Présentation de l'oeuvre

Dom Juan ou le Festin de Pierre, est une pièce de théâtre en cinq actes de J.B Poquelin, connu sous le nom de Molière et représentée pour la première fois en 1665.

On y voit les dernières trente-six heures de l'existence de Dom Juan Tenorio, grand séducteur, accompagné de son valet Sganarelle, valet peureux. L'impétuosité de Dom Juan lui vaudra la mort par le Ciel, par l'entremise du bras d'une statue de pierre.

En cela, il est représentatif d'une tragédie classique : la pièce se termine avec la mort du personnage principal. Néanmoins, elle ne peut pas être vraiment classée dans ce registre puisqu'elle mêle différentes caractéristiques, notamment celles d'une pièce comique.

Quels sont les ouvrages qu'il faut lire au lycée ? Molière est sans aucun doute l'un des auteurs qu'il faut avoir lu dans sa vie pour prétendre connaître la littérature française !

Résumé par actes

Acte I

La pièce commence avec une conversation entre Sganarelle, valet de Dom Juan et Gusmon, écuyer de Done Elvire. Ce dernier ne comprend pas pourquoi Dom Juan a abandonné sa maîtresse alors qu'il l'a enlevée du couvent puis épousée.

Empli de désinvolture, Sganarelle lui dévoile la réalité de son maître : c'est un libre-penseur, « grand seigneur méchant homme » et « épouseur à toutes mains ».

Lorsque Dom Juan arrive, il le confirme à son valet : seule la conquête le meut. Il lui révèle qu'il est dans l'incapacité de s'attacher à une femme et, en conséquence, son rêve est de renouveler sans cesse le succès de la séduction.

C'est maintenant une autre belle qui l'intéresse : il prévoit de l'enlever au cours de la promenade en mer que son fiancé a prévu pour elle. Mais Elvire paraît ; elle l'accuse de trahison et exige des explications. Dom Juan fait l'hypocrite et répond avec cynisme.

Alors Elvire le maudit et implore le ciel de le punir. Elle le quitte en lui promettant une terrible vengeance. Dom Juan reste indifférent à sa colère et son esprit est déjà tout occupé à sa nouvelle entreprise amoureuse.

Acte II

On retrouve Dom Juan défait : sa barque a chaviré à cause d'un vent violent. Il ne doit son salut qu'à Pierrot, un paysan, qui est en train de raconter à sa belle Charlotte comment il a sauvé un grand seigneur aux habits magnifiques.

Que raconte l'histoire de Dom Juan ? Le Naufrage de don Juan ou La Barque de don Juan, 1840, Gustave Courbet

Mais à peine Pierrot sorti de scène, Dom Juan reprend son habitude : il commence à faire la cour à Charlotte. Il lui promet le mariage ; la paysanne, d'abord hésitante, se laisse emporter par l'idée de devenir noble.

Pierrot revient alors que Dom Juan baise la main de sa promise. Il s'énerve et veut s'interposer ; mais il doit s'avouer vaincu face aux soufflets assenés par celui qu'il a sauvé.

Alors que Dom Juan continue sa cour auprès Charlotte vient Mathurine, une autre paysanne jadis séduite par le même homme. S'affrontant verbalement, les deux femmes surenchérissent tour à tour à propos des promesses que le séducteur leur a faites. Celui-ci tente de convaincre chacune qu'elle est la seule aimée.

Tout à coup débarque un valet pour alerter Dom Juan : des hommes armés le cherchent. Il fuit.

Acte III

Dom Juan, vêtu en campagnard, et Sganarelle, qui porte une robe de médecin, marchent dans la forêt. Le maître fait part à son valet son scepticisme quant à la médecine : ce serait selon lui des vastes absurdités. Pourtant, Dieu ne lui paraît pas plus tangible - et c'est en vain que Sganarelle, scandalisé, tente de le convaincre de son existence.

Les deux finissent par s'égarer et demandent à un pauvre hère le chemin vers la ville. Ce faisant, Dom Juan lui donne une pièce d'or « pour l'amour de l'humanité » après que l'autre lui a fait l'aumône.

Un peu plus tard, Dom Juan perçoit des bruits d'escrime. Il s'en va au secours du gentilhomme agressé par trois voleurs et le sauve. Ce dernier se révèle être Dom Carlos, l'un des frères d'Elvire qui le pourchassaient précédemment. Mais les deux hommes ne se connaissant pas, ils ne comprennent pas l'incongruité de la situation.

Mais arrive bientôt Dom Alonse, un autre des frères, qui, lui, reconnaît le séducteur honni. Pourtant, Dom Carlos le persuade de différer l'heure de la vengeance, compte tenu que l'homme visé vient de lui sauver gracieusement la vie. Dom Juan promet alors au premier frère de se mettre à ses ordres lorsqu'il le voudra.

