Roman écrit par Chrétien de Troyes, vers 1911 resté
inachevé.

Il est dédié au protecteur de Chrétien, le comte de Flandre
Philippe et raconte l'histoire de Perceval, jeune homme devenu un chevalier
redoutable, ayant pour quête de trouver le Graal.

Chrétien affirme avoir travaillé d'après une source fournie
par Philippe.

La poésie relate les aventures et les épreuves sans cesse
croissantes du jeune chevalier Perceval et il se termine abruptement après
seulement 9 000 vers. Par la suite d'autres auteurs en ont ajouté 54 000 de
plus (voir ci-dessous, « Continuations »).

Perceval est le premier roman où l'on fasse mention
du saint Graal.

Le poème

Une femme qui a perdu son mari et deux de ses fils se cache
dans une forêt du Pays de Galles avec son dernier enfant, Percevaus
(Perceval), et essaye, pour le préserver, de l'élever loin de la civilisation,
dans l'ignorance complète du monde et de la chevalerie meurtrière. Malgré
toutes les précautions de la mère, Perceval rencontre un jour un groupe de
chevaliers à la brillante armure. Il en est si enthousiasmé qu'il quitte
aussitôt le refuge et sa mère malgré les supplications de celle-ci.

Il se rend à la cour du Roi Artus (roi Arthur) où une
jeune fille lui prédit un grand avenir.

Perceval se fait remarquer par la rusticité de ses
manières ; cependant, il sort vainqueur de son premier combat et s'empare
de l'armure de son adversaire.

Malgré les railleries de sire Kay, il est fait chevalier et
part pour l'aventure.

Gurnemanz (Gornemant), un vieux chevalier plein
d'expérience prend Perceval sous sa protection et lui enseigne les façons
courtoises. Il lui apprend aussi les vertus chevaleresques : épargner un
adversaire vaincu, montrer de la retenue dans le discours, protéger les dames
et fréquenter les églises.

Grâce à sa noble origine et à son ardeur, Perceval fait de
rapides progrès et il peut bientôt voler de ses propres ailes.

Il s'en va donc à l'aventure et conquiert par sa beauté et
son courage Blancheflor (Blanchefleur) qui devient son épouse. Mais elle
non plus ne parvient pas à le retenir.

Après maintes péripéties, un soir qu'il cherchait un gîte,
Perceval est reçu par le Roi Pescheor (Roi Pêcheur) dans un château où
il vit une bouleversante aventure.

Des valets l'habillent d'écarlate et l'introduisent dans une
vaste salle carrée au milieu de laquelle gît, à demi couché sur un lit, un
homme vêtu de zibeline.

Pendant que Perceval s'entretient avec lui, il est témoin
d'un spectacle étrange : Un valet qui tient une lance resplendissante de
blancheur s'avance. «A la pointe du fer de la lance perlait une goutte de sang
et jusqu'à la main du valet coulait cette goutte vermeille». Deux autres valets
suivent avec des chandeliers en or. Puis vient une belle jeune fille richement
parée. Elle porte un Graal d'or pur orné de pierres précieuses. Chrétien de
Troyes souligne : «Il vint alors une si grande clarté que les chandelles
perdirent la leur, comme les étoiles quand le soleil ou la lune se lève». Une
autre jeune fille porte un tailloir ou plateau en argent.

L'étrange cortège va d'une pièce à l'autre tandis qu'on
prépare un splendide souper.

A chaque plat, le cortège réapparaît avec le Graal, sans que
les assistants semblent y faire attention. Bouleversé et intrigué, Perceval, se
demande «À qui s'adresse le service du Graal». Mais, prisonnier de l'éducation
reçue, il n'ose le demander ; car il se souvient des conseils de Gurnemanz
qui lui a recommandé de réfléchir avant de parler et de ne pas poser de
questions indiscrètes.

Alors, il se tait. Après le repas, le châtelain, qu'un mal
mystérieux semble ronger, se fait porter dans sa chambre par quatre serviteurs.
Perceval s'endort à son tour. À l'aube, en se réveillant, il trouve le château
vide. Actionné par des mains invisibles, le pont-levis s'abaisse devant lui.
Perceval reprend la route, mais il est bien décidé à élucider le mystère et
surtout à retrouver un jour le Graal.

Peu de temps après, une dame d'aspect horrible, telle qu'on
en voit dans les légendes celtiques, arrive à la cour et reproche à Perceval de
ne pas avoir interrogé son hôte à propos du Graal, car la question aurait eu le
pouvoir de guérir le roi blessé et en même temps levé la malédiction qui pesait
sur ses terres.

La partie suivante de la poésie parle du meilleur chevalier
d'Arthur, Gauvins (Gauvain), qui a été défié en duel par un chevalier
qui prétend que Gauvain avait tué son seigneur. Gauvain est en même temps un
contraste et un complément à la naïveté de Perceval et ses aventures nous
présentent un chevalier courtois qui doit agir dans des situations contraires à
la courtoisie.

