Synthèse et histoire de La Condition Humaine

La Condition Humaine, un livre resté célèbre

La Condition Humaine est un roman écrit par André Malraux. Il fut d’abord publié par extraits dans La Nouvelle Revue française et dans Marianne, puis publié en volume en 1933. La même année, l’auteur obtient le célèbre prix Goncourt pour ce roman. Un prix qui permet à son livre de rentrer dans l’histoire. En 1999, le quotidien Le Monde l’élève à la cinquième place des cents meilleurs livres du XXe siècle. La Condition Humaine est le troisième et ultime volet de la trilogie asiatique d'André Malraux, précédé par :

  • Les Conquérants (publié en 1928)
  • et La Voie Royale (publié en 1930)

André Malraux est également connu pour avoir été une grande figure de la résistance pendant la seconde guerre mondiale, et ministre de la culture sous De Gaulle lorsque ce dernier créa ce ministère, en 1959. Un poste qu’il occupa dix années durant.

Qui est André Malraux ? Portrait d'André Malraux. Source : France Culture.

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Un contexte politique très précis

L’histoire se déroule en 1927, dans un contexte politique bien précis. En effet l’action se déroule en Chine, à Shanghai, du 21 mars aux 12 et 13 avril 1927. Sous le commandement de Tchang Kaï-chek, l’armée révolutionnaire du Kuomintang marche vers Shanghai dans l’objectif de conquérir la ville, cette dernière étant très convoitée pour son port. Pour les aider, sur place les cellules communistes préparent le soulè­vement du peuple. Sauf que Tchang Kaï-chek s’inquiète de la grande influence que démontrent ainsi les communistes. Il décide alors de les trahir pour ne pas avoir à craindre leur puissance grandissante. Aidé par les Occidentaux, il fait assassiner des milliers d’ouvriers et dirigeants communistes le 12 avril 1927. Ainsi commence le roman : « 21 mars 1927. Minuit et demi. Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire ? Frapperait-il au travers ? L'angoisse lui tordait l'estomac ; il connaissait sa propre fermeté, mais n'était capable en cet instant que d'y songer avec hébétude, fasciné par ce tas de mousseline blanche qui tombait du plafond sur un corps moins visible qu'une ombre, et d'où sortait seulement ce pied à demi incliné par le sommeil, vivant quand même - de la chair d'homme. La seule lumière venait du building voisin : un grand rectangle d'électricité pâle, coupé par les barreaux de la fenêtre dont l'un rayait le lit juste au-dessous du pied comme pour en accentuer le volume et la vie. Quatre ou cinq klaxons grincèrent à la fois. Découvert ? Combattre, combattre des ennemis qui se défendent, des ennemis éveillés ! »

Un roman précurseur de l’existentialisme

Si ce roman est perçu comme très singulier, c’est qu'il fait cohabiter la conscience de l'absurde avec la certitude de pouvoir triompher de son destin, et ce grâce à l'engagement dans l'Histoire. L’absurde du monde n’empêche pas l’homme d’agir. Le destin de l’homme est fatalement tragique, d’ailleurs la mort est un des motifs omniprésents dans son récit, mais l’homme a néanmoins toutes les cartes en main pour influer sur le courant de sa destinée. L’homme peut lutter contre sa condition. Il s’agit en quelque sorte d’un roman métaphysique. Or l’écriture d’André Malraux participe aussi à la singularité de son œuvre. La Condition Humaine se forme selon des techniques quasi cinématographiques. Sa composition est en effet discontinue, comme si André Malraux enchaînait différents plans. Cela se retrouve au niveau de la phrase et du style, souvent heurté, haché. Rompant avec le style abondant et dense qui était le propre du roman traditionnel, Malraux choisit un style plus épuré, et met le lecteur au premier plan en l’obligeant à comprendre par lui-même le sens de l'œuvre. La Condition Humaine est aussi et surtout un roman précurseur. Anticipant le chaos qui saisira le monde et la littérature avec lui après la seconde guerre mondiale, il précède les romans d'après-guerre français et donc le mouvement des existentialistes, dont Sartre sera l’une des grandes figures. Le texte est aussi très riche de découpages demandant une lecture à plusieurs niveaux, ce qui en fait une œuvre majeure de langue française, comme un roman d'anticipation, en étroite harmonie avec son temps. La Condition Humaine incarne également la rencontre de l'Orient et l'Occident. Toutefois, il faut aussi noter que La Condition Humaine n’est pas un roman engagé, sur le plan politique.

