Ecriture libre sur Enfance de Nathalie Sarraute

Nathalie raconte ici sa rencontre avec les mots et la résistance qu'ils lui opposent. Si certain passage apparaissent comme pathétique, l'humour de Sarraute, écrivain adulte face à cette apprentie maladroite, n'est pas loin, cet humour qu'elle jugeait indispensable pour éviter la chute dans un lyrisme émouvant, trop personnel pour intéresser le lecteur.

 Bien que mal à l'aise au milieu des mots, elle teste différents procédés d'appropriation du langage qui l'éloigne du roman conventionnel.

 Sarraute joue avec les mots. Ce jeu commence par l'écriture manuelle, le tracé sur la page qui constitue le point de départ de cette recherche. Les mots lui viennent facilement du fait de son milieu social et de sa culture. Elle reconnaît malgré tous, deux catégories : « les mots de chez moi » et ceux qu'elle a été chercher «  loin de chez moi », « qui vivent ailleurs ».

 Cette recherche tend même à la perfection avec des essais différents : « je me tend vers eux…. Je m'efforce avec mes faibles mots existants de m'approcher plus prés d'eux, de les tâter… ». A ce moment là, le glissement s'est opéré et les mots sont associés à des persos. La frontière qui existe entre l'enfant et les persos est la même qui sépare les mots de Sarraute de la littérature.

 Mais quand il faut choisir les mots, tous se compliquent. « Les mots de chez moi » sont faciles mais ils détonnent. Les autres plus rebelles sont plus difficiles à manipuler. Ecrire c'est donc d'abord recevoir des mots. Il faut que l'enfant s'habitue à eux et s'approprie leurs sens. Sarraute se rend compte que le langage courant n'a pas sa place en littérature. Elle fait déjà la différence entre les mots qu'elle connaît, le langage courant, usuel et celui qu'elle a du mal à connaître, à utiliser, le langage soutenu. C'est d'ailleurs l'un des objectifs de l'éducation que de diminuer la deuxième catégorie au profit de la première.

 L'enfant comme plus tard l'écrivain adulte, joue avec la mobilité des mots et l'effet rechercher. Après la recherche du mot juste, l'apprentie écrivain s'exerce à se déplacer dans un souci d'harmonie, d'effet de style. Nathalie ne se contente pas de jouer mais elle se livre à de véritables expériences et ses tentatives méthodiques sont surprenantes pour une enfant, même si l'analyse reste le fait de l'adulte.

 L'emploi du mot fougueux donne une idée de ce travail. Elle sent bien que cet adjectif correspond bien à la fuite des deux amants mais s'interroge sur le sens du mot qui prend « un drôle d'aspect, un peu inquiétant, mais tant pis… ». Nathalie prend ici conscience de l'alchimie du langage. Nous assistons en direct au travail de l'écrivain précoce : le mot donne vie au personnage, par lui l'image s'impose et l'action est transcrite au présent.

 Le jeu n'est d'ailleurs nullement stérile ou purement intellectuel. Il devient sensuel pour cette enfant qui prend soin de s' «  approcher plus près, tout prés, de les tâter, de les manier … ». Il s'agit d'un jeu dynamique mais qui fait appelle aux sentiments. C'est un mélange caractéristique de l'enfance où le mouvement et l'affectivité déterminent les actions.

 Déjà pour la fillette l'écriture n'est pas le fruit d'une inspiration plus ou moins imaginaire mais le résultat d'un travail qui allie recherche et manipulation. Sa méthode semble donc très différente de celle de sa mère qui écrit avec une apparente facilité.

 La méthode de l'enfant semble surprenante mais n'oublions pas que c'est l'écrivain adulte qui rappelle cette scène et offre une analyse quine peut rester indépendante de son vécu littéraire. On rejoint ici l'un du gros problème de l'autobio.

 Dans ce texte, c'est le sentiment de crainte qui prédomine. La crainte face aux mots, la crainte de sa création. Pour elle l'écriture relève de la magie, la magie du geste, la magie qui permet de faire vivre et mourir les persos, la magie du sens du mot, magie des niveaux de langues…. Personnages et mots sont sous l'effet d'un phénomène qui échappe aussi à l'enfant.

La crainte emporte l'enfant dans un monde inconnu où elle est égarée, elle erre. Du haut de son égocentrisme enfantin, l'enfant hésite entre un « chez moi » et un « loin de chez moi » attirant, entre ses mots habituels et ceux inconnus.

La création reste donc pour Nath, une expérience émotive. Ses sentiments traduisent l'activité psychique, ses tiraillements, ses contradictions. L'emploi du conditionnel rappelle le fonctionnement du jeu chez l'enfant ou l'irréel du rêve. Quant au présent, il ne correspond pas au présent de narration. On peut le rapprocher d'avantage du présent de vérité générale qui place ce récit dans l'intemporel du conte et des romans universels.

Cette jeune littéraire, tant par ses lectures que par  ses modèles, pose déjà les bases de la méthode qu'elle utilisera adulte. Pour elle la littérature passe par une écriture avant tous formée sur un emploi précis des mots mais également par le travail. Refusant l'image de l'écrivain inspiré, elle insiste sur la difficulté du travail de créations littéraire.

L'évocation de la magie et de l'envoûtement est teintée d'humour. En fait comme l'a annoncé dans l'incipit, l'écriture est une longue marche.

Synthèse

 Comme nous l'avons noté, on retrouve chez l'enfant, la méthode d'écriture de Sarraute :

  • La ponctuation et le style syncopé car lié au mouvement intérieur
  • L'humour et la réflexion
  • Et surtout la recherche du mot juste, d'un style, d'un effet.

Ces caractéristiques deviendront plus tard les exigences des nouveaux romanciers.   Sous une forme imagée et hésitante, elle révèle la difficulté que rencontre l'écrivain à retranscrire la réalité. Si l'enfant essai de concevoir de belles histoires elle est surtout confrontée  la magie des mots et à leur résistance. Dans cet extrait, l'auteur transmet sa façon de voir la création littéraire.

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Alexandre

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