📚 Fiche du livre
Jean, dès son enfance, avait été un modèle de douceur, de bonté et de caractère égal ; et Pierre s’était énervé, peu à peu, à entendre vanter sans cesse ce gros garçon dont la douceur lui semblait être de la mollesse, la bonté de la niaiserie et la bienveillance de l’aveuglement.
Pierre et Jean
Publié en
Pierre et Jean est un roman réaliste écrit par Guy de Maupassant, durant une période de crise pour le naturaliste.
Dans sa célèbre préface de Pierre et Jean, Maupassant explique le rôle et la nature d'une oeuvre romanesque, signifiant ici que l'écrivain n'est aucunement tenu de reproduire la réalité à l'identique, mais tout au moins d'en donner l'illusion1.
Mais de quoi parle Pierre et Jean ? D'une incroyable profondeur psychologique, Pierre et Jean est un pur chef-d'oeuvre du mouvement naturaliste et réaliste de la fin du XIXe siècle. Manifeste littéraire, la préface est, comme le roman tout entier, une ode au roman réaliste et naturaliste, critiquant l'essor des romans psychologiques de son époque.

Dès l'incipit, autrement dit dès les premiers mots et paragraphes du roman Pierre et Jean, les lecteurs sont plongés dans l'ambiance et dans l'action.
Maupassant choisit de ne pas se contenter de décrire le décor de l'histoire.
Au contraire, il nous plonge littéralement dans l'action et donne les clés pour comprendre, à l'avance, les tensions qui vont apparaître plus tard dans le récit.
Ainsi, dès les tout premiers mots, le lecteur est plongé au coeur de l'action, autrement dit, in media res2.
Il se trouve en effet à bord d'une barque dans le Havre, parmi les cinq protagonistes. Mais déjà, les tensions fraternelles et maritales apparaissent, annonçant le drame prochain. Ici, l'alternance entre récit et dialogue est bien maîtrisée : les dialogues sont peu nombreux, mais surtout, ils sont courts. En apprendre plus sur la biographie de Maupassant peut grandement aider pour le bac !
L'auteur présente chaque personnage de manière assez courte et simple, tout en mettant en lumière les tensions perceptibles : Pierre et Jean souffrent d'une certaine jalousie l'un envers l'autre, menant ainsi à une rivalité, et de même, M. et Mme. Roland entretiennent une relation plus fusionnelle avec Jean, le cadet, ce qui exclut inconsciemment Pierre.
Cet article se propose de vous fournir une analyse linéaire sous la forme d'un commentaire composé complet de l'incipit de Pierre et Jean, de manière à vous préparer convenablement en classe de première afin de briller lors de l'épreuve du bac de français !
Nous vous suggérons comme axes d'analyse l'étude de cet incipit réaliste et dynamique ainsi que la dissection d'une scène qui annonce le drame familial. Pour ceci, nous verrons dans un premier temps en quoi l'incipit est vivant et réaliste.
Dans une seconde partie, nous nous pencherons sur la présentation des personnages et du cadre familial. Enfin, nous verrons en quoi l'incipit met en lumière un drame suggéré en filigrane. Pour vous aider, pourquoi ne pas choisir du soutien scolaire afin d'en savoir encore plus sur l'oeuvre ?
Dans l'incipit de Pierre et Jean, les tensions sont palpables par le biais de procédés stylistiques employés par l'auteur, tels que la forte présence de silences, le choix d'opter pour la description plutôt que pour la représentation des pensées des personnages, la mise en place des protagonistes au sein de la barque même, la présentation physique de chaque individu, présentant de forts contrastes. Ceci crée un portrait réaliste saisissant permettant aux lecteurs, et ce dès l'incipit, de prendre part à l'action et de constater à quel point le portrait de chaque individu est humain.
Le texte
— Zut ! s’écria tout à coup le père Roland qui depuis un quart d’heure demeurait immobile, les yeux fixés sur l’eau, et soulevant par moments, d’un mouvement très léger, sa ligne descendue au fond de la mer.