Une fois seuls, le maître et son valet découvrent, derrière les arbres, le tombeau d'un Commandeur. Ils comprennent bientôt qu'il s'agit de celui que Dom Juan a tué en duel il y a six mois de cela. Pensant faire de l'esprit, Dom Juan invite à dîner la statue qui représente le mort. Contre toute attente, celle-ci baisse la tête et accepte la proposition.

Acte IV

Le même soir, Dom Juan s'en retourne chez lui et patiente pour son dîner. Viennent alors pléthore d'importuns.

D'abord son créancier, Monsieur Dimanche. Dom Juan s'en débarrasse en le recouvrant de compliments de sorte que celui-ci n'a même pas le temps de lui parler de sa dette.

Puis arrive Dom Louis, son père, qui lui reproche ses actes qui le couvrent de déshonneur. Dom Juan y répond avec son insolence habituelle.

Enfin, Elvire se présente à lui. Elle lui annonce avoir été touchée par la grâce et qu'en conséquence, elle s'apprête à retourner au couvent. Elle prie en parallèle à Dom Juan de renoncer au vice et de se tourner vers Dieu. Bien évidemment, Dom Juan se fait sourd à ses conseils.

Dom Juan peut enfin se mettre à manger mais il oublie la statue du Commandeur. Celle-ci l'invite alors à son tour, pour dîner le lendemain.

Acte V

Le début de cet acte semble commencer par une retournement de situation : on voit Dom Juan annoncer à son père qu'il a finalement vu la lumière divine. Le voilà converti. Son père se réjouit de la nouvelle, tout comme Sganarelle. Mais ce dernier est vite détrompé par son maître, qui lui révèle que cela n'est qu'une supercherie.

Dom Carlos vient demander à Dom Juan de retrouver sa soeur et de lui rester fidèle. Mais l'effréné séducteur argue de sa supposée conversion pour se dédire.

Devant tant de parjures, le Ciel décide d'offrir à l'effronté une toute dernière chance : il lui envoie un spectre, pareil à une femme voilée et possédant la voix d'Elvire. On lui demande de se repentir. Dom Juan, fidèle à lui-même, préfère frapper de son épée ; mais le spectre s'évapore.

Cette dernière chance passée, voilà la statue du Commandeur qui revient. Dom Juan se voit rappeler la promesse faite : il doit partager avec elle son repas. C'est la fin : elle l'emmène avec elle jusque dans les abîmes de la Terre, au royaume des Enfers.

Sganarelle, lui, se retrouve seul et réclame, bien vainement, le paiement de ses gages.

Quelle est la postérité de Dom Juan ? Dom Juan est aussi un fameux opéra de Mozart, avec ici : Taryn Fiebig (Zerlina), Shane Lowrencev (Leoporello), Teddy Tahu Rhodes (Don Giovanni), Elvira Fatykhova (Donna Anna), in Don Giovanni, Sydney Opera House, Opera Australia, 2014

Pistes d'analyse

Les cinq actes

On peut donner un titre aux actes selon l'aspect de la personnalité de Don Juam que chacun d'eux révèle :

  • Acte I : Dom Juan l'infidèle
  • Acte II : Dom Juan le séducteur
  • Acte III : Dom Juan le libertin, grand seigneur
  • Acte IV : Dom Juan l'inhumain
  • Acte V : Dom Juan l'hypocrite

Dom Juan est ainsi un personnage aux milles facettes et aux milles couleurs. Grand séducteur, il vit dans l'instant et dans la jouissance immédiate. Seule la conquête lui importe et le mariage ne l'intéresse pas. C'est de cette manière qu'il bafoue et blasphème les valeurs de la religion.

Le registre en oeuvre

La question du registre de l'oeuvre peut poser quelques problèmes.

Qu'en est -il réellement de cette structure de tragédie en cinq actes ? Molière, dramaturge aussi bien classique que baroque, présente ici une pièce bicéphale (à deux têtes).

Ce n'est pas une pièce formellement tragique puisque les trois unités ne sont pas respectées :

  • l'unité de lieu : Séville, les bois, chez Dom Juan, à la rivière, etc.
  • l'unité d'action : à chaque femme son problème particulier...
  • l'unité de temps : l'action se déroule sur une période supérieure à une journée

Pourtant, elle recèle des caractéristiques tragiques : Dom Juan est entraîné vers son destin d'une manière inéluctable, Sganarelle qui agit à l'encontre de ses convictions, les comportements de Done Elvire et Dom Louis...

En outre, il est un aspect difficilement classable, d'autant plus à l'époque de Molière : le surnaturel, incarnée par la statue du Commandeur qui prend vie.

