Présentation

L'Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, connu aujourd'hui sous le simple titre de Manon Lescaut, est un roman de l'abbé Prévost, inclus dans les Mémoires et Aventures d'un homme de qualité qui s'est retiré du monde qui comprend en tout 7 volumes, rédigés de 1728 à 1731.

Qui est l'auteur de Manon Lescaut ? Georg Friedrich Schmidt, Portrait d'Antoine-François Prévost, 1745

Ce livre ayant été jugé scandaleux successivement en 1733 et en 1735, l'auteur en publie en 1753 une nouvelle édition qu'il a corrigée et augmentée d'un épisode décisif. Les qualités qu'on trouve chez ses personnages ont fait son succès contemporain, comme en témoigne Montesquieu dans ses Pensées :

« J'ai lu le 6 avril 1734, Manon Lescaut, roman composé par le P. Prévost. Je ne suis pas étonné que ce roman, dont le héros est un fripon et l'héroïne une catin qui est menée à la Salpêtrière, plaise, parce que toutes actions du héros, le chevalier des Grieux, ont pour motif l'amour, qui est toujours un motif noble, quoique la conduite soit basse. »

                                                                                Pensées et fragments inédits de Montesquieu, Vol. 2

Résumé de l'histoire

Partie I

Le narrateur, qui se trouve être l'Homme de qualité des Mémoires, est un certain Renoncour. Au moment où il commence son histoire, il revient de Rouen et s'apprête à dîner à Pacy-sur-Eure. Dans cette cité, les habitants sont agités. Ils sont tous devant le cabaret ; il y a là deux chariots qui renferment une douzaine de filles de mauvaise vie, qui ont été condamnées à partir en Amérique. Mais il y en a une différente au milieu de cette saleté : Manon, qui intrigue par sa prestance et par sa beauté. Sur l'indication des gardes, il finit par demander à un jeune homme en retrait, qui a suivi le convoi depuis Paris, l'identité de cette jeune femme. Mais ce dernier, qui semble en outre malade, refuse de lui dire quoi que ce soit sur elle et se livre seulement sur lui-même : il l'aime et a tout tenté pour la faire libérer, dépensant jusqu'à ses derniers sous sans succès. Le narrateur se trouve ému par le jeune homme ; il soudoie le chef des gardes pour qu'on le laisse parler avec Manon et lui donne même un peu de son argent.

Deux années plus tard, on retrouve l'Homme de qualité qui revient cette fois de Londres et s'apprête à se reposer à Calais. Au cours d'une promenade en ville, il lui semble croiser le jeune homme de Pacy-sur-Eure et l'aborde. C'est bien lui ; les deux hommes se félicitent de ces retrouvailles. Après qu'il lui a dit rentrer d'Amérique, Renoncour l'invite à l'hôtel du Lion d'Or. Le récit des mystérieuses aventures commence alors.

Il se prénomme Des Grieux, il a dix-sept ans, vient d'une bonne famille. Doué à l'école, passé par le collège d'Amiens, son père voulait en faire un chevalier de l'ordre de Malte ; il y alla et en retira son titre de noblesse. Il y rencontrera aussi Tiberge, fidèle et loyal ami. Au cours d'un transit dans une auberge, alors qu'il rentre chez lui avec son compagnon pour les vacances, il rencontre Manon Lescaut, dont il tombe tout de suite fou amoureux. La chose paraît réciproque et, lorsqu'ils se retrouvent seuls, la fille envoyée par ses parents au couvent lui avoue être « flattée d'avoir fait la conquête d'un amant » comme lui. Dès lors, seule la fuite est envisageable pour faire survivre leur amour. Rendez-vous est pris pour le lendemain à l'auberge de la jeune fille, tandis que le conducteur de carrosse serait encore endormi.

Malgré les réticences de Tiberge, Des Grieux est décidé : il s'enfuira avec Manon. Avant la nuit, ils sont à Saint-Denis, et s'imaginent amants toute leur vie, consommant d'emblée hors mariage leur amour (« Nous fraudâmes les droits de l'Eglise »). Une fois à Paris, ils logent dans un appartement et vivent leur passion pendant trois semaines. Mais Des Grieux a des remords et veut solliciter son père pour lui demander l'autorisation d'épouser Manon. Celle-ci s'y refuse : elle a trop peur de le perdre en cas de refus. Elle lui assure aussi que tout ira bien financièrement.