Mme Roland, assoupie à l’arrière du bateau, à côté de Mme Rosémilly invitée à cette partie de pêche, se réveilla, et tournant la tête vers son mari :
— Eh bien !… eh bien !… Gérôme !
Le bonhomme furieux répondit :
— Ça ne mord plus du tout. Depuis midi je n’ai rien pris. On ne devrait jamais pêcher qu’entre hommes ; les femmes vous font embarquer toujours trop tard.
Ses deux fils, Pierre et Jean, qui tenaient, l’un à bâbord, l’autre à tribord, chacun une ligne enroulée à l’index, se mirent à rire en même temps et Jean répondit :
— Tu n’es pas galant pour notre invitée, papa.
M. Roland fut confus et s’excusa :
— Je vous demande pardon, madame Rosémilly, je suis comme ça. J’invite des dames parce que j’aime me trouver avec elles, et puis, dès que je sens de l’eau sous moi, je ne pense plus qu’au poisson.
Mme Roland s’était tout à fait réveillée et regardait d’un air attendri le large horizon de falaises et de mer. Elle murmura :
— Vous avez cependant fait une belle pêche.
Mais son mari remuait la tête pour dire non, tout en jetant un coup d’œil bienveillant sur le panier où le poisson capturé par les trois hommes palpitait vaguement encore, avec un bruit doux d’écailles gluantes et de nageoires soulevées, d’efforts impuissants et mous, et de bâillements dans l’air mortel.
Le père Roland saisit la manne entre ses genoux, la pencha, fit couler jusqu’au bord le flot d’argent des bêtes pour voir celles du fond, et leur palpitation d’agonie s’accentua, et l’odeur forte de leur corps, une saine puanteur de marée, monta du ventre plein de la corbeille.
Le vieux pêcheur la huma vivement, comme on sent des roses, et déclara :
— Cristi ! ils sont frais, ceux-là !
Puis il continua :
— Combien en as-tu pris, toi, docteur ?
Son fils aîné, Pierre, un homme de trente ans à favoris noirs coupés comme ceux des magistrats, moustaches et menton rasés, répondit :
— Oh ! pas grand’chose, trois ou quatre.
Le père se tourna vers le cadet :
— Et toi, Jean ?
Jean, un grand garçon blond, très barbu, beaucoup plus jeune que son frère, sourit et murmura :
— À peu près comme Pierre, quatre ou cinq.
Ils faisaient, chaque fois, le même mensonge qui ravissait le père Roland.
Pierre et Jean, Guy de Maupassant, 1887, Chapitre I
Méthode du commentaire composé
On rappellera ici la méthode du commentaire composé vu en cours francais pour analyser, ensuite, l'incipit de Pierre et Jean :
| Partie du commentaire | Visée | Informations indispensables | Écueils à éviter |
|---|---|---|---|
| Introduction | - Présenter et situer le texte dans le roman - Présenter le projet de lecture (= annonce de la problématique) - Présenter le plan (généralement, deux axes) | - Renseignements brefs sur l'auteur - Localisation du passage dans l'œuvre (début ? Milieu ? Fin ?) - Problématique (En quoi… ? Dans quelle mesure… ?) - Les axes de réflexions | - Ne pas problématiser - Utiliser des formules trop lourdes pour la présentation de l'auteur |
| Développement | - Expliquer le texte le plus exhaustivement possible - Argumenter pour justifier ses interprétations (le commentaire composé est un texte argumentatif) | - Etude de la forme (champs lexicaux, figures de styles, etc.) - Etude du fond (ne jamais perdre de vue le fond) - Les transitions entre chaque idée/partie | - Construire le plan sur l'opposition fond/forme : chacune des parties doit impérativement contenir des deux - Suivre le déroulement du texte, raconter l'histoire, paraphraser - Ne pas commenter les citations utilisées |
| Conclusion | - Dresser le bilan - Exprimer clairement ses conclusions - Elargir ses réflexions par une ouverture (lien avec une autre œuvre ? Événement historique ? etc.) | - Les conclusions de l'argumentation | - Répéter simplement ce qui a précédé |
À présent, passons à l'analyse du texte avec un exemple de commentaire de texte de Pierre et Jean via l'incipit.
