Analyse de la dystopie à travers deux oeuvres Le meilleur des mondes de Huxley et Sauvagerie de Ballard.

 Qu’est ce que la dystopie ?

On peut dire que c’est le contraire de l’utopie. Utopia est un livre de Thomas More de 1516 qui parle d’une cité idéale c’est là qu’apparait la notion d’utopie. Topos = en grec le lieu U = en grec un privatif

Utopie = le lieu idéalisé qui n’existe pas. La dystopie est un terme plus récent, crée plus tard et plus rare. Dys = en grec quelque chose ne vas pas Le préfixe eu en grec ) le bien le bonheur, l’idéal

La dystopie = genre littéraire ou cinématographique apparu au 20 ème siècle en Europe, il a pour vocation de s’inscrire contre l’utopie.

La dystopie présente un monde inventé, avec un projet qui doit être celui de la perfection et du bonheur . Le monde rêvé devient par la suite cauchemar. Eugène Zamiatine dans Nous autres décrit une civilisation ultra technologique, ou l’imagination n’existe plus et ou l’état unique met au centre de tout les mathématiques comme nouveau Dieu. Ce thème du bonheur obligatoire sera repris par Orwell et Huxley qui disent clairement s’être inspiré de Zamiatine. Tout au long du 19 ème siècle, l’avenir est radieux, les sociétés sont égalitaires grâce au progrès technique.  Paul Valéry «  Nous autres, civilisations, nous savons que nous sommes mortelles ». L’Hommes est traumatisé par l’entre deux guerres . La chute du tsar Nicolas II puis l’arrivée au pouvoir de Lénine en 1917 puis de Staline créent une situation cauchemardesque avec les internements dans les goulags et la répression des opposants alors que le communisme des soviets se voulait un régime égalitaire. Pour les historiens jusqu’en 1953 l’utopie est au pouvoir. ( la mort de Staline le 5 mars 1953 ). On se méfie alors de l’utopie . En Europe se développe le fascisme en Italie, en 1922 avec Mussolini ou Hitler avec son idée de race pure rejoigne cette idée de volonté de monde meilleur qui vire au cauchemar avec l’eugénisme. ( on sélectionne parmi les sujets pour assurer la procréation d’une « race » pure)

En 1929 c’est la crise économique de Wall Street le capitalisme occidental qui jusque là se targuait d’être supérieur du fait de son consumérisme s’effondre. Cela marque les esprits. Les progrès de la science et de la technologie qui d’abord furent perçus positivement avec cette idée d’une science apportant un avenir sans douleurs. Mais ces progrès conduisent l’Homme vers la léthargie et l’apathie. L’Homme se rêve en surhomme. Hiroshima et Nagasaki avec les ravages causés par les bombes nucléaires en aout 1945 apportent la preuve que la technologie peut conduire l’Homme vers la mort. Le point commun et le suivant à chaque fois les dirigeants et les élites disent «  on va vous rendre la vie plus agréable et meilleure » ( communisme, fascisme ou capitalisme ) mais à chaque fois ce monde meilleur est remis en cause.

3 axes d’études

Les espaces dystopiques / l’individu et la collectivité / le despotisme et le bonheur

Présentation des œuvres

James Graham Ballard est né à Shangai en 1930. Il sera emprisonné dans un camp de détention pour civils. En 1945, il repart en Angleterre et le monde britannique va le choquer. Il poursuit une scolarité hésitante entre médecine et littérature. Il s’engage dans l’armée de l’air et publie des nouvelles . Puis, il revient à Londres et écrit la tétralogie ( quatre romans éco-apocalyptique). James Graham Ballard s’est inspiré de la Beat Generation comme Jack Kerouac, une véritable source d’inspiration à ses débuts. En 1970 avec La Foire aux atrocités, une nouvelle série s’inaugure les cauchemars technologique puis la trilogie de béton avec 3 romans ( Crash, L’île de béton et IGH, pour immeuble de grande hauteur.)En 1984, L’Empire du soleil est un roman plus réaliste.

