Le tragique et le pathétique expriment la souffrance d'êtres confrontés à des situations extrêmes. Ils usent tous deux d'un language expressif propre à traduire et à faire partager des sentiments intenses. Mais si le pathétique éveille la compassion en insistant sur les manifestations de l'émotion, le tragique se distingue par l'importance qu'il accorde aux puissances supérieures qui accablent l'homme en niant sa liberté.

Le registre tragique

-Les émotions tragiques sont la pitié, l'effroi, devant la cruauté du sort, ainsi que l'admiration devant la grandeur des héros qui lutte contre le malheur. -Le rôle du destin est déterminant: les héros tragiques sont condamnés par une fatalité impitoyable. Qu'ils soient coupables ou non, ils sont frappés par la justice ou la vengance des dieux. Parfois, c'est le silence de Dieu qui suscite leur désespoir. -Les thèmes tragiques sont la souffrance, la mort, la solitude, la faute. Mais l'intensité de la souffrance physique ou morale ne suffit pas: il faut aussi que le héros ait une conscience aiguë du mal qui l'accable. -Le héros tragique connaît sa souffrance et son impuissance, qui entraînent sa révolte. Confronté à des épreuves insurmontables, il ne peut trouver d'issue malgré l'énergie qu'il déploie. Il fait l'expérience de l'échec dans la négation de sa liberté, dans l'anéantissement de ses espérances et finalement dans la mort.

Le registre pathétique

-L'expression de la souffrance est prédominante. Le pathétique se caractérise par une grande sensibilité: la compassion se nuance d'attendrissement. -L'émotion propre au pathétique naît devant unêtre faible, incapable de lutter contre le malheur et qui subit passivement son sort. Elle a une dimension affective, sans la puissance métaphysique des passions tragiques.

L'écriture du tragique et du pathétique

Tragique et pathétique s'expriment traditionnellement à travers une écriture de l'émotion: ils requièrent des procédés qui contribuent à l'expressivité du discours et qui correspondent à un style orné dans la langue classique. -La syntaxe multiplie les tournures complexes; longues périodes, tournures exclamatives, interrogations rhétoriques, effets de reprise. -L'énonciation met en valeur l'expression de la douleur par l'interpellation, par l'imprécation (qui voue autrui à la ruine et au malheur), par la supplication (qui implore), par la lamentation (qui exprime un violent regret). -Le lexique est doté d'une forte charge d'affection: les champs lexicaux du malheur, de la souffrance et de la mort prédominent. -Les figures de styles privilégiées sont les figures d'insistance: hyperboles, accumulations, graduations, anaphores. L'émotion suscite aussi une langue riche en images: métaphores et comparaisons permettent d'exprimer la violence des sentiments.

L'écriture moderne du tragique et du pathétique

L'écriture moderne du tragique et du pathéyique tend à rejeter toute emphase. -Elle recourt à une expression sobre, jugée plus propre à exprimer l'authenticité de la souffrance; -Dans la presse, dans les récits contemporains, ces registres s'expriment à travers une écriture dépouillé, qui laisse parler les faits et élimine tout ornement superflu. -La syntaxe se déconstruit pour laisser la place à l'expression brute des sentiments: phrases simples, propositions juxtaposéees. L'asyndète (absence de liaison) tend à remplacer la coordination et la subordination.

Le tragique dans la littérature

Les thèmes tragiques ont évolué dans l'histoire de la littérature, en fonction des genres et des mouvements.

Le tragique des passions

-Le théâtre et le roman représentent souvent les passions humaines dans leur déchaînement. Les héros sont victimes de la violence de leur propres sentiments, qui les prive de liberté et les entraîne à des choix destructeurs. Dramaturges et romanciers soulignent l'engrenage fatal des passions: ambition, amour, jalousie, haine, vengeance... -Les écrivains romantiques, en particulier, mettent en scène des héros désespérés, que leur souffrance accule au suicide, et qui vivent le déchirement d'une conscience éprise d'absolu confrontée à un monde de compromission et de médiocrité.

Tragique et société au 19ème siècle

-Les romanciers du 19ème siècle sont sensibles aux mécanismes impitoyable de la société. Balzac (dans La Comédie humaine) et Hugo (dans Les Misérables) montrent comment les individus peuvent être broyés par les lois d'une fatalité sociale qui ne leur laisse aucune chance. -Dans les romans de Zola, les déterminismes de l'hérédité et du milieu s'imposent aux individus. Privés de liberté morale, ceux-ci se trouvent soumis à une fatalité comparable à celle des héros tragiques.

Tragique et modernité au 20ème siècle

-Le tragique de l'Histoire: le 20ème siècle est marqué par des évènements d'une barbarie guerrière et politique sans précédent: guerres mondiales, totalitarisme, génocides... Romans, pièces de théâtre et essais s'interrogent doulouresement sur cette violence. Les romans de Céline montrent un individu ballotté par des forces qui le depassent; ceux de Malraux évoquent le sacrifice finalement inutile de combattants héroïques. -Le tragique de l'absurde: l'athéisme contemporain laisse l'homme abandonné de Dieu, face à une crise métaphysique. Les hommes cherchent vainement à donner une significations à leur existence. La littérature de l'absurde (Camus, Beckett, Ionesco) montre le tragique d'une condition humaine privée de sens.

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Agathe

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