Dissertation : en quoi l'évocation d'un monde très éloigné du sien permet-elle de faire réfléchir le lecteur sur la réalité qui l'entoure ?

Vous développerez votre argumentation en vous appuyant sur les textes du corpus, les oeuvres que vous avez étudiées en classe et celle que vous avez lues.

Proposition de corrigé :

Introduction :

Beaucoup d’auteurs comme Voltaire avec Eldorado, ou encore Le livre des merveilles du monde de Marco Polo ont tenté de nous faire rêver en nous proposant un monde imaginaire et plein de fictions tentant ainsi de nous séduire par la magie, mais au-delà de ce désir de plaire cela ne traduit-il pas leur désir de nous faire réfléchir à la réalité qui nous entoure ? Nous nous poserons la question de savoir dans quel but ces auteurs se servent de la description de contrées mythiques. Nous nous efforcerons de comprendre en quoi ces lieux magiques deviennent le support de l’utopie qui comparativement permettent la critique de notre réalité.

I - Une contrée qui fait rêver

1 - Un nouveau cadre spatio temporel

Nous savons que Voltaire n’est jamais allé en Orient, il s’est donc inspiré des ouvrages de voyageurs pour rédiger Candide en proposant un cadre spatial particulier et en suggérant un récit différent de la réalité dans l’imaginaire du lecteur. Il en va de même chez Montesquieu avec les lettres Persanes par exemple. Nous pouvons parler de l’éloignement dans le temps ou l’âge d’or mythique domine. En effet il y a également un éloignement dans le temps synonyme de merveilleux. Fénelon s’est inspiré de L’Odyssée pour évoquer les aventures de Télémaque. Il affirme que la Bétique « semble avoir conservé les délices de l’âge d’or ». Les vieux rêves de l’humanité surgissent ainsi chez le lecteur. Il s’agit d’étonner et de faire rêver à un autre monde possible, un ailleurs paisible, enviable et très éloigné de notre réalité quotidienne.

2 - Un monde utopique

Notre monde bien concret et réaliste s’estompe pour faire place à un nouveau monde, le lecteur pénètre dans un univers complètement utopique, le conteur crée un monde sur mesure ne décevant ainsi jamais l’imagination du lecteur gommant toutes les imperfections inhérentes à notre réalité et adhérant à nos désirs les plus secrets. La lecture nous conduit dans un monde idéal dominé par un gouvernement parfait, sans  contingences, un système neuf, un paradis édénique sur terre. On le retrouve dans le Candide de Voltaire avec le portrait de l’Eldorado, monde utopique où règne la sagesse des anciens, l’égalité entre les hommes, le mépris des richesses, les vraies valeurs et enfin le culte de la raison. La paix règne en maître et la vie est synonyme de bonheur au point que Cunégonde ne peut rester dans ce monde préservé et doit poursuivre son périple qui s’achève vers Constantinople. Nous trouvons l’expression la plus haute de l’utopie dans le conte philosophique du penseur avec la société familiale de la métairie qui vit en autarcie, ignorant la folie meurtrière des puissants. C’est le prix à payer pour que « le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice, et le besoin. »

Montesquieu, dans ses Lettres persanes, nous rapporte la fable des Troglodytes, époque légendaire, passée qui éveille la nostalgie des lecteurs vers le bonheur perdu  à retrouver.  Les conditions du véritable bonheur sont également abordées avec Fénelon dans les aventures de Télémaque, il s’agit de retrouver les véritables conditions du bonheur dans la société révolue de la Bétique. Le mythe classique de « l’âge d’or » se confond sans doute avec la tradition pastorale biblique d’hommes. Le monde utopique est ainsi coupé du monde réel, c’est pourquoi, c’est pourquoi Voltaire, dans Candide, a placé Eldorado dans les hautes falaises montagneuses inaccessibles. La Bétique de Fénelon est située, « assez près des Colonnes d’Hercule ».

3 – Un paradis édénique

L’homme dans ce monde parfait n’est pas l’auteur de la faute originelle, nous sortons du cadre de la religion judéo chrétienne marquée par la désobéissance originelle d’Adam et Eve. Les troglodytes sont « chéris des dieux ». Chez Fénelon, les habitants de la Bétique ont gardé leur pureté originelle

Mais ce monde utopique synonyme  de perfections à tous les niveaux renvoie le lecteur à la possibilité de critiquer la société réelle, il s’agit en fait de remettre en cause dans la mesure du possible, la société dans laquelle nous vivons.

II  - La possibilité de critiquer la société réelle

1 – Une remise en cause de l’utopie

Le modèle idéal du monde proposé par ces auteurs fait réagir le lecteur qui ne manque pas de remettre en cause ce schéma de vie qui n’est en fait qu’un idéal mettant de ce fait en évidence l’impossibilité pour l’homme du fait de ses nombreuses imperfections et carences d’atteindre un tel niveau de vie. Nous sommes ainsi dans un jeu de contrastes entre l’idéal à atteindre et la réalité bien imparfaite qui nous en éloigne toujours un peu plus. Nous retrouvons l’antagonisme inhérent à l’homme entre le désir et la raison creusant ainsi les insuffisances du réel.

2 - Les insuffisances du réel

Cette philosophie de l’utopie est toujours implicite, nous retrouvons chez les auteurs cités plus haut les critiques des vices des contemporains, on retrouve ainsi dans le roman épistolaire de Montesquieu une remise en cause des travers du grand siècle. Nous avons chez Fénelon un portrait de la France de Louis XIV. Il oppose la civilisation rurale et pastorale, marquée par la richesse et le superflu à une société artificielle et les conséquences que cela suppose. Il vise ainsi en particulier les arts du luxe comme la décoration, la musique, la parfumerie. Le lecteur attentif comprend qu’il s’agit d’une critique acerbe de Versailles et de la cour. Montesquieu dans les Lettres persanes reprendra les mêmes critiques, à savoir la futilité, la tyrannie de la mode et le rôle néfaste de la cour sur les classes sociales. . La petite noblesse et la bourgeoisie sont brûlées par l’envie. La cour royale est devenue l’esclave de ses passions. Voltaire, quant à lui, vise l’actualité contemporaine, comme l’arbitraire royal de Louis XV. Le but de cette remise en cause est le possible bonheur en société

3 -  Un bonheur terrestre humaniste possible

« Ces allers retours permettent également de faire ressortir les voies d’un possible bonheur en société. Voltaire illustre l’idéal de bonheur en faisant référence à un retour aux valeurs les plus simples, le retour à la terre et la pratique d’une hospitalité orientale chaleureuse. En effet selon le philosophe, le travail éloignerait l’homme de trois maux, « l’ennui, le vice et le besoin ». La morale de Candide qui résume la critique de l’apologue philosophique est la suivante, « il faut cultiver son jardin ». Nous avons donc en conclusion, l’idée d’un paradis terrestre humaniste possible par l’exercice de la raison.

Conclusion

Ainsi, les mondes utopiques des auteurs comme Montesquieu, Fénelon, Voltaire très éloignés des nôtres permettent aux lecteurs de remettre en question leur réalité toujours très en deçà de leurs nombreux désirs. Les auteurs cherchent ainsi à plaire et à instruire sur une nouvelle réalité pour susciter de nombreuses prises de conscience. L’utopie devient alors le support des valeurs philosophiques à défendre au niveau moral et religieux et autorise la remise en cause de la réalité contemporaine.

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Mathieu

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