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Où se déroule l'intrigue de Manon Lescaut ? Paris, l'un des refuges des deux amants

Un soir, alors qu'il rentre plus tôt, la porte est fermée et Manon tarde à lui ouvrir. Il découvre, après avoir interrogé sa servante, qu'un riche fermier de la région, le vieillard M. de B..., a quitté en cachette leur foyer. Le soir même, il l'interroge ; mais, en guise de réponse, elle éclate en sanglots. Quelqu'un frappe alors à la porte ; Manon s'enfuit, après avoir donné un baiser à son amant. Les laquais de son père sont ici, pour ramener Des Grieux chez lui. Le jeune homme, face à sa solitude dans le carrosse qui le ramène au foyer familial, tente vainement de comprendre qui a pu trahir leur secret.

Une fois chez ses parents, il s'expose davantage à des moqueries qu'à des reproches. Son père lui annonce que M. de B... a séduit Manon :

« Tu sais vaincre assez rapidement, Chevalier ; mais tu ne sais pas conserver tes conquêtes. »

Il ne parvient cependant pas, malgré son désespoir, à accuser Manon.

Peu à peu, Des Grieux reprend goût à la vie : en compagnie de Tiberge, il lit, il étudie. Mais bientôt, il apprend par son ami que Manon est à Paris, et qu'elle est entretenue par le vieux fermier. Il prend alors la décision de se retirer du monde, dans le séminaire de Saint-Sulpice. Il y trouve l'apaisement et l'oubli jusqu'à retrouver Manon lors d'un événement en Sorbonne.

Le charme reprend instantanément : Des Grieux quitte le séminaire, Manon fuit M. de B... en le volant. Les voilà à Chaillot, où ils vivent à l'abri du besoin. Mais rapidement, Manon s'ennuie et convainc son amant de s'installer à Paris. Dans la capitale, le frère de Manon les rejoint rapidement, vivant en parasite et gaspillant leurs dernières ressources.

Leur dernière possession était leur maison de Chaillot. Mais un matin, alors qu'ils ont dormi à Paris, Des Grieux découvre qu'elle a brulée. Il n'en dit rien à Manon mais se confie à son frère. Celui-ci a pour idée de prostituer sa soeur, mais cela est inacceptable pour l'amant. Alors le frère Lescaut propose de tricher au jeu. Nouveau refus du chevalier qui se retourne finalement vers Tiberge, qui lui offre généreusement un peu de son argent.

Malheureusement, il se rend compte que son amour ne suffit pas à Manon, qui reste dépensière, avide de plaisir et sujette à l'ennui. La peur de la perdre le pousse à solliciter à nouveau le frère de son amante pour qu'il l'introduise aux cercles de jeu. Des Grieux devient rapidement habile à la triche et le couple retrouve un train de vie faste, qui contribue à les rapprocher un peu plus, tandis que Tiberge s'inquiète et le met en garde.

Mise en garde bien sentie, car peu de temps après, alors qu'ils dinent chez le frère de Manon, les domestiques pillent leur maison : les deux amants se retrouvent à nouveau sans rien, et à la rue. Lescaut conseille à sa soeur de vendre ses services à M. de G... ; elle s'y résout, et obtient rapidement une maison et de l'argent à volonté.

Le frère, grisé par la réussite du projet, propose au couple d'escroquer le vieil homme. Ils organisent donc un souper : le vieillard offre à Manon de magnifiques bijoux et la moitié de sa pension. Le trio, satisfait du larcin, s'enfuit en carrosse ; mais le M. de G... se rend finalement compte de la tromperie et envoie la police à leurs trousses, qui les arrête. On enferme Manon à l'Hôpital tandis que Des Grieux est envoyée à Saint-Lazare, une prison pour aristocrates débauchés.

Bien vite, Des Grieux, sollicitant Tiberge et le frère Lescaut, se procure une arme. Il menace le père supérieur pour qu'on lui ouvre les portes et, dans sa fuite, il doit abattre un portier. Une fois dehors, il se rend à l'Hôpital et parvient à faire sortir Manon.

