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Apprentissage de l’arabe : 6 difficultés qui se présentent aux étudiants…

De Samir, publié le 11/10/2017 Blog > Langues > Arabe > Cours d’Arabe : Pourquoi les Non-Arabophones Abandonnent Vite ?

Je me baladais à Bruxelles avec Jesper, un ami danois, lorsqu’il m’a posé la question suivante :

« Pendant tes huit ans d’enseignement, est-ce que tu as eu des étudiants qui ont suivi tous les niveaux avec toi ? C’est-à-dire des personnes qui ont commencé à zéro et qui ont fait le chemin jusqu’au bout ? »

La question de Jesper n’était pas du tout aléatoire. Il savait très bien qu’il touchait à un point sensible puisqu’il apprend lui-même l’arabe depuis quelques années. Sa femme étant arabophone, il a donc accès quotidiennement à un dialecte du Proche-Orient.

Mise à part les universitaires qui se spécialisent dans la traduction par exemple, l’Histoire ou la science politique, beaucoup parmi ceux qui apprennent l’arabe abandonnent l’idée rapidement. Les curieux et les passionnés, les employés du secteur social, les voyageurs et rêveurs d’un Orient très doux, abandonnent.

  • Mais pourquoi bon sang ?
  • Pourquoi on n’arrive pas à apprendre à parler l’arabe comme nous avons appris à parler l’anglais et le français ?
  • Pour quelles raisons les étudiants abandonnent-ils les cours si souvent et comment régler ce problème ?  

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1 – L’arabe n’est pas une langue parlée…

Au Liban, nous apprenons l’arabe à l’école. C’est une langue qui, phonétiquement parlant, ressemble au dialecte libanais mais qui se caractérise par un code phonétique plus organisé. Cette langue possède deux lettres qu’on utilise occasionnellement dans le dialecte. Il s’agit du Thā’ et du Qāf. Nous apprenons l’arabe pour avoir notamment l’accès à tout ce qui est écrit.

Comment trouver un professeur d'arabe ? Que reste-t-il de l’enseignement après les cours ?

Mais au Liban nous apprenons le français aussi et cela nous sert en voyage. À Paris ou n’importe où en France, les Français parlent leur langue comme ils l’écrivent et comme nous l’avons apprise au pays des cèdres. Ceci ne semble pas être le cas pour un Français qui apprend l’arabe à Lyon et qui est en visite au Caire. Disons que le décalage entre le « théorique » et le « pratique » est… surprenant.

Sans vouloir susciter un débat linguistique (qui se transforme souvent en politique) comme l’a fait le poète libanais Said Akl, il faut tout de même cracher le morceau :

Pour nous arabophones, le décalage entre nos dialectes et l’arabe standard est gérable ainsi que le décalage entre nos propres dialectes. Mais pour les étrangers qui apprennent notre langue, c’est un défi assez difficile, voire très compliqué !

La pratique de l’arabe standard proposée dans un cours arabe reste très limitée et pauvre. Les manuels de langues sont secs en général, peu importe la langue en question. En plus, la rue arabe  ne nous offre pas la chance de pratiquer le théorique déjà vu sur les bancs des écoles. Le simple contact avec les arabophones n’aide pas, comme c’est le cas dans d’autres langues.

L’immersion n’est jamais complète en somme.

Et lorsque l’on vient de commencer à étudier l’arabe, il est difficile de suivre le bulletin à la télé, ou d’écouter la radio…

2 – Apprendre la grammaire en cours d’arabe, c’est un truc d’école…

Pour entrer un peu dans les détails, je cite un exemple : les petits écoliers allemands apprennent à décliner tôt. En Russie, on fait pareil. Parler ces deux langues ne pas décliner correctement rend le message erroné et même incompréhensible.

Au Liban, nous apprenons les déclinaisons aussi, sauf que celles-ci restent un truc d’école. Quand la cloche sonne, on ferme son livre de Qawâ’id, on le range dans le cartable, et puis on rentre à la maison pour raconter sa journée en parlant son dialecte.

