Plus que tout autre, le XVIIIe siècle à la passe des débats d'idées ; ainsi toute une littérature appelée «d'idées » s'est-elle développée.

L'encyclopédie : le projet du siècle

La double nature du projet : Scientifique et polémique.

À l'origine, l'imprimeur libraire le Breton obtient, en 1745, l'autorisation exclusive, accordée par le pouvoir royal, de traduire de publier en français la Cyclopaedia de l'anglais Chambers (1680 – 1740). En 1747, le Breton confie la réalisation de ce projet a Diderot et à d’Alembert (1717 – 1783) qui en deviennent les codirecteurs. Rapidement, le projet initial évolue, il s'élargit et change de nature. Un prospectus rédigé par Diderot, imprimé qui expose le plan est le thème de l'ouvrage, fait connaître au public le nouveau projet qui portera le nom de dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. À entendre par ce titre ? On peut se reporter à l'article « encyclopédie » de l'encyclopédie, c'est une sorte de commentaire ce nouveau titre : « encyclopédie, ce mot signifie l'enchaînement de connaissances ; il est composé de la préposition grecque en et des substantifs Kuklos, cercle, et paideia, lance en effet, le but d'une encyclopédie de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la Terre ; d'en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de transmettre aux hommes qui viendront après nous […]. J'ai dit qu'il n'appartenait qu'à un siècle philosophe de tenter une encyclopédie ; et je l'ai dit, parce que cet ouvrage demande de partout plus de hardiesse dans l'esprit qu'on en a communément par les siècles pusillanimes du. Il faut tout examiner, pour remuer sans exception et sans ménagement. » Par ailleurs, Voltaire, dans son essai historique le siècle de 14, définit ainsi ce dictionnaire d'un nouveau type : « le siècle passé anime celui où nous sommes en état de rassembler en un corps et de transmettre à la postérité le dépôt de toutes les sciences et de tous les arts, tous poussés aussi loin que l'industrie humaine a pu aller ; et c'est à quoi a travaillé une société de savants remplis d'esprit et de lumière. » le projet a une envergure exceptionnelle : il mobilise 160 collaborateurs et la parution s'étale sur 20 années. L'œuvre contient 60 000 articles répartis en 17 volumes auxquels s’ajoutent 10 volumes de planches. Il s'agit faire le point sur les différents savoirs en exposant l'ordre et l'enchaînement des connaissances humaines, en donnant «sur chaque science et sur chaque art les principes généraux qui en sont la base, les détails les plus essentiels qui en sont les corps et la substance ». L'encyclopédie ne fait pas le point de manière neutre sur les connaissances. À son ambition scientifique s'ajoute une dimension polémique. Le système des renvois fermés des critiques souvent très violentes. Ainsi, l'article « cordelier » (religieux de l'ordre de Saint-François-d'Assise, ainsi nommés parce qu'ils portent ce pour ceinture une corde à trois noeuds) est traité de façon de mettre, et le lecteur de renvoyer à l'article « capuchon » (large bonnet formant la partie supérieure d'un vêtement et que l'on peut rabattre sur la tête) qui contient une charge contre les ordres religieux. L'ordre alphabétique permet d'insérer des articles apparemment anodins mais en réalité au contenu sulfureux, ainsi de l'article «Agnus Scythicus » qui, loin de traiter une question d'histoire naturelle, à bord de celle de la superstition. Par ailleurs, les articles ne sont pas exempts d'ironie. L'encyclopédie, autant que la somme des savoirs de son temps, est une puissante machine de guerre mise au point par les lumières contre ses adversaires qui ne s'y sont pas trompés et l'ont combattue de toutes leurs forces.

Les obstacles et les périls

Ils sont de deux ordres, intérieur et extérieur. Les encyclopédistes finissent par se brouiller. Ainsi d'Alembert renonce-t-il à sa collaboration, en 1758, après avoir résilié les critiques violentes de Rousseau, lui-même ulcéré par l'article « Genève » écrit par d'Alembert. Diderot, la cheville ouvrière de l'entreprise, est incarcéré à Vincennes à cause de sa lettre sur les aveugles (1749). En 1752, les jésuites font condamner au feu la thèse de théologie, jugée hérétique, de l'abbé de Prades, proche collaborateur de Diderot. La faire s'envenime et le conseiller d'État interdit la vente et la détention des deux premiers volumes de l'encyclopédie. En 1759, à la suite de l'attentat perpétré par Damiens en 1757 contre la personne du roi, le Parlement de Paris condamne l'ouvrage. La même année, le pape le proscrit. En 1752 comme en 1759, l'encyclopédie est sauvée par Malesherbes, directeur de la librairie royale, organisme chargé d'examiner et, le cas échéant, de censurer tout projet de publication.

Les armes des lumières

Les médias restent du siècle, soucieux de faire connaître et de propager leurs idées, pratiques et les modes d'écriture les plus variés. Pour exposer leurs idées, ils ont fréquemment recours à l'essai, au discours ou aux traités ; pour défendre leurs idées ou attaquer leur adversaire, ils optent soit pour le dialogue, soit pour la lettre, soit pour le dictionnaire, soit encore pour le pamphlet. Pierre Bayle (1647 – 1706) a particulièrement illustré laisser avec les pensées diverses sur la comète (1682) ou son commentaire philosophique (1686), de même que Montesquieu, avec de l'esprit des lois (1748). Diderot, quant à lui, c'est une utilisation récurrente du dialogue : citons le rêve de d'Alembert (1769), supplément voyage de Bougainville (1772), entretien d'un philosophe avec la maréchale de … (1716). Rousseau utilise  le discours, terme qui désigne dans sa production tantôt une dissertation, comme le discours sur les sciences et des arts (1750), tantôt un essai philosophique, comme le discours sur l'origine de l'inégalité (1755). L'utilisation de la lettre, chez lui, n'est pas toujours exempte d'intention polémique, en témoigne la lettre à M. d'Alembert sur les spectacles (1758). Mais le maître en matière de polémique est incontestablement Voltaire qui  rédige des pamphlets comme la Diatribe du docteur Akakia, médecin du pape (1752), de l'horrible danger de la lecture (1765), des essais satiriques comme la relation de la maladie, de la confession, de la mort et de l'apparition du jésuite Berthier (1759), ou bien qui détournent à des fins subversives la forme apparemment anodine du dictionnaire avec son dictionnaire philosophique portatif  (1764).

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Agathe

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