Présentation de la pièce

Le Tartuffe ou l'Imposteur est une comédie en cinq actes écrite par Molière, représentée en 1669.

Il existe une première version de cette pièce, d'abord intitulée Le Tartuffe ou l'Hyppocrite, qui comprenait trois actes, et qui a été représentée au château de Versailles devant Louis XIV et sa cour. Mais l'archevêque de Paris insista pour que l'on interdît la pièce, en raison de la querelle janséniste qui affaiblissait l'Eglise. S'ensuit une nouvelle pièce, en cinq actes, du nom de L'Imposteur, qui fut à nouveau interdite après une seule représentation. Ce n'est que dix-huit mois plus tard que la version définitive put connaître le succès, immense.

Quels sont les registres de la littérature ? Molière est l'un des plus grands représentants du registre comique en littérature française ainsi que dans le monde entier !

Personnages de la pièce

  • Madame Pernelle : mère d'Orgon et favorable à Tartuffe qui est, d'après elle, un personnage pieux et respectable. Pour Molière, elle incarne l'aveuglement d'une génération dépassée. D'ailleurs, elle sera la dernière personne à comprendre son erreur.
  • Orgon : mari d'Elmire et fils de Madame Pernelle. C'est un bourgeois naïf et entêté.
  • Elmire : femme d'Orgon. Contrairement à Orgon, elle est présentée comme un personnage entièrement positif. Elle est caractérisée par deux termes: la discrétion et l'efficacité. En effet, sans les interventions intempestives de Damis, la pièce aurait pu se terminer bien plus tôt. Elle est le dernier recours pour démêler des situations familiales complexes (mariage entre Tartuffe et Mariane).
  • Damis : fils d'Orgon et frère de Mariane, il a reçu le caractère de son père (colérique) et ses actions demeurent inefficaces.
  • Mariane : fille d'Orgon, sœur de Damis et amante de Valère. Elle est très timide et plutôt passive.
  • Valère : amant de Mariane.
  • Cléante : beau-frère d'Orgon. Personnage calme, réfléchi et intelligent. C'est pourquoi il essaye de raisonner Tartuffe à l'acte IV.
  • Tartuffe : faux dévot. Hypocrite et pique-assiette. Il n'arrive pas avant la scène 2 de l'acte III et sera absent pendant presque tout l'acte V.
  • Dorine : servante de Mariane. Personnage plein de bon sens et de franc-parler
  • Monsieur Loyal : sergent royal
  • Un exempt : officier royal chargé des arrestations
  • Flipote : servante de Madame Pernelle.

Résumé de la pièce

Acte I

La vieille Madame Pernelle, la mère d'Orgon, quitte la demeure de son fils : elle est révoltée par la vie que mènent ses petites-enfants, Damis et Mariane, sa belle-fille Elmire et son frère, Cléante. Madame Pernelle trouve qu'Elmire est trop excentrique et reproche à Cléante d'être un donneur de leçon. Damis serait un « sot », Mariane une perfide et la bonne Dorine, une insolente.

Tout ce remue-ménage paraît avoir été causé par un certain Tartuffe, hôte de son fils. Tartuffe reçoit au contraire tous les honneurs d'Orgon, pour son apparence pieuse et respectable. Les autres le pensent faux dévot hypocrite.

Lorsque la grand-mère sort, Dorine explique à Cléante la fascination qu'exerce Tartuffe sur Orgon.

En effet, on voit Orgon revenir d'un séjour à la campagne et il ne jure que par son hôte. Il verrait « mourir frère, enfants, mère et femme » sans verser une larme. Au contraire, c'est avec émotion qu'il raconte à Cléante sa première rencontre avec Tartuffe. L'autre tente de le mettre en garde contre les faux dévots, mais rien n'y fait.

Acte II

Orgon souhaite briser l'engagement qu'il a pris envers Valère, l'amant de sa fille Mariane. Il veut maintenant que celle-ci se marie avec Tartuffe. Les protestations de Dorine et de Mariane n'y font rien, Orgon quitte la scène en colère, toujours convaincu de sa décision.

Valère, apprenant la nouvelle, se dispute avec sa fiancée. Dorine intervient pour réconcilier les deux amants : elle leur promet de tout faire pour déjouer les plans d'Orgon, avec l'aide de Cléante de d'Elmire, qui détestent également Tartuffe.

