En 1856, le poète Victor Hugo fait publier un recueil de poésie intitulé Les Contemplations. 

Il y évoque, de manière autobiographique, vingt-cinq années de sa vie, dans un mélange d'allégresse et d'insouciance, de fêtes et de jeux. On y trouve également des tonalités plus sombres, avec les présences de la mort et du deuil.

Comment résumer brièvement les aventures de Jean Valjean et de Cosette dans Les Misérables ?
Victor Hugo a mis dans son œuvre tous ses idéaux concernant le romantisme de son époque ainsi que ses pensées sur la nature humaine. (source : Poetica)

Résumé du recueil

Les Contemplations sont partagées en deux parties, selon une logique vraisemblablement chronologique, chacune de ces parties étant elle-même séparée en trois chapitres :

  • « Autrefois (1830-1843) »
  • « Aujourd'hui (1843-1855) »

En réalité, Victor Hugo a feint de suivre une avancée temporelle, en faussant la date d'écriture de certains poèmes. L'ordre d'apparition relève plutôt d'un enchaînement psychologique.

Cependant, le titre des deux parties principales laisse peu de doute quant à l'ambition métaphorique derrière cette organisation : chacune d'elle établit un parcours qui va du lever du jour jusqu'à l'obscurité de la Nuit, voire même de l'au-delà.

Or, dès la préface, le poète déclare que les deux parties sont séparées d'un tombeau : celui de Léopoldine, sa fille morte le 4 septembre 1843.

Autrefois (1830-1843)

Livre I - Aurore

Dans ce premier livre, Hugo se remémore sa jeunesse. Il y raconte ses premières fois : premières amours, premières luttes littéraires, premières émotions vives.

Livre II - L'âme en fleur

Le deuxième livre a pour thème principal l'amour. Ainsi s'ouvre le premier poème de cette partie, « Premier mai » :

Tout conjugue le verbe aimer

S'inspirant des premiers temps de sa relation avec Juliette Drouet, le poète évoque tour à tour le tourment amoureux, la puissance mystique de l'amour et sa fragilité.

Livre III - Les luttes et les rêves

Le livre III rend compte d'un Victor Hugo qui s'ouvre à la misère du monde et qui s'en émeut.

Il y déplore les guerres, les tyrannies, tout ce qu'engendre l'égoïsme de l'Homme.

Aujourd'hui (1843-1855)

Livre IV - Pauca meae

Ce livre est tout entier consacré à la mort de sa fille Léopoldine. « Pauca meae » peut signifier « quelques mots/peu de vers pour la mienne/ma fille » ou bien « le peu de ce qu'il reste de ma fille » ; c'est là qu'on trouve le fameux poème « Demain, dès l'aube ».

Le poète exprime sa douleur, décrit les étapes de son deuil, évoque les souvenirs qui lui rendent la peine plus acceptable. Par la poésie, il tente en somme d'établir une forme de communication passant outre la mort.

Qui était Léopoldine Hugo ?
La belle Léopoldine Hugo, le jour de sa communion. Un visage juvénile, un port altier... La fille de Victor Hugo espérait, elle aussi, vivre de ses écrits. (Peinture de Auguste de Châtillon en 1836).

Livre V - En marche

Dans ce livre, le poète retrouve son énergie. C'est l'époque où il est frappé d'exil et se trouve isolé sur une île anglaise : il trouve de nouvelles raisons de vivre à travers la méditation.

Livre VI - Au bord de l'infini

Le dernier livre est celui des certitudes. On y trouve une ambiance surnaturelle, peuplée de spectres, d'esprits et d'anges, venus pour apporter au poète des révélations.

Si l'angoisse lutte encore pour anéantir l'espérance, c'est cette dernière qui l'emporte finalement.

« À celle qui est restée en France »

Les Contemplations se finissent sur un épilogue dédié à sa fille Léopoldine, celle qui occupait déjà une place centrale dans le recueil.

Ouvre tes mains, et prends ce livre : il est à toi.
Ce livre où vit mon âme, espoir, deuil, rêve, effroi,
Ce livre qui contient le spectre de ma vie,
Mes angoisses, mon aube, hélas ! de pleurs suivie

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C'est parti

Le lyrisme du poète

Victor Hugo est l'auteur romantique par excellence. Et qui dit romantisme, dit forcément lyrisme. Pour rappel, le lyrisme est un registre d'expression qui favorise l'enthousiasme, l'exaltation du moi : le poète parle de lui et de ses sentiments.

De fait, le « je » de Victor Hugo s'exprime à travers chaque poème : il va au plus profond de lui-même pour tenter de se comprendre, pour dialoguer avec son être. Cela est renforcé par la dynamique du recueil : Hugo cherche à retrouver la présence de sa fille perdue, et doit en conséquence plonger dans ses souvenirs.