Introduction de l’analyse de l’incipit de Pierre et Jean
Pierre et Jean est un roman écrit par Guy de Maupassant, publié en 1888. Cet ouvrage est resté célèbre notamment pour sa préface, dans laquelle l'auteur donne sa conception du roman réaliste.
Pierre et Jean raconte l'histoire de la famille Roland, qui habite au Havre, et plus précisément, l'histoire des fils Pierre et Jean, que tout oppose.
Leur rivalité prend une nouvelle tournure lorsque le notaire vient annoncer la mort d'un ami de la famille, Léon Maréchal, lequel destine tout son héritage au cadet Jean.
La scène qui nous occupe ici est l'incipit qui nous fait voir une partie de pêche, et nous présente Monsieur Roland en compagnie de sa femme Louise et de leurs deux fils : l'aîné, Pierre, et le cadet, Jean.

Nous sommes, dès l'incipit, plongés au sein de l'action - in media res. L'auteur effectue une rapide présentation des personnages principaux de manière réaliste, sans s'attarder sur leurs pensées.
Quel est l'enjeu ici ? Installer les tensions déjà palpables annonçant le drame prochain, tout en rédigeant un récit réaliste où la nature, par ailleurs, est largement représentée.
Annonce de la problématique
Comment cet incipit met-il en place un univers réaliste tout en annonçant le drame familial ?
Annonce des axes
Nous verrons dans un premier temps en quoi l'incipit est vivant et réaliste. Dans une seconde partie, nous nous pencherons sur la présentation des personnages et du cadre familial. Enfin, nous verrons en quoi l'incipit met en lumière un drame suggéré en filigrane.
Développement de l’analyse de l’incipit Pierre et Jean
Un incipit vivant et réaliste
Cet incipit est représentatif du mouvement réaliste, que Maupassant a lui-même contribué à théoriser. Le réalisme est d’abord manifeste par l'action immédiate. En effet, le lecteur se situe dès les premières lignes in medias res. On commence de suite par une interjection, à savoir M. Roland s'exprimant ainsi :
Zut ! s’écria tout à coup le père Roland qui depuis un quart d’heure demeurait immobile, les yeux fixés sur l’eau, et soulevant par moments, d’un mouvement très léger, sa ligne descendue au fond de la mer.
Pierre et Jean
Nous avons également des repères de temps et de lieu précis. D’une part, les indications spatiales s’accumulent : « au fond de la mer », « à l’arrière du bateau », « falaise et mer », etc.
À cela s’ajoute un champ lexical relatif à la mer, et qui renvoie à la Normandie, terre natale de l’auteur : « eau », « mer », « bateau », « pêche », « bâbord », « tribord », etc. Le mot « falaise » lui-même fait plus précisément référence aux falaises d’Etretat.

Dans un second temps, les indications temporelles confortent la dimension réaliste de l’incipit, comme « depuis un quart d’heure » ou « depuis midi ». Les moments sont précisément délimités, le lecteur peut se projeter dans la journée et le temps qui passent.
Au-delà de ces indications, tout est fait pour rendre le récit vraisemblable, comme si la vie débordait du roman, qui n’en était que la simple partie contée. Les adjectifs qualificatifs participent de cet effet de vraisemblance, comme dans : « yeux fixés », « le bonhomme furieux », « ventre plein », « favoris noirs », etc. En point d’orgue de ce procédé, on trouve la phrase fondamentale qui annonce le futur drame :
Le poisson capturé par les trois hommes palpitait vaguement encore, avec un bruit doux d’écailles gluantes et de nageoires soulevées, d’efforts impuissants et mous, et de bâillements dans l’air mortel.
Pierre et Jean
Il s’agit ici d’un enchâssement qui donne le sentiment du regard attentif et toujours plus rapproché sur le poisson, témoignant de la réalité de la scène, dans ses moindres détails.

Il est un autre procédé qui contribue au réalisme, et qui se trouve dans les paroles des personnages. Le premier mot du roman est ainsi « Zut », qui est une interjection que l’on trouve à l’oral, et qui n’apparaît habituellement pas à l’écrit.
