son étymologie (rondellus en latin médiéval), le rondeau est construit autour de la figure du rond, d’une part par sa forme (le propos se clôt en revenant sur lui-même), d’ autre part par son origine (un mouvement chorégraphique, la ronde).

Les caractéristiques du rondeau
• Le rondeau est une forme brève, comportant quinze, treize ou douze vers, construits sur deux rimes seulement et répartis en strophes imposées.
• On observe la reprise du premier vers sous forme de refrain à la fin des deuxième et troisième strophes.
• La combinaison des rimes peut être soit abba aba abbaa soit cdcd dccd cdcc.
• Les vers sont des octosyllabes.

3/ La ballade

Ballade du dernier amour
Mes souvenirs sont si nombreux
Que ma raison n’y peut suffire.
Pourtant je ne vis que par eux,
Eux seuls me font pleurer et rire.
Le présent est sanglant et noir ;
Dans l’avenir qu’ai-je à pousuivre ?
Calme frais des tombeaux, le soir !...
Je me suis trop hâté de vivre.
Amours heureux ou malheureux,
Lourds regrets, satiété pire,
Yeux noirs veloutés, clairs yeux bleus,
Aux regards qu’on ne peut pas dire,
Cheveux noyant le démêloir
Couleur d’or, d’ébène ou de cuivre,
J’ai voulu tout voir, tout avoir,
Je me suis trop hâté de vivre.
Je suis las. Plus d’amour. Je veux
Vivre seul, pour moi seul décrire
Jusqu’à l’odeur de tes cheveux,
Jusqu’à l’éclair de ton sourire,
Dire ton royal nonchaloir,
T’évoquer entière en un livre
Pur et vrai comme ton miroir.
Je me suis trop hâté de vivre.

Envoi
Ma chanson, vapeur d’encensoir,
Chère envolée, ira te suivre.
En tes bras, j’espérais pouvoir
Attendre l’heure qui délivre ;
Tu m’as pris mon tour. Au revoir
Je me suis trop hâté de vivre.
(Charles Cros, Le Coffret de santal, 1874)

Origine et évolution de la ballade. Ballade est issu du latin ballare, qui signifie "danser". Elle constitue une forme de chanson à refrain, très en vogue aux XIVe et XVe siècles (Guillaume de Machaut, Jean Froissart, Christine de Pisan, Eustache Deschamps…). Son origine lyrique prédispose la ballade à chanter l’ amour, mais le genre s’ empare également de sujets religieux et philosophiques. Sa structure la dispose en effet à interroger la destinée humaine.

Les caractéristiques de la ballade
• Trois strophes de huit octosyllabes ou décasyllabes (huitains), plus une demi-strophe, appelée envoi, qui à l’ origine, dans les concours de poésie organisés par les troubadours, désignait le destinataire du poème. Soit un ensemble de vingt-huit vers.
• La ballade est construite sur un ensemble de trois rimes qui répondent au schéma ababbcbc, et, pour l’ envoi, bcbc.
• Chaque strophe se termine par un même vers, le refrain, qui doit être intégré à l’ ensemble de la strophe.

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Mathieu

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