Question 1 (8 points)

Pourquoi peut-on dire que le divertissement revêt une importance particulière dans les liasses des Pensées qui figurent à votre programme ?

Question 2 (12 points)

Une critique affirme que la lecture des Pensées s’apparente à une “extraordinaire plongée dans les ténèbres”. Vous commenterez ce jugement en vous fondant sur votre lecture des liasses figurant au programme.

Corrigé de la question 1

Le divertissement pascalien :

Divertissement.

Quand je m’y suis mis quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent, dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On n’achètera une charge à l’armée si cher, que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.

Mais quand j’ai pensé de plus près, et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.

Quelque condition qu’on se figure, si l’on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde, et cependant qu’on s’en imagine, accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher. S’il est sans divertissement, et qu’on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu’il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s’il est sans ce qu’on appelle divertissement, le voilà malheureux et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et se divertit.

Analyse :

Nous allons étudier le divertissement pascalien et plus particulièrement l’importance de cet aspect des réflexions du penseur dans son ouvrage, les Pensées. Il s’agit d’un essai philosophique qui met l’accent sur la notion de diversion en matière de divertissement chez l’homme, nous pouvons d’ailleurs mettre en évidence l’étymologie commune de ces deux concepts, diversion et divertissement. Ils nous renvoient à l’idée de fuite, d’évasion par rapport à une réalité trop pénible que l’on refuse d’affronter. Quelle place Pascal confère-t-il au divertissement dans son ouvrage philosophique ?

La notion de diversion a déjà été analysée par Montaigne, elle avait par opposition à Pascal une connotation positive, il faut faire diversion à sa douleur affirme Montaigne, « pour celui qui souffre, faire diversion à sa douleur, c’est-à-dire éviter d’y penser, permet de moins souffrir ». L’homme par la diversion trouve un semblant de repos. Mais au contraire, chez Pascal, la connotation est négative, nous en trouvons la preuve dans la partie intitulée, « Misère de l’homme sans Dieu ». En effet, le divertissement est le moyen qu’a trouvé l’homme pour fuir ce qu’il devrait affronter, en fait il nous détourne de nous-mêmes et de  nos obligations existentielles, car il nous empêche de regarder la réalité telle qu’elle est, l’homme chercherait une manière de se tromper lui-même dans le refus de penser, « les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés pour se rendre heureux de n’y point penser ». Aucun homme selon le philosophe ne saurait regarder en face sa propre misère, de fait, le concept d’homme nous familiarise avec celui de fuite, de lâcheté et de médiocrité. Le divertissement a plusieurs visages, il peut s’agir des loisirs comme la chasse, le jeu ou la danse ou encore des activités dites plus sérieuses comme la guerre, la politique ou la recherche scientifique. Il poursuit sa réflexion en affirmant que le divertissement est une lutte contre l’ennui, « l’ennui est une misère sans cause », affirme-t-il, dans le fragment 139 – 136, il ajoute, « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre ». La lucidité et la prise de conscience de la condition mortelle de l’homme l’empêche d’affronter la fatalité de la mort. Ainsi, le divertissement est l’expression la plus haute de la douleur existentielle de l’homme, il est le mouvement qui nous entraîne hors de nous. Il nous donne l’exemple du roi qui « occupe le plus beau poste du monde » et qui peut se procurer toutes les satisfactions. Il se retrouve en fait face à lui-même et est aussi malheureux que les autres hommes. Nous retrouvons ainsi dans la cour, le lieu de tous les plaisirs et de tous les jeux, c’est le modèle de la vie humaine en général. Pascal met en évidence une contradiction dans cette idée de divertissement, en effet, l’homme refuse d’affronter la vie et ce que cela suppose, il fuit le repos mais dans l’agitation c’est encore le repos qu’il recherche. Nous avons à cet égard l’exemple du chasseur qui pense que le lièvre est le but final de sa chasse, mais l’objet ne le satisfait pas, c’est en fait la quête qui est l’objet du désir. Pascal nous dit donc que l’homme croit chercher le repos, mais c’est en fait l’agitation qui est l’objet de ses motivations les plus secrètes. L’illusion du repos est donc également liée à l’idée du divertissement. Pascal qualifie de vanité le fait de penser que la possession des choses que les hommes recherchent puisse les rendre heureux. Aux fragments 139-136, le penseur affirme: « Ils ont un instinct secret qui les poussent à chercher le divertissement et l’occupation au-dehors, qui vient du ressentiment de leurs misères continuelles ; et ils ont un autre instinct secret, qui reste de la grandeur de notre première nature, qui leur fait connaître que le bonheur n’est en effet que dans le repos et non dans le tumulte ».

Ainsi le concept de divertissement doit faire l’objet d’une attention particulière lors de la lecture des pensées, il est ce qui dévoile le mieux la nature très contradictoire de l’homme, il nous renvoie à l’idée de la précarité de la condition humaine et le bonheur procuré par le divertissement semble fragile car il dépend « des mille accidents, qui font les afflictions véritables ». « La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement ; et cependant c’est la plus grande de nos misères » nous explique Pascal, fragment 171-414 ; La question est purement existentielle, le divertissement nous est présenté comme la plus grande illusion de l’homme toujours lucide et conscient de sa condition de mortel  et  pourtant c’est le seul moyen dont dispose l’homme pour supporter sa misérable condition.

Corrigé de la question 2

Une critique affirme que la lecture des Pensées s’apparente à une “extraordinaire plongée dans les ténèbres”. Devons-nous considérer cette affirmation comme la confession d’une forme de pessimisme chez Pascal, nous savons que Voltaire lui reprochait déjà dévoiler l’homme sous un jour odieux et désespéré, en outre au siècle des lumières le penseur était considéré comme fanatique. Qu’en est-il ? Comment prendre position par rapport à une telle affirmation ?

Nous avons vu dans notre analyse du concept de divertissement que le philosophe met en cause la vanité de l’être humain sans pour autant être moraliste. L’homme est présenté comme un être faible, petit, médiocre ayant toujours besoin de gloire, de jeux de distractions, de divertissements et pourtant il est aussi d’après la lecture des pensées, capable de grandeur car il a la raison, « l’homme est un roseau pensant », petit et grand à la fois. Il cherche seulement et désespérément le moyen le plus sûr d’affronter sa condition de mortel en la fuyant mais en vain, la vie devient synonyme de crise existentielle car nul ne peut échapper à la fatalité de la vie, sa propre mort. La finitude de l’homme est donc responsable de contradictions inhérentes à sa nature profonde, c’est pourquoi il est toujours en quête d’un bonheur illusoire et fragile, incapable de demeurer au repos, dans le silence d’une chambre. Il est agité et en proie à ses propres démons, expression de ses limites et de sa finitude. “Le silence éternel de ces espaces infinis [l]‘effraie”. Mais il serait faux de faire de Pascal un ennemi du genre humain.

Les pensées ne font de Pascal le philosophe noir, le penseur des ténèbres, il propose ainsi la solution de la grâce, car l’homme en cherchant Dieu peut le trouver dans l’acte de la foi dévoilé par les raisons du cœur. Le monde est certes tragique mais Dieu est là invisible et pourtant accessible à celui qui le mérite. Ainsi, la foi est la solution au problème de l’homme, seul remède contre la misère, Dieu accorde son secours aux élus, on peut ainsi conclure en affirmant que les pensées sont une quête de la lumière pour l’homme.

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Mathieu

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