Tout comme « Eh bien », ces formules visent à faire vrai, à rendre aux personnages une attitude qui se rapproche le plus possible de la manière dont nous, lecteurs, vivons. Enfin, le choix de focalisation externe, avec une narration à la troisième personne, comme dans la phrase :
Mme Roland, assoupie à l’arrière du bateau, à côté de Mme Rosémilly invitée à cette partie de pêche, se réveilla, et tournant la tête vers son mari.
Pierre et Jean
| Procédé stylistique | Exemple(s) | Effet produit |
|---|---|---|
| Entrée in medias res et interjection familière | « Zut ! s’écria tout à coup le père Roland... » | L'interjection familière place d'emblée le personnage et le roman dans un courant réaliste et naturaliste. De plus, cela plonge immédiatement le lecteur dans l'action, sans introduction préalable, ce qui humanise le personnage |
| Ancrage spatial et champ lexical de la mer | « au fond de la mer », « à l’arrière du bateau », « bâbord », « tribord », « falaise » | Le vocabulaire très technique de la navigation rend encore une fois la scène crédible et ancre le récit dans le pur réalisme. Le cadre est précis et authentique, nous avons l'impression d'y être plongés |
| Repères temporels précis | « depuis un quart d’heure », « depuis midi » | Le lecteur mesure le temps qui passe et cela ancre, encore une fois, le récit dans le courant réaliste car le temps du roman est calqué sur le temps réel |
| Techniques de zoom descriptif | « avec un bruit doux d’écailles gluantes et de nageoires soulevées, d’efforts impuissants et mous... » | Nous avons la sensation d'être les témoins privilégiés d'une scène décrite dans les moindres détails et de zoomer sur les poissons pêchés |
| Focalisation externe | « Mme Roland, assoupie à l’arrière du bateau [...] se réveilla, et tournant la tête... » | À aucun moment le narrateur n'explique ce que pense ou ressent intérieurement chaque personnage. Nous assistons à la scène d'un point de vue extérieur, comme le ferait un inconnu passant par là |
Transition
L'ensemble donne l’impression d’assister de l’extérieur à la scène familiale, comme si nous y étions en tant que spectateurs voyeurs.
En effet, si nous ne disposons d'aucune insertion au sein de la psyché des personnages, nous pouvons nous appuyer de manière marquée sur les gestes, mimiques, emplacements des personnages ainsi que sur leurs silences appuyés, symboles de non-dits.
Une présentation des personnages et du cadre familial
Il n’y a pas d’indications sur la psychologie des personnages ou sur leur intériorité – exactement comme, dans la vie, nous n’avons aucun indice sur ce que pense notre interlocuteur. Les seuls mots nous renseignant sur l’état des protagonistes sont des qualificatifs de l’ordre de l’attitude et du corps : « le bonhomme furieux », « un air attendri », etc.

En revanche, l'apparence des personnages ainsi que les relations entre ceux-ci sont primordiales ici. Nous commençons d'abord par la famille Roland.
Le « père Roland » est tout d'abord décrit comme un homme simple, aimant pêcher, mais également assez grognon et bougon et dont le langage sort parfois du registre courant pour aller vers le registre grossier : « Zut ! », « Le bonhomme furieux », « On ne devrait jamais pêcher qu’entre hommes ; les femmes vous font embarquer toujours trop tard ».
Il est le symbole de la société bourgeoise en pleine mutation3, celle-ci étant en pleine croissance mais souffrant d'une absence de valeurs traditionnelles accrue. Au tour de Mme. Roland d'être présentée comme une personne rêveuse, tranquille et semblant aisément profiter de ce qu'offre la vie ("regardait d’un air attendri le large", "murmura"). Elle représente également la vie bourgeoise oisive :
Leur mère, une femme d’ordre, une économe bourgeoise un peu sentimentale, douée d’une âme tendre de caissière, apaisait sans cesse les petites rivalités nées chaque jour entre ses deux grands fils, de tous les menus faits de la vie commune.
