Distinguer les genres littéraires du drame

Dans la littérature, il existe de nombreux genres qui caractérisent les œuvres : comique, fantastique, science-fiction, aventure, horreur et romance en font partie. Cependant, lorsqu'il s'agit du drame, on peut dénombrer plusieurs sortes d'histoires tristes : le tragique ainsi que le pathétique. Ces deux registres littéraires ont de nombreuses ressemblances mais sont, à de nombreux égards, très différents, que ce soit du fait de leur origine que dans les thèmes abordés et la forme du récit. En Terminale, il vous sera utile de connaître la différence entre ces deux genres afin de réussir vos examens de français. Superprof vous propose donc de découvrir les caractéristiques principales du registre tragique ainsi que du registre pathétique pour mieux cerner ces genres de drames littéraires. De plus, vous pourrez lire des extraits de textes afin de visualiser les concepts dramatiques en question !

Le registre tragique et ses caractéristiques

Comment distinguer le tragique du pathétique ? Le tragique exprime la fatalité, la douleur et la mort : ce n'est pas un genre très joyeux !

Depuis l'Antiquité, le tragique est lié à la tragédie, mais le registre est à distinguer du genre. Ce registre existe grâce aux dramaturges grecs tels qu'Euripide, Sophocle et Eschyle qui ont institutionnalisés le tragique grâce à leurs œuvres éminemment célèbres.

Une situation et une atmosphère pesantes

"Le poème tragique vous serre le cœur dès son commencement, vous laisse à peine dans tout son progrès la liberté de respirer et le temps de vous remettre, ou s’il vous donne quelque relâche, c’est pour vous replonger dans de nouveaux abîmes et dans de nouvelles alarmes" - Jean de La Bruyère, Les Caractères

Le tragique implique nécessairement la mort de l'un des personnages ou de tous les personnages. Ainsi, tragique veut dire que l'Homme marche inexorablement vers un destin qu'il n'a pas choisi, un destin mortuaire. L'atmosphère et les évènements rappellent donc tout le temps cette fatalité.

Ainsi, tout au long de la pièce ou du récit tragique, il y a un effet cathartique : c'est à dire que le spectateur/lecteur s'identifie au personnage tragique et va vivre avec lui la destinée inexorable dont il doit faire l'expérience tout en se purgeant de ses passions.

On peut résumer le registre tragique en plusieurs points :

  • Accomplissement d'un destin fatal, comme celui d'Œdipe,
  • Personnages impuissants comme la famille de D.Lange seule contre l'adversité,
  • Atmosphère angoissante, comme celle de l'atelier de Claude Lantier où le personnage est retrouvé pendu.

Des termes et des formulations caractéristiques

Le registre tragique utilise, dans la forme, des concepts bien précis. Tout d'abord, on peut noter que le tragique utilise des champs lexicaux propre à la douleur, la mort et la fatalité. Cet exemple illustre bien le champ lexical de la mort et de la douleur psychologique :

"Je ne demande que la mort. Abandonnée, abandonnée! Comprends-tu l'épouvante que cela comporte, abandonnée ? Je ne puis le supporter" - F.Von Schiller, Les Brigands

La détresse du personnage est ici traduite dans la répétition du participe passé abandonnée et dans l'emploi du terme hyperbolique épouvante. Le tragique est aussi exprimé par des modalités exclamatives et interrogatives, comme dans cet exemple :

"Ciel! que vais-je lui dire ? Et par où commencer ?" - Racine, Phédre

Les apostrophes adressées aux puissances divines donnent le ton de l'imploration. Le personnage ne s'adresse à personne mais se plaint de sa situation, il est fataliste.

Voici un tableau récapitulatif des grands auteurs tragiques et de leurs œuvres :

AuteurDatesŒuvres Majeures
Eschyle525 - 456 av J-CL'Orestie / Les Perses / Les Sept contre Thèbes
Sophocle495 - 406 av J-CŒdipe Roi / Antigone / Electre / Philoctète / Les Limiers
Euripide483 - 406 av J-CMédée / Andromaque / Les Troyennes / Oreste
William Shakespeare1564 - 1616Roméo et Juliette / Hamlet / Macbeth / Othello / Le Roi Lear
Georges de Scudéry1601 - 1667L'Amour tyrannique / Le Prince déguisé / Le Vassal généreux
Pierre Corneille1606 - 1684Le Cid / Horace / Polyeucte / Nicomède
Jean de Rotrou1609 - 1650Agésilan de Colchos / Antigone / Saint Genest
Thomas Corneille1625 - 1709L'Amour à la mode / Le festin de pierre / Les Illustres Ennemis / L'Inconnu
Jean Racine1639 - 1699Andromaque / Britannicus / Iphigénie / Phèdre

Superprof

Exemples de textes tragiques

Quelles sont les caractéristiques du genre tragique ? Le mythe d’Œdipe est probablement le plus grand symbole de la tragédie grecque !