Si les écoliers du monde arabe ne deviennent pas des hommes de lettres plus tard, ils doivent certainement se poser cette question à moment ou un autre :

Mais à quoi bon sert de reconnaître le primat et le prédicat, l’accusatif et le génitif, l’apocope et les diptotes, et à quoi bon sert de décliner les substantifs correctement si notre message oral, voire écrit, arrive à destination sans faire cet effort ?

L’arabe standard devient, dès lors, une sorte de langue demi-morte. Je dis demi-morte parce qu’elle n’est plus pratiquée à 100% et parce qu’elle n’accomplit qu’une partie des tâches dont une langue normale est susceptible d’accomplir :

  • lire,
  • écrire
  • et communiquer.

3 – Nous sommes plutôt satisfaits de nos dialectes…

Quels sont les pays de la Ligue Arabe ? Le langage parlé dans ces magnifiques plaines de l’Atlas, au Maroc, ne sera pas le même que dans d’autres pays arabophones.

Il est plus facile pour les arabophones de s’exprimer dans leur dialectes pour plusieurs raisons :

  • Il y a tout d’abord l’héritage. C’est ce qu’on a appris, chacun chez soi. C’est comme penser à une vieille mamie française qui habite en Lozère et qui parle le patois…
  • Ensuite il y a la spontanéité. Les mots sortent ainsi, c’est l’instinct. On se sent plus libre. Chaque dialecte arabe privilège une prononciation d’une lettre comme le G (comme dans grand) en Egypte ou le « Hamza » au Liban pour remplacer le Qāf. C’est plus naturel…
  • Et puis vient l’intime. Si l’arabe a permis et permet encore l’écriture de très beaux manuscrits littéraires, la langue semble être fade, molle et artificielle quand il s’agit de l’intime, du personnel et du quotidien tout bête.

C’est aussi plus facile de s’exprimer avec les dialectes parce que ces derniers, effectivement, nous épargnent la grammaire. Les dialectes, de ce point de vue, nient toute existence de la grammaire et donc des déclinaisons.

4 – Si nous-mêmes ne parlons pas notre langue officielle, pourquoi les autres l’apprendraient ?

C’est une très bonne question. Quelques anciens étudiants à moi se sont contentés d’apprendre les bases de l’arabe et la logique de la langue et puis ils se sont retournés rapidement vers un dialecte. Ils voulaient plutôt discuter avec les gens parce qu’ils ont choisi de vivre à Beyrouth ou à Amman.

C’est un choix à faire et ça dépend de vos envies.

  • Est-ce que vous avez envie de lire l’arabe ?
  • D’écrire l’arabe ?
  • Ou plutôt de parler l’arabe ?

D’ailleurs, si vous maitriser un jour un dialecte, sachez que vous n’êtes pas les seuls à connaître un dialecte sans forcément connaitre l’arabe.

Si on se lance aujourd’hui dans des statistiques dans les pays arabophone pour avoir une idée sur le pourcentage de ceux qui savent décliner correctement, ou même conjuguer dans plusieurs modes, les résultats nous feront peur sans nul doute !

  • Que devient alors une langue si elle est demi-morte parce qu’elle n’accomplit pas toutes ses tâches principales et si en plus elle est élitiste ?
  • Et comment l’enseigner vraiment aux étrangers ?

Comment parler couramment une langue étrangère ? Une grande partie des arabophones ne connaissent pas la grammaire…

Ces deux questions poussent vers un changement. Nous témoignons de nos jours de plus en plus d’initiatives dans des villes arabes pour enseigner le Urban Arabic/ L’arabe courant. Une chose inimaginable pendant l’époque du Panarabisme des années 60…

Mais même avec ces initiatives tout le monde est d’accord sur le fait que les dialectes ne peuvent pas remplacer l’arabe. Ils ne sont pas suffisamment structurés. En même temps, il y a de plus en plus de monde qui commence à apercevoir que les dialectes, contrairement à l’arabe, n’ont pas eu le luxe d’être défendus dans le passé, bien que ces derniers nous offrent le seul moyen authentique de communication orale.

5 – Je suis un étudiant européen. Je galère, mais j’ai envie d’apprendre l’arabe…

Les potions magiques existent, mais dans les contes. Afin d’avancer dans ces terrains arabophones il faut avant tout se doter d’une vue d’ensemble.

