Les Bonnes est une pièce de théâtre écrite par Jean Genet et représentée pour la première fois en 1947.

Il s'agit d'une pièce tragique et violente, qui s'inspire sûrement - eu égard à leurs nombreux points communs et malgré les dénégations de l'auteur lui-même - à l'affaire des sœurs Papin, qui est un fait divers sanglant survenu en 1933.

Au moment des premières représentations, Jean Genet est un auteur peu connu. Cette pièce est du reste mal accueillie, peut-être à cause du malaise que suscite l'histoire qu'elle met en scène.

C'est pour autant, aujourd'hui, l'œuvre la plus jouée de Jean Genet.

Qui est l'auteur de la pièce Les Bonnes ?
Une photographie de Jean Genet (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/)

Résumé de la pièce

La pièce s'ouvre sur une scène avec deux sœurs : Claire, la cadette, et Solange, l'aînée. Elles sont les bonnes d'une femme riche qui appartient à la haute bourgeoisie, que l'on connaîtra sous le nom anonyme de « Madame ».

Comme Madame est absente, Claire joue son rôle. Solange, elle, joue le rôle de sa sœur. Dans cette mise en scène, Claire, jouant Madame, est accusée par Solange, jouant Claire, d'avoir provoqué l'emprisonnement de Monsieur. Mais Claire (qui joue Madame), nie toute responsabilité.

En même temps, Madame (jouée par Claire) est accusée d'avoir un faible pour Mario, le laitier. Mais ce laitier est surtout apprécié par l'une des bonnes.

Le spectateur voit cependant la tension dramatique monter entre les deux personnages joués (Madame et Claire). Ce qui se dévoile, c'est la violence (réelle) entre les Bonnes et Madame.

La violence devient physique et Solange, jouant Claire, est en train d'étrangler Claire (qui joue Solange) lorsque le réveil sonne : c'est l'annonce de l'arrivée imminente de Madame. Claire et Solange arrêtent alors leur jeu de rôles.

Tandis qu'elles remettent tout en place, le spectateur apprend que Claire a écrit une lettre qui a entraîné la fameuse arrestation de Monsieur et qu'en parallèle, Solange aspire à l'héritage de Madame, dans le cas où celle-ci mourait.

Cette discussion laisse également voir des frictions entre les deux sœurs. Solange avoue également qu'elle a voulu étrangler Madame, sans être capable de terminer son acte.

C'est à ce moment-là que le téléphone retentit : c'est Monsieur, qui annonce à Claire que le juge l'a laissé en liberté provisoire. Il demande à ses bonnes de dire à sa femme qu'il l'attend au café Le Bilboquet.

Cette nouvelle fait paniquer Claire : Madame et Monsieur, en parlant, pourraient découvrir qu'elle est l'auteure de la lettre ayant dénoncé Monsieur. Elle décide donc de tuer Madame, en l'empoisonnant avec son tilleul.

Lorsque Madame arrive enfin chez elle, elle affirme d'emblée son soutien à Monsieur. Son attitude avec ses bonnes est ambiguë : il est à la fois maternel et méprisant. Méprisant, parce qu'elle est manifestement condescendante ; maternelle, parce qu'elle leur offre tout de même ses toilettes pour héritage.

Solange apporte finalement le tilleul empoisonné, mais Madame ne le boit pas tout de suite. À la place, celle-ci fait remarquer que plusieurs objets ont changé de place - et notamment le récepteur du téléphone.

Acculées, Claire, suivie par Solange, avouent que Monsieur a téléphoné : provisoirement libéré, il l'attend au Bilboquet.

Madame charge donc Solange de lui trouver un taxi. Claire essaie cependant de lui faire boire le tilleul empoisonnée mais sa maîtresse préférerait désormais du champagne. Elle finit par sortir.

Après que Solange a accusé Claire d'avoir échoué à lui faire boire le breuvage, les deux sœurs paniquent. Elles essaient de penser aux objets qui trahiraient leurs méfaits : le téléphone ? le fard ? le réveil ?

Elles finissent par reprendre leur jeu de rôles. Claire redevient Madame, Solange redevient Claire. Solange envisage la première le suicide, mais Claire (jouant Madame) demande à sa bonne son tilleul, insiste, et le boit.

Qu'est-ce que la progression à thème constant ?
Séraphine de Senlis (France, 1864-1942), Corbeille de fleurs
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C'est parti

Une pièce qui questionne le sens

En 1947, nous sommes deux ans après la Seconde Guerre Mondiale. Forcément, la France est encore sous le choc - choc moral, philosophique et politique. Pour preuve, l'épuration est encore à l'œuvre.

Le déchaînement de violence dont la guerre a été l'objet pose la question centrale du sens (ou de l'absurde) : quel est le but de l'existence ? Comment l'homme peut-il se montrer si cruel ?

Il s'agit de questions forcément centrales pour la littérature, qui s'en empare. Au théâtre, les personnages et les intrigues toutes faites sont remises en cause : à quoi bon, en effet, donner un sens à son histoire, quand l'absurdité du crime de masse a pu exister ?

La civilisation et la littérature traditionnelle, dans leurs échecs, sont ainsi sources de soupçons.

L'identité

Avec Les Bonnes, le spectateur assiste à une pièce dans laquelle les rôles sont fluctuants.

Les personnages jouent en effet un autre rôle que le leur - et cela est le cas dès la scène d'exposition. Or, la scène d'exposition est traditionnellement le moment où le spectateur découvre l'identité de chaque personnage.