Les trois compères quittent rapidement les lieux ; mais sur le chemin, ils croisent un homme que Lescaut a jadis ruiné en jouant contre lui. Il tire et l'abat. Les deux amants, restés seuls dans leur fuite, se réfugient à l'auberge de Chaillot. Là encore, Tiberge soulage son ami en lui proposant de l'argent. Le scandale n'arrivant pas, les deux amants vivent un semblant de tranquillité.

Mais Des Grieux a faim ; il interrompt son récit pour le souper.

Partie II

Résidant dans l'auberge de Chaillot, les deux amants reprennent leur vie d'avant : Des Grieux joue et triche, Manon se laisse courtiser - mais, cette fois, reste fidèle.

Mais bientôt, le destin les rattrape : le fils de M. de G... débarque et tombe amoureux de Manon. Celle-ci, pour se venger du père, prévoie de lui extorquer de l'argent. Mais une fois au rendez-vous, elle ne peut se séparer de son courtisan. Le chevalier, au comble de la jalousie, fait alors enlever M. de G... et s'en va lui même jusqu'à l'hôtel de la rencontre. La scène de ménage finit dans de tendres effusions. Cependant, l'enlèvement de l'héritier n'est pas sans conséquence : un laquais a donné l'alerte et les amants sont de nouveau emprisonnés.

Alors, le père de Des Grieux vient en aide à son fils, non sans lui avoir fait de sérieux reproches quant à sa conduite. Il entreprend de faire libérer son fils et, en cachette, de faire exiler Manon en Amérique. Des Grieux, libre et mis au courant, ne supporte pas la nouvelle et rompt avec son père.

Des Grieux tente tout pour empêcher l'exil de son amante, sans y parvenir. Il obtient seulement de pourvoir partir en Amérique, en échange d'argent. Lorsqu'il rencontra l'Homme de qualité à Pacy, il était sans argent et séparé de Manon. Mais il s'embarque donc comme volontaire sur un vaisseau de la compagnie du Mississippi, le même qui emmène Manon sur le nouveau continent. En prétendant être mariée à elle, et en se faisant ami du capitaine, il parvient à lui réserver les meilleurs soins.

Comment se termine le roman Manon Lescaut ? Copie en noir et blanc d'un tableau de Charles Édouard Delort peint en 1875 pour illustrer le roman L’Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut paru en 1731 (1875)

A l'arrivée en Nouvelle-Orléans, après deux mois sur la mer, le capitaine informe le gouverneur de Des Grieux et de Manon ; cela leur permet d'obtenir un logement. Manon, sincèrement touchée par la gentillesse du chevalier, lui assure qu'elle a changé. Mais le neveu du gouverneur est amoureux de Manon : et, si elle est libre, il la veut pour lui. Le duel entre Des Grieux et lui est inévitable. Le premier blesse le second ; et le chevalier, pensant l'avoir tué, s'enfuit dans le désert en compagnie de son amante. Celle-ci ne survit pas à l'effort et meurt sous le coup de la fatigue. Des Grieux, désespéré, l'enterre et s'étend sur sa tombe pour mourir avec elle.

Mais le gouverneur le retrouve, le soigne. Tiberge, à son tour, le retrouve : il est venu sur le nouveau continent pour convaincre son ami de revenir en France. Neuf mois après la mort de Manon, il embarque pour son pays d'origine. A son retour, il découvre que son père est mort, tué par son chagrin.

Voilà le moment où intervient la deuxième rencontre avec l'Homme de qualité, à Calais, et la fin de cette histoire.

Pistes d'analyse

Assurément, ce qui donne la saveur particulière de la lecture de Manon Lescaut est le statut particulier du narrateur. En effet, pour nous conter l'histoire de ces deux amants dépravés, coupables de tous les crimes, et qui nous paraissent paradoxalement purs de leur amour, l'abbé Prévost choisit d'emprunter la voix de Des Frieux, ce qui contribue à donner une couleur particulière à ses mots. C'est l'amant toujours actuel, mais en même temps, le criminel repenti, qui parle.

Un récit dramatisé

Par ce procédé, le lecteur est entraîné malgré lui - de par sa simple lecture - dans une adhésion qui le rend complice. D'abord, Des Grieux est un conteur de talent : les péripéties vécues par les amants, dignes des plus grands romans d'aventures, sont relatées de manière dynamique. Ainsi, la narration se trouve resserrée par des coups de théâtre perpétuels et le lecteur, entraîné, en oublie son jugement moral.