Acte III

Damis est furieux en apprenant que sa soeur doit se marier avec Tartuffe. Il veut aller voir se dernier mais Dorine l'en dissuade : elle est certaine qu'Elmire, la femme d'Orgon, peut influencer leur ennemi :

« Sur l'esprit de Tartuffe elle a quelque crédit ;

Il se rend complaisant à tout ce qu'elle dit,

Et pourrait bien avoir douceur de cœur pour elle »

Damis se cache dans un petit cabinet pour écouter la conversation entre Tartuffe et Elmire qui est imminente. Le premier, que l'on voit pour la première fois sur scène, se montre d'abord scandalisé du décolleté de Dorine mais il change tout à fait d'attitude lorsqu'arrive Elmire.

D'emblée, il lui fait une cour assidue et très compromettante. Mais la femme d'Orgon repousse ses avances et lui promet de ne rien dire si Tartuffe ne s'oppose pas au mariage entre Valère et Marianne. Lorsqu'Orgon débarque, Damis sort de sa cachette pour dénoncer l'attitude de Tartuffe.

Mais rien n'y fait : le faux dévot est fin rhéteur, et il tourne la situation à son avantage. Orgon dirige alors sa colère contre son fils : il le déshérite et le chasse de la maison. Orgon assure Tartuffe de sa confiance en l'encourageant à fréquenter sa femme. Du reste, il envisage de lui faire donation de tous ses biens.

Qui sont les personnages de la pièce Tartuffe ? Une représentation de la pièce, en 1947 à Ljubljani : Mira Danilova (Elmire), Edvard Gregorin (Cleante), Mila Kačič (Dorine), Janez Cesar (Orgon).

Acte IV

Cléante, face à Tartuffe, tente de lui faire avouer ses torts. Il est le responsable du renvoi de Damis ; il ne mérite pas l'héritage d'Orgon. Mais l'autre reste impassible : il n'aidera pas Damis et ne refusera aucune donation.

Mariane, quant à elle, livre son désespoir à son père.

Face à la naïveté de son mari, Elmire décide d'agir. Elle lui propose de lui prouver l'hypocrisie de son protéger : il n'a qu'à se cacher sous la table pour assister au dévoilement de la vraie personnalité de Tartuffe.

Tartuffe, en arrivant dans la pièce où Elmire se trouve en apparence seule, se montre d'abord méfiant. Mais, très vite, il reprend sa cour. Alors Orgon, furieux, sort de sa cachette et ordonne à Tartuffe de quitter les lieux sur-le-champ. Mais il est trop tard : Tartuffe rappelle à son hôte qu'il lui a fait don de tous ses biens l'après-midi même et que bien lui qui est propriétaire de la maison dans laquelle ils se trouvent.

Acte V

Tout le monde connaît maintenant l'hypocrisie du faux dévot.

Orgon jure qu'il ne fera plus jamais confiance aux gens. Seule Madame Pernelle croit encore en la sainteté de Tartuffe, jusqu'à voir l'huissier de justice, Monsieur Loyal, venir pour faire Orgon et sa famille évacuer les lieux. Elle confesse alors son aveuglement.

Tandis que Cléante exprime son espoir de voir Tartuffe contré, on apprend par Valère que ce dernier s'est servi de la cassette remise par Orgon pour le dénoncer au Roi comme complice des frondeurs. Il doit fuir s'il ne veut pas aller en prison. Avant qu'il puisse le faire, Tartuffe arrive avec un commissaire de police.

Mais un dernier coup de théâtre intervient : l'affaire est parvenue jusqu'au prince. Celui-ci se souvient de la loyauté d'Orgon durant la fronde : il rend à l'homme tout ses biens et fait emprisonner Tartuffe, connu comme escroc.

La famille, à nouveau unie, peut célébrer dans la joie le mariage de Valère et de Mariane.

Louis XIV et Molière Jean-Léon Gérôme, Louis XIV et Molière, 1862

Piste d'analyses

L'hypocrisie au centre des débats

Tartuffe, pour son traitement de l'hypocrisie, se situe dans la droite lignée de L'Avare ou du Bourgeois gentilhomme, puisqu'elle vise à ridiculiser un vice.