Pierre et Jean
Ensuite vient la description physique de l'aîné, Pierre ("un homme de trente ans à favoris noirs coupés comme ceux des magistrats, moustaches et menton rasés"), ainsi que l'annonce de sa profession, à savoir docteur.
Le fait d'insister sur le terme de "docteur", notamment lorsque M. Roland demande combien de poissons son fils a-t-il attrapés, témoigne déjà d'une sorte de conflit de statut. Le ton sec employé par l'auteur pour définir le physique de Pierre est palpable : les phrases sont très courtes, rythmées par la forte présence de virgules.
Enfin, le cadet, Jean, est présenté ainsi : "un grand garçon blond, très barbu, beaucoup plus jeune que son frère". Le contraste entre les deux frères est saisissant, d'autant plus qu'ils sont à peu près à l'opposé, tant physiquement que dans leur caractère.
Jean "sourit et murmura", les termes utilisés à son encontre sont positifs, tandis que Pierre répond de manière plus brutale et franche ("Oh ! pas grand’chose"). Remarquons à quel point les adjectifs descriptifs pour définir physiquement Jean sont différents de ceux utilisés pour Pierre, avec des adjectifs mélioratifs soulignant la supériorité ("grand garçon", "très barbu", "beaucoup plus jeune").
Pour ce qui est du caractère, tandis que Pierre, l'aîné, est "exalté, intelligent, changeant et tenace, plein d’utopies et d’idées philosophiques", Jean, de son côté, est "blond", "calme" et "doux" :
Jean, aussi blond que son frère était noir, aussi calme que son frère était emporté, aussi doux que son frère était rancunier, avait fait tranquillement son droit et venait d’obtenir son diplôme de licencié en même temps que Pierre obtenait celui de docteur.
Pierre et Jean
On voit apparaître les premières tensions familiales, notamment en ce qui concerne la différence d'attitude. Jean est comme sa mère, calme. Celle-ci est en effet "douée d’une âme tendre de caissière", tandis que Pierre est exalté.
Leur invitée, Mme Rosémilly, est quant à elle "jeune veuve, toute jeune, vingt-trois ans, une maîtresse femme". Dès cette description, nous ressentons une possible dynamique : son âge semble indiquer qu'elle peut être une potentielle compagne pour l'un des deux fils.
| Personnage | Statut et description dans l'incipit | Dynamique |
|---|---|---|
| M. Roland | Ancien bijoutier parisien ayant effectué sa retraite au Havre. Est obsédé par la pêche le matin | Naïf, M. Roland est certes le maître à bord sur la barque, cependant il ne contrôle absolument rien en ce qui concerne les tensions autour de lui. M. Roland est un homme simple représentant la lourdeur bourgeoise |
| Mme Louise Roland | Épouse de M. Roland, assez effacée, sensible à la beauté de la vie et de la nature, calme | Mme Roland représente le calme et la douceur, cependant, ses silences récurrents et sa capacité à apprécier observer la vie et la beauté génèrent un ancrage dans les futures tensions familiales |
| Pierre Roland | L'aîné, âgé de 30 ans, docteur depuis peu. Brun, sombre, intelligent et vif | Fier, Pierre jalouse son frère Jean et représente l'élément instable au sein de la famille, l'élément déclencheur |
| Jean Roland | Le cadet, âgé de 25 ans, avocat depuis peu, doux, blond et barbu | Très calme et prenant la vie comme elle vient, Jean est le favori de ses parents |
| Mme Rosémilly | Jeune femme veuve, amie de la famille invitée à venir pêcher par M. Roland | Ce personnage est en réalité un catalyseur : c'est avec elle que les tensions entre les deux frères vont s'exacerber, chacun cherchant à lui plaire |
Les adjectifs qualificatifs décrivant le père des deux jeunes hommes relèvent de la sympathie, de la bonhomie : "dès que je sens de l’eau sous moi, je ne pense plus qu’au poisson.", "Mais son mari remuait la tête pour dire non", "Le bonhomme regardait la mer autour de lui avec un air satisfait de propriétaire.".