Par la suite, on ne parle plus de Perceval que brièvement
avant la fin de la partie achevée par Chrétien de Troyes : Après cinq
années de vaines recherches, il rencontre un ermite, son oncle, qui l'instruit
dans les voies de l'esprit et lui révèle que le Graal est un objet sacré
contenant une hostie. Apportée chaque jour en procession solennelle au père du
roi, cette hostie lui permet depuis quinze ans de se maintenir en vie.

Après que Perceval a reçu les sages conseils de son oncle,
le poème revient à Gauvain, mais il se termine bientôt.

Le poète n'est pas arrivé à ramener Perceval au château
mystérieux. Il est mort la plume à la main sans pouvoir achever son poème.

Les Continuations

Quatre poètes au talent inégal ont repris l'histoire là où
Chrétien l'avait laissée et ont essayé de la conduire jusqu'au bout.

Première Continuation

La première Continuation a ajouté au roman de 9 500 à 19 600
vers (selon les manuscrits). Elle a été autrefois attribuée à Wauchier de
Denain et c'est pourquoi on l'appelle parfois encore Pseudo-Wauchier. Il existe
une version courte, une moyenne et une longue; la courte est la plus ancienne
et la plus mal reliée au travail de Chrétien. Roger Sherman Loomis croyait que
cette version représentait la vraie tradition du Graal, sensiblement différente
de celle de Chrétien. Cette première Continuation comprend les aventures
antérieures de Gauvain ; sa mère et sa grand-mère sont allées voir Arthur,
car la sœur de Gauvain, Clarissant, doit épouser Guiromelant. Gauvain s'oppose
d'abord au mariage mais se réconcilie avec Guiromelant, et rejoint Arthur pour
assiéger avec lui deux châteaux. Finalement, il visite le château du Graal au
cours d'une scène décrite de façon remarquable.

Les versions les plus longues comprennent deux romans
apparemment indépendants mais imbriqués dans l'action principale. Le Livre de
Caradoc a pour héros Caradoc, chevalier d'Arthur, qui explique comment il a
reçu son surnom « au court bras ». L'autre raconte les mésaventures
du frère de Gauvain, Guerrehet (Gaheris ou Gareth), sur un bateau tiré par un
cygne.

Deuxième Continuation

Peu de temps après que la première Continuation eut été
achevée, un autre auteur ajouta 13 000 vers à l'ensemble. Cette section aussi a
été attribuée à Wauchier de Denain et pourrait bien, elle, être de lui.
Composée surtout d'aventures, cette suite montre Perceval retournant au Château
du Graal et réparant de l'épée de Trébuchet, mais une mince fêlure qui demeure
dans la lame est le symbole que son âme n'a pas encore atteint la perfection.

La Continuation de Gerbert

17.000 vers ont été ajoutés dans la suite de Gerbert.
L'auteur, d'habitude identifié comme Gerbert de Montreuil, a composé sa version
indépendamment de Manessier et vers la même époque. Il avait écrit une fin,
mais elle a été supprimée dans les deux copies subsistantes et, dans la
tradition manuscrite, ce qui restait a été inséré entre la deuxième
Continuation et le travail de Manessier. Il essaye de se rattacher aux finales
des manuscrits laissées par Chrétien et les autres et l'influence de Robert de
Boron est sensible. Il est remarquable que Gerbert inclue dans son récit un
épisode complet de Tristan qui n'existe nulle part ailleurs.

La Continuation de Manessier

La Continuation de Manessier (appelée aussi troisième
Continuation parce que c'est sa place dans les manuscrits qui n'incluent pas
Gerbert, mais cela prête à confusion) a ajouté 10 000 vers et (enfin) une fin.
Manessier a fondu ensemble un grand nombre de fins imprécises venant des
auteurs précédents et il a inclus plusieurs épisodes pris dans d'autres œuvres,
en incluant la Joie de la Cour, une aventure d'Erec de Chrétien de
Troyes et la mort d'Énide et de Calogrenant telle qu'on la raconte dans la partie
consacrée à la Queste del Saint Graal dans le cycle du Graal de
Lancelot. Le conte se termine avec la mort du Roi Pêcheur et la montée de
Perceval sur son trône. Après sept ans Perceval s'en va pour mourir dans les
bois, Manessier suppose qu'il a emporté avec lui au ciel le Graal, la Lance et
le plat d'argent.

L'influence de Perceval

Quoique Chrétien ne l'ait pas achevé, son roman exerça une
énorme influence sur le monde littéraire du Moyen âge. Perceval fit connaître
le Saint Graal à une Europe enthousiasmée et toutes les versions de l'histoire
du Graal remontent à lui directement ou indirectement. Le Parzival de
Wolfram von Eschenbach est une des plus grandes œuvres de l'Allemagne
médiévale, et c'est une de celles qui sont fondées directement sur le poème de
Chrétien de Troyes. Un autre personnage est le Gallois Peredur, fils d'Efrawg,
héros d'un des trois romans gallois associés au Mabinogion.

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Mathieu

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