Claude Gueux : un Roman court inspiré d'un Fait Réel

Bibliographie de l'auteur

 

Pourquoi Claude Gueux a-t-il inspiré Victor Hugo ? Portrait de Claude Gueux par Gavarni, le regard fermé et cachant l'objet de son crime sous son manteau.

Chef de file du romantisme français, Victor Hugo est un écrivain, dramaturge, poète et essayiste du 19ème siècle. Né le 26 février 1802 à Besançon, il devint rapidement ce génie boulimique de travail, s'essayant à presque tous les styles avec toujours autant de ferveur et d'implication. Son talent ? Parvenir à rendre compte, avec fidélité mais sans grossièreté, des bonheurs et des malheurs que traverse son siècle. En ce sens, Hugo est bien plus qu'un simple écrivain : il est la voix d'une nation, d'un peuple tout entier. Parmi ses oeuvres majeures, vous retrouvez des drames (Hernani en 1830 ; Ruy Blas en 1838), de la poésie (Les Contemplations en 1856 ; La Légende des siècles en 1859), des romans (Notre-Dame de Paris en 1832 ; Les Misérables en 1862) et même des essais (Littérature et Philosophie mêlées en 1834 ; Histoire d'un crime en 1877). L'auteur, talentueux et prolifique, offre avec Claude Gueux un voyage au croisement entre la fiction et le réel.

Superprof

Informations relatives à l'ouvrage

Claude Gueux est un roman court dont l'histoire est en grande partie fondée sur des faits réels. Le personnage central, Claude Gueux, a réellement existé. Hugo découvrit son existence en 1832, en feuillant la Gazette des Tribunaux, au moment où il finalisait la rédaction de son ouvrage abolitionniste « Le Dernier jour d'un condamné ». La prise de connaissance de cette histoire eût un écho avec ce qu'il cherchait à combattre depuis des années : la peine de mort.

En effet,  Claude Gueux, publié en 1834, est un vrai manifeste contre la peine de mort (qui en France n'a été abolie qu'en 1981). Ce thème et ce combat, Victor Hugo les avait déjà mis au centre d'un précédent ouvrage : « le Dernier jour d'un condamné » en 1829.

Selon Hugo, les pauvres et les misérables n'ont souvent pas d'autre choix que le vol pour survivre. Et la société apporte des réponses brutales et injustes à cette détresse : la prison, la peine de mort, là où il faudrait plutôt des écoles, de l'éducation pour combattre la misère. Un chrétien ne peut tolérer la peine de mort, estime Hugo : il se révolte donc contre une société qui, pour punir le crime, devient à son tour criminelle et assassine.

Ainsi Claude Gueux, et son roman éponyme, deviennent des étendards contre la peine capitale. En choisissant de livrer cette histoire (et ce message), Hugo s'impose comme un témoin de son temps, voire même - sous certains aspects - comme un historien. Rentrons dans les détails de cette histoire tragique mais qui souligne, une nouvelle fois, la part primordiale de l'engagement politique chez Victor Hugo.

La véritable histoire de Claude Gueux

Les datesLes faits
1804Naissance de Claude Gueux dans un petit village de Bourgogne. Famille pauvre, devient très vite vagabond.
1818À l'âge de 14 ans, il vole son premier sac d'avoine et est condamné à un an de prison.
1823À 19 ans, il récidive et écope de 5 ans en prison à Clairvaux.
1828À un mois de sa remise en liberté, il s'en prend au gardien-chef et est condamné à six mois de prison à Troyes.
1830Après avoir été libéré, il vole un cheval et est de nouveau emprisonné... Pendant 8 ans.
1831Claude Gueux assassine le gardien-chef de plusieurs coups de hache.
1832Il est condamné à mort et exécuté sur la place du marché à Troyes.

