Mythes et légendes

   D'après le dictionnaire, un mythe est un écrit imaginaire d'origine populaire ou littéraire qui met en scène des personnages extraordinaires, surhumains ou divins dont les évènements fabuleux ou légendaires tantôt retracent l'histoire d'une communauté, tantôt symbolisent les aspects de la condition humaine, tantôt traduisent les croyances, les aspirations ou les angoisses de la collectivité pour laquelle ce mythe a un sens.

   Le mythe est donc un récit qui explique les mystères de l'homme et du monde.

   En ce sens, on peut légitimement considérer que l'histoire de Tristan et Iseult est un mythe car la vie des héros nous interroge sur le bien et le mal, l'innocence et la culpabilité, l'amour passion et la raison, autant de questions qui hantent l'homme depuis toujours. Par ailleurs, un mythe suppose qu'il soit transmit de siècle en siècle. Tel est bien le cas de Tristan et Iseult qui, depuis le Moyen-âge, parcourt la littérature. Depuis Béroul et ses prédécesseurs, Tristan et Iseult ont connu des formes d'écritures très variées (cinéma, opéra, …).

   Tristan et Iseult sont devenus les figures emblématiques de l'amour impossible. Ce sont devenu des archétypes qui servent de référence à partir desquels on a créé des doubles ou, à l'inverse, des contraires. Dans Chrétien de Troyes, Fénicie est une anti-Iseult. Tantôt modèle, tantôt repoussoir, Tristan et Iseult survivent au temps.

   Certains préfèrent parler de l&gères plutôt que de mythes. Une légende est un texte qui se transmet de génération en génération et fait partie de la mémoire collective. Souvent orale au départ, la légende subit des transformations selon ses différentes transmissions. Les conteurs présentaient les personnages comme ils le voulaient mais ils gardaient la trame de fond. Le récit imaginaire et merveilleux, la légende est souvent au service d'une morale populaire. Le texte de Béroul, trop fragmentaire, n'accorde pas véritablement de place au merveilleux.

   Au Moyen-âge, on a tout d'abord les versions antérieures à celle de Béroul : « Comme l'histoire le dit où Béroul le vit écrit » (Béroul s'est inspiré des versions antérieures à la sienne). Ensuite, la version de Thomas. Chrétien de Troyes prétend aussi avoir écrit un Tristan et Iseult en 1833. En 1852, Arnold écrit un poème intitulé Tristam and Iseult. Swinburne compose un poème de 9 chants : Tristan of Lyonesse. Wagner compose en 1865, Tristan und Isolde. La littérature française , par le jeu de l'intertextualité, fait souvent référence aux amants mythiques, Rousseau dans La Nouvelle Eloïse, Balzac dans Le Lys dans la vallée. Au XIXème siècle, Joseph Bédier publie une œuvre qui reconstitue toute l'histoire de Tristan et Iseult. Paul Claudel, en 1906, transpose le mythe au théâtre dans  Le Partage du Midi. Puis, Cocteau en 1942 avec L'éternel retour.

   Trois mythes sont apparus en Europe Occidentale :

·         Tristan et Iseult au XII ème siècle au pays anglo-normand,

·         Faust dans les pays germaniques au XVI ème siècle,

·         Don Juan au XVII ème siècle en Espagne.

Les motifs du mythe de Tristan

    Il y a une structure répétitive. On aborde le thème de la passion mais ce terme n'est pas employé par Béroul. En effet, dans l'ancien français, cela désigne une souffrance physique, avant d'être réservé à une affection de l'âme. Il y a également le mythe de l'adultère et de l'inceste qui est un tabou majeur dans la société médiévale en particulier à l'apparition du mythe. L'inceste est double car Tristan est le neveu de Marc et, en même temps, il l'adopte comme un fils. La blessure est un motif récurrent dans l'œuvre : Tristan est blessé trois fois.

La structure de l'œuvre

 I ) La condamnation des amants : vers 1 à 1238

Pages 1 à 48.

La répartition de la narration permet de mettre en évidence la progression du récit. Entre le rendez-vous inaugural et le rendez-vous qui clôt le texte de Béroul, les évènements s'enchaînent logiquement. Par ailleurs, on peut noter une progression particulière dans chaque partie.

I ) a ) 1, 2, 3, 4, 5

Ø  1er piège, 1er flagrant délit.

Ø  Suite narrative linéaire.

Du doute à la certitude, l'innocence des relations de Tristan et Iseult implique la réconciliation de l'oncle et du neveu.

    b ) 6, 7

Ø  Rôle des opposants à Tristan et Iseult.

Ø  Passage du 3ème piège par le nain Froncin pour le compte de trois barons félons.

    c ) 8 à 16

Ø  Suite narrative linéaire avec le flagrant délit, la condamnation, la fuite et la cachette.

II ) a ) 17

Ø  Froncin est décapité.

      b ) 18 à 24

Ø  Suite narrative linéaire. Echange de lettres entre Tristan et le roi, la réconciliation est acceptée.