Les qualificatifs utilisés à son encontre ("le père Roland", "Le bonhomme furieux", "Le vieux pêcheur", "Le bonhomme") sont attendrissants et dénotent une certaine affection de l'auteur pour ce personnage.
Plutôt que d'agrémenter le texte en ajoutant leurs pensées et en mettant en lumière leur psychologie, l'auteur se focalise sur les silences, les regards, les gestes, les mimiques ou encore la position des personnages au sein de la barque : "Mais son mari remuait la tête pour dire non", "Le vieux pêcheur la huma vivement, comme on sent des roses", "avec un air satisfait de propriétaire.".

Cet incipit est particulièrement dynamique. Le lecteur rentre tout de suite dans l’activité et le quotidien des personnages. Il s’agit d’une entrée in media res, c’est-à-dire qu’on ne dispose pas d’une présentation préalable :
— Zut ! s’écria tout à coup le père Roland qui depuis un quart d’heure demeurait immobile, les yeux fixés sur l’eau, et soulevant par moments, d’un mouvement très léger, sa ligne descendue au fond de la mer.
Pierre et Jean
Le premier mot du roman, comme une preuve de cette entrée en matière dynamique, est « Zut ! », qui est une locution verbale (ou une onomatopée) contenant une énergie vitale. « Tout à coup » participe également de l’activité perceptible.
On trouve une large présence du passé simple, ce qui contribue de la même manière à rendre le récit énergique : « s’écria », « se réveilla », « répondit », etc.
En outre, Maupassant utilise le discours direct pour donner à sa scène un aspect théâtral. Monsieur et Madame Roland, tout autant que Jean, interviennent par des phrases courtes et on pourrait tout à fait transposer cet incipit sur une scène de théâtre.
| Procédé stylistique | Exemple(s) | Effet produit |
|---|---|---|
| Lexique de l'attitude corporelle | « le bonhomme furieux », « un air attendri », « remuait la tête », « la huma vivement » | Maupassant se refuse à plonger dans la psychologie des personnages. Selon lui, c'est aux lecteurs de deviner selon la manière dont il décrit leurs mimiques, leurs gestes et leurs silences |
| Antithèse et système de contrastes | Pierre : « favoris noirs », « exalté, intelligent, changeant et tenace » Jean : « blond, très barbu », « calme », « doux » | L'immense contraste, à la fois physique et psychologique, entre les deux frères est fondamental. L'auteur prépare ainsi le futur événement dramatique qui les séparera à jamais |
| Appellations affectueuses | « le père Roland », « Le bonhomme », « Le vieux pêcheur ». | L'auteur souhaite donner un aperçu de la bonhomie et de la naïveté de cet homme simple. Il s'agit d'un regard ironique sur le statut de la simplicité bourgeoise |
| Métaphore du propriétaire et ironie bourgeoise | « Le bonhomme regardait la mer autour de lui avec un air satisfait de propriétaire. » | M. Roland a l'impression ici de dominer son environnement (ici, la nature, l'eau) alors même qu'il ne cerne absolument rien concernant les tensions familiales autour de lui |
| Focalisation sur les silences | « sourit et murmura », « répond de manière plus brutale » | Création d'une tension dramatique car les silences sont également des non-dits qui en disent long |
Transition
Malgré cette entreprise de distanciation et de réalisme, il n’en demeure pas moins que cet incipit annonce une histoire et, comme de juste, il nous fournit des indices sur ce qui va suivre. Ainsi, en présentant ses personnages de cette manière, l’auteur convoque également le registre satirique, et informe son lecteur de l’aspect comique qui sous-tendra le roman.

Un drame suggéré en filigrane
Le registre satirique, pour rappel, sert à la critique d’une institution, d’une idée ou même d’une personne, en se moquant plus ou moins explicitement. Ses procédés les plus répandus sont l’ironie ou l’amplification.
De fait, on retrouve dans cet incipit des procédés caractéristiques de la satire. Le parler des personnages est populaire, ce qui correspond au genre comique. « Zut ! », « Eh bien », « Ca ne mord plus du tout » ou encore « Christi » relèvent de ce type de paroles.
