La tragédie

Origines : La tragédie a des origines rituelles obscures (représentations théâtrales, au Vème av. J.C., lors des fêtes de Dionysos, à Athènes exclusivement). L'étymologie de la tragédie est incertaine : le mot, d'origine grecque, signifierait littéralement le "chant du bouc" (de tragos, le bouc et ôïdè, le chant), mais le culte de Dionysos ne comporte pas le sacrifice d'un bouc. La tragédie grecque est incluse dans la fête religieuse mais elle ne constitue plus un rituel elle-même.

Définition : Dans La Poétique, le philosophe grec Aristote (IVème siècle av. J.C.) définit ainsi la tragédie : "imitation d'une action de caractère élevé et complète [...] faite par des personnages en action et non au moyen d'un récit, et qui, suscitant pitié et crainte, opère la purgation (catharsis) propre à de pareilles émotions".La définition a été reprise par le poète latin Horace au Ier siècle ap. J.C., puis par les théoriciens français du XVIIème siècle (l'abbé d'Aubignac et Boileau, en particulier). La tragédie fait aussi l'objet de débats dans les préfaces et examens des auteurs, notamment les trois Discours de Corneille sur l'art dramatique (1660).

Actes, scènes, vers : L'action est divisée en 5 actes et en scènes (en nombre variable), définies par l'entrée ou la sortie des personnages. La liaison des scènes doit éviter toute rupture de l'action (la liaison de présence est assurée par un personnage qui demeure en scène ; la liaison de fuite consiste à faire quitter le plateau à un personnage qui veut en éviter un autre). Le vers utilisé est l'alexandrin

Les phases de l'action dramatique.

Dans la tragédie comme dans la comédie classique, les trois phases de l'action dramatique sont : l'exposition : elle doit être entière et courte, claire, interessante et "vraisemblable", le noeud de l'action : c'est l'apparition des obstacles, péripéties et coups de théâtre, et le dénouement, il doit être rapide, complet, "nécéssaire" (c-à-d découler logiquement de ce qui précède).

Personnages et époque : Les personnages de tragédie sont des personnages illustres, de rang élevé, légendaires ou historiques. La tragédie se situe dans des temps mythiques, dans l'Antiquité grecque ou romaine, ou à l'époque biblique.

Règles : La tragédie doit créer l'illusion théâtrale (c'est la vraisemblance) en faisant le plus possible coïncider le temps de la fiction et la durée de la représentation (3 heures). D'où la règle dite des "3 unités" : temps (24 heures), lieu (décor unique sur scène) et action (intrigue unique ou avec actions secondaires liées à la principale). Elle doit aussi respecter la vraisemblance, puisque le théâtre se veut une imitation de la vie réelle (l'histoire doit paraître vraie même si elle embellit parfois la réalité). Elle doit enfin respecter les bienséances : le héros doit être vertueux (sans être parfait), agir et parler conformément à son rang, à son âge, à son sexe. C'est ce qu'on appelle la bienséance interne ; la tragédie ne doit pas choquer le public par la représentation de la sexualité ou de la violence (spectacles sanglants, batailles, duels et meurtres sont évoqués par des récits). C'est ce qu'on appelle la bienséance externe.

Buts : La tragédie a une visée esthétique : "La principale règle est de plaire et de toucher." (Racine, préface de Bérénice). La tragédie a une visée morale : toucher et instruire (par la terreur et la pitié, ou l'admiration chez Corneille) : en s'identifiant au personnage, en éprouvant à travers lui des passions mauvaises, le spectateur parvient à maîtriser ces passions et à s'en libérer. C'est ce qu'on appelle la catharsis.

La comédie

Origine : La comédie est née en Grèce. C'était à l'origine une procession burlesque et populaire en l'honneur de Dionysos : le cômos (d'où le mot comoedia : chant du cômos). La comédie est d'abord politique et satirique avec Aristophane (Vè-IVè siècle av. J.C.). Elle se tourne vers la comédie de caractères avec le dramaturge grac Ménandre et la nouvelle comédie (ou Néa : IVè siècle av. J.C.), qui fournit ses rôles et ses situations au théâtre latin, puis, beaucoup plus tard, à la comédie d'intrigue du XVIIème siècle.

Définition : La comédie est un genre peu théorise. Aristote (philosophe grec du IVè siècle), dans sa Poétique, la définit par opposition à la tragédie comme : "l'imitation des hommes de qualité morale inférieure, non en toute espèce de vice, mais dans le domaine du risible, lequel est une partie du laid". Miroir de la vie quotidienne, elle représente le ridicule de l'humanité. Au XVIIème siècle, elle obéit aux mêmes principes dramatiques que la tragédie. Le rire n'est pas une composante essentielle de la comédie classique dans les textes théoriques, mais Molière en fait un élément primordial de son théâtre.

Actes et vers : L'architecture de la comédie est à peu près calquée sur celle de la tragédie : 5 actes (parfois 3, selon le modèle de la comédie italienne). La comédie est généralement en vers, en alexandrins, sur le modèle de la tragédie.

Les phases de l'action dramatique : Le déroulement d'une comédie est identique à celui d'une tragédie : exposition, noeud de l'action, dénouement. Par opposition audénouement tragique, le dénouement d'un comédie est généralement heureux (souvent un ou plusieurs mariages). Il doit en principe découler logiquement de tput ce qui précède (c'est ce qu'on appelle un dénouement "nécéssaire". Mais Molière n'hésite pas à introduire le procédé du deus ex machima : intervention opportune et tout à fait inattendue d'un personnage extérieur à l'action, comparable aux interventions divines dans le théâtre grec.

Personnages et époque : Les personnages de comédie sont des personnages de basse ou moyenne condition, ils appartiennent au peuple ou à la bourgeoisie. La comédie se situe à une époque contemporaine. L'action est inventée, contrairement à celle de la tragédie (empruntée au mythe ou à l'histoire) ; l'intrigue s'inspire de la vie quotidienne.

Règles : La comédie doit, comme la tragédie, respecter la vraisemblance et les règles qui en découlent : règle des 3 unités : lieu, temps, action, et la règle des bienséances (mais on tolère les allusions à la sexualité et la mention de la nourriture, bannies de la tragédie).

Formes du comique : Le comique de mots : il exploite les ressources du langage (répétition, jeux sur les sons, sur le sens, calembours, déformations, recoursz au jargon, au parler dialectal, au latin macaronique), le comique de gestes : coups, gifles, bastonnades, chutes, mouvements mécaniques, etc., le comique de situation : quiproquo, personnage dissimulé, rencontre inattendue et malencontreuse, etc., et le comique de caractère : obsession, manie d'un personnage tournée en ridicule.

Buts : La comédie a une visée esthétique, plaire : "Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire ..." (Molière, Critique de l'Ecole des femmes). Son but est aussi moral et didactique : "Castigat ridndo mores" : la comédie "corrige les moeurs par le rire". En représentant une humanité ridicule et pitoyable, elle démasque les imperfections des hommes et les incite à se corriger.

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Clément M

Freelancer et pilote, j'espère atteindre la sagesse en partageant le savoir que j'ai acquis lors de mes voyages au volant de ma berline. Curieux scientifique, ma soif de découverte n'a d'égale que la durée de demie-vie du bismuth 209.

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