"L'apologue est composé de deux parties, dont on peut appeler l'une le corps, l'autre l'âme. Le corps est la fable ; l'âme, la moralité. [...] Du temps d'Ésope, la fable était contée simplement ; la moralité séparée et toujours ensuite. Phèdre est venu, qui ne s'est pas assujetti à cet ordre : il embellit la narration, et transporte quelquefois la moralité de la fin au commencement.                                      Jean de la Fontaine, Préface aux Fables

Le mot français fable vient du latin fabula (créé à partir du verbe fari, "parler", "raconter"), qui désigne une fiction, un récit, et plus particulièrement, comme genre littéraire, un court récit en vers ou en prose, avec, en sa conclusion, une morale, ou moralité. La fable a pour synonyme l'apologue (du grec apologuos : "fable"), lui aussi bref récit servant à illustrer un enseignement moral, une leçon de sagesse ou une règle de conduite.

La tradition de la fable remonte aux temps les plus anciens, avec notamment, au III° siècle, en Inde, les fables d'un auteur légendaire nommé Pilpay, ou Bidpaï. Antérieurement, dans la Grèce antique, on connaît les fables d'Ésope (VI°siècle avant J.-C.), et, à Rome, le fabuliste latin Phèdre (I°siècle), qui reprend la tradition et les motifs d'Ésope.

Le nom d'Ésope a donné au Moyen Âge un nouveau terme pour désigner la fable : l'ysopet (par exemple les Ysopets composés par Marie de France au XII°siècle). Au XIV°siècle, on publie des recueils de fables illustrés appelées emblèmes (les Emblesmes de Guillaume Guéroult) : pour chaque fable, ou emblème, il y a d'abord un titre, puis une image ou gravure illustrant le titre, puis un court récit en vers et enfin une moralité.

En France, le genre de la fable trouve son apogée au XVII°siècle avec Jean de La Fontaine, qui puise sa matière et ses thèmes chez Ésope et Piplay, ainsi que dans les ysopets du Moyen Âge et dans les emblèmes de la Renaissance. Après La Fontaine, le poète Florian s'illustre aussi dans le genre au XVIII°siècle. Et la fable reste encore vivante au XIX° avec le spirituel et facétieux Alphonse Allais, ou, au XX° , avec les Fables de Jean Anouilh, les Innocentines de René Obaldia, ou les réécritures moqueuses de la Cigale et la Fourmi (qui devient, chez Françoise Sagan, la Fourmi et la Cigale, et chez Raymond Queneau, la Cimaise et la Fraction).

La fable, généralement, s'occupe du monde animalier (et c'est alors, comme dans le Renard et la Cigogne, une allégorie où les animaux parlent et se comportent comme des humains), ou bien des éléments de la Nature (le Chêne et le Roseau). C'est à travers ces prismes que la fable représente le microcosme humain, où s'opposent envie et gratitude, vanité et humilité, justice et injustice...La fable enseigne un art de vivre, certes, mais surtout un art de survivre dans un monde fait de cruauté (où "La raison du plus fort est toujours la meilleure", comme nous le dit La Fontaine dans le Loup et l'Agneau). Ainsi, la Ferme des Animaux (1945), de George Orwell, est une fable (en forme de roman), qui, sous l'apparence d'un bestiaire animalier (l'âne, la vache, le cochon...), brosse un tableau effrayant du pouvoir, du monde politique, de la tyrannie et du fascisme, et dont on retient cette leçon, en guise de moralité : "Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres"...

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Mathieu

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