L'autre caractéristique du lyrisme, c'est le dialogue constant avec la nature : celle-ci doit faire écho à son intérieur. Ce qu'il ressent, le poète le voit dans la forêt, dans les fleurs, dans les champs.

Le poème « Ô souvenirs ! printemps ! aurore ! » commence par exemple par une invocation à la Nature, et finit dans le souvenir de sa fille :

Ô souvenirs ! printemps ! aurore !
Doux rayon triste et réchauffant !
- Lorsqu'elle était petite encore,
Que sa soeur était tout enfant... -

 

Connaissez-vous, sur la colline
Qui joint Montlignon à Saint-Leu,
Une terrasse qui s'incline
Entre un bois sombre et le ciel bleu ?

 

C'est là que nous vivions, - Pénètre,
Mon coeur, dans ce passé charmant !
Je l'entendais sous ma fenêtre
Jouer le matin doucement.

 

Elle courait dans la rosée,
Sans bruit, de peur de m'éveiller ;
Moi, je n'ouvrais pas ma croisée,
De peur de la faire envoler.

 

Ses frères riaient... - Aube pure !
Tout chantait sous ces frais berceaux,
Ma famille avec la nature,
Mes enfants avec les oiseaux ! -

 

Je toussais, on devenait brave.
Elle montait à petits pas,
Et me disait d'un air très grave :
" J'ai laissé les enfants en bas. "

 

Qu'elle fût bien ou mal coiffée,
Que mon coeur fût triste ou joyeux,
Je l'admirais. C'était ma fée,
Et le doux astre de mes yeux !

 

Nous jouions toute la journée.
Ô jeux charmants ! chers entretiens !
Le soir, comme elle était l'aînée,
Elle me disait : " Père, viens !

 

Nous allons t'apporter ta chaise,
Conte-nous une histoire, dis ! " -
Et je voyais rayonner d'aise
Tous ces regards du paradis.

 

Alors, prodiguant les carnages,
J'inventais un conte profond
Dont je trouvais les personnages
Parmi les ombres du plafond.

 

Toujours, ces quatre douces têtes
Riaient, comme à cet âge on rit,
De voir d'affreux géants très-bêtes
Vaincus par des nains pleins d'esprit.

 

J'étais l'Arioste et l'Homère
D'un poème éclos d'un seul jet ;
Pendant que je parlais, leur mère
Les regardait rire, et songeait.

 

Leur aïeul, qui lisait dans l'ombre,
Sur eux parfois levait les yeux,
Et moi, par la fenêtre sombre
J'entrevoyais un coin des cieux !

De quoi le romantisme parle-t-il ?
Caspar David Friedrich, L'été, 1807

L'amour

L'amour est un thème central des Contemplations. C'est par celui-ci que s'ouvre le recueil : la première partie, et notamment son premier chapitre, se concentre sur les premiers émois sentimentaux du poète.

Dans « Lise », Hugo évoque par exemple les stratégies qu'il déploie pour son rendez-vous avec sa dulcinée :

J'avais douze ans ; elle en avait bien seize.
Elle était grande, et, moi, j'étais petit.
Pour lui parler le soir plus à mon aise,
Moi, j'attendais que sa mère sortît ;
Puis je venais m'asseoir près de sa chaise
Pour lui parler le soir plus à mon aise.

 

Que de printemps passés avec leurs fleurs !
Que de feux morts, et que de tombes closes !
Se souvient-on qu'il fut jadis des coeurs ?
Se souvient-on qu'il fut jadis des roses ?
Elle m'aimait. Je l'aimais. Nous étions
Deux purs enfants, deux parfums, deux rayons.

 

Dieu l'avait faite ange, fée et princesse.
Comme elle était bien plus grande que moi,
Je lui faisais des questions sans cesse
Pour le plaisir de lui dire : Pourquoi ?
Et par moments elle évitait, craintive,
Mon oeil rêveur qui la rendait pensive.

 

Puis j'étalais mon savoir enfantin,
Mes jeux, la balle et la toupie agile ;
J'étais tout fier d'apprendre le latin ;
Je lui montrais mon Phèdre et mon Virgile ;
Je bravais tout; rien ne me faisait mal ;
Je lui disais : Mon père est général.

 

Quoiqu'on soit femme, il faut parfois qu'on lise
Dans le latin, qu'on épelle en rêvant ;
Pour lui traduire un verset, à l'église,
Je me penchais sur son livre souvent.
Un ange ouvrait sur nous son aile blanche,
Quand nous étions à vêpres le dimanche.

 

Elle disait de moi : C'est un enfant !
Je l'appelais mademoiselle Lise.
Pour lui traduire un psaume, bien souvent,
Je me penchais sur son livre à l'église ;
Si bien qu'un jour, vous le vîtes, mon Dieu !
Sa joue en fleur toucha ma lèvre en feu.