Présentation des personnages

Court roman d'une quarantaine de pages seulement, Claude Gueux met en scène des personnages à l'action déterminante pour l'intrigue. Petite présentation des protagonistes les plus importants :

  • Claude Gueux : Personnage principal de l'histoire, il a 36 ans et est condamné à mort pour vol. Emprisonné à la prison de Clairvaux, il parvient à fédérer autour de lui les prisonniers et à se faire accepter et respecter. Sa gentillesse et sa lucidité inspirent la confiance des détenus et des gardiens. Malgré sa lutte contre la peine capitale, il restera celui condamné à mort.
  • Albin : Ami fidèle de Claude Gueux, Albin a 20 ans mais se pose en protecteur du condamné. Il ne supporte pas le voir affaibli et se démène pour le sortir de situations périlleuses.
  • Le Directeur des Ateliers : Victor Hugo fait référence à lui par les initiales M.D tout au long du roman, mais il se prénomme en réalité Monsieur Delaselle. Il est présenté comme extrêmement sévère, antipathique, ne souhaitant pas trouver de compromis pour la situation de Claude Gueux.
  • La femme et l’enfant : Ces deux personnages sont essentiels puisque c'est en essayant de les sauver (en volant de la nourriture) que Claude Gueux a fini par atterrir en prison.

Qui était Claude Gueux ? « Claude Gueux ramenant le pain volé à sa famille », peinture de Louis-Edouard Rioult, 1834.

Résumé de l'œuvre

Claude Gueux était un pauvre ouvrier qui vivait à Paris, avec sa compagne et une petite fille qu'il avait eu d'elle. C'était un homme habile, fier, compétent, sérieux, et, s'il ne savait pas lire, il savait incontestablement bien penser. Un hiver, l'ouvrage manqua. Plus de feu au foyer, plus de pain, mais la misère, redoutable et hideuse. Claude Gueux vola pour nourrir sa famille : il fut condamné à cinq ans de prison, à la centrale de Clairvaux, ancienne abbaye dont on avait fait un vaste cachot.

Examinez cette balance : toutes les jouissances dans le plateau du riche, toutes les misères dans le plateau du pauvre. Les deux parts ne sont-elles pas inégales ? La balance ne doit-elle pas nécessairement pencher, et l'état avec elle ?

Le jour, Claude Gueux, comme ses compagnons d'infortune, travaillait à l'atelier de la prison, outil à la main, fers aux pieds. Le directeur qui les surveillait était un homme dur, âpre, qui se plaisait à faire souffrir ceux qu'il gardait, bon père et bon mari sans doute, mais gagné par la banalité du mal qu'on peut faire, car il était au fond de lui mauvais. Cet homme borné apprit ainsi à Claude Gueux, dans sa volonté nue d'être cruel, que sa compagne s'était prostituée pour vivre.

Bien qu'illettré, Claude Gueux est admiré par ses compagnons d'infortune pour sa bonté et son calme. Il sait parler aux autres, trouver les mots et les gestes justes. Cette admiration envers Claude est l'une des causes de la jalousie du directeur de l'atelier. Claude Gueux devient son souffre douleur, son ennemi juré.

Claude était un gros mangeur, et il avait toujours faim : c'était sa nature. Il se trouva qu'un de ses compagnons, un jeune homme pâle et frêle, lui aussi condamné pour vol, vint lui offrir une part de son pain. Dès lors, unis par une même compassion devant la dureté de leur destin, ils devinrent amis, à vrai dire plutôt comme un père et son fils : Albin, le jeune homme, était encore un enfant, Claude avait le cheveu déjà gris.

Le directeur s'aperçut de cette amitié, qu'il ne pouvait supporter : un condamné n'a pas à être heureux. Il sépara définitivement Claude et Albin, envoyant ce dernier dans un autre quartier. Claude souffrit, supplia qu'on lui rendit son compagnon. Rien n'y fit, tant le directeur nourrissait en lui une haine secrète, envieuse, vis-à-vis de Claude.

Vous cherchez des cours de francais ?  

Pourquoi M.D détestait-il Claude Gueux ? Claude Gueux adapté en téléfilm par Olivier Schatzky, en 2009. Confrontation de regards entre le directeur de l'atelier et Claude Gueux...

Claude alors, par désespoir et rage, se procura une petite hache, et, lors d'une tournée de surveillance du directeur, il se précipita sur lui et lui asséna trois coups mortels sur le crâne. Ensuite Claude, se saisissant d'une petite paire de ciseaux qu'il possédait, tenta de se donner la mort, plongeant les lames dans sa poitrine. Il tomba, évanoui dans son sang, mais il survécut.

Son procès eut lieu devant la cour d'assises se Troyes, et il fut condamné à mort. On le conduisit à l'échafaud, et, au huitième coup de beffroi de la ville, sa tête tomba, au milieu de la place publique et de la foule qui se rendait au marché.