La focalisation interne est un autre des procédés utiles à notre auteur : cela lui permet la surprise, comme lorsqu'il dit, après coup, « je fus étonné ». On pourra, pour ce point, se référer au moment où il apprend que Manon est partie en Amérique, sur l'ordre de son père : le conteur sait bien tout cela, mais garde la chronologie d'origine pour les biens de son récit.

L'amour comme sentiment salutaire

L'amour est le sentiment noble par excellence, sur lequel repose nombre d'histoires magnifiques et, toujours, qui convoque chez le lecteur une indulgence à toute épreuve.

Quel est le ressort narratif principal de Manon Lescaut ? Les Funérailles de l'Amour, Henri Lerambert, 1580

La magnificence du sentiment s'exprime d'abord par le physique des deux amants :

  • Des Grieux nous informe souvent de son physique avantageux, qui se double d'une bonne naissance et d'une éducation lettrée
  • Manon est évidemment d'une beauté fascinante, que le narrateur loue fréquemment, sans jamais la décrire précisément et sert presque d'excuse : « Je vous ferai voir, s'il se peut, ma maîtresse, et vous jugerez si elle mérite que je fasse cette démarche pour elle. » dit-il à Tiberge

Ainsi, personne n'est indifférent au charme du couple, même le vieillard dépouillé, M. de G...

En outre, comme de juste, est présente l'idée d'âme soeur, d'un amour nécessaire, qui va au-delà du libre-arbitre des deux amants. Ils n'ont pas choisi d'aimer : c'est leur destinée que d'appartenir l'un à l'autre.

Aussi, Des Grieux se présente comme quelqu'un de particulièrement sensible, chose qui le pousse à la déraison, parfois, étant victime de sa trop forte sensibilité. Nouvelle excuse que le lecteur lui laisse bien.

Enfin, Des Grieux sait manier les mots et il sait faire correspondre noblesse de son style avec noblesse de son sentiment. La grâce du verbe transpire sur leur propre grâce, sublime comme leur passion, et masque l'impureté de certaines de leurs basses actions. Aux premiers reproches qu'il adresse à Manon, dans un élan de lucidité, il fait suivre l'introspection de son sentiment, où Manon apparaît toujours resplendissante.

Un récit moral

L'Abbé Prévost indique ceci à l'intention de son lecteur, dans l'Avis de l'auteur :

« Si le public a trouvé quelque chose d'agréable et d'intéressant dans l'histoire de ma vie, j'ose lui promettre qu'il ne sera pas moins satisfait de cette addition. Il verra, dans la conduite de M. Des Grieux, un exemple terrible de la force des passions. J'ai à peindre un jeune aveugle, qui refuse d'être heureux, pour se précipiter volontairement dans les dernières infortunes ; qui, avec toutes les qualités dont se forme le plus brillant mérite, préfère, par choix, une vie obscure et vagabonde, à tous les avantages de la fortune et de la nature ; qui prévoit ses malheurs, sans vouloir les éviter ; qui les sent et qui en est accablé, sans profiter des remèdes qu'on lui offre sans cesse et qui peuvent à tous moments les finir ; enfin un caractère ambigu, un mélange de vertus et de vices, un contraste perpétuel de bons sentiments et d'actions mauvaises. Tel est le fond du tableau que je présente. Les personnes de bon sens ne regarderont point un ouvrage de cette nature comme un travail inutile. Outre le plaisir d'une lecture agréable, on y trouvera peu d'événements qui ne puissent servir à l'instruction des mœurs ; et c'est rendre, à mon avis, un service considérable au public, que de l'instruire en l'amusant. »

C'est que l'Abbé Prévost met en scène un héros torturé par son indécision. Sa pensée est altérée par la peur de perdre son amante, tout en ayant conscience du caractère malfaisant de certaines de ses actions.

Le roman présente également des personnes vertueuses qui font contraste et font apparaître les deux amants très ingrats, tel Tiberge. Surtout, la fin du roman consacre la morale chrétienne : Manon, enfin, saisit toute la profondeur de l'amour de Des Grieux et choisit la vertu.

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Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.