L’arabe est une langue qui se distingue par un code musical strict. Par exemple, si nous jetons un coup d’œil sur le tableau des 10 formes du verbe, nous remarquons directement que la question des formes est avant tout une question musicale. C’est ce qu’on appelle les schèmes.

Tu déduis le schème en faisant un calcul musical et ainsi tu trouves le participe actif ou passif par exemple. Les dialectes du Proche-Orient suivent la même règle mais… avec une masse d’exceptions.

Comprendre la musicologie de l’arabe est un bon point de départ. Et encore ! Dans plusieurs cas dialectaux nous nous retrouvons dans l’obligation de changer la vocalisation. Exemple : parfois nous vocalisons l’avant dernière lettre juste parce que la dernière n’est – automatiquement – pas vocalisée.

Il faut savoir jongler et comprendre ces changements.

En effet, il est difficile de prononcer deux consonnes non vocalisées de suite. Du coup, par exemple, une locution adverbiale comme Ba’da  (بَعْدَ) devient Ba’éd (بَعِدْ). Phonétiquement parlant, les deux sons sont assez éloignés pour un Français. Et c’est vrai. Là nous sommes clairement face à un changement phonétique et non pas seulement une simplification grammaticale.

Un Français voit dans les voyelles de sa propre langue une nécessité pour pouvoir « joindre un ensemble de consonnes » afin de bien prononcer un mot. Mais dans nos dialectes, les voyelles brèves n’ont pas la même importance et en plus elles sont variables.

N’aie pas peur, il y a toujours moyen… 7 tips pour progresser en cours d’arabe

Le grand écart entre l’arabe standard et les dialectes empêche l’internationalisation de notre langue, c’est une vieille histoire. Si tu désires apprendre la lecture et l’écriture arabe, la démarche est connue.

Comment apprendre à parler la langue de Mahomet ? Vous pouvez en effet discuter avec votre enseignant des points à mettre en priorité. Surtout s’il s’agit d’un prof particulier !

Mais si tu suis des cours d’arabe (cours d’arabe en ligne, en école de langue, en école coranique…) afin de communiquer oralement voici quelques conseils à suivre (ou pas !) :

  1. Même si le cours proposé est un cours d’arabe standard, parle à ton professeur dès le début du cycle. Dans un cours collectif, il y a moyen parfois de s’arranger avec tous les participants pour donner la priorité à la communication orale. Tu te sentiras efficace et capable de dire les choses. C’est essentiel pour continuer.
  2. Mets-toi dans la tête que les voyelles brèves ou simples ne sont pas l’équivalence des voyelles (en français). Quand tu arrives à voir et lire quelques mots arabes sans ces signes de vocalisation, saches que tu es sur la bonne voie.
  3. Evite de penser  grammaire et donc ne décline pas (au moins le singulier). Ta façon de t’exprimer sera différente, mais ton message sera clair.
  4. Oublie le duel en termes de conjugaison, démonstratif, relatif, etc. Mais garde-le pour compter (exemple : deux tables, deux fois) tel qu’il est utilisé dans les dialectes du Proche-Orient ou l’Egypte.
  5. Concentre-toi sur huit pronoms personnels de treize. Je, nous, tu (masculin), tu (féminin), vous (masculin), il, elle, ils.
  6. Saches que tu as besoin de te muscler: les lettres emphatiques et gutturales ne sortent pas facilement et cela va te prendre un peu de temps.
  7. Sois curieux et demande comment dire telle chose et telle chose à tes connaissances arabophones. Et essaie aussi de faire des phrases chez toi, il faut absolument faire des fautes pour avancer.

Cette méthode va surement t’éloigner de l’arabe standard bien taillé mais elle va te simplifier la tâche et te laisser plus d’espace pour la communication écrite et orale.

L’envie d’avoir accès à une culture est parfois très forte chez nous. On essaie tous de franchir la barrière de la langue arabe. Il y a même des perfectionnistes qui travaillent dur pour faire disparaitre leurs accents quand ils parlent dans une langue étrangère. C’est admirable.

Mais si tu apprends l’arabe, saches que c’est très compliqué de parler comme les arabes et qu’il n’y a rien de honteux dans cela.

Même les arabes ne parlent pas comme les arabes.

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