 

Jeunes amours, si vite épanouies,
Vous êtes l'aube et le matin du coeur.
Charmez l'enfant, extases inouïes !
Et quand le soir vient avec la douleur,
Charmez encor nos âmes éblouies,
Jeunes amours, si vite épanouies!

Les femmes dont il parle ont toujours ou presque une dimension divine, qui fait écho à l'admiration que le jeune homme, troublé par ses propres sentiments, éprouvait à leur égard. Vient ensuite le temps d'un amour adulte, davantage physique et passionnel.

Mais surtout, l'amour, pour le poète, est la dernière vérité, celle à laquelle il faut coûte que coûte s'accrocher, comme le titre « Aimons toujours ! Aimons encore !... » le donne à penser :

Aimons toujours ! Aimons encore !
Quand l'amour s'en va, l'espoir fuit.
L'amour, c'est le cri de l'aurore,
L'amour c'est l'hymne de la nuit.

 

Ce que le flot dit aux rivages,
Ce que le vent dit aux vieux monts,
Ce que l'astre dit aux nuages,
C'est le mot ineffable : Aimons !

 

L'amour fait songer, vivre et croire.
Il a pour réchauffer le coeur,
Un rayon de plus que la gloire,
Et ce rayon c'est le bonheur !

 

Aime ! qu'on les loue ou les blâme,
Toujours les grand coeurs aimeront :
Joins cette jeunesse de l'âme
A la jeunesse de ton front !

 

Aime, afin de charmer tes heures !
Afin qu'on voie en tes beaux yeux
Des voluptés intérieures
Le sourire mystérieux !

 

Aimons-nous toujours davantage !
Unissons-nous mieux chaque jour.
Les arbres croissent en feuillage ;
Que notre âme croisse en amour !

 

Soyons le miroir et l'image !
Soyons la fleur et le parfum !
Les amants, qui, seuls sous l'ombrage,
Se sentent deux et ne sont qu'un !

 

Les poètes cherchent les belles.
La femme, ange aux chastes faveurs,
Aime à rafraîchir sous ses ailes
Ces grand fronts brûlants et réveurs.

 

Venez à nous, beautés touchantes !
Viens à moi, toi, mon bien, ma loi !
Ange ! viens à moi quand tu chantes,
Et, quand tu pleures, viens à moi !

 

Nous seuls comprenons vos extases.
Car notre esprit n'est point moqueur ;
Car les poètes sont les vases
Où les femmes versent leur coeurs.

 

Moi qui ne cherche dans ce monde
Que la seule réalité,
Moi qui laisse fuir comme l'onde
Tout ce qui n'est que vanité,

 

Je préfère aux biens dont s'enivre
L'orgueil du soldat ou du roi,
L'ombre que tu fais sur mon livre
Quand ton front se penche sur moi.

 

Toute ambition allumée
Dans notre esprit, brasier subtil,
Tombe en cendre ou vole en fumée,
Et l'on se dit : " Qu'en reste-t-il ? "

 

Tout plaisir, fleur à peine éclose
Dans notre avril sombre et terni,
S'effeuille et meurt, lis, myrte ou rose,
Et l'on se dit : " C'est donc fini ! "

 

L'amour seul reste. O noble femme
Si tu veux dans ce vil séjour,
Garder ta foi, garder ton âme,
Garder ton Dieu, garde l'amour !

 

Conserve en ton coeur, sans rien craindre,
Dusses-tu pleurer et souffrir,
La flamme qui ne peut s'éteindre
Et la fleur qui ne peut mourir !

Comment se finit la pièce Le Mariage de Figaro ?
Pierre Paul Rubens, La Fête de Vénus, 1636

La mort

En face de l'amour se trouve néanmoins la mort. Certes, Les Contemplations se finissent dans l'espoir et l'élan du renouveau, mais seulement parce qu'Hugo a souffert au plus profond de lui-même. C'est à la condition de la chute dans le deuil qu'il peut se convaincre de la toute puissance de l'amour, autre nom de l'espoir.

La mort de sa fille, en 1843, l'oblige effectivement à un terrible deuil. Il réserve à ce drame un livre particulier « Pauca Meae ». Il y relate les souvenirs de sa vie avec sa fille, comme dans « Quand nous habitions tous ensemble » :

Quand nous habitions tous ensemble
Sur nos collines d'autrefois,
Où l'eau court, où le buisson tremble,
Dans la maison qui touche aux bois,

Elle avait dix ans, et moi trente ;
J'étais pour elle l'univers.
Oh! comme l'herbe est odorante
Sous les arbres profonds et verts !