On trouve également dans le personnage de Monsieur Roland un archétype de l’homme misogyne et d’une éducation d’un faible de niveau :
- Discours proverbial qui use de préjugés plutôt que de réflexion : « les femmes vous font embarquer toujours trop tard. », ou l’utilisation du pronom personnel « on » dans la phrase précédente
- Un emportement facile : « Le bonhomme furieux répondit », avec également le nom « bonhomme » qui renvoie lui-même à une idée plutôt qu'à une réalité nuancée
- Un égocentrisme grossier, qui transparaît dans la réplique qui suit « M. Roland fut confus et s’excusa : », où l’omniprésence du « je » trahit son point de vue égocentré
- Un langage corporel qui remplace les mots : « Mais son mari remuait la tête pour dire non »
De fait, dans le personnage de Monsieur Roland, on perçoit la caricature du petit bourgeois grossier que Maupassant se plaît à détester.
Il n’épargne pas Madame Roland, qui est présentée comme une femme oisive, à travers le champ lexical du sommeil : « assoupie », « se réveilla », « murmura », etc. On trouve le tableau d’une bourgeoisie provinciale préoccupée par son seul loisir et un certain matérialisme, comme en témoigne la question de Monsieur Roland :
Combien en as-tu pris, toi, docteur ?
Pierre et Jean
D’une part, la question s’intéresse à une quantité, suggérant un esprit de compétition ainsi qu’un désir de possession ; d’autre part, l’insistance « toi, docteur » traduit un souci du statut social.
Mais au-delà de cette critique sociale, l’incipit fournit des indices sur la suite de l’histoire, à travers les personnalités dévoilées par la capture de cette scène apparemment anodine. Le plus simple à percevoir se trouve dans les places respectivement occupées par Pierre et Jean sur le bateau :
Ses deux fils, Pierre et Jean, qui tenaient, l’un à bâbord, l’autre à tribord, chacun une ligne enroulée à l’index, se mirent à rire en même temps.
Pierre et Jean
Si leur fraternité – et donc, leur unité – est affirmée par « ses deux fils » et l’harmonie du rire (« en même temps »), ils se situent néanmoins à l’opposé l’un de l’autre. La formulation « l’un à bâbord, l’autre à tribord » établit la dichotomie spatiale sur la base de la ponctuation.

Mais la rivalité entre les deux frères est signifiée par d’autres faits :
- Jean est celui qui prend la parole après que les deux ont ri « en même temps », tandis que Pierre reste silencieux, ce qui témoigne de son effacement relatif
- Le bateau symbolise leur enfermement dans un espace clos, sans possibilité de fuite
- Ils sont opposés par leur apparence : Pierre a des « favoris noirs » et tout est « rasé » tandis que Jean est « blond » et « très barbu ». Cette différence physique sera l’une des principales preuves sur lesquelles s’appuiera Pierre pour déterminer l’adultère de sa mère.
- Jean a manifestement pris plus de poissons que Pierre, révélant par là une espèce de génie ou de capacités supérieures à son frère.
- Le mépris de Jean et de son père pour Pierre, visible dans la circonvolution : « A peu près comme Pierre », alors qu’il cite des chiffres supérieurs, et dans les termes « sourit » et « murmura »
Enfin, la scène est rendue inquiétante par plusieurs détails, et annonce le caractère tragique de l’histoire à suivre :
- Dès la première phrase du roman, le « fond de la mer » est évoqué, ce qui n’est pas rassurant (qui aimerait couler ?)
- Le zoom opéré sur le poisson invite au parallèle entre le destin de celui-ci et celui des hommes (« efforts impuissants et mous »)
- La personnification du poisson, avec l’utilisation du mot « corps », et celle de la corbeille, avec le mot « ventre », insiste sur le parallèle à faire
- Surtout, l’« air mortel » finit de poser cette atmosphère tragique
Malgré l’apparence de légèreté propre à une telle scène, que l’on pourrait croire anodine, tous ces indices, disséminés dans l’incipit, annoncent une histoire familiale tragique, pourrie de sa rivalité.