Quand Les Bonnes commencent, il ne sait même pas qu'il est face à un jeu de rôles. Il doit attendre un temps non-négligeable pour comprendre que Claire est une simple bonne qui joue le rôle de sa maîtresse, et que Solange, comme bonne, joue le rôle de sa sœur, Claire.

C'est la présence de Madame qui dicte les identités : quand elle n'est pas là, les bonnes jouent ; quand elle est là, elles sont celles qu'elles doivent être.

Quels sont les thématiques de Ruy Blas ?
Les Amants I, René Magritte, 1928, Museum of Modern Art (www.coupefileart.com)

Mais même Madame joue plusieurs rôles :

  • elle peut être une veuve éplorée  : « Je suis brisée. Chaque fois que je rentrerai mon cœur battra avec cette violence terrible et un beau jour je m'écroulerai morte sous vos fleurs. »
  • elle peut être une mère généreuse : « Ma belle "Fascination". La plus belle. Pauvre belle. C'est Lanvin qui l'avait dessinée pour moi. Spécialement. Tiens ! Je vous la donne. Je t'en fais cadeau, Claire ! »

Ces travestissements, ce flou, font singulièrement écho au monde d'après-guerre, encore marqué par le traumatisme d'une époque où les identités se sont perdues dans la peur et l'effroi.

On notera par ailleurs la présence de cette notion du flou à l'intérieur même du titre : Les Bonnes amalgame les deux sœurs, ne leur conférant aucune identité propre. Elles sont confondues dans un même article défini pluriel et n'ont a priori pas de nom, tout comme leur maîtresse - qui, elle, n'en aura jamais.

Dominants contre dominés

Certes, dans son précis Comment jouer les Bonnes, de 1963, Jean Genet écrit :

Une chose doit être écrite. Il ne s'agit pas d'un plaidoyer sur le sort des domestiques. Je suppose qu'il existe un syndicat des gens de maison - cela ne nous regarde pas.

Mais il est difficile de ne pas voir, dans cette pièce, les marques du rapport des dominants aux dominés. Le jeu de rôles lui-même permet à Claire et à Solange de purger leurs passions, de faire ressortir leurs haines. Elles semblent mettre en scène toutes les humiliations que leur a fait subir Madame.

Il est vrai que cette Madame n'est pas totalement antipathique. Néanmoins, sa supériorité sociale est vécue par ces bonnes comme une constante condescendance. Il suffit de lire certaines répliques de Solange pour y percevoir sa jalousie toute sociale, sa rancœur ravalée, sa fascination jalouse :

Que dalle ! J'en ai assez de m'agenouiller sur des bancs. A l'église, j'aurais eu le velours rouge des abbesses ou la pierre des pénitentes, mais au moins, noble serait mon attitude. Vois, mais vois comme elle souffre bien, elle, comme elle souffre en beauté. La douleur la transfigure ! En apprenant que son amant était un voleur, elle tenait tête à la police. Elle exultait. Maintenant, c'est une abandonnée magnifique, soutenue sous chaque bras par deux servantes attentives et désolées par sa peine. Tu l'as vue ? Sa peine étincelante des feux de ses bijoux, du satin de ses robes, des lustres ! Claire, la beauté de mon crime devait racheter la pauvreté de mon chagrin. Après, j'aurais mis le feu.

On peut également relever les attitudes manifestement méprisantes de Madame :

  • elle tutoie ses bonnes tandis qu'elles la vouvoient
  • elle corrige leur vocabulaire : « Ce n'est pas de la poudre, c'est du fard, c'est de la «( cendre de roses » , un vieux rouge dont je ne me sers plus. »
  • elle leur donne des ordres maternants : « Vous ne nous attendrez pas, surtout, Solange et toi. Montez vous coucher tout de suite. »
  • elle a une appétence pour la fête qui relève de la bourgeoisie : « Mais non, je n'ai pas soif. Cette nuit, c'est du champagne que nous allons boire. Nous ne rentrerons pas. »
Que raconte l'Île aux esclaves ?
Arlequin et Pierrot, André Derain (détails)

Haine et violence

La haine (conjointement à la violence) est sûrement le thème central de la pièce - puisqu'elle mène jusqu'au meurtre.

On relève plusieurs marqueurs qui s'y réfèrent :

  • les « crachats », qui interviennent à différents moments de la pièce, et qui manifestent une évidente allégorie de la violence verbale :
    • Claire jouant la maîtresse et parlant à Solange, jouant Claire : « Je vous ai dit, Claire, d'éviter les crachats. Qu'ils dorment en vous, ma fille, qu'ils y croupissent. Ah ! ah ! vous êtes hideuse, ma belle. »
    • Solange, jouant Claire, parlant à Claire, jouant la maîtresse : « Et moi, si je n'ai plus à cracher sur quelqu'un qui m'appelle Claire, mes crachats vont m'étouffer! Mon jet de salive, c'est mon aigrette de diamants. »
    • Claire, rejouant la maîtresse : « J'ai dit les insultes. Vous n'espérez pas m'avoir fait revêtir cette robe pour m'entendre chanter ma beauté. Couvrez-moi de haine ! D'insultes ! De crachats ! »
  • les répliques que s'échangent Claire et Solange dans leurs jeux de rôles, véritables catharsis pour leurs souffrances du quotidien : « Le bas de ma robe, certain jour en sera constellé, mais de larmes précieuses. Disposez la traîne, traînée ! », « Mais j'en ai assez de ce miroir effrayant qui me renvoie mon image comme une mauvaise odeur. Tu es ma mauvaise odeur. »
  • le tilleul empoisonné comme matérialisation finale de cette haine manquant toujours son objet (Madame) et finissant par se retourner contre les Bonnes : « Garce ! répète. Madame prendra son tilleul. »
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Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.