Dans sa préface de l'édition en cinq actes, Molière dit vouloir dépeindre un « méchant homme » ; il précise également que « l'hypocrisie est dans l'État, un vice bien plus dangereux que tous les autres ».

Puisque Tartuffe ne révèle pas lui-même ce qu'il est, Molière choisit de le présenter au travers des descriptions conduites par les autres personnages de la pièce. Le spectateur se fait ainsi une idée du personnage avant même de l'avoir vu ! Les avis se succèdent ainsi devant ses yeux, dès l'acte I :

  • Damis le voit comme un « cagot de critique »
  • Dorine le traite de « gueux qui [...] n'avait pas de souliers »
  • Orgon, au contraire l'estime être un humble vertueux qui combat tous les vices

Tartuffe, un directeur de conscience

Au XVIIème siècle, on appelait « directeur de conscience » le prêtre chargé de donner des directives en matière de morale et de religion aux membres appartenant à une même communauté religieuse.

Avec Tartuffe, Molière traite du rôle du directeur de conscience à deux niveaux :

  • il reproduit une réalité sociale de son temps
  • il règle ses comptes avec les dévots, qui accusent ses comédies de corrompre les moeurs

Ainsi, comme dans Tartuffe, il arrivait souvent que les directeurs de conscience habitent dans les maisons des particuliers. De même, le vocabulaire ainsi que la manière de parler de Tartuffe sont empruntés au langage de la dévotion telle qu'elle était pratiquée à l'époque. Ainsi, la maxime (= formule brève à valeur généralisante) est très présente dans les répliques de Tartuffe, comme dans la scène 3 de l'acte III :

Que le ciel à jamais par sa toute bonté
Et de l'âme et de corps vous donne la santé...

En deuxième lieu, la comédie était réprouvée par le Jansénisme : le Christ n'ayant jamais ri, le rire n'est pas digne des moeurs chrétiennes. De là l'idée que la comédie est immorale, et doit être interdite.

En outre, faire de Tartuffe un faux dévot est une atteinte à la sincérité de la foi. Il représente son personnage gros et gras, qui aime manger, qui aime l'argent : cette image est en parfaite contradiction avec l'image austère prônée par les moralistes. L'idée, derrière, est de critiquer la fausse foi religieuse de son temps qui sert aux hypocrites pour profiter des richesses des autres.

Qui sont les personnages de Tartuffe ? Une représentation de Tartuffe en 1935 : Maks Furijan (Tartuffe), Ema Starc (Elmire)

Un schéma de personnages complexe

On pourrait croire que le schéma sur lequel repose la pièce est aussi simple que celui de la farce médiévale, avec le trio femme (Elmire), mari (Orgon) et amant (Tartuffe). Mais l'intrigue est plus complexe.

La répartition du temps de parole nous montre d'abord un certain équilibre.

  1. Dorine représente le personnage qui ose les tirades les plus risquées, malgré son statut de servante.
  2. Cléante est au deuxième rang de ceux qui prennent la parole : il représente l'honnête homme qui parle bien.
  3. Tartuffe, de fait, prend souvent la parole pour défendre sa cause
  4. Orgon n'évolue pas, si ce n'est à la toute fin de la pièce : sa parole sert seulement à montrer à quel point il est borné
  5. Elmire se démarque par son jeu de scène plus que par ses mots

Surtout, il est remarquable que Tartuffe n'apparaisse pas avant la scène 2 de l'acte III, alors que la pièce porte son nom. Il est également pratiquement absent de l'acte V. Son temps de présence sur scène est assez faible mais son importance est capitale : il est l'élément déclencheur du chaos au sein de la famille, le centre de toutes les discussions.

Il occupe le premier rôle par son absence plutôt que par sa présence.

En résumé, nous pouvons présenter le schéma comme suit :

  • Madame Pernelle et Orgon : ils sont naïfs, prenant fait et cause pour le Tartuffe, leur parole n'évolue pas
  • Dorine, Cléante, Elmire : ils s'entendent tous les trois pour démasquer le tartuffe, malgré trois caractères différents
  • Tartuffe est à part : c'est avant tout une figure fuyante, qui brille par son absence
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Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.