Enfin, nous laisserons conclure l'acteur Constant Coquelin :

« C'est, tout le monde en convient, la pièce la plus singulière de l'auteur et de son temps. Molière y a pris toutes les libertés imaginables. Le ton général est celui de la comédie; mais la comédie, qui çà et là touche à la bouffonnerie, monte parfois jusqu'au drame, s'élève jusqu'au mystère. »

La Revue de Paris, 1904

Du maître et de l'esclave

On peut alors penser à un mélange subtil, sans doute et libre, d'un théâtre baroque, d'une tragédie à la fin plutôt comique, puisque tout le monde, excepté Dom Juan, reste vivant... Une sorte de tragi-comédie.

Les personnages quant à eux sont propres à Molière. Sganarelle, valet de Dom Juan est aux antipodes de son maître. Il est craintif, tantôt peureux, mais aussi raisonnable et intelligent.

On peut ainsi dire, de façon assez aisée, qu'ils vont de pair et restent inséparables. L'un complète l'autre.

Encore une fois, Molière rapproche les deux personnages, séparés par leur condition sociale... Comme dans Les Fourberies de Scapin ou Le Bourgeois Gentilhomme, la remise en question de la relation valet-maître est bien là.

Qui est donc le plus censé et le plus intelligent ? Dom Juan ou Sganarelle ?

Cette oeuvre, très largement inspiré du mythe de Don Juan, avec son côté séducteur, insaisissable, peut rappeler la jouissance épicurienne, le « vivre dans l'immédiat ».

La problématique de ces deux personnages réside dans la place accordée au matériel. Immédiatement, Dom Juan est matérialiste dans ses jugements : il consomme les femmes et les rejettent. Il est donc le plus pragmatique, le plus réaliste et sans doute le plus terre à terre. Sganarelle, lui, a peur de Dieu, des contraintes du mariage et de nombreuses superstitions.

Cependant, la tendance s'inverse à la fin de l’œuvre, quand le protagoniste disparaît. On notera ainsi les dernières paroles de Sganarelle :

« Mes gages, mes gages ! »

Il en veut pour son argent. Il réclame l'argent de son pari, preuve de son matérialisme.

Louis XIV et Molière Jean-Léon Gérôme, Louis XIV et Molière, 1862

La notion de Plaisir dans l'oeuvre

Dans l'Acte I, scène 2, il y a une tirade de Dom Juan où se trouve cette réplique :

« Les inclinaisons naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables , et tout le plaisir de l'amour est dans le changement. »

Ce sont des plaisirs immédiats que Dom Juan recherchent, de la même façon que les cyrénaïques, dans l'antiquité grecque (voir Arristipe de Cyrène). Le plaisir est mobile pour eux aussi, c'est un mouvement accompagné d'une douce sensation.

Rien n'est simple avec Dom Juan, tout est dans l'instant. Voilà pourquoi il est inconstant. On peut facilement le relier avec des personnages tout aussi inconstants comme Dorian Gray de Wilde, ou encore Faust de Goethe. C'est la démesure qui est traduite ici, sous diverses formes.

Est-ce là une sorte de célébration de la décadence et un soufflet aux valeurs traditionnels ?

Dans la très célèbre tirade de Dom Juan, il se trouve la sublimation de l'objet. Parce qu'il n'y a pas de partage en amour (voir à ce titre le personnage de Merteuil, dans Les Liaisons Dangereuses) et parce que cela rend l'amour moins intense, Dom Juan compense la quantité par la qualité.

Et pourtant Dom Juan retombe dans une impasse : il incarne l'impossibilité du bonheur, de la satisfaction.

Le plaisir apparaît comme infini, donc paradoxal, puisqu'entraînant l'homme dans la satisfaction et la destruction.

Un homme révolté pour Camus

On pourrait interpréter cette fable de milliers de manières. Ici, on se concentrera sur l'interprétation qu'en donne Albert Camus dans L'Homme révolté (1951).

Camus voit en Dom Juan un homme révolté contre le système monde. Il goûte aux femmes, les essaie et cherche une stabilité, sans pouvoir l'atteindre. Dès lors que l'absolu n'existe pas, l'homme se retrouve seul, désespéré à consommer tout.

Dom Juan symbolise alors l'être solitaire qui n'atteint pas la satisfaction absolue, il est en proie à la liberté des choix (angoisse camusienne qui se définit par : « le silence du monde face aux questions existentielles de l'Homme »). En ce sens, l'Homme serait un animal, jamais satisfait pleinement.

Se contenter d'une femme, malgré ses défauts, ses qualités, serait alors la clé du bonheur de Dom Juan : l'acceptation pure et dure d'autrui.

Vous avez aimé l’article ?

Aucune information ? Sérieusement ?Ok, nous tacherons de faire mieux pour le prochainLa moyenne, ouf ! Pas mieux ?Merci. Posez vos questions dans les commentaires.Un plaisir de vous aider ! :) (3,67/ 5 pour 3 votes)
Loading...

Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.

Vous avez aimé
cette ressource ?

Bravo !

Téléchargez-là au format pdf en ajoutant simplement votre e-mail !

{{ downloadEmailSaved }}

Votre email est invalide