Voici quelques exemples de textes pour vous illustrer le registre tragique :

Fin de Œdipe Roi de Sophocle

"Ô habitants de Thèbes, ma patrie, voyez ! Cet Oedipe qui devina l'énigme célèbre ; cet homme très puissant qui ne porta jamais envie aux richesses des citoyens, par quelle tempête de malheurs terribles il a été renversé ! C'est pourquoi, attendant le jour suprême de chacun, ne dites jamais qu'un homme né mortel a été heureux, avant qu'il ait atteint le terme de sa vie sans avoir souffert"

Passage de Médée d'Euripide

MÉDÉE

Amies, mon acte est décidé : le plus vite possible je tuerai. mes fils et m'enfuirai loin de ce pays pour ne pas, par mes lenteurs, exposer mes enfants à périr par une main plus hostile. Il faut absolument qu'ils meurent. Puisqu'il le faut, c'est moi qui les tuerai, qui les ai mis au monde. Allons! arme-toi, mon coeur! Que tardons-nous ? Reculer devant ces maux terribles, mais nécessaires! Va, ô malheureuse main, prends un glaive, prends; marche vers la barrière d'une vie de chagrins. Ne sois pas lâche. Ne te souviens pas de tes enfants, que tu les adores, que tu les as mis au monde. Allons! pour cette journée du moins, oublie tes fils : après, gémis! Car si tu les tues, pourtant ils t'étaient chers; et je serai, moi, une femme infortunée! (Elle rentre dans le palais.)

LE CHŒUR

Strophe I. - Ah! Terre! Rayon éclatant du Soleil! Regardez, voyez cette femme funeste avant qu'elle n'ait porté une main meurtrière sur ses enfants et immolé son propre sang. De la race d'or ils sont la descendance; que le sang d'un dieu tombe sous les coups des hommes, c'est chose terrible! Ah! Lumière née de Zeus, retiens-la, arrête-la, chasse de la maison une malheureuse et meurtrière Erinys envoyée par des dieux vengeurs.

Antistrophe II. — Vaines se sont perdues les peines de ton enfantement; en vain tu as donc mis au monde une postérité chérie, 6 toi qui as quitté des Symplégades les roches azurées, la passe inhospitalière! Malheureuse! Pour-quoi une lourde colère s'abat-elle sur ton âme ? Pourquoi à ta tendresse fait place une haine meurtrière ? Funeste est pour les mortels la souillure d'un meurtre domestique. Elle éveille contre les meurtriers de leur famille, par la volonté des dieux, des douleurs proportionnées au crime qui s'abattent sur leurs maisons.

Fin de Phèdre de Jean Racine

"D'une action si noire Que ne peut avec elle expirer la mémoire ? Allons de mon erreur, hélas ! trop éclaircis Mêler nos pleurs au sang de mon malheureux fils. Allons de ce cher fils embrasser ce qui reste, 1650 Expier la fureur d'un voeu que je déteste. Rendons-lui les honneurs qu'il a trop mérités. Et pour mieux apaiser ses mânes irrités, Que malgré les complots d'une injuste famille Son amante aujourd'hui me tienne lieu de fille"

Fin de Le Roi Lear de William Shakespeare

"Il nous faut subir le fardeau de cette triste époque ; dire ce que nous sentons, non ce que nous devrions dire. Les plus vieux ont le plus souffert. Nous qui sommes jeunes, nous ne verrons jamais tant de choses, nous ne vivrons jamais si longtemps. (Ils sortent au son d’une marche funèbre.)"

Le registre pathétique et ses caractéristiques

Quels sont les genres dramatiques de la littérature ? Le registre pathétique mise beaucoup sur la souffrance des personnages !

Des liens avec le registre tragique

Le registre pathétique exprime une souffrance : "pathétique", un terme qui provient du grec pathos (souffrance, maladie), que l'on retrouve dans le terme "passion" (douleur physique ou morale). Nous pouvons l'illustrer avec cet exemple :

"Ce mal qu'elle trouvait si insupportable était la jalousie avec toutes ses horreurs" - Mme de La Fayette, La Princesse de Clèves

Cependant, il se distingue du registre tragique car les situations décrites ne sont pas inéluctables : le personnage peut exprimer des regrets car il aurait pu éviter ce qui le rend malheureux. Généralement, le personnage reste en vie malgré ses stigmates de tristesse profonde. En somme, il n'y a pas de fatalité chez le personnage mais son état est dramatique.

Les termes et formulations caractéristiques du pathétique

"Le sublime lasse, le beau trompe, le pathétique seul est infaillible dans l'art. Celui qui sait attendrir sait tout" - Alphonse de Lamartine

Le pathétique utilise des formes bien précises pour renvoyer les thèmes de la douleur, voire de la mort :

  • Les champs lexicaux de l'émotion, de la tristesse, de la douleur ou du regret,
  • Les modalités exclamatives et interrogatives,
  • L'empathie créée chez le lecteur afin qu'il s'identifie aux douleurs du personnage.