Il y a chez Ballard des motifs qui reviennent dans son œuvre. Ballard veut critiquer notre modernité, notre progrés, le fait que nous soyons obsédé par le confort. L’écrivain dénonce ce monde high tech, absurde, saturé d’images mais vide de sens. En mars 2011, Marianna Celka et Bertrand Vidal, deux critiques de Ballard écrivent : « Explorant la face cachée de nos agglomérations urbaines tentaculaires, excellant dans la figuration et la description d’individus en apparence normaux appartenant à la dite classe moyenne policée et sur la laquelle repose le système consumériste et contemporain , mais, enclin à la fascination, à la violence, et aux perversions sexuelles, les romans de James Graham Ballard sont le modèle type de la dystopie. » Ce que Ballard nous décrit, une société ankylosée par un sur trop de civilisation, un trop d’asepsie et pour laquelle le seul échappatoire se nourrit dans la folie. Ballard ne peut pas être étiqueté quand à son genre littéraire, il ne s’agit pas réellement de science-fiction sur toute son œuvre.  En 1973, « La réalité de notre monde ressemblait déjà à de la fiction » disait il. Le futur est déjà maintenant pour Ballard. Il devient de moins en moins nécessaire pour l’écrivain de donner un contenu fictif à son œuvre, la fiction est déjà là. Le travail du roman est d’inventer la réalité.

Individu et collectivité

Ce ne sont pas des romans  ( les récits dystopiques ) basés sur un seul personnage. Il y a toujours un ordre dominant qui domine tout cela. Ils dépassent donc la dimension personnelle, introspective pour étudier la société dans son ensemble. Il y a une coprésence individu et collectivité. Il y a presque toujours un conflit entre l’individu et la société à laquelle il appartient.

La présence du collectif = uniformité et grégarité.

Pour Ballard la micro société représente un macro groupe social. Le village de Pangbourne représente la partie pour le tout une forme de synecdoque.

Page 15 = numérotation des habitants ils sont désincarnés, absence totale d’épaisseur des personnages. ( rien n’est dit sur leur caractère individuel ). On parle seulement de leur état civil, il n’y a pas de psychologie mais une présentation statique. Il n’y a aucune vie affect ive et vie intérieure à Pangbourne. Fonction honorifiques mais effet de groupe aucun ne se détache vraiment. Ils travaillent tous au même endroit. Les singularités n’existent pas. Masse uniforme comme dans le meilleur des mondes. Dans le meilleur des mondes les noms des personnages célèbres pour la plupart des contemporains de l’auteur. Darwin Bonaparte ( darwin = théorie de l’évolution de l’espèce ) Bernard Marx ( Marx = le communisme ) Helmut Watson ( Helmut = physicien, Watson = Sherlock Holmes )

Henry Foster ( Foster = communiste américain ) Benito Hoover = Benito Mussolini et Edgar Hoover Edgar Hoover = le premier directeur du FBI Lenina = Lénine Sa forderie = Henry Ford

Scientifiques, partisan de la consommation, dictateurs, viennent remplacer les saints chrétiens donc une religion politique et scientifique. De plus toutes les cultures sont présentes au sein du meilleur des mondes. De nombreux personnages portent le même nom. Ex Jim Bonanofsky et John Bonanofsky Dans le meilleur des mondes on retrouve ce procédé de réification ( res, rei  = la chose ) donner les propriétés d’une chose inanimé à un être animé. C’est l’inverse de la personnification.

Une organisation très hiérachisés

5 groupes, avec les Alphas, les Betas, les Gammas, les Deltas et les Epsilons ( la ressemblance va jusqu’ à la gémellité et cela effraie le sauvage ).

Dans l’univers de Pangbourne c’est pareil ( les mêmes écoles privés, les mêmes classes sociales ) Il y a une hiérarchie avec les employés. Pour le critique Christian Godin le retour au rang de caste socio-économique = la dystopie.  Alors que dans l’utopie = tout le monde est au même niveau, elle est basée sur l’égalité de tous. Dans les contre utopies les inégalités riches / pauvres sont parvenues à un point extrême.