Dans cette histoire, qui est réellement coupable ? Qui a été le juste, et qui l'injuste ? La misère est-elle un crime ? Et quelle est la part de responsabilité de la société ? Au lecteur d'en juger...

Analyse du roman

Lorsque vous aurez refermé le livre, vous risquez de repenser à cette histoire en vous posant de nouvelles questions. En quoi ce personnage crée-t-il en nous un vrai dilemme moral ? Tout simplement parce que l'on ne sait pas s'il est victime ou criminel. Après tout, il devrait être reconnu comme un criminel puisqu'il a enfreint la loi et volé. Cependant, il est difficile de le penser comme tel lorsque l'on sait la noble raison qui l'a poussé à agir ainsi. De même, la présentation que l'on a de lui est celle d'un homme bon et droit. Pour Hugo, ce roman est l'occasion de faire un véritable réquisitoire contre la peine de mort et pouvoir argumenter contre une sentence violente et impitoyable. Afin de donner plus de relief à son propos, l'écrivain n'hésite pas à présenter Claude Gueux comme un héros et ses opposants comme des hommes mauvais et injustes. Si cette opposition peut paraître manichéenne, cela est seulement fait pour mettre en lumière l'injustice sociale et la dénoncer vigoureusement. Si Claude a volé un pain, ce n'est pas pour son bon plaisir mais pour sauver la vie d'une femme et d'un enfant. La misère et la faim, voilà deux raisons qui peuvent pousser un homme à commettre un crime. Sont-ce des raisons suffisantes pour le qualifier de monstre ? Pas si sûr...

Démontez-moi cette vieille échelle boiteuse des crimes et des peines, et refaites-la. Refaites votre pénalité, refaites vos codes, refaites vos prisons, refaites vos juges. Remettez les lois au pas des moeurs.

Dans cet ouvrage, le narrateur évoque les problèmes de société au XIXème siècle. Qu’est ce qui a fait défaut à Claude Gueux, cet homme équilibré, en bonne santé, pour réussir sa vie ? Pas grand chose, en réalité. Pour Hugo, c’est entièrement la responsabilité de la société si cet homme a volé et tué.

Pourquoi faut-il lire le Dernier jour d'un condamné et Claude Gueux ensemble ? Version illustrée de deux récits ayant pour thème commun la misère et ses conséquences... Pourquoi la condamnation à mort est-elle toujours la seule issue ?

  Victor Hugo concède qu’il est important d’avoir des discussions politiques, il concède la nécessité de ceux qui ergotent sur des points de détails économiques ou de ceux qui légifèrent. Mais à son avis il y a des choses plus importantes encore : comment empêcher que les gens soient exécutés, comment endiguer la misère du peuple qui a faim et froid ? Aucun doute, c’est la misère qui pousse au crime. L’auteur regrette le trop faible taux d’alphabétisation dans le pays : pour lui l’éducation du peuple est la solution aux maux de la société. Encourager la lecture, notamment de la Bible, va moraliser le peuple. En cultivant sa tête, point besoin de la couper :  

Cette tête de l'homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la, utilisez-la ; vous n'aurez pas besoin de la couper.

Vous avez aimé l’article ?

Aucune information ? Sérieusement ?Ok, nous tacherons de faire mieux pour le prochainLa moyenne, ouf ! Pas mieux ?Merci. Posez vos questions dans les commentaires.Un plaisir de vous aider ! :) (4,13/ 5 pour 16 votes)
Loading...

Morane

Diplômée d'un Master en philosophie et d'une licence en Lettres modernes, je suis une passionnée de lecture et adore transmettre aux personnes désireuses d'en apprendre plus. Mon petit plaisir ? Les voyages ! Et parce que la vie est une aventure, j'entends bien me la jouer exploratrice encore longtemps 😉

Vous avez aimé
cette ressource ?

Bravo !

Téléchargez-là au format pdf en ajoutant simplement votre e-mail !

{{ downloadEmailSaved }}

Votre email est invalide
avatar
Floon
Floon
Invité
6 Avr.

Excellent !! Je suis justement en train de l’étudier en cours !! ^^
Tu fais un super résumé !
Merci !! 🙂

(On peut ajouter qu’à la base, il s’agissait d’un article de journal écrit par V. Hugo. Charles Carlier finance ensuite l’impression de 500 exemplaires distribués aux députés !)