Voici un tableau récapitulatif des grands auteurs pathétiques :

AuteurDatesŒuvres Majeures
Robert Garnier1545 - 1590Cornélie / Marc Antoine / Antigone ou la Piété / Les Juives
Jacques Bossuet1627 - 1652Discours sur l'Histoire Universelle / Sermon sur la Mort
Voltaire1694 - 1778Zadig ou la Destinée / Candide ou l'Optimisme / L'Ingénu
Victor Hugo1802 - 1885Les Misérables / Les Contemplations / Notre Dame de Paris
Prosper Mérimée1803 - 1870Mateo Falcone / La Vénus d'Ille / Colomba / Carmen
Emile Zola1840 - 1902L'Assommoir / Nana / Germinal / La Bête Humaine
Emmanuel Roblès1914 - 1995Montserrat / Les Hauteurs de la Ville / Jeunes Saisons

Exemples de textes pathétiques

Comment se caractérise le genre pathétique ? La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette est un très bon exemple d'oeuvre pathétique !

Voici quelques exemples de textes pour vous illustrer le registre pathétique :

Extrait de Manon Lescaut d'Antoine François Prévost

"Pardonnez si j’achève en peu de mots un récit qui me tue. Je vous raconte un malheur qui n’eut jamais d’exemple. Toute ma vie est destinée à le pleurer. Mais, quoique je le porte sans cesse dans ma mémoire, mon âme semble reculer d’horreur chaque fois que j’entreprends de l’exprimer. Nous avions passé tranquillement une partie de la nuit. Je croyais ma chère maîtresse endormie et je n’osais pousser le moindre souffle, dans la crainte de troubler son sommeil. Je m’aperçus dès le point du jour, en touchant ses mains, qu’elle les avait froides et tremblantes. Je les approchai de mon sein, pour les échauffer. Elle sentit ce mouvement, et, faisant un effort pour saisir les miennes, elle me dit, d’une voix faible, qu’elle se croyait à la dernière heure. Je ne pris d’abord ce discours que pour un langage ordinaire dans l’infortune, et je n’y répondis que par les tendres consolations de l’amour. Mais, ses soupirs fréquents, son silence à mes interrogations, le serrement de ses mains, dans lesquelles elle continuait de tenir les miennes, me firent connaître que la fin de ses malheurs approchait"

Extrait de "Melancholia", Les Contemplations de Victor Hugo

"Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement Dans la même prison le même mouvement. Accroupis sous les dents d'une machine sombre, Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre"

Extrait de Les Misérables de Victor Hugo

"Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l'air de s'amuser beaucoup. C'était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l'ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s'effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait,  reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletants d'anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n'était pas un enfant, ce n'était pas un homme ; c'était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, lui, il était plus leste qu'elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde du spectre s'approchait, le gamin lui donnait une pichenette. Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l'enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s'affaissa. Toute la barricade poussa un cri ; mais il y avait de l'Antée dans ce pygmée ; pour le gamin toucher le pavé, c'est comme pour le géant toucher la terre ; Gavroche n'était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l'air, regarda du côté d'où était venu le coup, et se mit à chanter"

Extrait de L’Assommoir d'Emile Zola

"Gervaise, cependant, se retenait pour ne pas éclater en sanglots. Elle tendait les mains, avec le désir de soulager l'enfant; et, comme le lambeau de drap glissait, elle voulut le rabattre et arranger le lit. Alors, le pauvre petit corps de la mourante apparut. Ah ! Seigneur ! quelle misère et quelle pitié ! Les pierres auraient pleuré. Lalie était toute nue, un reste de camisole aux épaules en guise de chemise; oui, toute nue, et d'une nudité saignante et douloureuse de martyre. Elle n'avait plus de chair, les os trouaient la peau. Sur les côtes, de minces zébrures violettes descendaient jusqu'aux cuisses, les cinglements du fouet imprimés là tout vifs. Une tache livide cerclait le bras gauche, comme si la mâchoire d'un étau avait broyé ce membre si tendre, pas plus gros qu'une allumette. La jambe droite montrait une déchirure mal fermée, quelque mauvais coup rouvert chaque matin en trottant pour faire le ménage. Des pieds à la tête, elle n'était qu'un noir. Oh ! ce massacre de l'enfance, ces lourdes pattes d'homme écrasant cet amour de quiqui, cette abomination de tant de faiblesse râlant sous une pareille croix ! On adore dans les églises des saintes fouettées dont la nudité est moins pauvre"

Vous connaissez désormais tout ce qu'il faut savoir sur les genres tragiques et pathétiques en littérature. Pour en savoir plus sur les notions de littérature, vous pouvez consulter nos autres articles. Il vous est aussi possible de prendre des cours particuliers de français grâce à Superprof !

Vous avez aimé l’article ?

Aucune information ? Sérieusement ?Ok, nous tacherons de faire mieux pour le prochainLa moyenne, ouf ! Pas mieux ?Merci. Posez vos questions dans les commentaires.Un plaisir de vous aider ! :) (5,00/ 5 pour 3 votes)
Loading...

Mathieu

Animé par la découverte et l'acquisition des connaissances, je suis passionné par les mythes et la culture populaire. J'aime l'écriture, les jeux vidéo et la tartiflette. La dalle angevine me donne soif de savoirs !

Vous avez aimé
cette ressource ?

Bravo !

Téléchargez-là au format pdf en ajoutant simplement votre e-mail !

{{ downloadEmailSaved }}

Votre email est invalide
avatar