III ) a ) 30 à 35

Ø  Suite narrative linéaire. Iseult est rendue à Marc, c'est un jour de liesse au château. Tristan feint de partir en exil et va s'installer chez le forestier.

 b ) 36, 37, 38

Ø  Antagonisme qui oppose le roi au baron excédé, il les chasse.

 c ) 39 à 42

Ø  Iseult décide de se soumettre au jugement public.

IV ) a ) 43 à 45

Ø  Suite narrative linéaire. Ces trois passages composent la veille du jugement.

 b ) 46

Ø  Jour du jugement.

 c ) 47 à 49

Ø  Après une période de vie en paix, les barons font à nouveau preuve de félonie.

   Cette répartition des évènements, bien que partielle, atteste que l'œuvre de Béroul forme un ensemble cohérent. La linéarité du récit est incontestable, seul l'épisode 7 semble rattaché artificiellement à la narration. Les épisodes 6, 7, 36, 37, 38 et 47, 48, 49 sont la preuve de la récurrence de la jalousie et la haine de Tristan. Lequel motif est au service de l'unité de la narration : la poursuite amoureuse. On remarque que le désir de surprendre les amants en flagrants délits du début de l'histoire se retrouve en clausule (fin). Chaque grande partie se décompose en 3 parties ce qui confère une régularité à la narration. Si le texte de Béroul offre peu de repères temporels, l'étude de la structure met en évidence des moments particuliers qui relancent l'action. Peu après la pentecôte, lorsque le roi surprend les amants dans la forêt, il décide de se réconcilier. A la Saint Jean, il y a un retour à la réalité pour les amants. Le jour de la réconciliation, les amants, bien que séparés, ne pourront s'empêcher de se voir. Ce qui va réveiller les soupçons des barons. Puis, le jour du procès arrive et Iseult est innocentée. Néanmoins, si la linéarité préside le texte de Béroul, il n'en demeure pas moins que le temps de la narration n'accorde pas la même importance à tous les évènements. Les ellipses sont rares et l'interruption narrative est brève. Seule une ellipse est importante, celle qui sépare le jugement d'Iseult et le piège ourdit par les barons. En revanche, Béroul interrompt la narration pour faire des commentaires « Ah Dieu ! qui peut aimer un a ou deux sans se trahir ».

   Les SOMMAIRES: (action longue racontée de manière courte et concise) sont nombreux et de longueur inégale. Le plus souvent, il s'agit de résumés qui redisent ce qui s'est passé pour rappeler au lecteur le fil de l'histoire.

   Les SCENES: (temps de l'histoire=temps du récit): par exemple, le dressage du chien, les joutes (p.109). Les pauses sont essentiellement des monologues.

   Les PROLEPSES: (antcipations): sont nombreuses. Béroul se plaît à anticiper sur la suite de l'action comme s'il voulait par avnace rassurer son public sur l'issue heureuse des amants ou sur l'issue malheureuse des barons (p.81).

   Les ANALEPSES: (rétrospectives): sont nécessaires à la juste compréhension du récit qui commence in medias res. Pour que le public comprenne, il faut lui donner des éléments antérieurs à la scène du verger (p.77, la lettre que Tristan fait parvenir au roi est une longue analepse du passé glorieux de Tristan). On a des échos de Tristan, certains évènements se font échos, les 2 pièges, la visite chez Ogrin, Yvain le vrai lépreux.

   Contrairement à d'autres textes du Moyen-Age, Tristan et Iseult n'utilise pas la méthode de l'éntrelacement (différents éléments narratifs qui ont eu lieu au même moment dans des endroits différents, par des personnes différentes, sont racontés alternativement). Béroul, pour insister sur certains évènements, use de la répétition. Ceci est une caractéristique de la tradition orale. De plus, l'esthétique de la répétition est le moyen d'amplifieret d'orienter les sentiments du public.

L'auteur-narrateur

   Présence de Béroul: le texte doit être récité ou lu. Le récit multiplie les interventions du conteur sous forme de:

- commentaires: pour juger l'attitude d'un personnage, il fait aussi des commentaires pour donner son avis, Béroul est un auteur partial, il prend parti pour les amants. Béroul est un narrateur omniscient quui sait tout sur l'histoire des amants. Il fait des commentaires pour guider les récations du public.

- interpellation du public: pour maintenir l'attention de notre auditoire, le conteur l'interpelle souvent. Pour se faire, il a recours à des apostrophes, impératifs qui sont nombreux, des questions (p.36-38).

- relancer l'intérêt: en annonçant ce qui aurait pu arriver ou en ayant recours à la supposition (p.38): "Cela faillit être pénible et cruel pour eux."

- introduire les épisodes: pour que lke public suive facilement, Béroul annonce le passage d'un épisode à l'autre. Sa présence est aussi pour se justifier, il veut non seulement être crédible mais surtout le meilleur conteur, c'est parce qu'il précise la pertinence de ses sources et juge les versions des autres conteurs erronées (p.48 et 60).

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