Conclusion de l’analyse de l’incipit de Pierre et Jean
Cet incipit est annonciateur d’au moins deux choses. D’une part, le lecteur pourra découvrir une satire de la bourgeoisie provinciale, avec des archétypes plongés dans une ambiance réaliste. D’autre part, on peut déjà percevoir l’opposition entre Pierre et Jean, qui était d’abord suggérée par le titre du roman.

Pour répondre à notre problématique, à savoir "Comment cet incipit met-il en place un univers réaliste tout en annonçant le drame familial ?", nous avons vu que Maupassant fait trahir les non-dits par des silences et favorise une description physique et de décor plus qu'une description psychologique.
Même s’il se défendait d’être naturaliste, on peut voir en Maupassant un précurseur de ce courant, qu’Émile Zola se chargera de théoriser et de porter à son paroxysme.
Maupassant rédige Pierre et Jean à contrepied des œuvres romantiques de son siècle, favorisant l'expression fidèle de la réalité en littérature et définissant dans sa préface le rôle de l'écrivain4, qui doit donc, selon lui, non pas livrer les pensées des personnages mais les faire deviner en étudiant minutieusement les silences, les gestes et actes. De plus, la nature ici est traitée de manière purement réaliste et objective, et elle n'est en aucun cas magnifiée ou exaltée.
Cette analyse de Pierre et Jean vous a donné envie de suivre des cours de soutien scolaire ? Vous en apprendrez de cette manière encore plus sur les personnages et sur l'ambiance du roman.
❓De quoi s'agit-il ? D'un exemple d'analyse linéaire du roman réaliste Pierre et Jean de Guy de Maupassant, paru en 1888.
⛵ Quels sont les thèmes majeurs du roman ? Les thèmes chers à Maupassant et plus précisément dans ce roman sont les suivants : le réalisme, les tensions familiales, la jalousie fraternelle, l'héritage, la vérité familiale cachée et la quête de l'identité.
📓 En quoi l'incipit révèle-t-il toute la trame du roman ? Maupassant établit dès l'incipit l'ambiance générale du roman : réalisme exacerbé, silences, présentation furtive des personnages, tensions familiales accrues.
🔰 Que rédiger dans l'introduction ? Il vous faut rédiger une amorce (contexte, énoncé, période, auteur), trouver une problématique claire et concise, puis annoncer le plan.
Dans le cas où vous avez des difficultés à vous entraîner à l'écrit du bac de français sans l'aide de quelqu'un, optez pour des cours particuliers Superprof avec un professeur à domicile résidant près de chez vous pour des cours de soutien scolaire en ligne !
Sources
- BENHAMOU, Noëlle, "Pierre et Jean - Guy de Maupassant", BNF essentiels, https://essentiels.bnf.fr/fr/article/b50ba6b8-8d98-4869-9f08-2794571c9745-pierre-et-jean. Consulté le 01 juin 2026.
- CNRTL [www.cnrtl.fr], "Inmedias res", https://www.cnrtl.fr/definition/inmedias%20res. Consulté le 01 juin 2026.
- Audibleblog [www.audible.fr], "« Pierre et Jean » de Guy de Maupassant - Chef-d'œuvre du réalisme", 7 avril 2025, https://www.audible.fr/blog/resume-pierre-et-jean. Consulté le 01 juin 2026.
- UNIVERSALIS [www.universalis.fr], "PIERRE ET JEAN, Guy de MaupassantFiche de lecture", https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-et-jean/2-pour-un-realisme-mythique/. Consulté le 01 juin 2026.
Résumer avec l'IA :



















Si vous désirez une aide personnalisée, contactez dès maintenant l’un de nos professeurs !
Bonjour j’aurais besoin d’aide pour faire un commentaire de texte sur l’incipit de Gaël Faye Petit pays pouvez-vous m’en faire un s’il vous plaît pour que j’en prenne exemple
Bonjour, avez-vous essayé de contacter l’un de nos professeurs pour recevoir une aide personnalisée ?