Maladie de l’individualité, de l’originalité et du non conformisme

Boris Cyrulnik dit que l’utopie c’est l’interdiction du bonheur et de l’originalité «  Toute tentative d’aventure personnelle, comme l’art ou la psychologie est considéré comme un blasphème envers celui qui a créer la société idéale. Le récit utopique est un énoncé de recettes de bonheur différent du roman cafouilleux, souillé par des problèmes personnels.  L’idée d’aventure, de mouvement, d’intrigue ne peut pas exister dans l’utopie parfaite. La stabilité n’est pas romanesque. Quand tout va bien, il ne se passe rien et il n’ y a rien à raconter. La société fonctionne comme foule ( tout les loisirs se font en commun) Pour Suzanne Henderson le système de castes fait qu’il y a un holisme ( une pensée qui place le tout au dessus de la partie).  «  Le système de caste, l’anonymat où ils sont tenus, font qu’aucun d’entre eux  ne peut envisager une existence en dehors du groupe où il occupe une place assignée, immuable. Ce holisme poussé jusqu’à la négation de l’individu empêche d’aimer, de déplorer la mort d’un être unique. L’individualisme, la différence sont perçus comme pathologiques.  Ce qui explique que le couple durable soit interdit c’est que le fait de choisir quelqu’un est mauvais. Il n’est pas possible de reconnaître une valeur à l’individu. Au chapitre 3 le DIC explique cela la société d’avant. Il ne faut pas de distinction d’individus, pas de héros, pas d’individualités fortes dans les utopies ou les dystopies. La mort d’un individu n’est pas grave puisque un individu n’a pas de valeur. L’anticonformisme est alors vécu comme une menace envers le corps social voire une maladie de ce dernier.

Les héros résistants, les héros sauvages

Il y a un personnage qui va se désolidariser du groupe ( souvent sous l’influence d’une femme ou de l’amour ) Linda tombe amoureuse du sauvage. A des degrés divers Bernard, Watson et le sauvage résistent. Bernard est un être à part ( défauts physiques ) Watson ( surplus d’intelligence ) Ils ont en commun «  la connaissance d’être des individus ». Le sauvage occupe une place à part. Enfant naturel il n’a jamais été conditionné. Bernard est inoffensif mais inquiétant ( inquietus = ce qui empâche la quiétude, le calme ) Dans le massacre de Pangbourne les enfants se révoltent fac e a la reproduction sociale, ils ne veulent aps de mimétisme social. Gide disait le bonheur est sans histoire = il n’y a donc qu’avec la dystopie qu’une trame narrative pourrait émerger. Pour Christian Godin, l’utopie abolit l’individu et le héros alors qu’avec la dramatisation présente dans la dystopie le héros peut se démarquer des autres individus.  « le numéro devient un héros « .

Bonheur, sécurité, liberté

Les moments ou les personnages rient ou sourient sont des moments discordants ( exemple le rictus horrible de marion miller dans Le massacre de Pangbourne ) Le texte par l’intermédiaire des vidéos = une mise en abîme. On a l’image du bonheur, pas de bonheur réel, un bonheur idéalisé.

Dans le Meilleur des mondes le bonheur est artificiel c’est avec un drogue chimique le soma que les individus ressentent le bonheur.

Bonheur imposé, bonheur obligatoire

Les monades urbaines de Robert  SILVERBERG

« Le bonheur règne sur Terre, qui en doute est malade, qui est malade est soigné, qui est incurable est exécuté «

Les slogans hypnopédiques pour endormir les individus  (hypno = le sommeil, pédie = l’enseignement, l’éducation )

« Avec un gramme guérit 10 sentiments »

Pour Suzanne Henderson  «  Un des reproches fondamentaux adressés à l’utopie est cette obligation de bonheur que des institutions, des lois, des dirigeants providentiels imposent à des hommes  qui ont perdus le goût de la liberté ou y ont renoncé de leur plein grès afin de jouir d’une quiétude totale

La liberté ( tout comme l’art ) est considéré comme un risque dans le meilleur des mondes )

Le bonheur est une tyrannie chez Ballard et les enfants ont commis ces meurtres pour échapper au bonheur qu’on a voulut leur imposer.

Dans 1984 de Georges Orwell «  L’espèce humaine avait le choix entre la liberté et le bonheur et le bonheur valait mieux «

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Agathe

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