Oedipe de Sophocle
un héros solitaire

Introduction

Sophocle a consacré deux tragédies à OEdipe : OEdipe
roi et OEdipe à Colonne. Nous analyserons celle d’Œdipe roi. Nous verrons l’importance
capitale des dieux dans cette pièce de théâtre, Sophocle peut en les mettant en
scène insister sur les rapports hommes et dieux, traduisant ainsi la mortelle
condition et le tragique que cela suppose. Un autre point important oriente la
pièce, l’ironie tragique, elle est présente tout au long et structure la pièce.
Nous pouvons résumer les idées essentielles de l’œuvre en disant qu’Œdipe roi
met en scène le sort d’un homme et d’une famille qui ont été ruinés à cause d’une
mauvaise interprétation des oracles. Et puis le héros solitaire : OEdipe s’écarte
petit à petit du monde des hommes. Il préfère devant sa vie devenue trop sombre
se retrancher des hommes. La fatalité scande le tragique de la pièce nous
ferons abstraction de la présence du chœur au profit du personnage principal de
la tragédie, OEdipe. La question qu’on peut se poser après lecture de la pièce
est celle-ci : faut-il considérer OEdipe comme un criminel ou plutôt comme une
victime injustement condamnée ? Après avoir fait un résumé de l’œuvre de
Sophocle afin d’en rappeler les évènements essentiels, nous développerons la
notion de héros et tenterons de répondre à la question de savoir en quoi, Œdipe
est un héros solitaire.

Résumé

Le drame de Sophocle commence quand un mal étrange s’abat
sur le pays thébain. En effet les hommes meurent, les femmes, les bêtes et les
terres sont stériles. C’est pour cette raison que le prêtre Zeus suivi d’un
groupe d’enfants vient supplier OEdipe devant son palais pour qu’il sauve le
pays encore une fois (il avait délivré Thèbes de la Sphinx). OEdipe y a déjà
songé en envoyant son beau-frère, Créon à l’oracle de Delphes chez Phoebus. Celui-ci
arrive à l’instant et répète les paroles du dieu, il faut « chasser la
souillure que nourrit ce pays et [...] ne pas l’y laisser croître jusqu’à ce qu’elle
soit incurable. » C’est-à-dire de découvrir ceux qui ont tué l’ancien chef de
Thèbes, Laïos, et les chasser du territoire. Cela est la cause de ce mal mystérieux
qui agite pour le moment la ville. Phoebus précise que les meurtriers se
trouvent à Thèbes même. Laïos est parti pour la dernière fois accompagné de
camarades afin de consulter l’oracle. Un seul est encore en vie. Tous les
autres sont morts. Celui qui a échappé à la mort se sauve. Œdipe se préoccupe
alors de découvrir les coupables. Tirésias un devin va lui venir en aide mais
celui-ci ne veut pas révéler le malheur d’Œdipe, puis il finit par lui dire la
vérité, il lui prédit son avenir, il sera père et frère à la fois, époux et
fils de sa mère, assassin de son père et enfin, il finira aveugle, mendiera et
quittera Thèbes.