A quoi ressemblait Shanghai dans les années 1930 ? Une photographie de Shanghai dans les années 1930. Source : croiseur-lamotte-picquet.fr

Les personnages principaux

TchenTerroriste communiste. Il mourra dans un attentat raté contre Tchang Kaï-chek.
FerralIndustriel communiste président de la Chambre de Commerce française. C’est la caricature de l’homme occidental colonialiste, qui ne prend plaisir que par la domination.
GisorsIntellectuel communiste. Père spirituel de Tchen. Adepte de la médiation mais aussi des effets de l’opium.
KyoFils de Gisors. Idéaliste communiste, c’est lui qui dirige l’insurrection.
MayEpouse de Kyo, médecin, militante communiste. Elle poursuivra le combat à la lutte de son mari.
KatowRusse, ancien militant de la révolution de 1917, il a rejoint la Chine par idéalisme politique, pour participer à la révolution communiste. Avant de mourir, il prouvera une nouvelle fois sa bravoure et sa générosité en offrant sa dose de cyanure à deux prisonniers qui avaient trop peur de la torture.
HemmelrichCommuniste belge. Sa famille sera tuée pour lui faire payer ses actions politiques.
Tchang Kaï-chekGénéral des troupes armées chinoises, c’est lui qui trahit les forces communistes en arrivant à Shanghai.

Résumé de La Condition Humaine

La Condition humaine est un roman constitué de sept parties.

Première partie (21 mars)

Le roman commence par la préparation de l'insurrection, à Shanghai. Tchen, un militant communiste, poignarde un trafiquant d'armes et parvient ainsi à s'emparer de ses papiers qui permettront à Kyo et à Katow, ses compagnons, de s'emparer de la cargaison d'armes d'un bateau ancré dans le port. Pour réussir cette opération, les deux révolutionnaires vont bénéficier de la complicité du baron de Clappique. Les armes sont ensuite distribuées à l'ensemble des combattants clandestins, cachés à travers la ville. Kyo mène l'inspection de combattants clandestins. Il s'aperçoit en écoutant  un message enregistré, que sa propre voix lui parait étrangère. Il en ressent un profond malaise. « On entend la voix des autres avec ses oreilles, la sienne avec la gorge. [..] Mais moi, pour moi, pour la gorge, que suis-je ? » Cette première partie permet également de présenter les principaux protagonistes : Kyo et sa compagne May, Tchen et son maître à penser Gisors, qui est aussi le père de Kyo. Après son meurtre, Tchen vient se confier à Gisors : il se sent différent des autres hommes et lui avoue sa fascination pour la mort et plus précisément pour le sang, ce qui explique aussi sa position de terroriste. Gisors est partagé entre la compréhension inquiète de ses « deux fils » et la fuite dans l'opium qui lui permet de se réconcilier avec lui-même. La drogue paraît ici un moyen de fuir ses angoisses.

Comment résumer La Condition Humaine ? Extrait de l'illustration choisie pour la couverture de La Condition Humaine, aux éditions Folio.

Deuxième partie (22 mars)

C'est le jour de l'insurrection. Les troupes du général Tchang Kaï-chek sont sur le point d'entrer à Shanghai. Ferral, le président de la chambre de commerce française, étudie avec les autorités locales chinoises les chances de succès de l'insurrection. Finalement il persuade les milieux d'affaires de soutenir Tchang Kaï-chek. Ferral va rejoindre ensuite Valérie, sa maîtresse, qu’il ne perçoit que comme un objet qu’il maîtrise selon ses envies. Celle-ci subit douloureusement la relation érotique humiliante qu'il lui impose. L'insurrection commence enfin. Les combats sont très violents mais elle est finalement victorieuse. Sauf que Tchang Kaï-chek va retourner la situation. Au lieu de s’allier aux communistes qui l’ont aidé, il s'oppose aux révolutionnaires et préfère pactiser avec les forces modérées : il exige des insurgés qu'ils rendent les armes. Or les insurgés s'inquiètent de l'attitude attentiste du Kouo-Min-Tang. Kyo décide d'en savoir plus et s'en va demander des explications à Han-k'eou.

Troisième partie (29 mars)

Kyo s'est rendu à Han-k'eou, une ville située plus au nord, où se trouve la délégation de l'Internationale communiste dont le délégué est Vologuine. Il souhaite demander au Kominterm l'autorisation de résister au général, et de garder les armes. Il prend conscience que les communistes sont beaucoup moins forts que ce que l'on espérait à Shanghai. Vologuine lui indique que la tactique de Moscou est, pour le moment, de laisser faire. Ils souhaitent rester neutre. Tchen vient lui aussi à Han-k'eou et rencontre Kyo. Tchen ne voit comme seule solution que l'assassinat de Tchang Kaï-chek dont il est prêt à se charger. L'Internationale communiste désapprouve cette démarche mais les laisse partir. En désaccord sur les moyens d’atteindre leurs objectifs, Kyo et Tchen rentrent séparément à Shanghai.