Elle faisait mon sort prospère,
Mon travail léger, mon ciel bleu.
Lorsqu'elle me disait: Mon père,
Tout mon coeur s'écriait : Mon Dieu !

À travers mes songes sans nombre,
J'écoutais son parler joyeux,
Et mon front s'éclairait dans l'ombre
À la lumière de ses yeux.

Elle avait l'air d'une princesse
Quand je la tenais par la main.
Elle cherchait des fleurs sans cesse
Et des pauvres dans le chemin.

Elle donnait comme on dérobe,
En se cachant aux yeux de tous.
Oh ! la belle petite robe
Qu'elle avait, vous rappelez-vous ?

Le soir, auprès de ma bougie,
Elle jasait à petit bruit,
Tandis qu'à la vitre rougie
Heurtaient les papillons de nuit.

Les anges se miraient en elle.
Que son bonjour était charmant !
Le ciel mettait dans sa prunelle
Ce regard qui jamais ne ment.

Oh! je l'avais, si jeune encore,
Vue apparître en mon destin !
C'était l'enfant de mon aurore,
Et mon étoile du matin !

Quand la lune claire et sereine
Brillait aux cieux, dans ces beaux mois,
Comme nous allions dans la plaine !
Comme nous courions dans les bois !

Puis, vers la lumière isolée
Étoilant le logis obscur,
Nous revenions par la vallée
En tournant le coin du vieux mur ;

Nous revenions, coeurs pleins de flamme,
En parlant des splendeurs du ciel.
Je composais cette jeune âme
Comme l'abeille fait son miel.

Doux ange aux candides pensées,
Elle était gaie en arrivant... -
Toutes ces choses sont passées
Conune l'ombre et comme le vent !

De cette douleur sont issues les Contemplations, mais des Contemplations sont aussi issues la paix. Elles permettent à Hugo de rentrer dans un dialogue poétique avec sa fille défunte qui lui donne le pouvoir de vaincre la mort. C'est, en somme, la puissance qui se dégage du fameux poème « Demain, dès l'aube » :

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

 

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

 

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Misère et pauvreté

Victor Hugo, en publiant Les Contemplations, s'engage politiquement. Nombre de ses poèmes sont pour lui l'occasion de dénoncer les injustices qu'il observe dans le monde des Hommes. Le livre III semble notamment être un prémisse de son grand roman Les Misérables (1862).

Il y a, comme exemple éloquent, le poème titré par une seule marque de ponctuation : « ? ». Là, Hugo exprime son incrédulité face aux innombrables horreurs qui rythment le monde de manière incessante :

Une terre au flanc maigre, âpre, avare, inclément,
Où les vivants pensifs travaillent tristement,
Et qui donne à regret à cette race humaine
Un peu de pain pour tant de labeur et de peine ;
Des hommes durs, éclos sur ces sillons ingrats ;
Des cités d’où s’en vont, en se tordant les bras,
La charité, la paix, la foi, sœurs vénérables ;
L’orgueil chez les puissants et chez les misérables ;
La haine au cœur de tous ; la mort, spectre sans yeux,
Frappant sur les meilleurs des coups mystérieux ;
Sur tous les hauts sommets des brumes répandues ;
Deux vierges, la justice et la pudeur, vendues ;
Toutes les passions engendrant tous les mots ;
Des forêts abritant des loups sous leurs rameaux ;
Là le désert torride, ici les froids polaires ;
Des océans émus de subites colères,
Pleins de mâts frissonnants qui sombrent dans la nuit ;
Des continents couverts de fumée et de bruit,
Où, deux torches aux mains, rugit la guerre infâme,
Où toujours quelque part fume une ville en flamme,
Où se heurtent sanglants les peuples furieux ; —

Et que tout cela fasse un astre dans les cieux !

On peut encore citer le poème « Melancholia », dans lequel le poète s'indigne du sort que l'on réserve aux enfants. Quand leur nature voudrait qu'ils s'amusent et qu'ils s'émerveillent, la société les oblige plutôt à l'enfer de la mine :

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! »
O servitude infâme imposée à l'enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu'a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée,
Et qui ferait - c'est là son fruit le plus certain ! -
D'Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil !
Progrès dont on demande : « Où va-t-il ? que veut-il ? »
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l'homme !
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Maudit comme le vice où l'on s'abâtardit,
Maudit comme l'opprobre et comme le blasphème !
O Dieu ! qu'il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux !

Finalement, Hugo parvient, avec son recueil, à dire le monde à partir de lui-même : depuis son indignation, et depuis sa souffrance, il dénonce inlassablement par le verbe, tout en se réjouissant de sentir encore suffisamment de joie en lui pour se convaincre que l'amour, toujours, doit primer, que l'amour, finalement, gagnera.

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Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.