L’image d’un héros

La question du sens de l’héroïsme est posée, Œdipe est
comme Antigone, il est obstiné, déterminé, il reste fidèle à ses convictions,
il a le pouvoir car il peut décider, il décide d’accepter d’enquêter sur le
meurtrier de Laois. Antigone va jusqu’à vouloir l’impossible, elle se substitue
aux dieux en ce sens qu’elle ignore la différence et les limites entre la loi
divine et la loi humaine. Il incarne l’héroïne solidaire en acte de ses
paroles, elle préfère mourir que de se trahir elle-même. Œdipe est un héros
solitaire tout comme Antigone. OEdipe décide d’accepter cette mission
uniquement pour son peuple. « OEdipe toucherait-il autant, et agirait-il même
comme il fait, s’il ne se sentait, à chaque instant, la responsabilité de la
cité ?... C’est pour sauver Thèbes du fléau qu’ OEdipe commence à agir. Sa solitude
est très grande, ce qui lui confère une force supplémentaire, sa solitude est
orgueilleuse, en aucun cas il ne cherche de consolation, il reste convaincu de
son innocence malgré les paroles du devin, il ne se laisse pas fléchir. Cela accentue l’aspect « enquête »
de cette tragédie, nous sommes alors au niveau paradoxal de la pièce, il
cherche la cause d’un mal dont il est lui-même la cause, il se cherche lui-même
sans le savoir. Malgré ses efforts, l’inquiétude prend le dessus, il ira jusqu’au
bout de son enquête, de sa recherche de la vérité espérant un retournement de
situation. Il garde espoir jusqu’à la fin, mais le coup final laissera
transparaître la vérité. Elle éclate à l’arrivée du berger, il conforme les
propos d’autres témoins, il ne peut plus nier l’évidence, c’est pourquoi il se
crève les yeux pour ne plus voir son malheur, il représente alors le désespoir,
son geste est une manière de s’exclure du monde des hommes.« Si même il m’était
possible de barrer au flot des sons la route de mes oreilles, rien ne m’empêcherait
alors de verrouiller mon pauvre corps, en le rendant aveugle et sourd tout à la
fois. » A la fin de la pièce, OEdipe est
seul moralement. Jocaste s’est pendue. Il ne lui reste que ses filles. Mais ce
dernier appui lui est arraché par Créon. Il n’a plus aucun soutien. Il ne pense
plus qu’à fuir Thèbes dès que possible. Il faut ajouter qu’OEdipe n’a jamais
pensé à mettre fin à ses jours. Même s’il est au fond de l’abîme, l’idée du
suicide ne lui a jamais traversé l’esprit. OEdipe n’a pas perdu pour autant son
orgueil. Il dit à la fin de la pièce que nul autre mortel ne pourrait supporter
ce qu’il supporte.

On peut peut-être s’étonner à la fin de la pièce, une
fois la vérité devenue indubitable, qu’OEdipe accepte soudain son sort sans
protester. C’est seulement qu’OEdipe a maintenant les preuves de son crime. Il
sait cependant qu’il n’en est pas responsable. Il est conscient qu’il a été
injustement condamné. La « souillure » est attribuée à l’acte et non à l’intention.
OEdipe est un être à part comme tous les autres héros de l’oeuvre de Sophocle.
Mais lui plus que les autres : il est à part des hommes ce qui renforce
nettement sa solitude à la fin de la pièce. « L’attitude du héros, son désir
passionné d’honneur, son refus de tout compromis, ne nous touchent si fortement
que parce que cette attitude va avec la solitude et avec l’acceptation de la
mort. » la condition humaine est ainsi illustrée à travers l’image de ce héros
solitaire qui sombre au point de se mutiler et de se retirer du monde des
hommes, il apparaît comme un jouet, une victime de l’ironie du sort. L’expression
de la tragédie atteint son paroxysme, la fatalité domine, son sort est joué d’avance,
tout ce qu’il fait pour échapper à son sort ne fait que le précipiter davantage
dans le malheur. Nous retrouvons l’état d’esprit du monologue d’Antigone, nous
ne pouvons rien faire pour échapper à la fatalité, la tragédie nous enferme. Œdipe
incarne le tragique de la condition humaine : en effet en quittant ses parents
présumés, Polybe et Mérope, dans le but d’échapper au sort prévu par l’oracle, il rencontre son père
sans le savoir, Laios. Mais celui-ci le reconnaît et prend peur du fait de sa
connaissance de l’oracle. Il le croyait mort des mains du vieux bergers qui était
chargé de s’en débarrasser mais en vain. Laios le frappe alors, Œdipe furieux,
le tue. OEdipe est bel et bien une victime injustement condamnée. OEdipe n’a
pas été face à un choix entre le bien et le mal, comme pour les héros des
autres tragédies de Sophocle, puisque la prédestination pèse sur lui depuis le
début. OEdipe n’est pas responsable de ses actes. Néanmoins les malheurs représentés
dans la pièce y apparaissent dans une certaine lumière puisqu’OEdipe arrive à
conserver sa grandeur jusqu’au bout. Il restera un héros du début à la fin. Le
spectacle tragique est aussi tonique. La tragédie réside dans l’action. OEdipe
lutte.. D’une part, OEdipe n’est pas maître de son sort. Il ne sait pas se défendre
contre une volonté divine. C’est constater l’échec de l’homme. Mais d’autre
part même là où le destin règne en force, il n’entraîne de la part d’OEdipe
aucune résignation. Même un homme averti par les oracles, Œdipe essaie de
lutter.

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