Quatrième partie (11 avril)

À Shanghai la répression bat son plein. Impliqué dans l'affaire de la cargaison d'armes, Clappique est averti par le chef de la police. Il lui conseille de quitter la ville. Clappique essaye de prévenir Kyo que la police a décidé de l'arrêter. Il se rend chez Kyo, mais celui-ci étant absent, il demande à son père Gisors de l'informer et lui donne rendez-vous dans un bar de la ville. Pendant ce temps, Tchen, avec deux complices, organise sans succès un premier attentat contre Tchang Kaï-chek. Il se cache ensuite chez son compagnon Hemmelrich et décide que la prochaine fois, il tentera sa chance seul. De son côté, Ferral prend conscience que la décision de Tchang Kaï-chek d'écraser l'insurrection peut servir ses propres intérêts. Il se rend, radieux à un rendez-vous avec Valérie. Mais les deux amants se disputent et Valérie le ridiculise. Ferral vient alors chercher du réconfort auprès de Gisors. Il prend conscience de sa solitude et de la vacuité de ses rêves de puissance, mais n'y renonce pas pour autant. Averti par son père, Kyo se rend au rendez-vous de Clappique. May, sa compagne, souhaite l'accompagner. Tchen décide de se jeter avec sa bombe sur la voiture de Tchang Kaï-chek. Geste vain car le général n'est pas dans sa  voiture.

Huile sur toile de René Magritte, "La Condition humaine", 1935. (Norfolk Museums) Source : connaissance des arts.

Cinquième partie

Clappique n'est pas à l'heure au rendez-vous. Kyo et May se font arrêter. Kyo est jeté en prison. Apprenant qu'un nouvel attentat a été organisé contre Tchang Kaï-chek, Hemmelrich se rend à la permanence communiste pour avoir des nouvelles de Tchen. Lorsqu'il rentre chez lui, il découvre que sa femme et son enfant ont été assassinés dans des conditions horribles. Il décide alors de participer avec Katow à un ultime combat contre Tchang Kaï-chek. Il parvient à s'enfuir de justesse. Gisors obtient de Clappique qu'il intercède auprès du chef de police, auquel il a un jour sauvé la vie, pour obtenir la libération de Kyo. Mais cette démarche ne fait qu'aggraver la situation de Kyo.

Sixième partie

Kyo est jeté dans une prison répugnante. Il comparait devant König, le chef de police qui a refusé sa libération. Ce dernier veut absolument faire perdre à Kyo sa dignité : où il trahit les siens, où il sera livré à la torture. Kyo refuse de collaborer et rejoint sous le préau ses camarades communistes qui attendent d'être brûlés vifs dans la chaudière d'une locomotive. Kyo retrouve Katow. Or Kyo évite le supplice en se suicidant avec le cyanure qu'il dissimulait sur lui. Katow, lui, se sacrifie en donnant son cyanure à deux jeunes chinois complètement terrorisés par le sort qui les attend. Il se rend, plein de dignité, vers le supplice. Clappique lui, survit. Il parvient à se déguiser en marin et à s'embarquer sur un bateau en partance pour la France.

Septième partie

À Paris, Ferral a une réunion au Ministère des Finances mais ne parvient pas à sauver le consortium qu'il dirigeait en Chine. À Kobé, au Japon, chez le peintre Kama, May vient retrouver Gisors. Gisors cherche la paix dans l'opium et dans la méditation. May, elle, malgré sa solitude et son désarroi, souhaite reprendre et continuer le combat révolutionnaire. Pour conclure, ce roman réunit tous les thèmes du premier Malraux. Chacun de ses personnages incarne une attitude devant la vie et l'action. Mais tous assument leur condition humaine dans ce qu'elle a à la fois de vil et de sublime, c'est-à-dire de contradictoire. Tous vivent ce que l'auteur a appelé lui-même une aventure tragique et qui pourrait définir l'ensemble de son œuvre.

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Alexandra

Ex professeure de français reconvertie en rédactrice web, je crois fondamentalement aux pouvoirs du chocolat, aux vertus de la lecture, et à la magie des envolées d’Edouard Baer !

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